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Parfois je pique des colères toute seule, des colères silencieuses contre la blogosphère qui me bouffe tant de temps (et de plus en plus, en plus!), contre moi surtout qui y passe trop d'heures à chercher des liens, à fouiller pour y trouver ce que je n'ai pas. Et aussi à penser et tourner et retourner dans ma tête l'amorce, l'esquisse d'un billet.
Je m'éloigne, un jour ou deux. Et reviens au galop m'engluer au miel de cette nouvelle communauté qui me fascine et m'héberge, en marge.
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Parfois je sais pour qui j'écris - pour le petit cercle constitué à partir de ma rencontre avec
Christie, et pour ceux qui sont arrivés ici par le hasard d'un jeu d'écriture. Celles qui commentent. J'en oublie les silencieux. Quand par hasard ils se manifestent, j'en suis presque gênée (
Je vous ai vraiment raconté tout ça?). Je n'ai pas d'outil de mesure, je ne sais pas combien de visiteurs passent par ici, d'où ils viennent ni pourquoi. J'ai un troll, un seul, qui ne lit rien de ce que j'écris, mais dépose parfois, au hasard de ses frénétiques déambulations dans le cyberspace, des messages incompréhensibles, terriblement mal écrits, pour dénoncer les méfaits réels et/ou imaginaires de l'omniprésident pour qui je n'ai pas voté. Je censure sans état d'âme.
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Parfois j'écris pour moi seule, mon journal intime illustré. C'est ce que je réussis le mieux - garder la trace de ce qui, avant, s'effaçait. Nostalgique de naissance, je reviens avec délice et mélancolie sur mes pas. A force de trop bien cacher mes carnets, je les perdais. A force de me méfier, je n'écrivais plus.
C'est pour cela que j'ai construit ce lieu, inconnu de tous ceux qui me connaissent dans la vraie vie, la famille, les amis, et surtout ceux que je côtoie dans la vie professionnelle. Je défends jalousement mon territoire. Pas toujours facile: il m'est arrivé, l'autre jour, un colis de Hong-Kong (je ne l'ai toujours pas ouvert, j'attends le moment de paix propice. Mais de paix, ces temps-ci, je manque). Je n'ai rien dit, rien expliqué, personne ne m'a rien demandé... Il y a un peu plus d'un an, j'ai réussi à rencontrer
Marie à New York, presque en secret. Lever un pan du voile entraînerait trop d'explications nécessaires et compliquées Pour l'instant, je ne dis rien. A moi seule cette maison virtuelle, que j'habite par intermittence, dans laquelle je peux crier - chanter - comme je veux.
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Parfois j'écris pour un jeune homme qui ne me lira jamais.
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Parfois j'écris pour mes enfants, pour qu'ils se souviennent. Parfois je suis sûre que je ne leur dirai jamais rien.
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Parfois je redécouvre que je sais écrire - et que j'y prends plaisir.
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Parfois, je voudrais en dire plus et ne peux. Mes parents, cette collègue qui m'empoisonne l'existence, la petite fille que je n'aurai pas. Il y a des fossés autour de mon château, dans lequel se noient les sujets trop sensibles.
Never learned to swim, had to drown.
En 300 billets, je n'ai pas réussi à créer une unité, peut-être même pas un ton, et je ne crois pas vraiment avoir esquissé un portrait fidèle. Mais je me suis fait des amies. J'ai trouvé un lieu pour vider ma colère, laisser déborder mes chagrins, partager les anniversaires. Donner à voir et regarder. J'ai recommencé à écrire.
Je crois que je vais continuer.