
Mon grand garçon a eu 10 ans, la semaine dernière. Il a été heureux, ce jour-là, comme il l'est rarement. Rien, absolument rien n'est venu ennuager sa journée. Il a été ce que nous oublions qu'il peut être: un enfant émerveillé, ému, heureux. Il n'arrêtait pas de sourire. Je voudrais savoir l'encourager à épanouir cette facette. En même temps, je ne peux tous les jours lui fournir une nouvelle guitare, un nouveau vélo, son parrain et sa grand-mère venus exprès de France, une bouteille de champagne à ouvrir - presque - tout seul, un gâteau au chocolat ... Il faudra qu'il trouve en lui seul des raisons d'être heureux. Il apprend, il apprend, il a dix ans ...
Thursday, May 22, 2008
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Sunday, May 18, 2008
To keep in mind
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D'une semaine harrassante, j'espère au moins apprendre quelque chose. J'ai récemment lu une sorte d'adage, que j'adapterai volontiers en le transcrivant ainsi: si la vie ressert les mêmes plats, c'est pour que nous finissions par comprendre quelque chose. Il faut absolument que je me souvienne:
- de refuser les visites au mois de mai. C'est le moment le plus fou de l'année pour nous, le plus stressant, le plus pressant. Les exams AP, le bouclage de tous les cours, les projets d'été, les exams de fin d'année, les cérémonies de clôture, l'anniversaire de Dudie... 3 fois des visiteurs (8 au total) en 3 semaines, c'est BEAUCOUP trop, beaucoup trop pour nous en tout cas.
- de ne plus accepter les mélanges. Ma mère ne peut plus venir en même temps que mon oncle et ma tante, et mon beau-père ne doit pas arriver avant que les autres soient partis. Je n'en peux pluuuuuus d'avoir du monde chez moi. Vraiment.
- de ne plus essayer d'arbitrer les disputes interfamiliales. Eux peuvent dire, après coup, que tout cela n'a guère d'importance, moi ça me met les nerfs à vif de les entendre gueuler et s'engueuler au moindre prétexte. Et si je prends parti, je me fais méchamment ressemeler par ma mère. Et si je ne dis rien, les uns et les autres viennent me dire "Tu as vu ce qu'elle a fait, tu as entendu ce qu'il a dit, il faudrait qu'elle cesse de..." Pour la première fois, j'attendais avec impatience leur départ à tous (reste le beau-père, mais, par bonheur, il est à l'hôtel).
- de ne plus me braquer et claquer la porte lors d'une discussion animée avec ma chef. Même si je suis allée m'excuser ensuite, ça la fout mal. Ho hum.
- d'arrêter de surcharger ma barque. A force de "toujours plus", on finit par couler. Etait-il indispensable de monter une pièce de théâtre en français (pour la première fois de l'histoire de l'école) et de la jouer juste une semaine après l'exam AP? Pas sûr. Mais qu'est-ce qu'on s'est amusés!
- de cesser d'être déçue parce que des gens que j'aime ne s'intéresse pas à ce qui me passionne.
- de ne plus fantasmer sur un mirage, un ectoplasme.
- d'arrêter me gaver de pain vin et fromage, sous prétexte que ceux qui sont à ma table font de même.
- de ne plus prendre des engagements que je ne suis pas sûre de pouvoir tenir. J'ai des sueurs froides chaque fois que je pense à cette traduction que j'ai acceptée et pas encore commencée...
- d'arrêter d'attendre la dernière minute pour répondre aux invitations. Les parents vont commencer à me trouver lourdingue d'appeler le soir de la date limite de RSVP.
J'en ai d'autres... Mais il faut aussi que je n'oublie pas que je ne fonctionne pas sans dormir. Et j'ai une journée chargée demain. Des réunions grinçantes. Des paperasses pas rigolotes. Et encore beaucoup de boulot avant d'aller me coucher, alors je m'arrête là...
Sunday, May 11, 2008
Mother's day
Ici, pas de pont, de viaduc ou de prolongation de week-end, mais ce dimanche, c'était la fête des mères. Et j'ai passé la journée avec la mienne, à New York (quoiqu'elle n'ait pas fait le voyage pour l'occasion, quand même).
