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Sunday, April 08, 2012

Aujourd'hui - Itinéraire

...

Aujourd'hui, je suis sortie de chez moi. 
Petit trajet entre mon appartement et la maison de mes amis, de l'autre côté de la ville.  Chasse aux œufs, petit déjeuner au soleil, des brioches de Pâques, quatre ou cinq langues parlées sur la terrasse, les enfants qui papillonnent autour des adultes, un bébé qui ne veut pas s'endormir, le chocolat qui fond, quelques jolies photos de moi (c'est si rare!), mon cœur est content, ce matin de Pâques.





De retour chez nous, je sors encore.
Petit trajet entre la cuisine et le patio pour un déjeuner au soleil.


Et puis dans l'après-midi, entre deux copies (pas vraiment motivée), je sors à nouveau, pour jeter la poubelle.
Petit trajet entre chez moi et le jardin d'en haut, d'où m'appellent les autres habitants de la maison et leurs amis qui ont fini de trouver leurs œufs.  J'accepte un verre de vin blanc et je fais la connaissance d'un Suisse de passage.

Retour chez moi, quelques copies, et il est temps de préparer le magret promis aux enfants pour un "dîner spécial". 

L'itinéraire de ma journée m'a menée d'amitié en amitié, d'une terrasse au soleil à un jardin au soleil, d'une gourmandise à l'autre.  Il fait beau temps sur ma vie, ce dimanche de Pâques.

Friday, June 20, 2008

Un nouveau copain

...
Juste avant de quitter notre petite vieille chaleureuse maison, on s'est fait un nouveau copain. J'avais idée qu'il était déjà venu nous rendre visite en notre absence, mais voilà qu'un soir, je l'ai entendu faire du bruit dans le garage (grand ouvert, comme d'habitude). Et c'est là que j'ai compris que notre copain n'était pas attiré par nos personnalités hors du commun, notre extraordinaire gentillesse, notre éblouissante culture générale ou nos beaux yeux. Non. Il était juste intéressé par nos poubelles. Ah. Bon.



Même pas peur! Visiblement, ça ne le dérangeait pas du tout que nous assistions à son entreprise de perforation des sacs poubelles. Il a fallu faire un raffut d'enfer pour le faire déguerpir. Et encore, il est revenu deux minutes plus tard, d'un air de dire: J'ai pas fini, je peux m'y remettre?
[Les photos ne sont pas géniales, forcément, c'est l'homme qui les a prises...]

Wednesday, June 20, 2007

Moving on

Juin 2005: Moving in

Juillet 2005: Installés!

Juin 2007: Moving out

Je déteste déménager.
Depuis 16 ans, je n'ai jamais habité plus de 3 ans dans un même endroit. Depuis que j'ai quitté l'appartement que j'ai habité d'abord avec mes parents, puis avec ma mère et son nouveau mari, puis avec une colocataire, je n'ai cessé de changer d'endroit. Cet appartement, que j'aime tant et m'apprête à quitter, est le 9e depuis 1991.
Je n'ai pas pour autant appris à voyager léger, ni à faire mes cartons avec rationnalité et sourire. Je continue envers et malgré tout à trimballer des bouts de ficelle, des trucs et des machins qui me rappellent quelque chose et prennent beaucoup de place. Je m'obstine à collectionner les sacs dont je ne me sers jamais. Je persiste à emballer les traces de mon existence avec une mauvaise humeur légendaire, une laborieuse lenteur et un manque d'organisation assez exceptionnel.
De son côté, l'homme de la maison fait preuve de toutes les qualités qui me font défaut: rapide, efficace, organisé, trieur/jeteur et capable de soulever des kilos de livres, il me maudit et ne m'adresse plus la parole que pour m'exhorter à finir "plus d'un carton par jour". Heureusement, ma chef a jugé bon de me faire bosser pendant mes vacances, et depuis le début de la semaine, j'ai trouvé chaque jour une bonne raison de m'eclipser du champ des travaux forcés pour aller à des réunions ou autres tâches professionnelles.
Ce soir, une grande partie du travail a été accompli (pas grâce à moi) (un peu quand même). J'ai quand même mal au dos. Ah vraiment, je déteste déménager.

