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La première année, quand Dudie était en Kindergarten (l'équivalent de la dernière année de maternelle, mais ici, c'est la première année de l'école primaire), je ne m'étais doutée de rien.
J'étais prête pour Halloween (mais, pas de chance, dans le Mid South, on ne fête pas Halloween dans les écoles publiques, de peur d'encourager l'engouement pour la magie noire.
A la place, on a eu droit à une "Fête des moissons" sans flonflon), je me doutais bien qu'il y aurait une "
class party" pour Noël (Ah, pas tout à fait, c'était plutôt une célébrations de toutes les fêtes de fin d'année, pour ne pas heurter les non-Chrétiens.
Alors Kwanzaa était de la partie aussi, et peut-être même l'Aïd et Diwali).
Mais je ne m'attendais pas à tel vacarme autour de la Saint Valentin.
Ce jour-là, mon fils est arrivé à l'école comme les autres jours (c'est-à-dire à 7h20, le malheureux).
Mais il en est revenu chargé de cartes toutes plus roses les unes que les autres et de bonbons bon marché.
Il portait aussi une grosse rancune: "J'étais LE SEUL qui n'avais rien à donner aux autres, LE SEUL!"
Je ne me suis plus laissé surprendre. Chaque année, j'ai acheté des mini-cartes (par paquets de 36), qui disent des choses comme: "Let's have fun on Valentine's day!" ou "Happy Valentine's day to someone who is super cool" ou encore (plus osé): "You make my heart flutter on Valentine's day!", avec plein de coeurs et de sirupeuses illustrations. J'ai aidé Dudie, puis Paolo quand il a eu l'âge, à écrire le nom de chacun de ses camarades de classe (sans oublier la maîtresse). Car, si à l'origine les enfants ne donnaient des "Valentines" qu'à leurs amis les plus proches, la tradition a été modifiée sous la pression des parents: désormais, on doit donner la même chose à tous les enfants de la classe, aucune exclusion, aucune discrimination (Quelle illusion!). Par expérience, il faut commencer à préparer les cartes bien avant la veille au soir, sinon ça risque de tourner vinaigre après la 8e carte.
Et puis, nous sommes arrivés sur la Côte Est, et là, nous avons constaté un net changement: les cartes se sont lestées. Et d'année en année, les "petits cadeaux de l'amitié" sont devenus de plus en plus gros: on est passé d'une sucette scotchée sur une carte à une petite boîte de chocolats, ou à des petits jouets. Cette année, on bat tous les records: mini-jeux, chocolats, graines de lavande à planter ("Tiens maman, ça je te le donne, ça ne m'intéresse pas"), carnets, petites peluches... C'est comme si les parents rivalisaient à travers ce que leurs enfants distribuent à leurs camarades de classe. Un peu dégoûtant. Mais quelques parents résistent (ou simplement n'ont pas les moyens d'entrer en compétition), et se contentent des bonnes vieilles cartes: "To a dude with an attitude, Happy Valentine!"
J'ai acheté, il y a deux week-ends, de grosses coccinelles en chocolat que Paolo a collées sur des coeurs en papier épais découpés par son père. Fait maison, en quelque sorte. Dudie, lui, a voulu jouer l'originalité et s'est mis en tête de faire un petit origami pour chaque enfant de sa classe. Bien sûr, ça lui a pris un temps considérable, mais il l'a fait avec beaucoup de soin et il était très fier du résultat. Je m'attendais un peu à ce qui est arrivé: il est revenu déçu, les enfants n'y ont pas prêté grande attention ou n'ont pas compris ce que c'était. Il avait fait des oiseaux, des volcans et des paniers de basket (tout ce qu'il avait appris dans sa classe d'origami, qu'il a commencée il y a quelques semaines), et ses copains n'ont même pas cherché à savoir ce que représentaient ses fragiles constructions de papier. C'est un peu triste. (Mais en même temps, il a travaillé consciencieusement et avec persévérance, et je suis sûre que la satisfaction qu'il en a tirée contre balance son amertume).
La journée est finie et j'ai une légère nausée. Trop de mièvreries. Beaucoup beaucoup trop de rouge, de rose et de sentiments sucrés. Vivement la semaine prochaine, que recommencent les jalousies et les disputes.