En rentrant, j'ai reçu des fleurs. Mes passionnés d'origami m'ont offert un festival printanier (fleurs + papillons!)
Ils n'avaient pas fini leurs devoirs, il était 8 heures du soir et ils n'étaient pas douchés... Je devrais savoir dire tant pis.
Mais leurs sourires, mais les cris de mon Paolo quand nous sommes arrivés ("HAPPY MOTHER'S DAY!!", je crois que tout le quartier en a profité), mais leur fierté à me voir admirer leurs oeuvres... Ils se sont finalement couchés beaucoup trop tard, mais contents. J'ai encore beaucoup à apprendre d'eux.
Happy Mother's day, my friends! Bonne fête à toutes les mamans,
celles qui sont plus patientes que moi (ce n'est pas difficile!),
celles qui savent utiliser leurs dix doigts,
celles qui ne jettent pas le bébé avec l'eau du bain,
celles qui ne se lassent pas d'entendre toujours le même refrain,
celles qui savent entendre la frustration et l'anxiété derrière l'insolence,
celles qui ne redoutent pas (ou si peu) l'épopée de l'adolescence...[Dans deux jours, ça fera 10 ans que je suis maman...]
Thursday, May 08, 2008
Guessing game
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Quand elle a ouvert la porte, elle s'est retrouvée nez à nez avec moi (j'étais derrière la porte, tout contre, à attendre, attendre...), et elle n'a pu rien dire. Son visage rayonnait, et elle me regardait comme si elle s'attendait à ce que je sache, moi, alors que j'attendais d'elle l'information. Elle a ouvert la bouche mais n'a pu rien dire. J'ai fini par articuler: "Alors???" et elle a retrouvé la parole pour me dire d'une voix étranglée: "Le Pont Mirabeau"
YAOUUOUUOUUUHHH!! J'ai sauté en l'air, tourné comme une toupie, dansé sur place comme si j'avais leur âge et non le mien. Tous mes élèves étaient là, autour de moi, avec cette expression un peu absourdie de ceux qui sortent de 4 heures d'examen, mêlée à une sorte d'incrédulité heureuse. Pour la deuxième année de suite, j'ai deviné quel texte allait tomber à l'examen. OUI!!!
C'est le texte que nous avons travaillé et travaillé, sur lequel je suis revenue, celui que tout le monde a aimé. Je savais, je savais que ce serait Apollinaire cette année. AAAHHH, I'm good.
Ils ont ri de me voir si heureuse. Ils parlaient tous en même temps, me disant tout ce qu'ils avaient écrit, comparant, s'exclamant. Est-ce que l'absence de ponctuation compte comme un procédé stylistique? J'ai parlé des décasyllables brisés. Et aussi l'image du pont, les mains, vous savez?
Ah, je les aime, mes élèves, mais jamais autant que ce soir, quand j'ai vu leur sourire, leur soulagement - c'est fini, on était bien préparé, c'était ... bien. J'ai adoré écrire l'essai sur Candide. Le Pont Mirabeau est mon poème préféré. C'est finiiiiiii!!
Et maintenant, peu importe leur note (enfin, je sais bien qu'en juillet, où que je me trouve, je prendrai d'assaut tous les ordinateurs sur mon passage pour les interroger: m'ont-ils envoyé leurs notes, oui ou non?), peu importe le résultat, je suis juste heureuse qu'ils aient pris plaisir à écrire sur ces textes. C'est ma plus belle récompense.
[Bon, et pour être tout à fait honnête, si j'ai assuré sur l'explication de texte, en revanche je me suis encore plantée sur l'essai (comme l'année dernière...): "Candide, non, ce n'est pas possible que ça tombe, ça ferait 4 ans d'affilée!" Bon, et ben oui, 4 ans d'affilée c'est possible, et Candide était encore une fois au sujet de l'essai (l'autre option étant L'Ecole des femmes, que nous avions bien révisé il n'y a pas très longtemps... Je ne me sens donc pas trop coupable)]
Wednesday, May 07, 2008
High
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Depuis une semaine, je ne touche plus terre. Mes élèves de AP Litérature vont passer leur exam demain. Je n'ai fait que ça depuis une semaine: les préparer. Faire des synthèses, des rappels, des précisions, des ajouts. Encourager, interroger, me désespérer (secrètement) (quand, vendredi dernier, ils m'ont tous dit comme un seul homme que Louise Labé était un auteur du 17e siècle), rattraper le coup (et en remettre une couche sur le Pétrarquisme, tant qu'on y est), féliciter.
