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C'est bel et bien reparti ... les petits yeux, des matins grincheux jusqu'aux multiples réapparitions bien après l'heure officielle de l'endormissement.
C'est tellement dur (pour moi qui aime tellement dormir) d'arracher mon Paolo à l'étreinte de son oreiller. Eyes close shut, serrés comme ceux des nouveaux-nés, il murmure d'une voix embrumée "Encore deux minutes". Mais si je le tire de son lit manu militari, il perd sa mollesse de bébé et devient une furie, lutte contre moi et envoie tout balader. Je suis (pour l'instant) plus forte que lui, et comme je lui bloque le chemin du retour vers le bienheureux enfouissement dans le sommeil, il suffoque de rage et de chagrin: "Mais pourquoi je dois me lever?..."
Je récite la comptine des matins: il est l'heure de se lever, nous ne voulons pas être en retard à l'école, qu'est-ce que tu veux pour le petit déjeuner? ("RIEN!!"), as-tu bien dormi? ("NON!!), tu as vu, il pleut, tu veux mettre ton T-shirt rouge?, j'ai retrouvé ton doudou bleu...
J'essaie de le distraire de son sommeil, de l'arracher à sa brume et je le pousse gentiment hors de la chambre. Il se jette rageusement sur le canapé et je l'y laisse un moment décanter sa sortie de la nuit. Je prépare les petits déj, je discute un peu avec le grand, je fais chauffer les gamelles pour les lunch boxes, je repasse parfois. Il finit par arriver dans la cuisine et s'effondre sur sa chaise. Son frère a déjà fini, il est parti lire dans le salon et feint d'ignorer mes injonctions répétées (Lave-toi les dents-les mains-le visage!).
Mon Paolo a posé sa tête sur ses bras croisés et fermé les yeux. Il ne veut pas déjeuner, il ne veut pas boire son jus de pomme; il veut juste dormir.
Je ne me fâche pas, je ne crie pas, même si je vois l'heure tourner et mon inquiétude quotidienne du départ pour l'école commencer à me vriller l'estomac. J'ai posé deux "vitamines" à côté de son verre, il n'en veut pas, il ne veut pas entendre parler du calcium qui rend les os solides. "Ce n'est pas important, les os solides, ce qui est important, c'est la peau qui doit être solide". Quand même, il mange la moitié de sa banane et il finit son jus de pommes en m'écoutant expliquer qu'avoir les os solides, c'est quand même un avantage (rapport aux jambes cassées, par exemple, qui empêchent de faire plein de choses intéressantes comme courir ou jouer au foot).
Le temps s'accélère, j'expédie le petit dej, ce soir la vaisselle, et j'entraîne Paolo vers le débarbouillage. Je vérifie au passage celui de Dudie ("Tu veux bien me rebrosser ces dents, et ne me dis pas que tu y as passé 2 minutes, je ne te crois pas!")
Paolo s'habille pendant que je finis de me préparer. Il vient frapper à la porte de la salle de bain. Il veut savoir si les vitamines, on peut les sucer. Oui. Mais est-ce qu'on doit les sucer, ou on peut les croquer? Tu fais ce que tu veux, si tu les croques, ça va plus vite, mais c'est toi qui vois.
Mon petit discours sur les jambes cassées a fait son effet à retardement.
Le temps que je fignole les derniers détails, ils sont prêts tous les deux, harnachés dans leurs cartables et ils ont déjà commencé à discutailler pour savoir qui fermerait le garage. Ils ont tous les deux les yeux grand ouverts, bien réveillés, la journée commence. Moi, j'ai l'impression d'avoir déjà beaucoup fait. Chaque matin, petite victoire, nous sommes prêts à temps (ou presque). Chaque matin, mes petites négociations avec le temps qui passe et me bouscule. Je sais que je n'aurai pas tous les jours la même patience, les laisser suivre leur rythme et m'arranger pour les faire marcher au même pas que moi en même temps.
Nous partons à pied vers l'école.