[On part pour un an (ou moins si on trouve une maison à acheter d'ici là), mon école a trouvé le moyen de nous relocaliser sur le campus, loin des affreux voisins qui nous pourrissent la vie depuis 2 ans. L'autre voisine, celle qui est devenue mon amie, est triste de nous voir partir et agacée de sentir notre soulagement. ]

Wednesday, April 18, 2007

Mercredi 18 avril: En suspens

Nous avons fait une offre, elle a fait une contre-offre (ridicule, elle a baissé son prix de 4000 $), nous avons répliqué, elle est arrivée presque (mais pas tout à fait) jusqu'à nous. Maintenant c'est à notre tour. C'est usant, ce petit jeu. La peste soit des tractations immobilières!
Je suis une loque, exaspérée de fatigue et d'attente, morcellée par toutes ces priorités.

Il faut, il faut ...

- acheter deux cadeaux pour le copain de Paolo et la copine du Grand A (l'Aîné), la saison des anniversaires a commencé (deux pour samedi prochain);
- passer l'aspirateur, briquer la salle de bains;
- me renseigner sur l'entretien et la longévité des fosses sceptiques (le genre de sujet qui me passionne);
- faire une lessive ou deux;
- faire réviser à Paul son interro d'orthographe (first et pas frist);
- travailler sur l'AP audit;
- contacter les parents d'une de mes "advisees";
- corriger, corriger, corriger, je n'en finirai jamais ...

Et pendant que je (ne) fais (pas) tout ce qui est sur ma liste, ma pensée est là-bas, pas très loin, dans une petite maison carrée avec un long jardin. Sera-t-elle, un jour, la mienne?

Wednesday, April 04, 2007

Deux maisons

"Qui a deux femmes perd son âme
Qui a deux maisons perd la raison"
(Eric Rhomer, Les Nuits de la Pleine Lune)



Nous en avons tant visité. Nous avons comparé l'espace, la disposition, le jardin, l'emplacement, la rue, le village, l'équipement intérieur, la cheminée (indispensable, la cheminée, c'est une de nos exigences, avec le chauffage par radiateur, et non par soufflerie, comme dans la plupart des maisons récentes ici), la taille des chambres, l'humidité du sous-sol, les possibilités d'expansion, que sais-je encore ...
L'homme de la maison (de quelle maison?) est devenu un expert en fosses sceptiques, en contamination du sol, en législation sur les puits. Je suis incollable sur les horaires d'ouverture et de fermeture de toutes les écoles de la région, ainsi que le coût des programmes de garderie avant et après l'école.

Et finalement, finalement, deux maisons. L'une a tout, absolument tout ce que nous souhaitons (cheminée, radiateurs, quatre grandes chambres, beaucoup d'espace, un jardin, un sous-sol assez sain, et elle est raccordée à l'eau de ville et au tout-à-l'égoût).
L'autre, ah, l'autre n'a pas ce que nous voulions, mais voilà, nous sommes sous le charme. Ses chambres sont minuscules, il n'y a pratiquement aucun espace de rangement, la fosse sceptique est vieille et risque de nous lâcher n'importe quand (changer un système de fosse sceptique coûte une fortune et demie), il n'y a pas de cheminée. Et pourtant, nous y revenons sans cesse, c'est celle-là qui nous plaît, c'est celle-là avec tous ses défauts, plutôt que l'autre avec tous ses avantages.
Sommes-nous capricieux? (C'est ce que doit penser notre agent immonilier qui se démène avec tant de patience pour nous et était persuadée avoir trouvé la maison idéale pour nous. Et nous faisons la moue. Oui, elle est bien, mais ... elle ne nous plaît pas. Je comprendrais qu'elle nous envoie balader sur ce coup-là.)
Sommes-nous prêts à nous endetter à vie pour une charmante somme de problèmes, plutôt que pour un très banal ensemble de solutions?
Sommes-nous déraisonnables de nous laisser entraîner par notre instinct? Ma réponse penche plutôt vers le "oui", ces jours-ci, oui, nous sommes déraisonnables. Sauf que ... Sauf que nous sommes deux à l'être, sauf que nous allons tous les deux dans le même sens, sans même avoir besoin de nous convaincre l'un l'autre, sans même hésiter. Pour une fois, nous regardons dans la même direction. Est-ce à dire que la déraison est contagieuse, ou que notre "gut feeling" est le bon?

