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Friday, October 12, 2012

Tragédie


(Cette photo n'est pas la mienne, je n'ai plus de photos de Memphis, je ne sais plus ce que j'en ai fait. Je ne sais plus ce que j'ai fait de ces deux ans de ma vie.)

...
Je me la suis trimbalée presque toute la semaine, cherchant à qui parler, à qui raconter.  Il s'avère que ... personne.  J'ai beaucoup d'amis, mais depuis la désertion d'Else et le déménagement vers l'autre bout du pays d'Isa, je me retrouve un peu démunie en termes de confidents.  L'Architecte aurait pu faire l'affaire, mais avec lui, tout est question de tempo.  Quand ce n'est pas le moment, ce n'est pas le moment, inutile de l'approcher.
Ça tombe sur vous, donc.  Si vous êtes déprimés, passez votre chemin, ce billet n'a pour but que de me délester d'un poids funeste. 

J'ai pensé récemment à cette femme.  Quand exactement et pourquoi, à quelle occasion, je ne m'en souviens plus.  Mais elle m'est revenue en mémoire, juste avant qu'elle ne meure, comme ça, sans raison.  C'était une collègue, à Memphis.  Je ne suis jamais devenue son amie, nous ne nous aimions pas, malgré de visibles efforts de part et d'autre (au début).  Nous nous sommes quittées sans nous dire au revoir: je fuyais le Tennessee, pour toujours, elle redevenait l'unique Française, l'épitome de la françaisité du coin, l'élégante, la sans-rivale.  Mais ... sa fille a été ma baby-sitter pendant deux ans.  Ça crée des liens.  Quand elle a eu un accident de voiture, nous l'avons trimballée où elle devait aller, en ronchonnant un peu, certes, mais nous l'avons fait parce que nous étions (sommes?) le genre de personnes qui ne disent jamais non.  Je me souviens d'un jour où je l'ai raccompagnée chez elle, et elle m'a demandé de l'arrêter chez le marchand de vins.  J'étais un peu surprise (elle avait été blessée dans l'accident et était encore sous médicaments), puis je me suis dit qu'elle voulait me remercier de faire le chauffeur, pour elle et sa fille, depuis 15 jours.  Et finalement, non, pas du tout.  Elle s'est acheté deux magnums de vin (rouge et blanc) de qualité médiocre, et les a débarqués avec elle quand je l'ai déposée.  Ah.  Finalement, quand elle a repris la conduite, elle m'a donné en remerciement deux sacs poubelle remplis de vêtements trop petits pour son fils.  Ils étaient en mauvais état, je n'ai gardé que deux t-shirts, parce qu'ils disaient quelque chose sur l'an 2000 (l'année de naissance de Paolo).
Je me souviens aussi qu'elle nous avait invités chez elle pendant les vacances de Noël, la première année, avec un petit groupe de francophones.  Mon père et sa compagne étaient de visite, ils étaient donc venus avec nous.  J'avais envie de leur montrer l'intérieur précieux, froufroutant jusque dans ses moindres détails, tellement typique de cette région, qu'elle avait adopté jusqu'à la maniaquerie.  Rien ne dépassait chez elle.  Sa fille, incroyablement belle et tellement renfermée, focalisée à l'extrême sur ses études, sérieuse jusqu'à la tristesse, avait passé la soirée enfermée dans sa chambre avec mon demi-frère, de trois ans son aîné, à mon grand étonnement.  Son fils, taciturne, habituellement désagréable, n'avait fait qu'une brève apparition avant de retourner à ses jeux vidéo.  La compagne de mon père avait fini par nous faire lever le camp en disant: "Tu peux dire à ... Comment elle s'appelle déjà?  qu'on s'en va."  Typique.

Il y a un an, sa fille nous a recontactés.  Elle est étudiante en médecine, dans une tout autre ville, et avait besoin à l'époque d'une recommandation pour un travail de baby-sitter.  Je n'ai pas hésité une seconde, et j'ai appelé le numéro qu'elle avait laissé sur mon répondeur.  Autant je n'ai jamais accroché avec la mère, autant j'aimais beaucoup la fille, dont l'intelligence et la beauté me touchaient d'autant plus qu'elle semblait tout faire pour les dissimuler.  Je suis contente pour elle qu'elle poursuive les études dont elle rêvait.  Elle a eu son job de baby-sitter pour une riche famille, et je n'ai plus eu de nouvelles.  Sa mère n'a par ailleurs jamais donné signe de vie - mais ç'aurait été surprenant, étant données nos relations au moment de notre départ de Memphis.

