Wednesday, April 29, 2009

Mon arbre préféré

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J'ai fait la connaissance, il y a quatre ans, d'un petit arbre sans prétention. Un arbre sans grande envergure, souvent plein d'oiseaux, frileusement nu en hiver, gentiment bruissant en été.
Un arbre qui ne se révèle, amoureusement, qu'au printemps. Un arbre qui, de la fin avril jusqu'à la mi-mai, me donne envie de chanter. De courir. De m'envoler. L'arbre le plus heureux du monde.

Saturday, April 25, 2009

Des Toulousaines dans mon jardin

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Elles se sont invitées. Ce sont les soeurs de celles que je cueillais, dans un autre siècle, Chemin de la Butte ou dans le pré de l'école Saint-Exupéry. Paolo m'en fait des bouquets minuscules, qui ne résistent guère à la mise en vase.
En deux semaines, le printemps a accroché ses couleurs, l'hiver a plié ses couvertures et nous avons - enfin - changé de saison. Je n'ai pas eu le temps de prendre beaucoup de photos, cette année. Cette période si fragile, qui déploie ses révolutions délicates comme en catimini - you blink, poof!, it's gone -, est aussi celle qui est pour moi la plus chargée de l'année. J'en profite, un peu, à la volée, de soudaines explosions de rose et de blanc sur notre chemin de l'école, des étirements d'un jaune vibrant vers le ciel apaisé... Je guette avec bonheur les signes du temps qui passe. Une fois n'est pas coutume.

Et puis ... Le temps me rattrape. Je me suis rendu compte, il y a trois ou quatre jours à peine, de cet oubli, de cette faille dans ma belle détermination de ne pas partir en France cet été. Pour la première fois depuis que nous nous sommes installés aux Etats-Unis, depuis 6 ans. Plus d'argent, la maison nous a tout mangé, la nouvelle chaudière nous a mis sur la paille (ou plus exactement a agrandi le trou béant de notre endettement), et l'avenir économique étant morose, voir dépressif, nous ne pouvons compter sur aucune augmentation l'année prochaine. D'où la décision, longuement soupesée, raisonnablement argumentée, et philosophiquement acceptée de renoncer à rentrer au pays.
Mais bon, je ne comprenais pas pourquoi mon père me reposait la question, chaque fois que je lui téléphonais (il ne m'appelle jamais). Je suis fâchée avec les chiffres, forcément. Mais tout à coup, le calcul s'est fait dans ma tête: en juin, mon père aura 60 ans.
Il n'est pas du genre à fêter ses anniversaires en grande pompe, ni même à les fêter du tout, mais je crois sentir qu'il est froissé que je n'y aie même pas pensé. Il ne me le dirait surtout pas, bien sûr.

Thursday, April 23, 2009

Courir pour la bonne cause

Otir est exilée aux Etats-Unis - comme moi. Sur la côte Est - comme moi.
Comme moi, elle a deux garçons. Et comme moi, elle sait bien qu'ici le fundraising (levée de fonds) est un sport national. Elle s'y est mise elle aussi: elle essaie de récolter de l'argent pour soutenir l'école où son fils aîné est scolarisé. Cette école a pour nom Foundation for Educating Children with Autism (F.E.C.A.) et comme beaucoup d'écoles dans ce grand pays riche, elle a besoin de l'aide et de la générosité de tous pour continuer. Monsieur Ziti, le fils d'Otir, est autiste et cette école est un endroit formidable, dans lequel il a trouvé sa place.

Voilà ce qu'en dit Otir:
Les grandes causes rallient plus facilement et récoltent des fonds, mais la redistribution va rarement directement à ces initiatives très cantonnées. La cause pour laquelle je lève des fonds est limitée sans l’être, trente-six enfants forment le contigent de cette école, qui emploie une cinquantaine d’adultes dévoués et passionnés, qui font le relais de l’expérience via la fondation, qui transmet son savoir, son savoir-faire, et le programme de l’école de mon fils commence à être reproduit un peu partout, y compris en France. (…)

Par ailleurs, Pablo ne fait rien comme moi: il est espagnol, il a une fille et il aime courir (je déteste courir). Quel est le rapport? Pablo a eu cette idée merveilleuse et généreuse de lier sa passion de la course à la cause d'Otir.
Je le cite:

Si vous voulez bien contribuer à la cause, vous allez sur le blog d’Otir et vous cherchez à droite le widget “Levée de fonds pour F.E.C.A.”, vous faites un don, vous revenez ici et vous me laissez un commentaire en me disant le kilomètre du marathon (du 1 au 42 : je me réserve pour moi-même les derniers 195 mètres) que vous voulez que je vous dédicace (j’ai fait ça d’autres fois, mais sans demander de contrepartie) : j’écris votre nom sur ma feuille de route (où j’inscris aussi le rythme que je veux faire par kilomètre, ainsi que le temps prévu de passage), que je regarde à chaque kilomètre pour savoir si je m’écarte beaucoup, ou pas, de mon objectif. De penser à vous pendant ce kilomètre, ça me motive et ça me rend la course plus facile.