Thursday, March 29, 2007

Jeudi 29 mars: Promesse et rayon de soleil


Je l'entendais taper avec son marteau. Elle m'a dit: "Prends le sécateur, et va t'en couper toi aussi."
De ces branches bourgeonnantes? Là, dans le buisson en désordre?

Elle m'a dit: "Avant de les mettre dans l'eau, écrase le bout de la branche avec un marteau, sur une planche. Comme ça. L'eau remonte mieux."

Je lui ai demandé: "Les fleurs vont s'ouvrir?"
Elle m'a dit: "Tu verras..."

Thursday, March 01, 2007

Jeudi 1er mars: Débordement


Tout m'échappe. Mon bureau a disparu depuis longtemps sous des piles croulantes de paperasses toutes plus urgentes les unes que les autres (et qui prennent la poussière). Alors je me suis installée sur la table de la salle à manger, au milieu du reste du désordre que personne n'a le temps de trier. Nous dînons par conséquent sur le comptoir de la cuisine, enfants sur les tabourets, parents debout. La maison part à vau l'eau (heureusement que j'ai une "élève" à qui je donne des cours particuliers une fois par semaine, la femme d'un de mes collègues. Le mercredi après-midi, avant qu'elle n'arrive, je me lance dans un ménage frénétique - sinon nous vivrions dans une porcherie).
Je ne suis pas arrivée à dégager le sol de la chambre des enfants suffisamment longtemps pour pouvoir passer l'aspirateur depuis des lustres. Impossible de voir la couleur de la moquette sous la couche de minuscules trucs très très précieux (Ne marche paaaaas sur ça!), du coup on ne voit pas la poussière non plus, c'est déjà ça ...
Je ne suis pas arrivée non plus à leur faire faire du français depuis un mois. Je maîtrise encore les devoirs, mais c'est tout.

Cette histoire de maison me bouffe la vie, me prend tout mon temps, toute mon énergie, toutes mes envies. Je n'ai plus le temps pour rien, même pas pour mon boulot. Pour me maintenir à flot, j'ai besoin d'un jour sur les 2 du week-end pour bosser. Je ne l'ai plus, je suis en retard sur toutes mes corrections, mon organisation part en quenouille. Demain, c'est le dernier jour du trimestre, il faut songer aux moyennes, aux bulletins, mais COMMENT vais-je y arriver?

Depuis un mois, nous ne faisons plus que ça: chercher, visiter, discuter, analyser, re-visiter, choisir, abandonner, rêver des maisons. Je n'en peux plus des maisons, je ne veux plus entendre parler de fosses sceptiques, de cuves à mazout enterrées, de chauffage par soufflerie, d'eau contaminée, de moisissures sournoises... Tout ce que je ne savais pas, qui ne me préoccupait pas, que je veux continuer à ignorer. Déceptions, frustrations, remises en question, engueulades, fatigue, impatience. Nous sommes des pantins animés d'une mauvaise fièvre dans les mains d'un marionniste cynique. L'argent nous manque, l'argent nous fait défaut. Nous qui étions résignés à n'être jamais riches, nous voilà soudain exaspérés d'être éloignés de l'objet de nos désirs par presque rien - pour les parents de mes élèves, à peine les frais d'une année de scolarité. Un quart de voiture. Une misère. Mais pour nous, un gouffre.

Alors nous continuons. Je laisse s'entasser les "inachevés", je pare au plus pressé. Et nous prenons rendez-vous pour d'autres visites, nous comparons les photos, nous étudions les analyses de l'eau. Il y a une grande concentration d'arsenic dans le sol. Cette chasse à la maison m'intoxique.

[Photo prise dimanche dernier, je me suis quand même mise au travail, au moins un peu, sur un coin de table ...]

Wednesday, February 21, 2007

Jeudi 22 février: Coup de foudre et tant pis pour moi


Je découvre qu'on ne peut pas écrire en direct live. J'ai toujours quelques jours de décalage. (Je suis d'une naïveté confondante.)