Dimanche, cette femme a été tuée par son fils, qui a ensuite mis le feu à sa maison pour dissimuler son crime.
Je ne m'en remets pas.  Depuis mardi, depuis que je l'ai appris, je ne m'en remets pas.  J'essaie de comprendre pourquoi - pas pourquoi il l'a tuée, je ne le saurai jamais (et je ne suis pas sûre de vouloir le savoir), non, pourquoi je ne m'en remets pas.  Nous n'étions pas amies, jamais, mais il y avait quand même beaucoup de parallèles entre nos deux histoires.  Et quand on entend parler de tragédie, on pense ... oui, à soi.  Elle avait dix ans de plus que moi, son fils a dix ans de plus que le mien.  Elle était mariée à un Américain (puis divorcée), pareil ici.  Prof de français.

Mon esprit s'emballe.  Qu'est-ce qui pousse un fils à tuer sa mère?  A côté de quoi est-elle passée?  Elle a toujours (durant les deux ans où je l'ai cotoyée) tout fait pour son fils.  Il avait priorité sur tout (et sur sa fille, bien évidemment). Elle qui détestait conduire avait fait des kilomètres d'autoroute pour l'emmener à une "convention" de jeux vidéo, tout un weekend (il avait 13 ou 14 ans).  Je me souviens de lui avoir dit, mais c'est folie, faire 300 ou 400 bornes de route, passer tout son weekend dans un hôtel avec des dingues qui ne sont obsédés que par un jeu en ligne, mais enfin?  Elle avait pincé les lèvres et déclaré que c'était très important pour son fils. 

Je n'arrive pas à me détacher de cette histoire.  Elle est arrivée en même temps qu'un certain nombre de mauvaises ou d'inquiétantes nouvelles, qui ont plombé ma semaine.  Je voudrais juste éprouver de la tristesse pour sa fille qui a tout perdu, tout, dans cette horrible, horrible histoire.  Mais l'épouvante qui me hante déborde ma compassion.  Mettre à distance la tragédie.  J'y travaille (mais ne rencontre guère de succès).  Ecrire ici va peut-être me décharger d'une partie de l'angoisse qui m'habite depuis mardi.

Une amie, qui n'était pas originaire du coin, m'avait dit à l'époque: "Il y a beaucoup trop de mauvaises ondes, à Memphis.  Cette ville est bâtie sur beaucoup trop de sang et de larmes."


Monday, June 25, 2012

Since October (2)

...

Avril - L'entrée brutale dans l'adolescence agressive et contestataire (on ne dirait pas, à le voir...).  Mon garçon, mon premier né, a commencé à se raser.  Il ne laissera pas grandir l'ombrette de moustache sur son beau visage.  J'encaisse le passage à l'étape suivante.


Avril - De passage à New York.  Avec qui?  J'y suis allée cette année plus souvent que les précédentes.  Chaque fois une nouvelle rencontre. 
En automne: Christie et Nicolas, mon Correspondant.
En hiver: Myosotis, les copines d'ici, mon père.
Au printemps: Milky, ma cousine, mon ancienne élève danseuse. 
C'est l'été, il est temps que j'y retourne.
(Je crois que ces photos ont été prises le jour où j'ai rencontré Milky en coup de vent, entre un workshop et un retour précipité dans le New Jersey pour arriver avant la fermeture du bureau de vote - premier tour des présidentielles.  On a quand même eu le temps de discuter boutique, éducation nationale et enseignement dans le cadre privilégié d'une école privée américaine).

 Mai - Visite de ma cousine.  Balade avec l'Architecte dans L'ville. 


 Juin - Insomnies et exacerbation des tensions entre frères.  Le plus jeune préfère dormir sur le canapé.

Juin - Drôle de photo (ratée) du jour de "graduation" de l'aîné. On entrevoit son beau costume, sa fleur à la boutonnière, mais il préfère montrer ses chaussettes en tire-bouchon et cacher sa mauvaise humeur derrière ses genoux repliés.  Photo prise par son frère, dans mon bureau, alors qu'ils m'attendaient tous deux (je suis arrivée juste à temps pour éviter le pugilat).

C'est la dernière du rouleau.  J'aurais aimé finir sur mieux.  Peut-être demain m'offrira-t-il un meilleur angle, une meilleure perspective?  J'ai l'optimisme chevillé au corps, je continue à y croire.

Since October (1)

...