Voilà comment ça marche :
1-Vous allez chez Otir, dans la colonne de droite, vous cherchez le carré Chipin, et vous cliquez. Vous versez une somme via Paypal.
2-Vous filez chez Pablo vous inscrire dans les commentaires et lui demander quel kilomètre du marathon vous voulez qu'il coure pour vous.

Ne cherchez pas le kilomètre 19, c'est le mien!
Mais il vous en reste encore quelques uns, si vous vous dépêchez... Il y a de grandes chances pour que la chaîne des blogueurs/lecteurs de blogs parcourent les 42, 195 km! Vous en êtes?

[Bien sûr, c'est chez Samantdi que j'ai entendu parler de cette super idée. Merci Samantdi, je t'ai même volé un tout petit bour de ton billet - qui est tellement mieux écrit que le mien!]

Sunday, April 19, 2009

Moi en Calife

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Vendredi juste après l'école, j'ai eu une réunion dans le bureau du Grand Chef-en-chef, en présence dudit Grand Chef-en-chef et du Grand Chef. Ils m'ont annoncé avec un grand sourire que j'étais nommée chef du département des langues (que de leaders dans cette pièce!). Bien sûr, j'aurais dû être surprise (et émue), sauf que ma chef, l'autre candidate, s'était empressée de communiquer la nouvelle à tout le monde (moi y compris) et de me féliciter, une heure plus tôt, dès que la nouvelle lui a été communiquée.

(Je ressens sa déception et son désarroi. Trop grande empathie ou projection dans le futur, dans 6 ans, quand il me faudra passer la main? J'ai souvent du mal à la supporter, mais je lui suis aussi reconnaissante pour beaucoup de choses qu'elle a faites pour moi. Je ne suis pas à l'aise avec la défaite, celle des autres comme la mienne.)

Honnêtement, je le savais déjà. Je savais que la coalition des membres du département qui souhaitaient son départ était plus forte que ses éventuels supporters. Je sais aussi que je dois cet "honneur" moins à mes qualités personnelles qu'à l'absence (apparente du moins) des défauts qui la caractérise et dont tout le monde avait assez. Ce qui n'est pas sans m'inquiéter: je sais qu'on m'attend au tournant, y compris ceux qui m'ont poussée là. Je crains un peu que ce nouveau fauteuil ne me vaille l'inimitié de gens auxquels je tiens et avec qui, jusqu'à présent, j'ai travaillé en bonne harmonie. Je redoute de décevoir.
Je vais devoir apprendre à être chef. Je vais devoir laisser de côté ma partialité, mes emportements méridionaux, mes bouderies (dues à ma trop grande susceptibilité). Je vais devoir me blinder. Grandir, quoi.
Encore quelques mois pour n'être qu'un prof parmi les autres profs.

Contrairement à toute attente, l'Homme m'a acheté une petite bouteille de champagne pour fêter ça, vendredi soir. Qui l'eût cru? Je n'avais pas l'esprit à la fête, mais le geste m'a fait énormément plaisir.

Wednesday, April 15, 2009

Le Programme

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J'ai rendu aujourd'hui à mes élèves (classe de littérature) un QCM (les Américains ne peuvent pas se passer de QCM, même quand il s’agit de littérature, c'est plus fort qu'eux) sur lequel ils ont passablement souffert. 8 textes, 70 questions (compréhension, vocabulaire, interprétation, figures de style). Voltaire, Colette, Baumarchais, Ronsard, etc. Le dernier texte: Pascal ... J'ai dû lire et relire le texte (et me creuser un peu la tête) pour répondre aux questions. Et je me suis interrogée sur la pertinence de soumettre à la sagacité de jeunes gens dont la langue maternelle n'est pas le français un texte sur le divertissement sans qu'ils n’aient jamais entendu parler ni de Pascal ni du Jansénisme. La plupart sont passés complètement à côté.
La dernière question était : "Qu’est-ce que Pascal critique dans le dernier paragraphe ?
A. Les prétendus philosophes
B. Les chasseurs de lièvres
C. La cruauté envers les animaux
D. La créativité des êtres humains"

La moitié de mes élèves (loin pourtant d’être bêtes) a répondu « Les chasseurs de lièvre »*. A mon avis, ceux qui ont composé l’examen ont eu envie de se marrer un peu, sur la fin. Bien joué.

C’est la dernière année que j’enseigne ce cours. J’en suis bien malheureuse, parce que, malgré la pression (terrible) de l’examen, malgré la course effrénée pour couvrir l’impossible Programme, j’adore cette classe. Mais la décision ne vient ni de moi, ni de mon école : le College Board, instance supérieure de tous les examens standardisés, a décidé de se débarrasser de l’examen de AP French Literature. Reste l’examen de AP French Language (et si vous adorez les finesses de la grammaire, les petites exceptions sournoises de la conjugaison et les particularités retorses du lexique français, vous serez servis !). Bien entendu, l’examen de AP Spanish Literature ne disparaît pas, lui… On se demande pourquoi.

