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Saturday, September 11, 2010

Chronique d'un été amoureux - 45 ans

...
Je savais que tu allais m'écrire aujourd'hui. Je le savais. Je n'ai cessé de penser à toi hier. Au cours d'une de mes crises de grand rangement (une tous les deux ans) (et c'était hier), j'ai retrouvé - gardant les traces des pliages successifs, et fané jusqu'à rendre l'encre incolore - ton numéro de portable, celui que tu m'avais donné quand nous nous étions croisés, il y a longtemps, sur le bord de la route. Tu t'étais garé pour me parler. Ta fille venait de naître, mais elle n'était pas là, ni sa mère, et tu avais l'air perdu. Tu m'as dit, quelques années après, que je semblais tellement sûre de moi ce jour-là. Je ne l'étais pourtant pas, si peu habituée à t'imaginer en père.

Hier aussi, je suis tombée par hasard (enfin, presque par hasard. Il y a si peu de hasard dans ces affaires-là) sur une chanson qui m'a fait penser à toi. Je te l'envoie. Rien de romantique, non, ne t'y trompe pas. Je ricanais toute seule, en pensant que les premiers mots de la chanson sont exactement ceux que tu aurais pu me dire.



En rentrant, à la fin de l'été, la première chose que j'ai faite a été de ressortir de vieilles photos. Ta provocation ("Tu es mariée, toi?") m'a fait rouvrir l'album de mon mariage - il a fallu ça, au moins. Et tu y étais, bien sûr. Tu étais beau, dans ton habit de lumière. Je n'oublierai pas, jamais, ce que tu m'as dit, cette nuit-là, en me serrant dans tes bras. "Sois heureuse, au moins." J'ai promis. J'étais alors si sûre. Est-ce que je t'ai trahi, en accumulant tant de sable dans mon petit camion?

Hier encore, j'ai cherché (et si vite retrouvé, c'est incroyable les ramifications qui permettent d'accéder à un savoir dont on ne possède que le début d'une bribe, un lambeau de souvenir) l'expression brésilienne dont tu m'avais parlé, une nuit dans la chambre d'en bas.

Allez, ne t'inquiète pas. Même si tu te dis que tu n'aurais pas dû accepter mon invitation, ça ne sera pas allé plus loin qu'une danse. Ce n'était qu'un point dans notre histoire en pointillés - un trait si tu le souhaites, il commence à se faire tard. Tu m'as donné, sans doute sans même t'en douter, la force de continuer, de recevoir encore quelques autres pelletées de sable. Le temps que nous avons passé ensemble ne pourra nous être décompté. Il n'est qu'à nous. Le plaisir que nous en avons tiré (ou alors, suis-je présomptueuse? que j'en ai tiré) ne me donne aucun remord, juste le regret de m'être fourvoyée quelques années plus tôt, au mariage de Franck. Tu sais de quoi je parle, mais tu ne veux même pas qu'on évoque ce soir-là.

Tu vois, il y a tant de strates de souvenirs, entre toi et moi, que nous pourrions passer des nuits entières en réminiscences. Tsss. Voilà ce que c'est que d'avoir des amis d'enfance. Ou du moins des amis qui vous ont connue quand vous étiez enfant.

Allez, ne regrette pas d'avoir accepté mon invitation. Tu y crois, toi, au bonheur qui existe sous d'autres formes qu'en impromptues micro-doses?

J'ai 45 ans, un soir de début septembre.

Tuesday, August 24, 2010

Chroniques d'un été amoureux: 21 ans

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J'ai vingt et un ans.
Ma tête me dit quelque chose, mon coeur et mon ventre le contraire. Il faudrait que je m'arrête là, que je tourne au coin de la rue et que j'aille me coucher. Arrête-toi, arrête-toi. Je continue. Il m'a vue, il s'est arrêté pour m'attendre. Je le rejoins et nous suivons sans nous presser le groupe qui descend la rue vers le parking. Il n'y a rien d'autre à boire que des bières, je m'en plains. Cela ne nous donne envie ni à l'un ni à l'autre de retrouver ceux qui nous précèdent. Il me dit qu'il n'a suivi qu'à moitié convaincu les gamineries de la soirée. Nous nous arrêtons devant le jardin du presbytère, il me montre le lierre dont il voulait se servir pour décorer le Grand Déménagement sur la place. Sans nous consulter, nous entrons dans le jardin d'habitude fermé. Un bruit sourd nous fait sursauter: une poire vient de s'écraser par terre, un de ces perous dont je me régalais tant quand j'étais enfant que je m'en donnais mal au ventre. Il se demande ce que c'est que ce truc, je lui réponds que c'est le bassin où on avait mis les truites pour la pêche des enfants. Les voix et les pas des autres s'éloignent. Le calme retombe sur le tout petit jardin et nous au milieu. Il est un peu plus d'une heure du matin. Je lui parle de Françoise des bébés dont c'était le jardin. Nous sommes debout, visibles et empruntés. Je lui dis "Viens t'asseoir" et je l'entraîne vers la bordure d'un lit de fleurs, quelques pierres à peine assez larges pour poser nos fesses. Nous sommes assis l'un près de l'autre. Nous regardons devant nous la maison muette et sombre d'Huguette, en nous demandant si on peut nous voir.
- Non, je crois que les chambres sont de l'autre côté. De toute façon, le lierre couvre complètement la fenêtre, il serait impossible de l'ouvrir.
- Oui, mais on peut regarder entre les volets...
Une autre poire tombe de l'arbre. Nous sommes assis l'un contre l'autre, nos épaules se touchent, nos jambes s'effleurent. Nous chuchotons, remuant le passé.
- Je ne sais même plus quand ou comment notre histoire a fini.
- Elle n'a jamais vraiment fini. Jamais de façon claire.
- Mais qu'est-ce qui s'est passé, alors?
- Je ne sais pas.
Il y a bien sûr tant de choses qui ne sont pas dites.
- Tu te rends compte que la seule fois que je suis venue à Montpellier, c'est chez lui que tu m'as emmenée?
- Oui, je sais.
Deux filles remontent la rue. Nous sommes immobiles. Elles ne peuvent que nous voir, le mur du jardin est si bas. Pourtant elles passent sans tourner la tête vers nous. Le bruit de leur conversation et de leurs pas sur le gravier diminue. S'éteint. Nous bougeons à peine. Nous sommes assis blottis l'un contre l'autre. Nos mains s'attrapent, s'enlacent. Ma tête contre son épaule et son souffle dans mon cou. Je me souviens, je me souviens. Il suffit de tourner la tête, à peine, pour que nos visages soient face à face, nos bouches à même hauteur. Ce mouvement infime, je tourne la tête vers lui, je sais ce que je fais. Nous nous embrassons dans un jardin minuscule, à côté d'un poirier qui perd ses fruits et de l'église qui sonne ses demi-heures, entre une heure et demie et deux heures du matin. D'autres voix et d'autres pieds qui font rouler le gravier. Il me tient dans ses bras, nous ne bougeons pas du tout. Je sens son odeur de lavande, les yeux fermés.
- Et maintenant, jusqu'où on va?
Sa main sous ma veste, sous ma chemise, caresse mon dos, le creux de ma taille, remonte.
- Quand il y a le contact de la peau, c'est difficile de s'arrêter...
Encore une poire. Les pierres deviennent inconfortables et il se rend compte qu'il y a une limace à côté de lui. En bougeant, nous dérangeons les fleurs derrière nous et je réalise d'où venait l'odeur que j'avais cru sienne.
- Tu sens la lavande?
Je fais oui de la tête. Nous nous sommes levés, nous nous tenons debout, en pleine vue - mais il n'y a personne d'autre que nous, enlacés, serrés l'un contre l'autre au milieu du jardin, au milieu de la nuit. Il me murmure dans l'oreille ce que je sens aussi au creux de mon ventre. Les poires continuent à tomber, les limaces se baladent en liberté. Je ris.
- Pas ici!
Il me regarde. Il ne m'en faut pas beaucoup pour me décider. Je lui tends la main.
- Viens, j'ai une idée.
Il me suit, mais je sens une légère hésitation.
- Tu es prêt à courir un risque?
Nous avons fait le tour du jardin, nous marchons main dans la main, comme des amoureux, devant la maison de Huguette, nous remontons la rue vers le garage de ses cousins, la maison blanche de la tante de Céline et là-bas, plus loin, la maison de Bonne Maman.
- Tu as peur?
- Un peu.
- Ne t'inquiète pas!
Il me donne envie de rire. Je l'embrasse.