J'avais perdu le cordon de mon vieil appareil photo.  Je viens de le retrouver, exactement là où il aurait dû se trouver - encore un coup de ces objets apparaissant-disparaissant qui me jouent des tours (just checking if you were paying attention).
90 photos - depuis octobre.  Pas les plus importantes, j'ai le nouvel appareil pour celles-là, mais celles, en marge, que je prends quand je n'ai sous la main que le petit qui traîne dans mon sac.  Retour en arrière sur quelques mois durant lesquels ma vie a pris des tournants abrupts (non, en fait: durant lesquels j'ai fait basculer ma vie et celle de ceux qui m'entourent de manière abrupte.  Pas de regret, mais pas sûr qu'un jour je me pardonne).



Octobre - Dans le jardin de cette maison qui n'est plus la nôtre.  Leurs longs et mystérieux jeux-conciliabules. 
Il n'est pas dit que je puisse leur montrer ces photos sans qu'ils se mettent à pleurer. Je m'abstiendrai, pour le moment.

Un matin d'automne de ma fenêtre - mon ancienne fenêtre.

Décembre - Où?  Des lumières dans l'obscurité du mois le plus sombre.  Je ne les situe plus.

Avril - Après le déménagement et tous les bouleversements.  Sur le chemin de l'école, nous traversons le playground des petits.

 Avril - Premières glaces.

Avril - Paolo, transformé, joue les stars.  Il ramène de bonnes joues de son séjour en France (ma mère est une excellente cuisinière...).  Il a temporairement laissé tomber les attaques, l'agressivité, la colère et retrouvé le sourire.


Avril - Ces mois si difficiles ont été ceux du renforcement de mon amitié avec l'Architecte.  Il a pris la place qu'Else a délaissée.  Il est devenu, depuis l'été dernier, mon confident (presque le seul qui soit au courant de mon aventure avec le Correspondant - et je n'oublierai pas sa réaction à l'annonce de "It's over, you know."  Il a posé sa main sur mon bras, il m'a regardée bien en face et il m'a dit: "It didn't work out.  It didn't work out, but it doesn't mean he is not a good guy.  Remember that.  You had that."  J'ai acquiescé.  Et nous n'en avons plus reparlé.)
Nos déjeuners du samedi dans "notre" restau.  Nos verres du vendredi soir chez Térésa.  Il m'a aidée à traverser ces temps durs.  J'ai été là pour lui, aussi.

(A suivre...)





Friday, June 22, 2012

Le 21 juin

...

Hier, j'ai écrit un billet un peu insignifiant sur les légumes (mais j'aimais vraiment les photos).  J'ai tourné et retourné, effacé et réécrit, sans parvenir à dire ce que je voulais dire.
Ce matin d'insomnie, alors que je me tournais et retournais dans mon lit d'inconfort, j'ai finalement reconnu mon échec.  Et compris pourquoi je ne pouvais écrire, ce que je ne pouvais écrire, hier.

Le 21 juin, c'était le quinzième anniversaire de notre mariage.  Et probablement le dernier.  Comme celui de mes parents, mon mariage aura duré quinze ans. 
Une sorte de lenteur, de lourdeur au creux du ventre.  De regrets, non, je n'en ai pas.  De la nostalgie, oui.  Mais ce qui est passé ne reviendra pas, jamais.  La douleur de l'échec, notre vie qui se défait.  Mais de regrets, non.  Qu'il est difficile d'avancer.  Mais impossible, et inenvisageable, de revernir en arrière. 
L'année dernière, encore sous le même toit, nous avions tenté de ne pas nous souvenir de la date.  l'année d'avant, j'avais fui, très loin, cette semaine-là.  Et l'avais payé à mon retour.  Il y a trois ans, il y a cinq ans, nous avions fait la fête - j'avais voulu une fête.  Dans une autre vie?

Sunday, May 20, 2012

Ces jours-ci

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Une comédie musicale avec du Dudie dedans (rôle de figuration).

Une visite de ma cousine et une invitation à dîner chez l'Architecte.

Toujours avec ma cousine, les résultats des élections à NYC.

Un nouveau voisin (et sa petite famille).



Un anniversaire.


Un concert.

Et aussi ...
Une grande fatigue.
Un beau soleil.
Un zona.
Un prof à embaucher.
Des soucis professionnels.
Un exam AP terminé.
La solitude des samedis soirs.
...

Wednesday, March 21, 2012

Aujourd'hui - Au pied de mon lit

...

