Wednesday, May 27, 2009

Gifts

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La blogosphère, ces jours-ci, est vraiment généreuse avec moi. D'abord tous ces messages qui me chauffent le coeur, me mettent les joues en feu et la tête en fête, pour ma 300e, et puis... ça:

Le paquet était posé sur la table, quand je suis rentrée. Arrivé de loin... Je l'ai emporté, caché dans mon placard et j'ai attendu. J'ai lu la carte tout de suite, bien sûr, mais je n'ai pas ouvert les paquets pendant plusieurs jours. Faire durer le suspens, ou bien culpabilité parce que le mien n'était toujours pas parti?
Et puis, un samedi après-midi, par extraordinaire, je me suis retrouvée seule à la maison pendant une heure. Alors, j'ai déballé les trésors qui venaient de l'autre bout du monde...

Le début - prometteur - d'une série (Vais-je lire les deux premiers tomes avant mon fiston? Mmh.). Un très bel album en français, une histoire qui paraît belle, mystérieuse et triste à la fois, des couleurs magnifiques.

Et des "fleurs" de thé, pour moi qui voue une passion au thé sous toutes ses formes!

Mille et mille mercis, Môme Poison! Je te dirai très vite ce que pensent mes lecteurs de ton choix.
Et encore une fois, pardon de mon retard, mais mon colis est bel et bien parti (quand j'ai réussi à me résoudre à ne pas trouver exactement ce que je voulais y mettre!)

[C'était l'aboutissement de ma participation au Swap Littérature Jeunesse, organisé par Ori et Charlotte.]

Wednesday, May 20, 2009

300: Ceci n'est pas un bilan

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300
Parfois je pique des colères toute seule, des colères silencieuses contre la blogosphère qui me bouffe tant de temps (et de plus en plus, en plus!), contre moi surtout qui y passe trop d'heures à chercher des liens, à fouiller pour y trouver ce que je n'ai pas. Et aussi à penser et tourner et retourner dans ma tête l'amorce, l'esquisse d'un billet.
Je m'éloigne, un jour ou deux. Et reviens au galop m'engluer au miel de cette nouvelle communauté qui me fascine et m'héberge, en marge.
300
Parfois je sais pour qui j'écris - pour le petit cercle constitué à partir de ma rencontre avec Christie, et pour ceux qui sont arrivés ici par le hasard d'un jeu d'écriture. Celles qui commentent. J'en oublie les silencieux. Quand par hasard ils se manifestent, j'en suis presque gênée (Je vous ai vraiment raconté tout ça?). Je n'ai pas d'outil de mesure, je ne sais pas combien de visiteurs passent par ici, d'où ils viennent ni pourquoi. J'ai un troll, un seul, qui ne lit rien de ce que j'écris, mais dépose parfois, au hasard de ses frénétiques déambulations dans le cyberspace, des messages incompréhensibles, terriblement mal écrits, pour dénoncer les méfaits réels et/ou imaginaires de l'omniprésident pour qui je n'ai pas voté. Je censure sans état d'âme.
300
Parfois j'écris pour moi seule, mon journal intime illustré. C'est ce que je réussis le mieux - garder la trace de ce qui, avant, s'effaçait. Nostalgique de naissance, je reviens avec délice et mélancolie sur mes pas. A force de trop bien cacher mes carnets, je les perdais. A force de me méfier, je n'écrivais plus.
C'est pour cela que j'ai construit ce lieu, inconnu de tous ceux qui me connaissent dans la vraie vie, la famille, les amis, et surtout ceux que je côtoie dans la vie professionnelle. Je défends jalousement mon territoire. Pas toujours facile: il m'est arrivé, l'autre jour, un colis de Hong-Kong (je ne l'ai toujours pas ouvert, j'attends le moment de paix propice. Mais de paix, ces temps-ci, je manque). Je n'ai rien dit, rien expliqué, personne ne m'a rien demandé... Il y a un peu plus d'un an, j'ai réussi à rencontrer Marie à New York, presque en secret. Lever un pan du voile entraînerait trop d'explications nécessaires et compliquées Pour l'instant, je ne dis rien. A moi seule cette maison virtuelle, que j'habite par intermittence, dans laquelle je peux crier - chanter - comme je veux.
300
Parfois j'écris pour un jeune homme qui ne me lira jamais.
300
Parfois j'écris pour mes enfants, pour qu'ils se souviennent. Parfois je suis sûre que je ne leur dirai jamais rien.
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Parfois je redécouvre que je sais écrire - et que j'y prends plaisir.
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Parfois, je voudrais en dire plus et ne peux. Mes parents, cette collègue qui m'empoisonne l'existence, la petite fille que je n'aurai pas. Il y a des fossés autour de mon château, dans lequel se noient les sujets trop sensibles. Never learned to swim, had to drown.