Plus tard, bien plus tard, je lui ai demandé si cela valait le risque. Cette fois, c'est lui qui m'a embrassée.
J'ai vingt et un ans, une nuit d'août.

Sunday, August 22, 2010

Chroniques d'un été amoureux: 17 ans


...
J'ai dix-sept ans.
Au réveil, mes lèvres sont rouges, mes joues roses, mes yeux brillants et cernés comme qui a embrassé trop tard dans la nuit.
Trop peu d'heures de sommeil de compteur, mais cette légèreté qui me soulève, me donne envie de chanter (personne ne veut m'entendre chanter). L'air est brillant, les couleurs tellement éclatantes qu'elles me font presque mal aux yeux. J'attends ce que la journée va m'apporter avec une secrète trémulation. J'ai envie de danser. Le contraste entre ma grande agitation intérieure et le calme apparent avec lequel il faut aborder les détails de la vie en famille me fait tourner la tête. Tout à l'heure, je le verrai. Et...?
J'ai dix-sept ans, un matin d'août.

Saturday, February 14, 2009

Just the beginning

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Je vous émeus. Je le sais, ne vous en défendez pas. Il suffit que je tourne légèrement la tête vers vous, que je vous regarde en oblique, sans cesser ma conversation, pour que vous perdiez contenance. Je vous ai surpris deux fois à bafouiller. L’homme en face de moi me parle de ses recherches, de sa thèse, des documents qui ont disparu quand son disque dur lui a fait faux-bond. J’écoute, je pose des questions, je compatis, mais je vous regarde.

La jeune femme à qui vous parlez vous dévore des yeux. Elle ne comprend rien à ce que vous racontez, la poésie du 19e siècle l’indiffère profondément, mais elle boit vos paroles, et cela vous donne confiance, d’avoir un auditoire conquis. Vous haussez la voix, pour couvrir les vagues tourbillons de l’accordéon qui constitue le bruit de fond (soirée française, l’hôtesse a cru bien faire), et je vous entends proclamer le génie unique, inégalé de Rimbaud. La bouche rouge carmin de votre auditoire fait un O, elle veut lire l’intégrale des poèmes de Rimbaud, là, tout de suite.

Je me lève pour partir, et je vous sens vous affoler. Je prends congé, vous commencez à traverser la pièce, plantant là votre admiratrice éplorée. Vous surgissez dans le couloir, au moment où l’hôtesse me tend mon manteau. Vous restez là, embarrassé, ne sachant que dire, entre deux femmes qui attendent une explication forcément alambiquée et menteuse. Finalement, vous vous tournez vers moi, et je vois combien vous êtes jeune. Vous parlez vite, vous dites un peu n’importe quoi, je vous trouble, jeune homme. « Je vous ai entendu parler de Baudelaire, tout à l’heure. C’est drôle, parce que moi aussi je parlais de lui ! C’est si drôle, hein ! Et, voilà, il se trouve … Bon, la semaine prochaine, je vais donner une conférence, enfin, je veux dire un … une lecture, vous savez, sur Baudelaire. Peut-être que ça vous intéresse ? Si vous voulez venir, je vous donne ma carte, appelez-moi, je vous enverrai toutes les informations, c’est sur l’expérience de Baudelaire sur les barricades, en 1848, et les répercutions de son désenchantement politique sur sa poésie… » Votre voix défaille. Vous reprenez faiblement : « Le spleen, tout ça… » Je me concentre pour ne pas me mettre à rire. Je tiens dans la main votre carte.

L’hôtesse me demande si je sais où se trouve la station de taxis. Immédiatement, vous vous proposez pour m’accompagner. Vous vous glissez derrière moi dans l’ascenseur minuscule. Je vous regarde de près, décidément, vous êtes très beau. Je romps brusquement le silence dont vous ne saviez que faire : « 'Le spleen, tout ça '… ? » Vous rougissez, vous vous excusez, vous promettez que vous êtes d’habitude plus éloquent, mais là… « Là … ? »

Heureusement, l’ascenseur s’immobilise. Nous sortons dans le froid. Vous êtes sans manteau. Je mets mes gants. Nous marchons sans parler. Pas de taxi à la station, mais vous insistez pour attendre avec moi. Vous soufflez sur vos mains. Je vous propose, vous ne vous y attendiez pas, de les mettre dans mes poches. Je m’avance vers vous et comme vous demeurez immobile, un peu étourdi (il vous faut apprendre à réagir plus vite, jeune homme !), je saisis vos mains et les mets avec les miennes dans les poches de mon manteau. Nous sommes maintenant face à face, je sens votre odeur, parfum et cigarettes mêlés, votre léger tremblement, qui devient un frémissement lorsque je me rapproche et m’appuis, à peine, contre vous. Je vous demande, la joue sur votre chemise : « Et quand est-elle, cette conférence sur Baudelaire ? » Vous avez du mal à garder vos idées en place, il vous faut une seconde avant de me répondre, d’une voix un peu rauque : « Le 8 ». Je me détache brusquement de vous, lève la main pour arrêter le taxi jaune qui pile devant moi. « Hé bien, je vous verrai le 8, alors ! » Je vous fais un signe de la main tandis que vous restez planté là, les bras ballants, abasourdi.

Vous me faites sourire. Vous ne vouliez tout de même pas … ? Nous avons le temps, vous savez. Un jour, un soir, je me pencherai vers votre beau visage indifférent. D’ici là … Laissez se dérouler la douce pente des relations éphémères. Un jour, il sera temps d’accélérer vers la fin. Je verrai dans les vôtres le reflet de mes yeux suppliants et je vous dirai – inutilement – « Je vous aime ».

[C'était ma participation à "Dis-moi dix mots", lancés par Kozlika. J'espérais pouvoir caser ma déclaration sur le site jevousai.me, mais je crains qu'elle ne soit un peu trop longue... ]

Tuesday, January 20, 2009

Le pouvoir du grimoire

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Les potions magiques, c’est très facile. Il suffit d’avoir quelques ingrédients de base (la cendre volcanique et le venin d’Acromentula sont indispensables). J’ai toujours eu une sorte d’appréhension à l’égard de ce genre de chimie. J’avais tort, je le reconnais : c’est vraiment enfantin, à condition de suivre à la lettre les instructions. A la lettre, au milligramme, au doigt et à l’œil. Ça tombe bien, je suis douée pour l’obéissance. Bonne élève par habitude.

Je suis tombée sur ce vieux grimoire dans une boutique poussiéreuse et sombre, sur le chemin de Traverse. J’étais entrée là par hasard, parce que j’avais envie de bonbons, et il y avait justement dans la vitrine un œil en gélatine orange, plein de saloperies (high fructose corn syrup, colorant en tous genres, E 104, E 122…), le genre sur lequel j’aime passer ma frustration. Les quatre personnes assises à une table dans un coin m’ont regardé entrer d’un air méchant, surtout l’homme au grand chapeau – visiblement, je dérangeais.
- Ne vous inquiétez pas pour moi, je leur ai dit, Je ne fais que regarder.
Pour ne pas faire ma vorace, avant de m’emparer de l’œil convoité, je suis allée faire un tour du côté de la bibliothèque qui tapissait le mur du fond, du plancher au plafond, croulant sous les vieux livres moisis et les opuscules prêts à tomber en poussière. Par hasard, ma main s’est posée sur ce grimoire … ça a fait des étincelles. Les quatre dans le coin n’ont rien vu, même si la femme en robe noire et rouge me jetait de temps en temps des regards acérés. Seul le vieux chat borgne a eu l’air intéressé. J’ai fait glisser le grimoire dans mes mains. Il s’est ouvert tout seul à la page :
Potion de vengeance contre deux sorcières trompeuses et voleuses d’amour.
Je n’en revenais pas. Je l’ai vite refermé, pour que personne ne voie. Une femme s’était approchée de moi sans bruit, ce devait être la propriétaire du lieu ; elle m’a demandé :
- Je peux vous aider ?
- Oui, non, c’est-à-dire … Combien coûte ce grimoire ?
Elle a secoué la tête :
- Il n’est pas à vendre. Trop mauvais état.
J’ai protesté que je voulais le prendre quand même et elle m’a regardé d’un air soupçonneux. Et puis elle m’a dit :
- Je vous le prête jusqu’à demain. Ramenez-le moi sans faute, et en bon état – enfin, dans l’état où il est aujourd’hui. S’il n’est pas de retour à 5 heures demain, il prendra feu.