Aujourd'hui, pas de cours, un survol général, les dernières recommandations (ne commencez pas à écrire votre essai sans avoir défini une problématique; et souvenez-vous, on dit EN même temps, pas *au même temps - je ne sais pas pourquoi les Anglophones ont tant de mal avec cette expression), et les félicitations d'usage (C'est les brettes! C'est les brettes!) C'est vrai que je suis fière d'eux, oh combien, quand je vois le chemin parcouru en quelques mois. L'année dernière, ils apprenaient le français, le subjonctif, l'accord du participe passé. Cette année, ils lisent, écrivent, décrivent, analysent, organisent leurs idées en français. Ils pensent en français. Et, quelle que soit leur note à l'examen, je leur tire mon chapeau. Ils ont travaillé dur pour moi, avec moi. Cette dernière semaine, j'ai passé plus de temps avec ces 6 élèves qu'avec ma famille. Paolo, quand je suis rentrée de ma session de révision, dimanche après-midi, m'a dit: "Je ne t'ai pas vue de tout le week-end..." Et c'était vrai.
(Bien sûr, cela n'arrange rien que j'ai décidé de monter une pièce de théâtre avec une autre classe, pour le festival qui aura lieu dans 10 jours... Alors, forcément, entre révisions et répétitions, je ne suis pas souvent à la maison, ces jours-ci.)
Ce soir, j'ai été prise par l'envie frénétique de me mettre à réviser, de relire mes notes, de m'assurer que j'étais prête. Mais, bon sang, ce n'est pas moi qui vais passer cet examen! J'en fais un peu trop, non? Pourquoi ce besoin de m'investir autant, pourquoi est-ce que la réussite de mes élèves compte-t-elle tant pour moi?
Toute la semaine, j'ai tenu, malgré mon déficit de sommeil, et le stress croissant (ah, et je ne parle même pas de l'homme qui est entré en pleine crise "problèmes liés à l'achat d'une maison", et qui peut difficilement m'adresser la parole sans se mettre à hurler), j'ai tenu, portée par l'exaltation des veilles d'exam. High on stress. Energie purement nerveuse, mais j'ai accompli (à peu près) ce que je m'étais fixé. Demain, je sens que je vais retomber comme un vieux soufflé. Gare à la descente.
Wednesday, April 30, 2008
J'ai aimé avril (2)
Du plus pâle au plus vif...
Moi qui n'aime pas le rose, je m'en suis enivrée. D'un jour à l'autre, d'un arbre à l'autre, je l'ai suivi. Le soir surtout, je l'ai guetté. Il disparaît, le vert envahit tout. Sa fragile saison se dissipe déjà.
J'ai aimé avril (1)
Parce qu'on commence à jouer dehors.
Parce qu'on peut faire du basket en pyjama en attendant que le dîner soit prêt.
Monday, April 28, 2008
Image de soi
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Jeune, je rêvais d'être fascinante et fracassais ma chimère contre tous les miroirs placés sur mon chemin. Fascinante, non, ce n'est pas moi, je n'ai pas l'étoffe pour cela.
J'ai longtemps voulu être intéressante, et me rongeais les sangs de me sentir banale. Pourtant, je ne l'étais jamais autant que lorsque j'en faisais des tonnes pour faire mon intéressante.
La générosité est à l'horizon de mon idéal. La sérénité est l'impossible projet de ma vieillesse.
Je ne sais comment ne pas voler le mot de Christie, qui, dès que je l'ai lu, s'est imposé à moi comme une évidence. Oui, j'ai le fantasme de la muse, moi aussi. Etre cela, pour ceux qui m'entourent: l'étincelle, l'allumeuse du désir créatif (et du désir tout court, aussi, bien sûr, jusqu'à ce que je me recycle en grand-mère). Je voudrais tellement qu'on se souvienne de moi. C'est ma seule arme contre l'angoisse de la mort.
[Dans les pas d'un message qui m'a inspirée aujourd'hui]