En 300 billets, je n'ai pas réussi à créer une unité, peut-être même pas un ton, et je ne crois pas vraiment avoir esquissé un portrait fidèle. Mais je me suis fait des amies. J'ai trouvé un lieu pour vider ma colère, laisser déborder mes chagrins, partager les anniversaires. Donner à voir et regarder. J'ai recommencé à écrire.
Je crois que je vais continuer.

Saturday, May 16, 2009

11 ans

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A deux jours de son anniversaire, il m'avait demandé un couteau de poche. Ce à quoi j'avais répondu, sans lâcher le volant ni quitter la route des yeux: "Ah, mais non, on ne peut pas avoir de couteau avant 15 ans. Quand tu auras 15 ans, ton parrain t'offrira un Laguiole, tu verras." J'ai failli ajouter: "Et tu l'auras toujours avec toi, dans la poche, comme ton parrain et mes oncles", avant de me reprendre: pas question, plus question de se promener avec un couteau dans la poche.
Il n'a pas insisté, même si 15 ans c'est loin. J'ai pensé que c'était une idée passagère.

La veille du grand jour, Else m'a demandé ce qui lui ferait plaisir. Je lui ai raconté l'histoire du couteau, mais avant même que j'en arrive aux 15 ans âge limite pour la possession d'un couteau, elle avait déclaré que c'était une excellente idée et qu'elle allait lui en acheter un. J'ai un peu discuté, pas trop, parce qu'elle a le plus souvent raison en ce qui concerne les enfants en général et les miens en particulier. "C'est maintenant que c'est intéressant pour lui, pas à 15 ans!"

Le soir de son anniversaire, il a déballé le ballon de foot dont il rêvait, une haute pile de livres en français, une boîte de lego qui lui faisait envie, un bionicle choisi par son frère et ... un petit couteau suisse. Bleu. Avec plein de lames et de mini-outils.

Le lendemain, le directeur du collège lui a demandé comment s'était passé son anniversaire. Il lui a parlé pendant 5 minutes du couteau. Il a déclaré que c'était un des plus beaux cadeaux qu'il ait jamais eu. Il ne s'est même pas plaint de ne pas recevoir la wii que son grand-père avait - un temps - mentionnée. C'est étrange, ces passions qui se développent à notre insu. Mon garçon, mon grand garçon qui joue aux lego et au foot, qui pleure quand il tombe ou quand je lui dis non à un quart d'heure de game-boy, mon fils ainé a désormais 11 ans - et un couteau de poche.

