Friday, August 29, 2008

Le dernier jour des vacances (1)

Journée grisounette et tristounette. On a beau essayer d'invoquer ce qui d'habitude nous met en joie, rien n'y fait. Je n'ai pas envie, pas envie de faire les bagages (alors je ne les fais pas). Des entassements de nuages noient la vallée. Ma mère fait des gambas pour me faire plaisir, mais le coeur n'y est pas. Elle ne porte pas de maquillage et paraît fatiguée. Les garçons s'asticotent jusqu'à mon exaspération. Nous nous traînons jusqu'à la piscine, histoire de, malgré la menace de pluie. L'eau est froide, mais les garçons refusent d'en sortir: c'est la dernière baignade. La brume descend un peu plus bas. Ma mère parle, parle, sans arrêt. De l'autre côté, ma soeur se tait. Elle a appris hier qu'un de ses amis de toujours venait de mourir dans un accident de voiture. A 21 ans. Il n'était même pas au volant. Elle n'en parle surtout pas. Tous ses gestes sont plombés. Hier soir, elle m'a montré ses photos de Londres. On a bu du champagne à son bac et à sa mention Assez Bien. Elle est allée rapidement se coucher. Aujourd'hui, elle se tait.
Ma mère me questionne à l'infini. Je n'ai pas envie de parler, je veux lire. Elle arrête un moment, et puis reprend, c'est plus fort qu'elle. Je ne veux plus sortir de mon livre.
Je finis par extraire les garçons de l'eau quand leurs lèvres sont tellement violettes qu'elles sont devenues bleues.
Je bouclerai les sacs après le dîner. Et j'écrirai mes cartes postales - une petite vingtaine - sans entrain. Juillet n'est pas tout à fait fini, mais c'est déjà la fin des vacances. La première.

Saturday, August 23, 2008

La nouvelle maison

Pour la première fois depuis presque trois mois, l'homme de la maison (appelons-le Jim, parce que Christie pense qu'il s'appelle ainsi, et après tout, ça lui va bien) a repris sa guitare. Il se plaint, ses doigts sont rouillés. J'écoute sans y prêter vraiment attention ces fluctuations que je connais si bien. Et puis, je comprends: nous sommes installés.

J'observe, sans parvenir à les fixer dans ma mémoire, à quel endroit se déposent les flaques de soleil dans cette maison. Je suis toujours étonnée de les découvrir - elles devaient pourtant être au même endroit hier, non?

Je ne m'habitue toujours pas ma cuisine. Je perds mes ustensiles, mets du temps à trouver les bols et les plats et redoute d'ouvrir le placard que j'ai retrouvé infesté d'insectes à mon retour de France (ils habitaient dans les pâtes et la farine, j'ai dû tout jeter...). Le sol en lino est un peu hostile et les portes des placards sont toujours collantes, malgré mes efforts pour les cirer. Je suis en charge de peindre cette pièce - Jim a fait tout le reste de la maison, tellement de surface à couvrir. Mais voilà, je n'arrive pas à me décider quant à la couleur des murs, alors je repousse l'échéance (j'avoue que je suis aussi quelque peu appréhensive d'avoir à me comparer avec le travail léché à la perfection de mon cher et tendre... Je sais qu'à moitié chemin, je commencerai à en avoir marre et que la dernière couche sera balancée sur les murs avec désinvolture. Hélas, je me connais trop bien...). En attendant, Jim a fait sa propre déco avec des restes de peinture blanche. Oeuvre éphémère (qui durera peut-être...)
Les chambres des enfants me ravissent. Malgré mes supplications, ils n'arrivent pas à les garder rangées plus d'un quart d'heure (pourtant, la moitié de leurs jouets sont encore dans des cartons à la cave. J'avoue que l'envie me prend parfois de les y "oublier". Non, je ne suis pas une méchante marâtre [or maybe I am], mais ils ont tellement de jouets. Ils ne s'aperçoivent même pas qu'il leur en manque. Comme dirait l'homme "Moi, quand j'avais leur âge..." Oui, oui, je sais, je sais.)
[Rangée. Pendant quelques minutes.]

[Fouillis. "Mais non, je n'ai pas besoin de ranger, c'est MA chambre". Pré-adolescence?]