Des livres, toujours des livres.  Lus, à lire, en train, relus.  Offerts, achetés, prêtés.  Des doutes, des attentes, une bonne surprise, la peur d'être déçue.
Toujours des livres, une pile qui se casse la gueule, qui prend la poussière, et soudain - je suis en vacances après tout! - qui diminue.  Je lis.  Je me suis remise à lire.  Enfin.  Ça faisait trois mois.
Au pied de mon lit, ce qui me tient la tête hors de l'eau.

PS: Ce qu'il en restera dans un an - l'inquiétude, l'angoisse, par capillarité.  La tristesse, qui me cloue au sol, quand je voudrais déployer mes ailes dans l'air du printemps.  Ma mère habite à 5 minutes (3, selon mapquest) de l'immeuble où est retranché une créature au sang glacé.  Je n'ai pu m'empêcher de regarder son visage.  Et de me dire, que vraiment...  Vraiment.  Qu'en restera-t-il dans un an, quand d'autres atrocités, d'autres drames, frappant plus loin, plus près, auront remplacé celle-là?

Sunday, March 11, 2012

Aujourd'hui - Blanc

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Deuxième jour de vacances - le malaise ne me quitte guère, envahit tout quand la nuit tombe.  Ce matin, quand ça allait encore, j'ai lavé tous les draps de la maisonnée, toutes les serviettes et les torchons.  Programme "Blanc".  Et puis il a fallu sortir, emmener le fiston en ville, passer deux heures au café pour cause de correction de copies, récupérer l'enfant et aller faire les courses, préparer le dîner, ranger la vaisselle.  Il est 10h, je veux me coucher, et les lits ne sont pas faits.  Le découragement m'accable.  C'est bête, hein?  Il suffit de faire les lits, ce n'est pourtant pas grand chose. 

Update de 11h: Les lits sont faits.  Et qu'est-ce que ça va être bon, de dormir dans des draps propres...

Wednesday, February 22, 2012

Aujourd'hui - quelque chose écrit sur un objet

...
 Ces mots en jaune criard sur un fascicule publicitaire, posé et oublié sur le comptoir de la cuisine me sautent aux yeux sans arrêt.  Ils me heurtent, m'interrogent, brutalement. 
Quelqu'un m'a écrit un jour que je méritais d'être heureuse.  Mérite-t-on jamais le bonheur?  Qu'est-ce que je mérite, exactement, quelle punition, quelle récompense pour avoir bouleversé ma vie et celle de ceux qui me sont si chers?
Lundi, mon petit m'a insultée, avec des mots horribles, qui m'ont profondément blessée."You deserve it!"  Ma peine, son immense colère.  
Sa rage n'a pas cédé à la nuit.  Il s'est réveillé aussi haineux que la veille.
Mais dans la journée, j'ai trouvé un mot sur mon bureau.


366 réels à prise rapide

Tuesday, January 24, 2012

Le coeur gros

...
A vous tous (toutes?) qui m'avez envoyé tant de messages chaleureux, merci.  Merci du fond du coeur, que vous m'avez réchauffé, quand par ailleurs j'avance si difficilement dans mon long hiver. 

Bien sûr, je n'ai jamais eu autant envie d'écrire, d'écrire pour vous, de vous écrire que ces derniers jours.  Raconter le déménagement, l'entassement dans le petit appartement, le moment où il a fallu tourner le dos à l'homme et à la maison, la dernière fois...  La douleur aiguë qui me prend de temps en temps.  La peur de ce qui m'attend.  La fatigue qui m'étreint.  Le découragement parfois.
Mais surtout, surtout, les amis extraordinaires qui m'ont entourée, épaulée, qui ont été là pour moi, qui ont empaqueté mes verres, hébergé le surplus qui ne rentre pas dans le tout petit appart, porté mes cartons, déballé mes assiettes, remonté mon lit.  Je les aime, ceux-là, tellement!  En plus de l'aide concrète qu'ils m'ont offerte, ils m'ont redonné un peu confiance en moi.  Si j'ai des amis aussi merveilleux, c'est qu'ils doivent trouver, quelque part, que je vaux la peine d'être fréquentée... 

J'ai le coeur gros, oui.  J'ai tant perdu, ces derniers mois, tant laissé derrière moi.  Mais j'ai aussi le coeur rempli de l'amitié, de l'affection qui m'arrivent de toutes parts.  Alors encore: merci.

I'll be back.  Take good care of yourselves.

Thursday, December 22, 2011

Sorrow

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J'ai l'impression d'avoir beaucoup perdu dans ce mois de décembre.  Tout ce qui m'a quittée, que j'ai dû laisser derrière moi, dans un passé qui ne reviendra jamais, sauf en rêve.  Je ne grandis plus, je vieillis.  Le chagrin m'enveloppe, j'avance quand même avec à côté de moi l'ombre des absents - et tous ces présents qui me sont d'autant plus chers.