Tuesday, May 12, 2009

Premier coup (dans la gueule)

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Je m'y attendais, mais pas maintenant. Et pas comme ça. Un coup dur, un coup bas, mes premiers pas de chef. J'ai prétendu ignorer que je trainais derrière moi cette pénible "situation" lentement pourrie au cours des deux dernières années et demi. Ha! Bien m'en a pris! La situation me revient en pleine gueule, sous la forme la plus dégoûtante qui soit. Me voilà embarquée dans une horreur au long cours.
Des accusations, des mensonges, rendus publics parce que copiés à tous les chefs et grands chefs disponibles aux alentours. Je l'ai mal pris, j'ai eu envie de hurler, de prouver, de démontrer, de me défendre. Il m'a fallu deux jours, l'amitié, le soutien, le conseil et le bon sens de personnes que j'estime et j'admire pour me rendre compte que je n'étais qu'un pion dans cette affaire, et qu'il fallait jouer mon rôle avec habileté. Si j'écris ici, c'est surtout pour me souvenir de leurs conseils. Je SAIS que j'oublie trop vite. Comme ma mère, je réagis d'abord, avec mon coeur, mes tripes, et je réfléchis après.
Alors voilà (Note to self):

- Shower with kindness.
- Don't defend yourself, recognize other person's feelings, "It's interesting how my experience is different".
- Ask questions.
- Smile. The more people attack, the more you smile.
- Win people over. (Note to self: arrête de bouder, ça ne sert à rien. Comme si tu ne le savais pas, depuis que tu as 6 ans).
- Praise, encourage, recognize other people's qualities.
- Smile.
- Pay attention. All the time.
- Be careful about what you say, when you say it and to whom.
- Apprends à fermer ta gueule et à écouter.
- Smile.

Je ne suis pas au bout de mes peines.

Friday, May 08, 2009

Unexpected

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Je ne m'y attendais pas...

• Le dialogue entre Caliban et Ariel pour l'explication de texte... Je redoutais Une tempête (et mes élèves aussi). Pour l'essai, ils ont dû choisir entre Le Cid (ça, je l'avais prédit) et L'Ecole des femmes. Une question bizarre sur le conflit entre générations...
• La crise que traverse Paolo. Sérieuse. Violente. Compliquée. Que se passe-t-il dans la tête de ce petit garçon? Est-ce mes absences répétées (pour cause de révisions avec mes élèves)? Ou plus probablement les engueulades auxquelles il assiste... La relation avec son maître n'a jamais été au beau fixe, mais depuis le début de la semaine, les choses ont sérieusement dégénéré. Il est devenu intenable en classe, rebelle, insolent. Et très agressif avec moi, rejetant mon autorité comme mes tentatives de lui faire entendre raison. Je ne sais plus que faire. Mes matins tournent à l'affrontement brutal, et j'arrive à l'école sur les genoux, émotionnellement épuisée, au bord des larmes (ce qui rend mes premières classes très difficiles à enseigner...). Il alterne la tendresse et la violence. Il est temps que l'année finisse... Encore un mois à tenir.
• Le petit buisson devant notre maison. Une après-midi, en rentrant de l'école, nous le retrouvons transformé, tout de rose habillé. Rien ne laissait prévoir cette métamorphose de petit gringalet chétif en midinette fushia.
• Le printemps à l'eau. Inondation des sous-sols et caniveaux qui débordent. L'humeur aussi en prend un coup.
• Le bien que me font les cours de danse-yoga du jeudi soir. J'attends le moment où la prof nous demande de "laisser tomber le masque". Je peux presque voir la pile des haillons de mes soucis à mes pieds, à la fin de l'heure.
• Les félicitations (plus ou moins ironiques) ou les condoléances (!) qui me sont arrivées suite à l'annonce de ma nouvelle position de calife.
• La transformation de mon grand garçon en pré-ado. 11 ans la semaine prochaine. How is that remotely possible?...

Wednesday, May 06, 2009

Presque arrivés...

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29 semaines de préparation, deux week-ends intenses, une soirée pizza-Baudelaire, quelques séances au café de SmallTown avec Louise Labé et Molière... Nous y voilà.
Bah, oui, nous avons fini par boucler le Programme.
Demain (jeudi), je vais lâcher mes oisillons, et il va falloir qu'ils se débrouillent tout seuls pour survoler 5 siècles de littérature française, sans se prendre les pattes dans la versification (attention au -e caduc) ni s'entortiller dans les procédés stylistiques (tout le monde a bien en tête la différence entre métonymie et synecdoque?).