Je n'habite toujours pas ma chambre. Cela fait deux jours que Le Lit (ah, il faudra que je raconte Le Lit) est installé et nous dormons toujours dans le bureau, tellement rempli de tout ce qu'on ne veut pas mettre dans les autres pièces qu'il est difficile de s'y mouvoir. Mais cette chambre ... non, n'est pas encore la mienne. La nôtre. Ou bien?... J'aime sa couleur, sa lumière. Il va falloir que je l'apprivoise. Pour l'instant, elle ne compte qu'un lit (Le Lit) et une commode. Elle a l'air un peu désappointée d'être si vide.

Notre nouvelle maison est toujours une nouvelle maison. C'est étrange comme j'ai l'impression de m'être acclimatée beaucoup plus vite, l'année dernière, à la petite vieille maison que nous n'avons habitée que quelques mois. Je crois que je suis toujours intimidée par le fait que celle-ci c'est la nôtre. Pour de vrai.

Tuesday, August 19, 2008

Ma tête d'anniversaire

Ah, me voilà, moi, 37 ans sur la plage...
L'océan comme cadeau, le sable dans mes petits souliers.

I went to the shore on my birthday. And I loved it.

Saturday, August 09, 2008

Départ

Je repars déjà ... Une semaine dans le New Hampshire, chez mon amie Else. Pas de prince charmant cette année, il s'est trouvé une princesse exotique. Mais du repos, du vert, de l'eau, de la lecture, des recettes à cuisiner en commun et des vodka tonic au coucher du soleil. Pas mal comme programme.
Bien sûr, il faudra d'abord se lever à 4 heures du matin, ne pas rater le train pour New York, celui pour Boston, le car pour Concord. Je n'y suis pas encore. Mais je pars, je pars, je suis en partance...
Bonne semaine à vous!

[Dudie, sur la photo, partait en exploration avec détermination et bravoure. Il est revenu avec une sangsue...]

Wednesday, August 06, 2008

Retour

Qu'il est difficile de rentrer. Le retour a exactement le même goût que les céréales que j'ai retrouvées, à leur place, dans leur emballage habituel, un peu passées, un peu "éventées": elles ont perdu leur fraîcheur, et je ne peux m'empêcher de leur trouver un arrière-goût de poussière, même si je sais que c'est dans ma tête (comment, en trois semaines, la poussière pourrait-elle s'être infiltrée a l'intérieur d'une boîte bien fermée?...)

L'homme a travaillé comme un damné en notre absence, et presque tous les murs de la maison (y compris l'intérieur des placards) sont peints. Il me fait remarquer que c'est du travail quasi-professionnel (je veux bien le croire, vu le temps qu'il a passé sur chaque mètre carré ...) et s'agace de mon manque d'enthousiasme délirant. Je m'attendais à des bordures rouges dans le couloir (il m'avait consultée par téléphone) et je les retrouve blanches sans crier gare. Il me fait admirer le superbe luminaire qu'il a acheté pour notre chambre, et je grimace parce qu'il a choisi une ampoule "économie d'énergie" qui projette la lumière crue et glaçante d'un néon. Et puis je vois qu'il n'a pas - du tout - fait le ménage depuis notre départ, et que tout est sale... Je ne dis rien, mais ça doit se voir sur mon visage (bon, il faut aussi dire que je me suis levée à 4 heures du mat' pour prendre l'avion, que j'ai supporté 8 heures de vol avec mes deux loulous qui n'ont bien sûr pas fermé l'oeil une seconde, que nous sommes restés coincés dans les embouteillages en revenant de l'aéroport, qu'il m'a dit d'un ton désinvolte "Y'a rien à manger à la maison", ce qui fait que je me suis payé un petit tour au supermarché avant même d'avoir pu mettre les pieds chez moi... Bref, j'ai des circonstances atténuantes qui expliquent mon incapacité à feindre l'éblouissement devant l'amplitude du travail accompli). Nous finissons exaspérés l'un par l'autre et boudeurs, et nous le restons pendant deux jours.

Le jet-lag m'a frappée fort cette année. Il m'a fallu 4 bons jours pour me remettre d'aplomb et cesser de me traîner. Je supporte de moins en moins de quitter la France, je crois. Chaque fois, le contraste est plus violent. Les paysages ternes, les fruits insipides, les manies et les tics des gens d'ici me heurtent de plein fouet. 5 jours après, je me suis réhabituée, il n'y paraît plus. La France me manque de manière abstraite, c'est un sentiment que je range dans ma panoplie d'expatriée, et plus une douleur physique qui me fait répéter "Je me sens mal, je me sens mal" à longueur de journée (et l'homme exaspéré de lever les yeux au plafond - peint à la perfection, sans aucune dégoulinade).

Je suis de retour - et repars bientôt. L'été me file entre les doigts.