Je ne me souviens pas si je l’ai remerciée. Je suis partie en courant, serrant le grimoire contre moi. Chez moi, j’ai trouvé tout ce qu’il fallait dans l’armoire du sous-sol, que ma mère maintient bien stockée. Elle ne prend jamais la peine de la fermer, elle est tellement sûre que je n’ai aucun pouvoir magique…
J’ai rouvert le livre. A la même page. Cette fois, j’ai pu lire :
Potion pour réduire au silence voisin malfaisant.
Ce grimoire lisait en moi comme un livre ouvert.

Je me suis entraînée toute la soirée. Mes potions bouillonnaient, dégageant des odeurs âcres et des fumées noirâtres. Contre la femme qui m’empoisonne les journées. Contre l’homme qui refuse de m’entendre. Contre les mauvaises gens qui me ridiculisent. Contre, contre… Ce n’était pas seulement facile, c’était grisant.

Je me suis endormie, le grimoire serré contre moi. Au bruit de la porte, je me suis réveillée brusquement, craignant de voir la haute silhouette de ma mère. Mais ce n’était qu’un coup de vent. Les potions, flaques brunâtres et immobiles dans leurs chaudrons, alourdissaient l’air de leurs effluves saumâtres. A quoi bon, à quoi bon m’être enfin délivrée de ma condition de Squib (je savais bien que ma mère me mentait !), si je ne me sers de mes pouvoirs que pour assouvir mon amère soif de revanche ? J’ai tout rangé, tout nettoyé. Au dernier moment, je n’ai pu résister à ouvrir le livre une dernière fois. Cette fois, la page disait :
Potion reconstituante pour sorcière démoralisée.
J’ai ressorti un chaudron, 14 mg de poudre volcanique, quelques larmes de pixies, une mesure de jasmin séché et j’ai commencé à suivre les instructions. Après un quart d’heure, la potion s'est mise à sentir le printemps. J’ai immédiatement eu envie de me mettre en manches courtes. Une fois versée dans une toute petite fiole, la potion vert-bleu à reflets dorés m’a paru la plus jolie chose que j’aie jamais vue. Je l’ai glissée dans ma poche, et je suis partie rendre le grimoire. Dans la vieille boutique, les quatre d’hier prenaient le thé et ils m’ont invitée à venir manger un scone. La propriétaire a remis le grimoire à sa place, sans me poser de question. Dans ma poche, j’avais l’impression que la petite fiole chantait. De mes rancoeurs, je ne gardais que l’enveloppe vide, la trace.
- Comment s’appelle ce grimoire ?
La couverture était trop abîmée pour qu’on puisse en lire le titre.
« Principes de catharsis appliqués. Potions et enchantements »


[Sixième participation aux Sabliers Givrés de Kozlika. Amorce proposée par Krazy Kitty, à partir d'un autre billet de mes billets: Potions Magiques. J'expliquais les mélanges et les expériences auxquels s'étaient livrés une dizaine de petits apprentis sorciers, lors de la fête d'anniversaire "Harry Potter", pour les neuf ans de mon grand garçon. Je m'étais vraiment décarcassée, mais ça valait la peine!]

