Wednesday, April 30, 2008

J'ai aimé avril (2)

Du plus pâle au plus vif...

Moi qui n'aime pas le rose, je m'en suis enivrée. D'un jour à l'autre, d'un arbre à l'autre, je l'ai suivi. Le soir surtout, je l'ai guetté. Il disparaît, le vert envahit tout. Sa fragile saison se dissipe déjà.

J'ai aimé avril (1)

Parce qu'on commence à jouer dehors.


Parce qu'on peut faire du basket en pyjama en attendant que le dîner soit prêt.

Monday, April 28, 2008

Image de soi

...
Jeune, je rêvais d'être fascinante et fracassais ma chimère contre tous les miroirs placés sur mon chemin. Fascinante, non, ce n'est pas moi, je n'ai pas l'étoffe pour cela.
J'ai longtemps voulu être intéressante, et me rongeais les sangs de me sentir banale. Pourtant, je ne l'étais jamais autant que lorsque j'en faisais des tonnes pour faire mon intéressante.
La générosité est à l'horizon de mon idéal. La sérénité est l'impossible projet de ma vieillesse.

Je ne sais comment ne pas voler le mot de Christie, qui, dès que je l'ai lu, s'est imposé à moi comme une évidence. Oui, j'ai le fantasme de la muse, moi aussi. Etre cela, pour ceux qui m'entourent: l'étincelle, l'allumeuse du désir créatif (et du désir tout court, aussi, bien sûr, jusqu'à ce que je me recycle en grand-mère). Je voudrais tellement qu'on se souvienne de moi. C'est ma seule arme contre l'angoisse de la mort.

[Dans les pas d'un message qui m'a inspirée aujourd'hui]

Saturday, April 19, 2008

Couleurs

C'est peut-être le plus beau jour du printemps. Il fait 27°. C'est peut-être le soleil.
C'est peut-être parce que c'est le dernier jour d'école pour les Seniors (les élèves de Terminale) et que toute l'école a l'air en pré-vacances. C'est peut-être parce que l'un d'eux a dit publiquement les plus gentilles choses imaginables sur moi.
C'est peut-être parce qu'il m'a donné un hug qui m'a mis les larmes aux yeux.
C'est peut-être parce que je me suis échappée, à midi, et que lorsque la musique a ouvert la route devant moi et en bleu au-dessus de moi, mon coeur s'est serré de bonheur. C'est peut-être le vent dans mes cheveux et ma voiture filant entre les arbres qui explosent en blanc à mon passage.
C'est peut-être parce que ma chef m'a annoncé une bonne nouvelle.
C'est peut-être parce que deux de mes élèves sont longuement restés après la fin du cours, juste pour parler avec moi.
C'est peut-être à cause de mes ballerines et de ma nouvelle jupe.

C'est peut-être parce que le printemps est un vin plus puissant que celui que j'ai bu ce soir, qui a pourtant les couleurs exactes de la lumière à 6 heures et demie du soir en avril.

J'ai passé une très bonne journée.

Friday, April 18, 2008

Maison

Il paraît que nous allons acheter une maison. Mais rien n'est fait, rien n'est fait, ne nous emballons pas! Chat échaudé craint l'eau fraîche, l'expérience de l'année dernière nous rend circonspects. Voilà pourquoi "il paraît".
Et aussi, "il paraît", parce que je n'arrive pas à y croire. Ce n'est pas de l'émerveillement, c'est un doute chevillé à ces difficiles derniers mois.
Bizarrement, la maison dont il s'agit, j'en parlais déjà l'année dernière... C'était celle que nous n'avions pas choisie. Nous y revenons, finalement.

Cette décision remue tellement de doutes, d'inquiétudes, soulève tant la poussière des désaccords accumulés sur onze ans, que je ne peux me réjouir. J'attends, j'attends de voir venir.

[Sur la photo, c'est la maison dans laquelle j'habite actuellement, bien plus jolie que celle que nous allons peut-être acheter. J'ai tellement mal au coeur de la quitter... Mais nous n'avons pas le choix, d'une manière ou d'une autre, il faut lever le camp avant fin juin.]

Tuesday, April 15, 2008

Neige d'avril

...Oh! la merveille, la douceur, le duvet, la couleur, les odeurs... Ivresse!
Même les jours alourdis de fatigue, même les jours tendus, tordus de soucis, impossible d'échapper à l'enchantement.

[Pour ceux qui sont de l'autre côté de la terre et qui entrent dans l'hiver... Je pense à vous!]

Sunday, April 06, 2008

Oh! ça commence...

...
D'abord une petite solitaire, les pieds dans la boue, juste à côté de ma boîte aux lettres.

Puis, deux jours plus tard, ses copines.



Mercredi, pour la première fois, des couleurs sur quelques arbres nus. Chez moi, elles attendent toujours, frileusement enveloppées dans leurs fourreaux roses et verts.



Beaucoup de jaune, tout à coup.



Et puis, aujourd'hui dimanche froid et gris, un peu de magie: sur des branches enchantées, des fées-fleurs en robes de fête...


Cette année, en particulier, j'ai l'obsession de ne rien rater de l'arrivée des fleurs. Mais elles sont tellement plus rapides que moi, tellement ellusives...

Thursday, April 03, 2008

Réversibilité

Je ne sais pas où il est, je ne sais pas qui a eu cette brillante idée ni qui a pris la photo, mais si je savais où le trouver, j’y courrais derechef. De le voir, là, sans ombre sur son visage, les yeux toujours aussi verts, j'ai reçu un grand coup dans le ventre. Qui m'a envoyé cette image? Il me regarde (car je ne doute pas qu'il me regarde, moi, à travers toutes les épaisseurs des intermédiaires qui nous séparent, tout cet espace et tout ce temps) directement, droit devant. J'ai failli défaillir lorsque la photo s'est lentement téléchargée, ligne par ligne, avec une hésitation, une pause, au moment de découvrir sa bouche, son sourire ironique que j'aimais tant embrasser. Le monde est tout petit et celui qui a eu la cruauté ou le génie de rappeler mon amour à ma tendre mémoire a su me trouver dans l'anonymat du vague cyberspace. Suis-je si facilement repérable, ma vulnérabilité clignotant sur mon front, suis-je une cible si facile qu'il suffit d'une photo même pas tout à fait nette pour me faire tomber à la renverse?

Je ne peux détacher mes yeux de ce visage tant aimé. Demain, je le chercherai, je remonterai le courant. J'ai voulu pratiquer la terre brûlée, quelle vanité. Je n'ai pourtant pas la force, ni ne l'aurai jamais, de me couper à jamais de lui. Il suffit de le reconnaître: je ne pourrais jamais prétendre que je ne l'aime plus.


[Cette déclaration est ma cinquième (et dernière, hélas!) participation au Sablier du printemps lancé par Kozlika. L'amorce vient du billet On efface tout et on recommence de Tassili.]