Pour la première fois depuis presque trois mois, l'homme de la maison (appelons-le Jim, parce que Christie pense qu'il s'appelle ainsi, et après tout, ça lui va bien) a repris sa guitare. Il se plaint, ses doigts sont rouillés. J'écoute sans y prêter vraiment attention ces fluctuations que je connais si bien. Et puis, je comprends: nous sommes installés.
J'observe, sans parvenir à les fixer dans ma mémoire, à quel endroit se déposent les flaques de soleil dans cette maison. Je suis toujours étonnée de les découvrir - elles devaient pourtant être au même endroit hier, non?

Je ne m'habitue toujours pas ma cuisine. Je perds mes ustensiles, mets du temps à trouver les bols et les plats et redoute d'ouvrir le placard que j'ai retrouvé infesté d'insectes à mon retour de France (ils habitaient dans les pâtes et la farine, j'ai dû tout jeter...). Le sol en lino est un peu hostile et les portes des placards sont toujours collantes, malgré mes efforts pour les cirer. Je suis en charge de peindre cette pièce - Jim a fait tout le reste de la maison, tellement de surface à couvrir. Mais voilà, je n'arrive pas à me décider quant à la couleur des murs, alors je repousse l'échéance (j'avoue que je suis aussi quelque peu appréhensive d'avoir à me comparer avec le travail léché à la perfection de mon cher et tendre... Je sais qu'à moitié chemin, je commencerai à en avoir marre et que la dernière couche sera balancée sur les murs avec désinvolture. Hélas, je me connais trop bien...). En attendant, Jim a fait sa propre déco avec des restes de peinture blanche. Oeuvre éphémère (qui durera peut-être...)

Les chambres des enfants me ravissent. Malgré mes supplications, ils n'arrivent pas à les garder rangées plus d'un quart d'heure (pourtant, la moitié de leurs jouets sont encore dans des cartons à la cave. J'avoue que l'envie me prend parfois de les y "oublier". Non, je ne suis pas une méchante marâtre [or maybe I am], mais ils ont tellement de jouets. Ils ne s'aperçoivent même pas qu'il leur en manque. Comme dirait l'homme "Moi, quand j'avais leur âge..." Oui, oui, je sais, je sais.)

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Rangée.
Pendant quelques minutes.]

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Fouillis. "Mais non, je n'ai pas besoin de ranger, c'est MA chambre". Pré-adolescence?]
Je n'habite toujours pas ma chambre. Cela fait deux jours que Le Lit (ah, il faudra que je raconte Le Lit) est installé et nous dormons toujours dans le bureau, tellement rempli de tout ce qu'on ne veut pas mettre dans les autres pièces qu'il est difficile de s'y mouvoir. Mais cette chambre ... non, n'est pas encore la mienne. La nôtre. Ou bien?... J'aime sa couleur, sa lumière. Il va falloir que je l'apprivoise. Pour l'instant, elle ne compte qu'un lit (Le Lit) et une commode. Elle a l'air un peu désappointée d'être si vide.

Notre nouvelle maison est toujours une nouvelle maison. C'est étrange comme j'ai l'impression de m'être acclimatée beaucoup plus vite, l'année dernière, à la petite vieille maison que nous n'avons habitée que quelques mois. Je crois que je suis toujours intimidée par le fait que celle-ci c'est la nôtre. Pour de vrai.