En une semaine, j'ai perdu mon correspondant, qui a unilatéralement et sans aucune méchanceté et définitivement mis fin à notre relation.  Et quelques jours après, j'ai perdu une des figures les plus chères de mon enfance, ma référence, celle qui, après ma grand-mère, était le ciment de notre famille, son coeur vibrant.  Ma tante est partie sans m'attendre, elle qui me demandait au téléphone: "Quand est-ce que tu arrives?", encore et encore, elle pour qui, exceptionnellement, je faisais le voyage - j'espérais pouvoir lui dire adieu.

Mardi, sous la pluie qui n'en finissait pas, nous l'avons installée dans sa dernière demeure, face à sa chère montagne.

Wednesday, November 23, 2011

Heartache

...

Je me paie un bon vieux chagrin d'amour.  Un grand classique, avec insomnie, beaucoup de larmes et pas d'appétit.  Un vrai, comme quand j'avais 16, 18 ans.  Ou 23. 
Pourtant, il ne m'a pas (encore) quittée.  D'ailleurs, comment le pourrait-il?  Nous ne sommes pas "ensemble".  Cette relation, qu'il ne sait comment qualifier, n'offre pas l'option "rupture".  Nous sommes donc à l'abri de ce genre de drame.  Ouf.
Alors pourquoi suis-je si malheureuse?
A la distance géographique se rajoute l'éloignement, lent, progressif, mais certain, qu'il induit.  I can read the writing on the wall, I can.

Un message pour m'apaiser, le baume qu'il me fallait pour mieux dormir ce soir.  L'attachement, ah, oui, tout ce qui nous lie - et qui n'a pas de nom - est bien réel. 
Mais demain?

En même temps, j'observe, comme à quelques pas de moi, la mélancolie qui m'étreint la région du cœur et je sais que cette peine-là, si poignante qu'elle soit parfois, ne me fera pas sombrer.  C'est l'accumulation qui me fait vaciller.  Do not worry.  It will pass.

Monday, October 17, 2011

Moving forward - and what's left behind

...

  

Je connais peu de choses aussi tristes qu'une histoire d'amitié qui sombre.  Un amour qui finit est déchirant, douloureux, insupportable, la brutalité du bouleversement que ce changement entraîne fout tout en l'air.  Une histoire d'amitié qui s'achève est juste triste - triste à pleurer, triste à mourir.
Je n'arrive pas bien à comprendre, je ne cherche pas non plus beaucoup en fait.  Peut-être ai-je peur de trouver quelque chose de simple et trop trivial.  Peut-être, bien que je m'en défende, suis-je en partie à l'origine de l'éloignement, vite transformé en gouffre.  A partir du moment où je n'ai plus joué le jeu, j'ai perdu mon droit de cité.  J'ai été exclue - et remplacée.  Ha!  Par celui-là même qui avait fait l'objet de tant et tant de nos conversations.  
Je ne retrouverai jamais ce que j'ai perdu, cette familiarité, cette aisance, cette proximité.  Cette entente. Je suis surprise d'être blessée - et triste -, mais pas bouleversée.  C'est là que je vois que je suis véritablement en train de reconstruire ma vie, sur de toutes autres bases.  Je commence à peine.  Autour de moi, ces nouveaux visages, ces énergies positives, l'envie de découverte, de voyages, plus rien ne me retient.

Tout a un prix, ma métamorphose y compris.  J'y ai perdu une amie.

 

Monday, September 19, 2011

Un petit bout de dimanche matin

...

Il n'a pas fait beau longtemps, mais tant que ça a duré, j'en ai profité.  J'ai écrit à celui avec qui je voudrais passer mon temps (au lieu de traîner en essayant vaguement mais vainement de travailler), je lui ai écrit un message ensoleillé et puis les nuages sont arrivés.  Ma semaine va être interminable.  Deux soirées passées à l'école, l'une en tant que parent, l'autre en tant que prof, et la fatigue qui commence à peser sur mes épaules (déjà?)
Il m'est de plus en plus difficile d'écarter les tracasseries du quotidien à grands coups de moments heureux.  J'y étais arrivée jusqu'à aujourd'hui, mais là je déclare un peu forfait.  La magie s'estompe...

