
Il y a un jeune homme dans ma vie.
Un jour, il faudra que je dise: il y a un homme jeune, assez jeune, toujours jeune dans ma vie.
Mais non, impossible. Nous avons presque trois ans de différence. Quand je l'ai rencontré, il avait dix-neuf ans, et moi tout juste vingt-deux. Je n'aurais jamais cru qu'il était si jeune, il n'en avait pas l'air, et je me suis toujours sentie plus immature que lui. Et pourtant ...
Et pourtant il reste le jeune homme dans ma vie.
Je dois l'avoir jinxé, pas d'autre explication aux errances de sa vie d'homme. A croire que je l'ai fixé à jamais dans son éternité de post-adolescence. Jeune homme pour la vie entière.
Quand je pense à lui, très souvent me revient à la mémoire une chanson. Une chanson que nous n'avons jamais écoutée ensemble, une chanson qui date d'avant lui, de mes années de grisaille solitaire, une chanson qu'il ne connaît peut-être même pas. Une chanson qui peut-être ne convient pas, et pourtant, fond sonore de mes pensées vers lui.
TU NE ME DOIS RIEN
Je ne t'entends pas très bien
il y a si longtemps
d'où m'appelles-tu ?
D'où vient
ce besoin si pressant
de m'écouter soudain?
Les poules auraient-elles des dents ?
Ma voix t'a-t-elle manqué
après bientôt un an?
Ce serait une belle journée
et il n'y en a pas tant
je sais me contenter
de petites choses à présent
On enterre ce qui meurt
on garde les bons moments
j'ai eu quelquefois peur
que tu m'oublies vraiment
tu as sur mon humeur
encore des effets gênants
Mais tu ne me dois rien
j'ai eu un mal de chien
à me faire à cette idée
à l'accepter enfin
est-ce qu'au moins tu m'en sais gré
Chacun poursuit son chemin
avec ce qu'on lui a donné
mais toi tu ne me dois rien
Tu ne m'as pas dérangé
je vis seul pour l'instant
mais je ne suis pas pressé
tu sais, je prends mon temps
tout est si compliqué
tout me paraît si différent
On ne refait pas sa vie
on continue seulement
on dort moins bien la nuit
on écoute patiemment
de la maison les bruits
du dehors l'effondrement
Je vais bien cela dit
appelle moi plus souvent
si tu en a envie
si tu as un moment
mais il n'y a rien d'écrit
et rien ne t'y oblige vraiment
Stephan Eicher
Engelberg (1991)
Paroles de Philippe Djian