Les raisons avancées pour la suppression de cet examen (et du cours qui va avec) sont tellement ridicules que je vous les épargne. J’ai eu de grands moments de colère et de frustration (et avec moi un grand nombre de profs de français aux Etats-Unis, mais les pétitions, lettres de protestation et autres appels n’ont rien changé à la décision du College Board). Mais au fond, il était peut-être inévitable que la littérature française passe à la trappe. Honnêtement, combien d’élèves, sur l’ensemble des lycées américains, sont en mesure, à la fin de leur parcours de lycéens, de lire et d’analyser des textes au programme de nos élèves de Première littéraire ? Un tout petit pourcentage. Et ceux qui arrivent à se hisser à ce niveau doivent ingurgiter un Programme surchargé. Le choix des œuvres me laisse dubitative. Je sais que ce sont les profs d’université qui sont chargés de la sélection (soit ils se la pêtent, soit ils n’ont aucune notion de l’adolescent américain moyen), et je ne les remercie pas.
De septembre à fin avril, mes élèves ont dû lire deux poèmes de du Bellay, deux de Louise Labé, Le Cid, L’Ecole des femmes, cinq fables de La Fontaine, Candide, Pierre et Jean de Maupassant, 6 poèmes de Baudelaire, 6 poèmes d’Apollinaire, Moderato Cantabile de Marguerite Duras et Une tempête, d’Aimé Césaire. C’est énorme, quand on considère que c’est leur première vraie confrontation avec la littérature française, et quand on pense que le français est loin d’être leur matière principale.

Il me semble qu’au lieu de supprimer purement et simplement cet examen, il aurait suffi de l’alléger pour le rendre plus attractif et accessible. En maintenant un Programme tellement sélectif, il est évident qu’on ne s’adresse qu’à une élite (et il est alors tellement hypocrite de se lamenter du petit nombre d’élèves inscrits à l’examen, ou du petit nombre d’élèves issus de minorités ethniques choisissant cette classe). Je ne comprends pas la décision de mettre Une tempête au Programme (non, tous les lycéens américains n’ont pas étudié The Tempest, et nous n’avons pas le temps de leur asséner un peu de Shakespeare en plus de tout le reste. Alors les effets de l’intertextualité leur passent largement au-dessus de la tête). De même que le choix des poèmes d’Anne Hébert, qui était au précédent Programme, m’avait passablement interloquée (absolument hermétique).

Là, je suis vraiment en retard. J’ai presque fini Baudelaire, mais il me reste Apollinaire, Duras et Césaire (bah oui, je l’ai gardé pour la fin, j’ai vraiment du mal), en à peine deux semaines. L’administration vient de m’annoncer que deux de mes cours vont sauter pour cause de foire aux universités, ce qui m’a mise dans une rage épouvantable et a eu pour conséquence de me faire gâcher 10 minutes (pourtant précieuses) de mon heure de cours, durant lesquelles j’ai exprimé ma colère.

Bref. Je stresse un maximum (c’est sans doute pour cela que je suis aussi bavarde – l’inquiétude me rend intarissable). Mais j’y arriverai, j’y arriverai. Apollinaire est tombé à l’examen l’année dernière, on peut donc l’étudier en accéléré. Duras … Ah, il va falloir faire des études thématiques, plutôt qu’une lecture linéaire. Et Césaire, je vais lui faire un sort en deux heures, pas moyen de faire autrement.
Je voudrais bien que les grands pontes qui pondent les Programmes se confrontent un peu à la réalité de l’enseignement dans un lycée lambda. Messieurs les Programmateurs, keep in touch.

[C’est le billet de Samantdi qui, par ricochet et par solidarité, a déclanché cette diatribe anti-Programme.]

* La bonne réponse, c’était A.

Sunday, April 12, 2009

Tuesday, April 07, 2009

Mystère

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Je ne sais pas. Je dois être fatiguée. Il fait froid, mes mains et mon coeur sont gelés.
Mais tout cela n'explique pas pourquoi les larmes me sont venues aux yeux en regardant cette vidéo. Je ne comprends toujours pas...

Sunday, April 05, 2009

Samedi matin...

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Mon traditionnel saturday morning: petit déj qui s'étire, en compagnie d'internet puis de Télérama, quand le facteur l'a gentiment déposé dans la boîte aux lettres.
[Ce film, qui sort le 8 avril à Paris, je l'ai déjà vu, turlututu, à New York, il y a deux semaines de cela!]

Pour mon petit chat, tartines au nutella.
Et pour l'homme de la maison, guitare du matin, entrain.


Et samedi soir ...