C'était aujourd'hui l'anniversaire de mon frère.  Dix-huit ans ...  Et je n'ai pas pu trouver un moment pour l'appeler, enchaînant cours et réunion.  Je me souviens, il y a dix-huit ans, de la merveilleuse journée d'été indien durant laquelle j'avais parcouru le Marais avec ma cousine - journée du Patrimoine.  Et mon frère, minuscule, au prénom de poète, que j'étais allée voir en fin de journée.  Maintenant, il faut qu'il se plie en deux pour m'embrasser, il dépasse mon père, cette grande perche!  Je ne sais pas s'il a fait beau à Paris, aujourd'hui.  J'espère que oui, pour tous ceux que j'aime et qui s'y trouvent.

Saturday, September 03, 2011

Mon été

...
Je ne sais comment parler de mon été.

A vrai dire, je ne sais plus vraiment comment écrire ici.
Juste avant de partir en France, je me suis dit que j'allais, pour de bon, fermer ce blog. Le sens qu'il y aurait à continuer à écrire ici m'échappe. Plusieurs conversations avec des gens que j'estime - et qui ignorent tout de mon jardin secret - m'ont presque fait honte. Quelle idée de s'exposer ainsi, pour qui et pour quoi? Et puis, mes garçons sont à l'âge où les mises en garde sur les dangers du www deviennent nécessaires. En leur répétant: rien ne s'efface, on ne peut pas revenir en arrière, tout ce que vous mettez de personnel sur le web peut être utilisé contre vous, je pense à moi et mon exhibitionnisme, ici même. Et je ne me contente pas de me montrer, je les ai enrôlés dans mon show, eux aussi, sans qu'ils le sachent.
Oui, j'ai honte.

En même temps, je sais ce que m'a apporté cet endroit, qui est à la fois une sorte de journal, compte-rendu des humeurs, des hauts et des bas que je traverse, et un exutoire où épancher ma tristesse, ma frustration, mes peurs. Le petit cercle qui au fil des ans s'est formé autour de ces pages m'est devenu précieux. Pourtant, quand je me suis retrouvée à Paris, en juillet, toute engluée dans une détresse paralysante, je n'ai pu appeler aucune de ces bienveillantes commentatrices. J'avais besoin de me détacher de mon blog. Et je ne savais comment établir le contact entre la vraie vie et celle d'ici (là). Je me rends compte à quel point je me sens peu libre: c'est comme si, dès que je mets le pied en France, tout mon entourage, famille, amis, avait le droit de revendiquer mon temps, tout mon temps. Je m'y prête de bonne grâce, je dois le reconnaître. Mais il m'est difficile d'échapper à leur vigilance pour avoir un peu de temps pour moi. Je ne m'étais jamais rendu compte à quel point pouvait être pesante cette affection sans relâche. Je croyais que mon manque de liberté venait de l'homme qui m'accompagnait - c'était vrai, mais ce n'était qu'une partie du tableau.

Maintenant que j'aimerais aller et venir à ma guise, partir pour un weekend sans rendre de compte, rencontrer qui bon me semble sans en rien dire à personne, je m'aperçois que c'est illusoire: ma vie entière semble être constamment sous le regard de quelqu'un. D'où le délicieux frisson de cette correspondance secrète, qui m'enchante depuis plusieurs semaines. Mais si elle aboutit un jour à un voyage, comment le dire à ceux qui attendent de moi que je sois exactement là où ils pensent que je dois être?

Mon été, donc, puisque j'ai décidé d'en parler, a été un bizarre échafaudage, une superposition hétéroclite de bons et de mauvais moments, que j'ai grimpé sans savoir où j'allais arriver. Le plus étrange, dans cette construction, c'est que je n'arrive pas bien à en mettre en ordre les strates temporelles: les événements s'empilent sans séquence chronologique, les rencontres se télescopent, il y a comme un décalage que je ne m'explique pas bien. J'ai passé, depuis que je suis revenue, beaucoup trop de temps à essayer de mettre en ordre mes souvenirs, et je ne crois pas y être bien arrivée.
Au cœur de mon été, il y a eu la maladie et un passage trop près de la mort qui ne se laissera pas oublier. Il y a eu la volonté de vivre, insufflée encore et encore, un effort commun. La découverte que la famille peut être chargée de ce devoir de veille: rempart contre le malheur, nous tous serrés les uns contre les autres, conscients des failles dans notre barrage, mais faisant face, bravement. Que je suis heureuse d'avoir été là, avec eux!
Et puis, les rencontres. Celles que j'attendais, qui se sont parfois produites, mais à côté desquelles je suis le plus souvent passée. Frustration de l'interminable attente, déception des communications défaillantes. Tu m'entends? Non, décidément pas. Celles que je n'attendais pas, celles que j'ai provoquées (j'ai eu de l'audace, cet été, et je ne parle pas seulement des escaliers de pierre à deux heures du matin). Quelques mots lancés dans le vide pour voir s'ils atterriraient quelque part. Ils ont visiblement traversé le gouffre et ont été récupérés, de l'autre côté. Un fil ténu, auquel je m'accroche désormais un peu trop.