Le week-end dernier (il y a quelques jours, donc) nous avons eu une petite pensionnaire (la jolie demoiselle qui s'étire au soleil sur la photo). Nous l'aurions bien gardée avec nous. J'ai fait le plein de chat-câlins, et les garçons l'ont rendue presque folle avec des bouts de ficelle et des ceintures de robe de chambre. Sans oublier les toupies. Playing time non stop. Il paraît que depuis qu'elle est rentrée chez elle, elle a l'air de chercher toujours quelqu'un avec qui jouer.

Et puis je suis sérieusement tombée amoureuse. Et deux jours plus tard, il a fallu abandonner mon beau rêve et me résoudre à ne pas donner suite à mon "crush". L'objet de mes désirs? Une petite maison blanche, posée de travers dans un très beau jardin. L'air modeste de l'extérieur, mais quand je suis entrée, je n'en revenais pas. C'était MA maison. Exactement.
Hélas, il a fallu déchanter. Il faut dire que la belle a un certain âge et, malheureusement, même si elle cache bien ses rides sous des coquetteries de jeune fille, ses poutres, elles, portent bien la marque de ses années. Ma chérie a été construite en 1850, quand même ...
Alors, il aurait fallu refaire tant de choses, et envisager dans l'avenir tant de travaux de maintenance que nous avons renoncé. J'ai encore le coeur en berne. Maintenant, toutes les maisons et appartements que nous visitons me semblent banalement corrects, "sans plus", quand je ne les trouve pas carrément moches. Il leur manque la grâce, celle qui m'a touchée au coeur quand j'ai fait le tour de mon petit cottage, celle qui m'a réconciliée avec l'idée d'acheter une maison. Si ça n'avait tenu qu'à moi, j'aurais fait une offre tout de suite. Ah, où peut mener un coup de foudre ...

Wednesday, January 17, 2007

Mercredi 17 janvier: Suite et fin de l'histoire (à la demande de mes 3 lectrices)

Alors le voisin ... Par où commencer?

La première fois que je les ai vus, par la fenêtre, j'ai pensé: "These people are bad news". Pourtant je ne suis pas particulièrement intuitive, je ne "sens" pas les gens (et me trompe souvent sur la vraie personnalité de ceux que je croise), mais là, "gut feeling" très très négatif.

J'ai dit à mon autre voisine, qui est devenue une amie (et a déménagé depuis): "I saw the new neighbors, they have a little girl". Elle m'a répondu avec un air d'entre deux airs: "No, I think it is a little boy". J'ai insisté: non, non, je t'assure, j'ai bien vu une petite fille d'environ 3 ou 4 ans, aux longs cheveux blonds bouclés qui lui arrivent au milieu du dos.

Hé bien, en fait, elle avait raison. Quoi, vous n'avez jamais rencontré un petit garçon à qui on n'a jamais coupé les cheveux depuis sa naissance?

Le père: beaucoup de poils gris, comme dirait l'homme de la maison, c'est à dire une longue barbe grise et filandreuse et des cheveux pareils, attachés en queue de cheval. Un air de soixante-huitard attardé, que n'a pas tardé à confirmer nos premières conversations. Ce type a lu énormément, en français ou en anglais, alors forcément, il avait l'air plutôt content d'être tombé sur des littéraires (nous). Et pourtant, l'une des premières choses qu'il nous ait dite, c'est qu'il ne sortait jamais ("I haven't gone out since 1968", tiens, qu'est-ce que je disais...), qu'il voyait le moins de monde possible, qu'il préférait les livres aux gens ... Ah?... Comme premier contact, ça se pose là.

Mais il nous a flairés et rapidement branchés littérature. Pour donner une idée du personnage, il est fasciné par les écrivains d'extrême droite antisémites français de l'entre-deux guerres. Il a tout lu, il trouve ça extraordinaire. Lui-même étant issu d'une famille juive (richissime, selon ses dires, mais il aurait été déshérité par son père parce qu'il s'est enfui en Europe au lieu d'aller à l'université, ou parce qu'il était anarchiste, ou quelque chose dans le genre), je trouve cette fascination pour le moins malsaine.