Monday, January 19, 2009

Court printemps

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C’était le soir béni où l’air était tiède et sentait la montée de sève. Le soir attendu où la fenêtre était enfin ouverte et où je brûlais d’envie d’être en manches courtes. Je savais qu’il fallait en profiter : ils avaient annoncé que le printemps durerait à peine 8 jours, ce cycle, et l’été juste 3 semaines. Le cycle dernier, la récolte avait été optimale, et il y avait des surplus de fruits et légumes. En revanche, on manquait de raisin et de pommes. Alors il avait été décidé de prolonger l’automne. Et comme ça faisait plusieurs cycles que l’hiver était à son minimum de 4 semaines, il fallait imposer un hiver maximum (12 semaines), pour permettre aux champs de reconstituer leur matière organique et pour tuer tous les virus qui se développaient à vitesse galopante. En passant devant l’Intergal Hospital, hier, j’ai vu une queue de plusieurs centaines de mètres, que les infirmiers en tenue sanitaire tentaient de circonscrire en tendant de grands draps stériles entre les malades et … les autres (qui sont peut-être aussi malades, mais qui n’ont pas le temps de s’interroger sur leur santé ?) Profiter, profiter… Je me le répétais, alors que la fin de la journée avait sonné et que je me dépêchais d’accomplir les ablutions obligatoires. Je n’aime pas ça, mais je m’y soumets sans rechigner, parce que je sais que notre boulot nous rend particulièrement sensibles aux bactéries et aux virus. Après la douche décontaminante, je me suis habillée à toute vitesse, et, à défaut de manches courtes, j’ai retroussé celles de ma combinaison. Evidemment, on ne m’a pas laissé sortir ainsi, et j’ai dû fermer toutes les attaches de ma combinaison. C’est paradoxal de penser qu’il y a quelques siècles les femmes devaient couvrir leur peau au risque d’être accusées d’indécence, et maintenant, après être passés par une phase de « décomplexion » extrême, nous revenons à une pruderie maximale (le moins de chair exposée possible, peu ou pas de contact direct entre individus) pour des raisons sanitaires, et non morales (ou bien ?...)
J’avais rendez-vous avec Teryl pour aller voir une expo, mais l’idée même de m’enfermer dans un local à ciel synthétique me dégoûtait. Quand ma tablette m’a livré le message d’Ani (« URGENT : Viens vite à la porte Est des Jardins, j’ai une autorisation pique-nique ! »), j’ai senti que la première soirée de printemps allait tenir ses promesses. J’ai changé de direction, attrapé une place libre sur un vélo-triplace en direction des Jardins, et j’ai pédalé comme une furie avec l’envie de chanter à tue-tête. A la porte Est, j’ai retrouvé une Ani toute agitée, avec deux énormes sacs bruns (je ne sais comment elle ne s’est pas fait arrêter : les sacs non-transparents provoquent la suspicion systématique des contrôleurs) : « Vite, vite, les autres nous attendent, nous n’avons que trois heures ! » Je me suis excusée d’arriver les mains vides, mais elle a balayé d’un geste mes apologies : « On a tout ce qu’il faut ». Je me suis demandée qui était ce « on ». En fait, ça fait un moment que je n’ai pas vu Ani, et je sais que dans son nouveau boulot, elle a développé de nouvelles connaissances. A l’entrée des Jardins, nous avons été inspectées, désinfectées et les deux sacs ont été fouillés. Tout à l’intérieur était sous vide, ce qui fait que rien n’a été confisqué. Les Jardins sont les seuls endroits préservés, les entrées sont très contrôlées pour éviter tout risque de contamination. Une contrôleuse nous a rappelé les règles : On ne touche à rien, on ne détruit rien, on ne laisse rien après notre passage, et surtout on ne cueille rien. Et puis, de manière inattendue, elle a souri : « Pourtant, aujourd’hui, nous avons une petite surprise : il y aura un quart d’heure de cueillette autorisée des premières framboises. » Je n’ai jamais de ma vie cueilli des framboises. Je savais que cette fenêtre ouverte, la seule de l’usine, était d’heureuse augure. Nous avons rejoint les autres dans l’emplacement qui nous était réservé, à côté de la roseraie. On m’a présentée, on a déballé le pique-nique (même les sandwiches standard ont l’air meilleur, quand on est assis sur l’herbe) et quelqu’un a sorti une bouteille de vin. C’était la première que j’ai vue depuis 6 mois ! On a partagé, ça ne faisait pas beaucoup par personne, mais l’air doux était autrement plus enivrant. Je ne vais pas souvent aux Jardins, je manque de connexions pour me procurer une autorisation. Profiter, profiter…
Quand l’annonce que la cueillette des framboises commençait a résonné, nous avons tous couru vers les buissons. C’était une belle pagaille ! J’ai senti que quelqu’un me prenait la main (j’avais enlevé mes gants, comme les autres, pour toucher l’herbe, un peu plus tôt), mais personne n’a rien vu, ou personne n’a rien dit. Ben, le garçon qui avait apporté le vin, m’a entraînée vers l’extrémité des buissons, et nous nous sommes glissés dessous. Nous nous sommes retrouvés entourés de branches serrées, couvertes de feuilles vert sombre et de petits fruits roses-rouges, mais, si on s’asseyait par terre, il y avait assez de place. C’était les meilleures framboises que j’ai jamais mangées. Nous entendions, de part et d’autres, les cris de ceux qui se disputaient les framboises à l’extérieur du buisson. Nous, à l’intérieur, nous avions la bonne place. Juste au-dessus de moi, à travers l’entrelacs des branches, le ciel commençait à s’adoucir, virant au rose. On peut réguler le climat, mais on ne peut pas arrêter, ou même ralentir, la marche du temps. Dommage, j’aurais bien aimé rester là, au milieu des framboises, un peu plus longtemps. Au moment où a retenti l’annonce de la fin de la cueillette, Ben m’a dit : « J’ai trouvé la plus belle » et il m’a tendu une énorme framboise rouge foncé. Quand j’ai voulu la prendre, sa main a esquivé la mienne et il a tendu la framboise vers mon visage. J’ai compris, j’ai rougi, mais j’ai ouvert la bouche. Quand j’ai senti ses doigts contre mes lèvres, sa main contre ma joue, je crois bien que le ciel a basculé en arrière. Ou c’est moi qui suis tombée dans les épines (qui eût cru que les framboisiers avaient des épines ?). Ben m’a attrapée par les poignets, et m’a tirée de là. Nous sommes sortis du buisson, égratignés, hilares. Les autres nous ont regardés nous tenir par la main. Ani a fait une drôle de tête, puis elle a haussé les épaules. Le reste de la soirée s’est passé très vite. Nous étions assis à côté, et nos épaules, nos bras, nos mains se frôlaient sans cesse. Ça me rendait folle, cette sensation chaude de sa peau contre la mienne. Il n’y avait pas de contrôleur en vue, et ceux qui étaient assis autour de nous n’avaient pas l’air de nous voir. D’ailleurs, il y en avait deux, assis en face de nous, qui se caressaient la main, discrètement.
Il a fallu partir. A la porte, trois contrôleurs vérifiaient que les manches soient bien descendues, les combinaisons refermées, les gants en place. Une des trois était celle qui nous avait parlé de la cueillette des framboises, quand nous étions arrivées. Ben s’est dirigé vers elle et l’a embrassée sur la joue. Un des contrôleurs, un grand brun, très jeune, a levé un sourcil. Elle s’est tournée vers lui : « C’est mon petit frère. » Le troisième, qui avait une barbe grise (une barbe !) ne semblait pas le moins du monde surpris. Il a dit : « Au revoir, Ben, à bientôt. », et nous a fait signe de passer. Nous sommes sortis de la bulle des Jardins, et nous avons ajusté nos masques. Nous nous sommes séparés un peu plus loin, il était tard et le couvre-feu n’allait pas tarder. Aucun d’entre nous n’avait d’autorisation. J’ai encore remercié Ani, qui a pris l’air distant. Je me demande… Mais je ne voulais même pas me poser de question. Profiter, profiter… Sur mon visage, je portais les traces invisibles qu’avait laissées la main très douce d’un homme. Malgré le ciel obscurci, j’ai décidé de rentrer à pied, au moins une partie du chemin. Quand j’ai tourné l’angle des allées Jean Jaurès, je me suis retrouvée nez à nez avec Ben. J’ai bafouillé « Mais … ». Il m’a pris le poignet et j’ai senti ses doigts nus s’immiscer entre mes gants mal fermés et la manche de ma combinaison. Il m’a dit : « Je ne sais pas comment te contacter. » Nous avons marché ensemble un moment, ses doigts toujours contre ma peau. C’est incroyable, quand on y pense, nous n’avons pas vu un seul contrôleur pendant presque cinq minutes. Et puis, il s’est arrêté, s’est tourné vers moi et m’a demandé : « Tu reviendras aux Jardins avec moi ? » J’ai souri, et je crois qu’il l’a vu, derrière mon masque. Il est reparti dans l’autre direction. Je l’ai regardé un moment, et puis, quand il s’est retourné, j’ai couru vers lui, couru dans l’air tiède qui sentait (comment est-ce possible ?) la sève, couru jusqu’à ce qu’il me prenne dans ses bras. Il avait enlevé son masque, j’ai arraché le mien, et j’ai senti – enfin – son visage contre le mien.
Ma tablette sonnait en continu : j’avais oublié de prévenir Taryl que je n’irais pas voir l’expo avec lui. D’une main, je l’ai éteinte. C’était un soir si doux.

[Cinquième participation aux Sabliers Givrés de Kozlika, amorce proposée par Lyjazz.]

Sunday, January 18, 2009

Service des galaxies 18 à 23

.
Ce matin, derrière la petite porte du n°5, des trucs pas très ragoûtants… Un œil orange et gélatineux, et un alien bleu à cheveux verts. La routine, quoi. J’ai respiré un grand coup, et j’ai lancé : « Bonjour M’sieur-Dame ! » On ne sait jamais, et je ne veux froisser personne. Bon, je me suis vite rendu compte de mon erreur : il n’y avait pas deux individus dans la pièce, mais un seul, l’œil appartenant en fait au type bleu. D’après ses explications grognées, on lui avait déjà raccommodé la vue la semaine dernière (l’œil va dans sa main droite), mais ça n’a pas tenu et l’œil est retombé. Le type, en me racontant l’histoire, s’est chauffé et il a commencé les insultes et les imprécations, en agitant sa main creusée d’un cratère suintant. Je l’ai assuré que les chirurgiens feraient leur possible, dans les plus brefs délais (en fait, il va falloir qu’il patiente une bonne semaine, mais ça, je ne suis pas obligé de le lui dire), mais il a continué à fulminer et ses yeux orange, du moins ceux qui étaient encore attachés à son corps, lançaient des regards de plus en plus menaçants. Je ne suis pas méfiant de nature, mais j’ai appris à faire attention. La semaine dernière, Pat, de l’étage 7T, a été gravement brûlé par un jet d’acide craché par un type bleu du même genre. J’ai décidé de ne pas prendre de risque, j’ai sorti la grande artillerie : sur le plateau des remèdes, à ma droite, j’ai aligné (sans quitter le type des yeux) trois petites boules dorées. Il a tout de suite compris ce que c’était, et il s’est calmé. Je lui ai recommandé d’en prendre une toutes les heures, et lui ai assuré que je repasserai renouveler le traitement avant la fin de la journée. Bien sûr, nous avons tous des sleep-guns à la ceinture, mais le chocolat est l’arme que je privilégie. Il y en a très peu qui résistent. Quand j’ai refermé la porte, il était en train de dépiauter avidement la première boule, et des petits morceaux de papier doré voletaient autour de lui.
J’ai tapé mon rapport, je l’ai envoyé (dans la rubrique « Risques » : La vie de l’individu n’est pas en danger, celle du personnel soignant l’est.) et je suis passé au n°6.