Voilà, tout cela est vraiment trop sibyllin, volontairement sans doute. Pour ma mémoire.
Je reviendrai quand je pourrai, c'est promis.

Tuesday, August 30, 2011

Comme un mardi (45)

...
De ma fenêtre, au réveil.
J'ai peu dormi, cet été.

Je portais, ce jour-là, une longue jupe blanche. C'était le jour de la clôture, de la courette, c'était un jour doux-amer.
(16 août)

Comme un mardi (43)

...
The day after.
Plus rien ne sera jamais comme avant.
(2 août 2011)

Monday, August 29, 2011

Irène, mes valises et moi

...
Irène est passée par chez moi et a été clémente. Alors qu'autour de moi, je n'entends parler que coupure d'électricité, inondation, arbres en travers des routes, je ne peux me plaindre que d'une nuit un peu angoissée et d'un peu d'eau dans la cave (avant d'entendre les récits des autres, je disais "Cave inondée!"; maintenant je relativise).

Oui, j'ai, comme tout le monde, couru partout vendredi pour faire le plein de bouteilles d'eau (3 supermarchés avant d'arriver à dénicher un pack, l'avant-dernier du rayon), de boîtes de conserve, de paquets de chips et autres nourritures non périssables. Pas moyen de mettre la main sur des lampes de poche, les magasins avaient été dévalisés. Tant pis, on en a deux ou trois. En fin de compte, nous sommes parmi les rares dans le coin qui n'avons pas eu de coupure d'électricité et internet a tenu le coup sans défaillir, ce qui m'a permis de rassurer ma famille et de continuer la correspondance secrète qui m'enchante, ces derniers temps.
Oui, j'ai rempli ma baignoire et toutes les casseroles, bols, bassines d'eau, en prévision d'une coupure qui nous gênerait pour nous laver et pour tirer la chasse (trrrrrès embêtant). Pas de coupure, j'ai pu ce matin vider la baignoire et ranger les casseroles.
Oui, j'ai scotché du carton sur les fenêtres des chambres des garçons.
Oui, j'ai passé une (courte) nuit un peu difficile, installée par terre dans le den avec Dudie, parce que les deux gros arbres de l'autre côté des murs de nos chambres bougeaient un peu trop. Une poignée d'heure à dormir, quelques unes à s'inquiéter, et tout le reste à éponger la cave.
Oui, j'ai écouté les vents violents, la pluie incessante, le grondement du ruisseau devenu torrent, en bas de notre jardin, en me disant qu'un ouragan, par définition, passe et va voir ailleurs s'il y a mieux à détruire.
Et voilà, c'est fini, Irène est passée et nous sommes parmi les chanceux qu'elle n'a pas trop embêtés. Quelques heures d'épongeage, de serpillage et de séchage, et la cave est redevenue elle-même.
Ma semaine de pré-rentrée (4 jours pleins de réunions et séminaires) s'est transformée en "temps pour moi" (non, j'exagère, j'ai tellement de boulot en retard... Disons "période de rattrapage"): l'école est sans électricité, fermée jusqu'à la semaine prochaine. Les réunions ont été réduites à presque rien, la rentrée est décalée d'un jour.
Du coup, j'ai plus de temps pour ranger mes valises, qui traînent depuis presque une semaine, et c'est tant mieux.

Après le tremblement de terre qui nous a longuement retenus dans l'aéroport de Montréal, l'ouragan qui nous a accueillis à peine arrivés, je peux dire: I luvvvve NJ! Maintenant quoi? Une tempête de neige?

Merci de tous vos mots gentils. Je reviens bientôt - je ne sais pas encore sous quelle forme, mais je reviens. Merci encore d'être là.