Un peu pour rire, un peu parce que je suis passée maître de la divination des sujets, je leur ai fait la liste de mes hypothèses pour l'explication de texte. Que voici:

1. Louise Labé
2. La Fontaine ("Le Chêne et le Roseau")
3. Un passage du Cid (les stances de Rodrigue?)
4. Baudelaire ("Recueillement" ou "Hymne à la Beauté")
5. Un passage d'Une tempête (probablement le discours de Caliban à la fin, quand il défie Prospero et le convainc de rester sur l'île)

Verdict demain soir...

Sunday, May 03, 2009

Why? But why?

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Je n'ai pas de réponse.

Il a fallu leur dire, dimanche soir. Lundi matin, ils en entendront parler à l'école.

J'ai travaillé tout le week-end: à l'école de 9h à 18h, samedi; et tout dimanche après-midi. Mes élèves passent l'examen de littérature jeudi, et comme d'habitude, je leur consacre le week-end pour d'ultimes révisions. Je n'ai donc guère eu le temps de penser. Mais chaque fois qu'il trouvait un espace vide, même pour quelques secondes, le grand malheur revenait flotter à la surface de ma conscience, me faisant ployer sous son poids, me coupant le souffle. Ma peur, ma plus grande peur, la reine de mes angoisses est venue frapper pas loin de chez moi. J'ai du mal à vivre avec. Je ne connais pas très bien cette femme, je ne lui ai jamais parlé vraiment, à part quelques bonjours échangés au passage. Mais je sais qui elle est. Et Paolo aussi, bien sûr, connaît sa classe, à côté de celle qui était la sienne l'année dernière, et son sourire.

J'ai donc dû leur dire.
- Vous savez, cette maîtresse de CP, la nouvelle ... Elle avait trois enfants, vous savez? La plus jeune, une petite fille de deux ans...
Et je me suis mise à pleurer.
J'ai dû appeler l'homme au secours, qui a maladroitement terminé l'histoire.
- Ce sont des choses qui arrivent, on ne sait pas vraiment pourquoi, aux très petits enfants... Vous aussi, quand vous étiez petits, on s'inquiètait pour vous, mais maintenant vous êtes grands et forts.
Il n'avançait pas, j'ai repris:
- Cette petite fille...
Il a continué.
- Elle faisait la sieste, et elle ne s'est pas réveillée.

Je suis sur le visage de Paolo le cheminement de la compréhension des mots à la révélation de la terrible réalité. Je veux être sûre qu'ils comprennent.
- Elle est morte.
L'homme explique à nouveau que ça arrive, on ne sait pas bien pourquoi, on pense parfois que chez les très petits bébés c'est la position sur le ventre, c'est pour ça qu'on couche les bébés sur le dos...
Dudie prend un air grave.
- Je suis triste pour la famille.
Je regarde le visage de Paolo se défaire, mouvant sous l'afflux brutal des émotions. Ses yeux se plissent.
- Why? But why?
Il commence à pleurer, de tout son coeur de petit garçon hypersensible.
- Je ne sais pas, on ne sait pas.
Je le prends dans mes bras, je lui dis que c'est normal d'être triste, d'avoir peur aussi. Il veut encore savoir:
- Mais pourquoi ils ne l'ont pas ouverte, pour voir à l'intérieur ce qui n'allait pas?
- C'était trop tard, son coeur s'est arrêté. Ils ont tout fait pour essayer de la sauver.
Il réfléchit et recommence à pleurer.

Plus tard, il joue au ping-pong avec son père, et je l'entends chanter. Je sais que son coeur n'a pas fini, comme le mien, en sourdine, de réclamer:
- Why? Oh, but why?