Il n’y avait au début qu’une sorte de brouillard mouvant, qui s’est presque tout de suite matérialisé en une charmante jeune fille bouclée et très peu habillée. J’ai souri : j’aime beaucoup les Shapcha (Shape-changing people). Outre leur capacité à adopter diverses formes, ils/elles sont doté/e/s d’un remarquable pouvoir de télépathie. Ce sont des êtres d’une politesse extrême, et ils/elles s’efforcent d’adopter l’apparence qui fera le plus plaisir à leur interlocuteur. Ils/elles évitent généralement les foules, parce qu’elles sont pour eux/elles source de confusion et d’épuisement. Le/la Shapcha du n°6, après m’avoir salué tout ce qu’il y a de plus gentiment, m’a exposé ses problèmes de concentration. Je m’en étais douté, rien qu’à le/la regarder : j’aurais préféré un grand brun mal rasé à une délicate nymphette. C’était un cas simple, pas besoin de médecin pour ça. J’ai entré la prescription sur ma tablette et sur le plateau des remèdes, trois petites fioles sont apparues. Je lui ai répété la posologie, et je suis passé au n°7.

C’était toute une famille de Léanis. Ce sont des étranges créatures, toutes petites mais de forme humanoïde, avec de longs cheveux, de longues mains (qui touchent par terre) et de grands yeux qui semblent disproportionnés dans leur visage étroit. J’ai tout de suite vu qu’il n’y avait rien à faire pour celui qui était couché sur la banquette. Il était plus petit que les autres (un enfant ?) et respirait avec difficulté. Des bulles roses se formaient autour de sa bouche. J’ai secoué la tête doucement. Une des Léanis m’a pris la main. Je lui ai dit ce que je dis toujours, bien que je ne sache pas trop ce que ça veut dire : « Préparez-vous ». Elle ne m’a pas répondu – les Léanis adultes ne parlent pas, non qu’ils ne puissent pas, mais ils renoncent à la parole, c’est une sorte de vœu qu’ils prononcent. Mais j’ai senti quelque chose dans ma main. J’ai regardé : elle m’avait glissé trois pépites d’or, qui ressemblaient étrangement, en plus petit, aux trois boules de chocolat que j’avais données à l’alien bleu. J’ai secoué la tête encore une fois : « C’est gentil, mais je ne peux pas accepter. Les infirmiers n’ont pas le droit de recevoir des cadeaux. En plus … je ne peux rien pour lui. » J’ai vu ses yeux immenses déborder des longs cils et elle s’est mise à parler avec effort, avec la lenteur et les hésitations de ceux qui n’en ont plus l’habitude : « Nous ne voulons pas que vous le brûliez. » Alors ça, c’était bien la première fois qu’on me la faisait !
« Mais qu’est-ce que vous voulez en faire, alors ? » Je ne m’habitue pas, malgré les années, à parler de la mort d’un être encore vivant en sa présence. J’avais baissé la voix. Pudeur inutile, grogne Dréa, l’infirmière chef.
« L’enterrer. » J’ai failli répondre qu’il n’y avait plus de place nulle part pour enterrer les gens, que c’était inutile et coûteux de tenter, et même possiblement dangereux. Mais je l’ai regardée, et j’ai dit : « Je vais voir ce que je peux faire ». Ils ont refusé la piqûre de morphine à la pauvre créature agonisante, et n’ont pas touché aux chocolats que j’ai disposés pour tous les autres sur le plateau des remèdes. Je suis sorti, j’ai envoyé un message à Dyrian, lui rappelant notre longue amitié, j’ai respiré un grand coup, et j’ai ouvert la petite porte du n°8.

Le soir, à la fin de mon service, j’ai refait le tour. L’alien bleu dormait au milieu des papiers dorés. Le/la Shapcha était parti/e, mais il/elle avait laissé un hologramme pour moi, un bel homme aux yeux sombres, preuve que les médicaments avaient résolu ses problèmes de concentration. Le petit Léani était mort, et son corps minuscule avait été confié à sa famille. J’ai envoyé un message à Dyrian : « Je te revaudrai ça. » La réponse s’est instantanément affichée sur ma tablette : « J’y compte bien ! », mais je n’y faisais plus attention. Sur le rebord de la banquette, trois pepites d’or étaient disposées en triangle. Derrière moi, j’ai entendu Bril, de l’équipe de sanisation : « Je sais pas ce que c’est, mais impossible de l’enlever de là. C’est collé, on dirait. Va peut-être falloir bazarder la banquette. » Je les ai cueillies facilement. Je les ai mises dans ma poche et j’ai senti leur chaleur rayonner à travers ma combinaison. « Ah ben, ça alors, ça alors ! Ah ben merci, en tout cas » disait Bril dans mon dos.
Ma journée au Intergal Hospital est terminée.

[Quatrième participation aux Sabliers Givrés de Kozlika. Amorce proposée par Bbt, à partir d'un billet de ... moi-même. Bah oui, je leur ai donné à tous du fil à retordre (bien involontairement!), avec ma Monstrueuse Surprise, sortie d'une petite case du calendrier de l'avent.]

Tuesday, January 13, 2009

Ma semaine

...

Lundi, je fus pris d’un grand coup de blues. Alors je suis allé faire un tour du côté de mes balades adolescentes.
Mardi, il neigeait. Je chaussai sans hésiter mes raquettes trentenaires.
Mercredi, la neige tenait, mais il faisait grand soleil. Evidemment, ça me guérit de ma mélancolie, et je m’en fus faire un bonhomme sur le pré givré de l’enfance.
Jeudi, brouillard. Mes rhumatismes me tinrent compagnie au coin du feu. Ma cheminée d’âge avancé me réconforta tout au long de la grise après-midi.
Vendredi, jour de marché. Je descendis au village lentement. Plus de cinquante ans de pratique m’ont appris à ménager mes jambes, surtout sur un chemin verglacé.
Samedi, ciel enivré et grand vent solitaire. Je marchai sur le chemin isolé, longtemps, perdu dans mes pensées de jeune homme.
Dimanche … Je déteste les dimanches. Je décidai d’oublier dimanche et je passai directement à lundi.
C’est comme cela que j’ai vécu la longue vie qui est la mienne : le temps m’appartient, et non le contraire. Il est inscrit dans le lieu où je vis. Chacun de mes pas dans ce paysage appartient à un souvenir. Je suis allé partout, et tous mes âges s'étagent devant moi. Je les revisite quand je veux.

[Deuxième participation aux Sabliers Givrés de Kozlika. Amorce proposée par Malgven, à partir d'un billet de Zub.]

Sunday, October 05, 2008

Separate dreams (Dyptique 4.3)

...
There is nothing left of us in there
Nothing
We share the same bed
As if an invisible line was dividing it
In two
Stay on your side
I used to say when I was a child
Now I don't need to say it
Any more
You won't cross the line
And I'll make sure
I won't move over to your side.
There is nothing left of us in there
When I get up you are already gone
I read the dark waters on the surface of the bed
The wrinkles tell me of two separate bodies
Dreaming separate dreams.

[Deuxième participation - à l'heure, cette fois! - au Diptyque d'Akinou. Il s'agissait d'écrire un texte à partir de la photo de Michel Clair ]

Tuesday, September 30, 2008

Charmant (Dyptique 4.2)

...

J'ai mis la table. Et j'ai attendu. Cette fois, je n'ai rien préparé. J'ai attendu. Quand il a commencé à faire nuit, j'ai commencé à avoir un peu froid. Je n'ai pas emmené de pull avec moi, on était censés aller à la mer. Comment on s'est retrouvés ici, j'ai oublié.
Il n'y a pas de chauffage dans cette maison, c'est un gite d'été, a dit le proprio. J'ai cherché dans les placards, j'ai trouvé une couverture qui sentait un peu le moisi et une nappe à carreaux rouges et blancs. Je l'ai mise sur la table, et j'ai remis les couverts dessus. Elle me rappelle une fois, il y a longtemps, peut-être deux ans, où je suis allée au restaurant. C'était au bord de la rivière, j'ai oublié quelle rivière, et les tables avaient des nappes exactement comme celle-là. Des gens se sont assis pas loin de nous, et j'ai entendu la dame dire: "C'est charmant, très champêtre!" C'était la première fois que j'entendais quelqu'un dire le mot "charmant". Je sais ce que ça veut dire, je ne suis pas bête, mais je n'avais jamais entendu quelqu'un le dire (champêtre non plus, d'ailleurs).