Sunday, July 24, 2011

Pas de mardi (41)

...
Mardi est le seul jour de la semaine dernière où je n'ai pas pris de photo.
Mardi à Paris, mardi gris, mardi pluie.
J'aurais tellement, tellement aimé être heureuse d'être là, profiter, marcher dans les rues, voir des amis et d'autres qui le sont presque, boire un verre en terrasse, raconter des bêtises jusque tard dans la nuit - mais voilà, un voile sombre couvre tout et je n'ai qu'une hâte, partir. L'angoisse gagne insidieusement, et je plie. A part un mercredi au Louvre, promis depuis un an, je n'ai rien pu faire de mon passage à Paris. Une courte visite à un nouveau-né m'a presque fait défaillir d'anxiété. J'ai acheté des pyjamas - pour les garçons et aussi un pour moi -, des pulls - il fait froid, et puis j'ai rebroussé chemin.

Tout ce que je pensais laisser derrière moi, je l'ai retrouvé en fait ici.
L'année dernière, je n'attendais rien de mon été, j'étais arrivée complètement vidée - d'énergie, d'espoir, de perspective - et je suis repartie tellement plus forte. Tout ce qui m'avait alors accueillie, entourée, regonflée, je l'attendais cette année, j'y comptais. Hélas, rien de cela. La tristesse, la souffrance, la peur - une juste continuation de mon année.
Et la pluie, le froid, pour s'accorder avec l'humeur du moment.

Wednesday, June 22, 2011

Comme un mardi (37)

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Ma main sans bague, exactement 14 ans après mon mariage. Toute une journée à traîner mon épuisement, comme une peine dont on ne se débarrassera jamais. A quand la fin de la tristesse?

Monday, May 23, 2011

Bientôt les éclaircies?

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Les pieds mouillés et la tête dans les nuages. Je ne compte plus les jours de pluie - ils se suivent sans interruption - mais je tiens le compte des quarts d'heure de soleil - samedi, tu sais, entre 10 heures et quart et 10 heures et demie.

Trois personnes différentes m'ont dit la semaine dernière que quelque chose avait changé, que j'avais l'air moins stressé, que je paraissais plus sereine, que mes couleurs étaient revenues. C'est incroyable comme ça fait du bien à attendre. Je me suis rendu compte que c'était certainement vrai, malgré le printemps de chien trempé et la maison à vendre et l'état de débordement permanent qui est mon quotidien. Pas moyen de comprendre pourquoi, quand, comment. Le Catalan, lui, avait une explication: "C'est parce que tu as pris la décision de partir en France cet été. Rien que l'idée, te voilà mieux." Et il a raison, comme pour beaucoup d'autres choses.

Bon, bien sûr, il a fallu que Paolo fasse des siennes, histoires de ne pas me laisser remonter la pente trop haut. Un coup de poing reçu, deux donnés (fort), l'autre gamin rentre à la maison avec des marques (que les parents prennent en photo pour les envoyer au directeur) (on est aux US, quand même), un coup de fil de la maîtresse et voilà mon weekend foutu en l'air, à craindre le renvoi pur et simple. Mon angoisse génère celle du délinquant, qui n'arrive plus à dormir; mes craintes me rendent hargneuse, et les siennes le transforment en pile électrique. Quand arrive lundi matin et la perspective d'un passage dans le bureau du directeur, nous sommes l'un et l'autre complètement survoltés. Avant même d'arriver à l'école, nous nous sommes débrouillés pour avoir trois gros clash. Je le dépose devant l'entrée de l'école, et il refuse de me faire un bisou. Le ventre noué, je pars enseigner. Sympa les premières heures quand la tête est de l'autre côté du bâtiment (heureusement, en ce moment on boucle l'année avec un lipdub dans ma classe de AP).
Le même weekend, le fils d'Else disjoncte lui aussi (mais c'est plus grave, parce qu'il a 31 ans). Elle est dans un tel état d'inquiétude et de désespérance que mes petits soucis me paraissent insignifiants, à côté. Être renvoyé d'une école, bon, ce n'est pas la mort, il y en a d'autres, écoles!

Finalement, Paolo s'en tire avec une suspension d'une demi-journée, passée dans la salle de réunion à côté du bureau du directeur. Il y a déjeuné, puis pendant les trois heures suivantes, il a bossé tout seul sur les devoirs fournis par la maîtresse. Il avait l'air plus soulagé qu'autre chose, quand je l'ai récupéré (et moi aussi) (ça ne nous a pas empêchés de nous prendre immédiatement le bec à propos des devoirs).

Maintenant, je voudrais reprendre ma pente ascendante (et mes couleurs). J'aimerais bien me débarrasser de la menace "S'il recommence avant la fin de l'année...", mais avec Paolo, il est impossible de savoir. L'imprévisibilité faite enfant.
En tout cas, j'ai appris que c'était possible, de commencer à reprendre du poil de la bête.