Cette fois, je n'ai pas fait des pâtes, parce que je ne sais pas à quelle heure il va rentrer, et je ne veux pas refaire la même chose que la dernière fois et qu'il se mette en colère encore. J'avais commencé à faire cuire les pâtes, et puis, comme il n'arrivait pas, et comme je pensais que les pâtes froides, c'est pas bon, je les avais laissées dans l'eau. Quand il est arrivé, elles étaient toutes molles et écrasées. Il était furieux, vraiment furieux. J'avais mis toutes les pâtes, il n'y avait plus rien à manger. C'est vrai que ce n'était pas bon, j'en ai mangé quand même.
Mais je lui avais dit que je ne savais pas cuisiner! Avant de partir. Je l'avais prévenu, je n'avais pas menti. Il avait dit que ce n'était pas grave, qu'on irait au restaurant. Mais on n'y est jamais allés. On a mangé beaucoup de sandwichs et de thon en boîte. Et maintenant qu'on est arrivés dans ce gite, on fait des pâtes. Je croyais avoir compris comment on faisait en le regardant, mais apparemment non. On ne m'a jamais appris à cuisiner. Je n'ai jamais habité dans un endroit avec une vraie cuisine, une cuisine où on fait du poulet rôti et des gâteaux.

J'attends. Je ne sens même plus que j'ai faim. Le proprio du gite est passé tout à l'heure - c'est le matin, j'ai dû m'endormir sur la nappe à carreaux. Il m'a dit qu'il fallait quitter le gite, il l'avait loué pour le week-end, pour un mariage. Il est parti, puis il est revenu, il y a 10 minutes. Il a regardé la table, avec la nappe, les couverts bien droits, la carafe d'eau. Il m'a dit que je devrais repartir chez moi, que ce n'était pas un endroit pour moi, ici. Qu'il n'allait m'arriver rien de bien. Je n'ai rien répondu, qu'est-ce que je peux répondre à ça? Quelque chose de bien, c'est comme une cuisine où on fait des gâteaux, je connais pas. Et puis, il a sorti de sa poche des billets, il les a mis sur la nappe à carreaux, il m'a dit: "Prends le train, rentre chez toi." Je lui ai dit: "J'ai pas ça."
- "Pas quoi?
- Pas de chez moi."
Il a secoué la tête.
- "Tu as dix-huit ans?"
J'ai préféré ne pas répondre.
Il a redit:
- "Va, prends le train. C'est pas la peine d'attendre."
J'ai compris ce qu'il voulait dire.
C'est dommage. Je ne sais pas cuisiner, mais je sais mettre la table. C'était joli, la nappe à carreaux rouges et blancs et les couverts bien rangés.

J'ai pris les billets, je suis allé chercher mon sac à dos sur le canapé, j'ai dit merci et je suis partie.

[Ce texte est ma participation - tardive, très tardive - au Diptyque d'Akinou. J'ai eu beaucoup de mal à afficher la photo, je ne sais pas faire (j'ai fini par aller la piquer chez un autre participant, en avais-je le droit?) La photo d'origine est d'Alibaba]

Sunday, June 08, 2008

Of course, I had to be...

I am Elizabeth Bennet!


Take the Quiz here!


I knew it! Who else?...

Sur ce, je vais me relouer la série de BBC et recommencer la relecture de TOUS les romans de Jane Austen!! YES! Un projet pour l'été!!

[A part ça, plaignez-moi: je fais cuire des gâteaux alors qu'il fait 35° et j'ai l'impression d'être DANS le four, plutôt qu'à côté... J'espère que Dudie appréciera le dévouement de sa mère, parce que là, tout de suite, je suis presque de l'avis de son père (je cite): Birthday parties are useless, who needs them?]

Monday, March 31, 2008

A gauche toute!

L'humanité se divise en deux camps bien distincts que tout oppose irrémédiablement.

La ligne de fracture passe très précisément au milieu de la table de ma salle à manger... D'un côté, ceux qui sont à gauche. Et de l'autre ceux qui sont à gauche. Ceux qui sont à gauche gueulent le plus fort. Et ceux qui sont à gauche ont généralement raison.

Ce n'est pas parce qu'on est une famille monopartite qu'on doit être une famille monolithique. A bas la pensée unique!

[Cette déclaration est ma quatrième participation au Sablier du printemps lancé par Kozlika.]

Friday, March 28, 2008

Rengaine

...Certains soirs, pour faire mon intéressant, il m'est arrivé de monter sur une chaise, de me draper dans un torchon à carreaux et de déclamer une poignée de vers avec des accès de lyrisme proportionnels à mon taux d'alcoolémie. Il s'agissait de l'extrait suivant : « C'est pas marqué dans les livres / Le plus important à vivre / C'est de vivre au jour le jour / Le temps c'est de l'amour ». Honnêtement, je ne sais pas d'où ça sort, mais c'est ce que chante ma voisine à tue-tête quand elle fait son ménage le samedi matin. Elle doit croire qu'elle a déniché là une pensée profonde, le condensé d'une philosophie de la vie particulièrement éclairante, parce qu'elle a recopié les mots (avec des ronds à la place des points sur les i) sur une carte en bristol qu'elle a scotché sur sa porte d'entrée. Comme ça, même si par bonheur et par hasard j'arrive à échapper à sa ritournelle de début de week-end (les semaines où je découche), elle est certaine qu'au moins je ne peux ne pas me soumettre à la tyrannie visuelle de sa maxime préférée, parce que je suis contraint de passer devant sa porte en rentrant chez moi. J'ai bien essayé de fermer les yeux pour grimper les trois dernières marches avant le palier du 4e, mais, malheureusement, mon sournois cerveau immédiatement reproduit l'image mentale de ce que j'essaie d'éviter, et le bristol reste scotché dans mon crâne encore plus longtemps que si je laisse négligemment traîner mes yeux dessus.
J'ai tenté, subtilement, de détourner ma voisine vers d'autres rengaines. Je lui glisse en cachette des CD dans la boîte aux lettres. J'attends en vain qu'un samedi elle me chante "Zaza tu pues mais j't'aime quand même" (avouez que c'est tout de même d'un autre niveau!), mais rien, elle est sourde à toute autre mélodie que celle qui me vrille les tympans, un lendemain de fête particulièrement réussie, où mon numéro au torchon a fait grand effet. Je m'aperçois d'ailleurs que j'ai eu tellement de succès que je ne suis pas rentré seul: à côté de moi, la tête enfouie sous l'oreiller, il y a quelqu'un qui grogne désespérément: "Mais faites-la taire!" L'oreiller se soulève, et je m'aperçois que le visage en dessous n'est pas mal du tout. Elle me regarde en plissant les yeux (elle doit être myope) d'un air interrogateur. Je hausse les épaules en signe de résignation. Alors, elle rejette la couette, se lève avec détermination (ce qui va avec le visage vaut aussi la peine d'être vu) et se dirige résolument vers la porte d'entrée de mon minuscule studio. Je lui propose un T-shirt alors qu'elle a déjà la main sur la porte. Elle l'enfile dédaigneusement, et s'en va, ainsi vêtue, tambouriner à la porte à côté. La voisine s'arrête de chanter, ouvre la porte. Je n'entends pas distinctement le dialogue qui suit, mais les deux portes se referment, le T-shirt voltige à travers la pièce, et dans l'absence résonnante des déclamations lyriques de ma voisine, une jolie fille se pelotonne contre moi en murmurant: "Elle m'a réveillée, la garce, mais au fond, tant mieux, autant en profiter... Non?" Je crois que je vais la garder avec moi, celle-là. Et longtemps, si possible. Parce que le temps, c'est de l'amour. Non?
[Cette ritournelle est ma quatrième participation au Sablier du printemps lancé par Kozlika.
Cette amorce provient de Réhabilitons un grand auteur, de M. LeChieur.]

Lila


Vous savez pas la dernière? Il parait que j'ai un blog. Oui, oui, un de ces machins sur Internet où je raconte ma vie. Vous ne m'y reconnaîtriez pas. D'ailleurs, j'en arrive moi-même à douter de l'existence de ce blog, de cette fille. Là-bas, je n'ai plus le même nom. A peine une voyelle d'écart. Je n'ai pas le même âge, non plus, pas la même vie. Là-bas, je suis une aventurière. J'ose aimer, désirer, revendiquer, me fâcher. Gueuler. Et pardonner. Deux fois plus d'âme, en quelque sorte. Là-bas, je parle sans me retenir. Je parle de sexe, de trahison, de déception. Là-bas, je ne suis pas jolie, mais j'ai cette sorte de charme qui fait se tourner les têtes vers moi. Là-bas, je suis amoureuse d'un jeune homme, et cela ne me soucie pas. Les princes charmants sont faits pour être séduits, emportés sur mon cheval blanc. Là-bas, j'ai le courage de mes sentiments et je sais prendre des décisions. Là-bas, je suis parfois seule.

Lila, c'est moi en mieux. Elle a réussi partout où j'ai échoué. Elle a fini sa thèse, elle. Mais elle n'a pas d'enfants. Lila, à l'embranchement, a pris l'autre route. Sa vie est passionnante, parfois j'y passe de longues heures. Lila a le sens de l'humour, elle sait faire rire ceux qui la lisent. Je ne sais que toucher, apitoyer, geindre. Il faudrait parfois que Lila me donne de grands coups de pied dans le derrière.

Lila a trente-deux ans, un chat, et elle voyage. Il faut que je fasse attention à ce qu'elle n'absorbe pas trop de mon temps, de la matière de ma vie. Je finirais facilement par lui donner la meilleure part de mon énergie. D'ailleurs, j'en arrive à douter de mon existence: elle est parfois plus réelle que moi.

Je ne vous donnerai pas l'adresse de son blog. Vous m'abandonneriez, vous aussi, pour elle.

[Cette pseudo-confession est ma troisième participation au Sablier du printemps lancé par Kozlika.
L'amorce provient de Chronique d'une thèse annoncée, de Krazy Kitty.]

Wednesday, March 26, 2008

Défigurée

...Il est trois heures du matin, je n'arrive pas à dormir. J'entends le bruit de la mer, des vagues qui s'écrasent contre la falaise en soupirant, en rongeant de leurs larmes les pierres insensibles. Je crois que je ne dormirai plus jamais. Mes yeux sont très grands, très grand ouverts et très secs. Je ne pleurerai plus jamais non plus, j'en suis sûre. Mon visage a changé depuis hier, je sens bien que ma peau s'adapte lentement à la nouvelle forme de mes traits.

Cette falaise, d'où se sont jetées trois gamines en cinquante ans, attire les chagrins d'amour et les âmes en peine. Mais j'ai oublié d'être romantique. J'ai été abandonnée, certes, doublement abandonnée, mais j'ai par dessus tout horreur de la pagaille émotionnelle, du débordement de tous ces fluides chauds et gluants (le sang, les larmes et tout le reste) et ce n'est pas demain la veille que je me consolerai de l'amertume de la vie dans le néant doucereux de l'au-delà.

Ce soir, après les avoir vu partir, se lever, me tourner le dos et partir, j'ai cru tomber de très très haut et j'ai dû me forcer à me resituer géographiquement pour m'assurer de l'impossibilité physique de ma chute dans la mer, de mon éparpillement en morceaux sanglants sur les rochers indifférents. Mais le vertige est resté. Ah! A quel moment ai-je donc établi une telle falaise dans mon paysage intérieur? Il m'a aidé, c'est sûr. Avant lui, je n'avançais que sur terrain plat, dans le brouillard. De l'inconvénient de ces rencontres qui provoquent de telles secousses telluriques. Des bouleversements qui portent gravement atteinte à la morphologie aussi bien interne qu'externe.

Demain, personne ne me reconnaîtra. Tailladée à vif. Il vaut mieux que je parte.

Demain, j'étoufferai le bruit de la mer. Je mettrai de la distance, j'irai si loin. Demain, ce n'est pas dans très longtemps, c'est presque maintenant. Pourquoi alors le temps tourne-t-il en rond dans l'écume? Faites taire ces pleureuses. Est-ce que je pleure, moi?


[Cette petite histoire est ma deuxième participation au Sablier du printemps lancé par Kozlika
Le texte d'origine est "Au bord de la mer", de Zoridae]

Tuesday, March 25, 2008

Reach for the moon

...Maintenant que l'affaire est médiatisée, que non seulement les sites internet, mais aussi la radio et la télé parlent de l'affaire, je me sens plus libre d'en parler. Oui, c'est vrai, tout est vrai, même si cela paraît ahurissant, incroyable. Et si je peux vous l'affirmer de manière si péremptoire, c'est parce que cette affaire me touche de près. De très près même, mais passons.

Alors, quelques précisions, en même temps qu'un récapitulatif de tous les éléments que vous trouverez épars ici et là dans les média. D'abord, c'est bien sûr un cadeau. Un guitariste de rock, aussi célèbre et adulé soit-il, n'aura jamais les moyens de se payer une telle extravagance. Le coût total de l'opération est inchiffrables, paraît-il. Le-dit guitariste n'en a cure: il sait qu'il n'est pas le premier à avoir été contacté par l'agence, il était même loin sur la liste. Mais il est le premier à avoir accepté l'insigne honneur qui lui était fait. Alors c'est lui qui s'envolera sur la navette Endeavour. Mais pas seul, comme l'ont déjà noté bien des magazines people.

Pourquoi avoir accepté? Pour voir du pays, a-t-il répondu ("laconiquement" note un journaliste pour se donner des airs littéraires; malheureusement pour lui, l'adverbe est fort inapproprié. "Ironiquement" seul convient.). Moi je sais qu'il veut surtout s'éloigner.

Que va-t-il faire là-bas? Oh, pas grand-chose: se reposer, lire, regarder les étoiles. Rêver à ceux qu'il a laissés sur terre (est-ce qu'on se sent moins seul quand on est rêvé par quelqu'un?). Flotter. Faire de la musique "expérimentale" (ah ah). Et d'autres choses aussi.

Combien de temps restera-t-il? Ah, jusqu'à ce qu'on vienne le rechercher. Il laissera sa place au locataire suivant. Forcément, quand la nouvelle s'est répandue de son prochain départ, les envies se sont déliées, les angoisses surmontées, les jalousies aiguisées. La liste est longue de ceux qui lui succèderont dans la villa "Moonbeam". Mais il aura été le premier, le tout premier à passer deux semaines de vacances sur la lune.

L'été dernier, nous nous disputions au bord de la rivière, encore une fois, pour une de mes bouderies récurrentes qui commençaient à le lasser sérieusement. J'ai essayé - trop tard, trop tard - de dénouer, de déjouer la tension: "Tu sais très bien que je demande toujours la lune!" Mon ton badin est tombé complètement à plat. J'ai écouté avec effroi le "pouf!" de sa chute dans le silence épais. Et puis il a dit: "I can promise you will never get it". Il s'est levé, il est parti.

Il part dans 10 jours. Il emportera avec lui plusieurs de ses guitares, des livres sur cd, une photo de son chat. Dans la villa, il y a de quoi préparer des petits plats à l'aide d'aliments lyophilisés, une terrasse d'où on a une vue imprenable sur la terre, une bibliothèque très fournie, un lit apparemment très confortable, des chaises longues, des hamacs... A croire qu'on n'y fait que la sieste.

Non, il ne partira pas tout seul. Oui, il sera en galante compagnie. Mais je ne serai pas celle qui se posera sur la lune avec lui.


[Cette petite histoire est ma première participation au Sablier du printemps lancé par Kozlika
L'amorce vient d'un billet de TarValanion, ]

Wednesday, February 27, 2008

Augustana

Trouvé ça et là, et dernièrement chez Versac, un petit jeu où le hasard vient rencontrer mes secrets... J'aime bien.
Vous pouvez jouer, vous aussi.

Voilà les règles:

Album Cover Generator
1.
http://en.wikipedia.org/wiki/Special:Random
Le premier article de la page est le nom de votre groupe.
2. http://www.quotationspage.com/random.php3
Les 4 derniers mots de la dernière citation seront le titre de votre album.
3. http://www.flickr.com/explore/interesting/7days/
La 3ème photo, quelle qu'elle soit, sera votre pochette d'album!


PS: Z'avez-vu ma nouvelle bannière? Pas mon oeuvre, oh non, mais celle d'une petite fée des ordinateurs qui s'est penchée sur mes problèmes de perspective déformée, et d'un coup de clavier magique, hop là!, a fabriqué exactement l'image qui me fallait. Merci Camille!

PPS: Je m'aperçois qu'on ne peut guère lire le titre de mon premier album, c'est quand même dommage! Mais comme je viens de passer une heure à bidouiller cette pochette d'album (avec beaucoup de difficulté), je ne vais pas sur le métier remettre mon ouvrage.
Le nom de mon groupe est AUGUSTANA et le titre est :
On a day with no 'Y' in it.

Wednesday, October 24, 2007

I could have fallen...


That night, or a few days later, I could have fallen in love. Seriously, I started, that night, to develop a inappropriate obsession. I constantly had to pause, I had to change subjects in my head, because I found myself more and more often lost in those improbable reveries, making up dialogues, forging situations, the usual panoplie of my pathological inclination to dream reality. I let myself go a little too far, a little too often. I did not use enough self irony on this one.

But I ended up whipping my dreamy self back into the charmless world I live in, through a most humbling discovery. I was feeding my irrepressible desire to make up stories, forgetting the place and the time, forgetting what I was doing, when I saw myself in the pityless reflection of my computer screen. There was not a chance my fantasy could survive: there was me, in the blue glare of a fake but truthful mirror, with my tired eyes, my grey hair and the lines on my face. When will I get into my head that my twenties are long gone?
I smiled at the computer. Shut it down, shut down my temporary crush and went on with my life. Oh well, for a few days, I was almost in love again.

Sunday, October 07, 2007

Réticence

.Le bonheur vient-il de ces deux mots : la bonne heure? Cela voudrait-il dire qu'il vient toujours à la bonne heure? Le bonheur est-il ponctuel? J'ai cru toute ma vie le contraire. Quand tout semblait prêt, quand les planètes de mon ciel nuageux s'alignaient, quand la piste était dégagée, je sombrais immanquablement dans la gluante déprime. Sans raison apparente, c'est là le pire. C'est à peine si je pouvais mettre un pied devant l'autre, plombée par un tenace désespoir. Alors quant à courir dans le pré, il ne fallait pas y songer... La bonne heure était arrivée, et moi je n'était pas là au bon moment.

Je m'étais donc résolue à tourner la tête de l'autre côté, à chaque fois que j'entrevoyais un petit bout de bonheur pointer son nez. Ne jamais me croire heureuse, sous peine de voir se dissoudre ce petit éclat dans le gris de mes jours. Je me souviens même d'avoir marché les yeux fixés sur le trottoir, un jour somptueux de juin, pour ne pas me laisser envahir par un trop évident sentiment de bien-être. Je jouais à cache-cache avec moi-même, tentais de tromper ma conscience à l'affût. Non, je ne suis pas heureuse, ne cherche pas à me prendre ce que je n'ai pas.

Et puis voilà, un jour, je suis arrivée en retard. Toutes sortes d'obstacles en travers de mon chemin. Et je suis tombée sur mon bonheur par hasard, par accident, tellement abruptement que je ne l'ai pas reconnu. Le temps que je m'en aperçoive, il était trop tard, je m'étais accoutumé à lui, je ne pouvais plus m'en passer. L'heure était passée de feindre. J'ai essayé de le secouer, de le détacher de moi. Mais il était autant accroché à moi que moi à lui. Il m'a fallu beaucoup de temps pour cesser d'avoir peur. Je ne suis toujours pas sûre d'y être parvenue. Mais finalement, je me suis offert la liberté d'être heureuse, même un peu, même au risque de le payer par des jours et des jours de chagrin. Non, le bonheur n'est pas ponctuel, il arrive quand ça lui chante. Je guette désormais sa petite chanson.


[Voici ma dernière (hélas) participation au Sablier d'Automne de Samantdi et Kozlika]

Friday, October 05, 2007

Technicien en profondeur

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Je n'ai plus l'habitude de travailler en entendant des sons humains autour de moi. Je lutte contre l'ennui et l'agacement. J'ai réitéré hier ma demande d'être réaffecté en bas, et on m'a poliment, une fois de plus, opposé une fin de non-recevoir. J'ai discrètement farfouillé dans mon dossier, profitant des bureaux évacués en raison d'une célébration quelconque ("pot d'adieu"?). Je ne crois pas un instant à cette histoire de limite d'âge, ni aux arguments faisant référence à des conséquences irréversibles sur mon oreille interne. J'ai envie de hurler: POUR CE QUE J'EN FAIS, DE MES OREILLES!

Mais je me contiens, comme d'habitude. Je me tais, me fais discret. Je n'ai pas perdu l'espoir de retourner en bas.

C'est ironique, quand on y pense, ce manque qui a envahi tout mon être, parce que, enfant, j'avais une peur terrible de l'eau (de quoi n'avais-je pas une peur terrible, d'ailleurs?) Pas moyen de m'immerger. Et puis, un jour, ma classe est allée visiter un aquarium. Par un de ces mouvements fluides et sournois, propres aux troupeaux, je m'étais retrouvé tout contre la barrière qui bordait le bassin, tandis que le groupe, se resserrant autour de moi, m'empêchait de m'échapper. Une pression un peu plus forte, un coup de coude brutal, et j'avais basculé dans l'eau. Si j'ai eu peur, je ne m'en souviens pas. Ce que j'ai senti, à ce moment-là, c'est la grande paix du monde liquide. L'étirement du temps dans la lumière moirée. L'apaisement des bruits. Ils ont dû lutter avec moi pour me sortir de l'eau. Les braillements de la surface m'ont rendu malade.

Dès lors, mon chemin était tout tracé. Il fallait que je retrouve ce bienheureux assourdissement. Une fois l'objectif fixé, il ne m'a pas été difficile de l'atteindre. Je suis devenu "technicien en profondeur", un titre bien ronflant pour dire que j'étais chargé de tout genre de réparations sous l'eau. Il faut bien les entretenir, leurs cités flottantes. Elles sont si fragiles... J'ai parfois l'impression d'être le seul à détenir ce secret.

Il m'est arrivé de descendre très bas, dans l'obscurité la plus totale, mais je n'ai jamais eu peur. J'ai travaillé seul, la plus grande partie de ma vie. Ces derniers mois, ils m'avaient transféré aux plateformes intermédiaires, celles des jardins sous-marins. Je n'ai rien contre, même si on y rencontre plus de monde. Mais les jardiniers ne font pas la conversation, souvent même leur bublophone n'est pas branché.

Et finalement, ils m'ont remis en surface. Prétextant une promotion, une rentabilisation de mon expertise et de ma longue expérience... Ils m'ont donné un bureau, une secrétaire et le fardeau de leurs incessantes parlottes.

De toutes façons, je redescendrai. Avec ou sans leur permission. Au fond, ils n'auraient jamais dû me sortir de cet aquarium.


[Ceci est ma troisième participation au Sablier d'Automne de Samantdi et Kozlika]