Autre signe particulier: il a travaillé deux ans dans sa vie. En tout et pour tout. C'est le grand qui lui a posé la question, l'année dernière (et, en bon paranoïaque, il a répondu: "Je vois de quoi parlent tes parents ...", ce en quoi il se trompait). Le reste du temps? Selon lui, il lit, selon sa femme, c'est un écrivain "free-lance". A propos de femmes, il en a eu au moins 3 (pourquoi m'a-t-il raconté autant de sa vie, quand je ne lui demandais absolument rien?), et j'en ai déduis que c'est de là que provenaient ses revenus. La dernière qu'il s'est trouvé ... est ma collègue, et je n'en dirai rien.

Anyway.

Je passe sur bien des épisodes désagréables, bien des heurts à cause du bruit. Nous vivons au-dessus d'eux, la maison est très mal insonorisée, et le fait de simplement marcher produit un bruit impressionnant. Depuis que nous habitons ici (depuis 18 mois), nous passons notre temps à dire aux garçons: ne courez pas, ne sautez pas! Je devrais enregistrer une cassette et la leur passer en boucle. Ils essaient, mais c'est plus fort qu'eux, ils oublient ... Comme dit mon oncle, le sautillement est le mode de déplacement naturel des enfants. Alors ils sont envoyés au coin, et se demandent pourquoi le gamin d'en-dessous, lui, a le droit de courir-sauter-crier (on l'entend très bien), alors qu'eux se font punir. Mais c'est terminé, j'ai arrêté me casser la tête pour le bien-être de ces gens, dans la mesure où les garçons restent raisonnables, pas question de jouer à sauter du lit superposé (ils ont essayé, j'ai cru que la maison s'effondrait). Il ne faut pas exagérer.

Bref (je voudrais faire court ...), cette femme est enceinte (elle a 40 ans, lui 60, passons), et elle ne veut pas que mon homme fume sur le parking devant la maison (il ne fume jamais à l'intérieur, par courtoisie et parce que sinon je piquerais une crise). Il avait l'habitude de griller sa cigarette à une quinzaine de mètres de la maison, mais ce n'est pas assez loin pour elle, surtout qu'elle est enceinte, blablabla. Plutôt conciliant, le fumeur accepte de s'éloigner sur l'herbe (alors que rien ne l'y oblige).

Et le 2 janvier, alors qu'il finit sa clope à la limite de l'herbe et du parking (à 20 bons mètre de la maison), le voisin arrive en voiture, se gare, sort en trombe de sa bagnole, s'avance sur lui et commence à le menacer. "If I catch you smoking here again, I am going to put you in the hospital, I am going to beat the shit out of you, I am going to kick your ass in front of your kids. You can call the police, I don't care, when I get out, I'll find you ..." Etc., etc. Rien de ce qu'a pu répondre mon mari (qui est resté remarquablement zen) ne l'a calmé. De menaces en imprécations, il a fini par rentrer chez lui.

J'en ai été malade. Ce type est fou et violent, j'en ai des preuves, mais c'était la première fois qu'il nous menaçait directement. Le lendemain, j'ai tremblé toute la journée, sans pouvoir m'arrêter, un froid incontrôlable. Peur pour moi, pour mon homme, mes enfants. Une peur viscérale, comme si mon corps en savait plus que moi.

Depuis, j'en ai beaucoup parlé, je me suis calmée, raisonnée, mais nous avons décidé de partir d'ici. Décision lourde de conséquences, et je ne sors pas des complications qui s'ensuivent ... En attendant, nous nous enfermons à clé (ce que nous ne faisions jamais auparavant), nous l'évitons, l'homme de la maison fume loin dans le jardin et je n'adresse plus la parole ou le moindre regard à ma collègue (dont le bureau touche le mien, pratique ...)

Voilà la fin de l'histoire, trop longue et pourtant considérablement abrégée.

Ah, j'oubliais. Nous ne savons pas si cet homme possède une arme. Lorsque mon mari a demandé à sa femme, il y a quelques mois, s'il avait un flingue chez lui, elle a répondu "I don't know ..."

Pour moi, ce n'est pas une bonne réponse.

Wednesday, January 10, 2007

Vendredi 12 janvier: Voisinage


Quand j'étais enfant, j'habitais dans le 15e avec mes parents, à côté d'un fou. Il avait entre 50 et 60 ans, ne travaillait pas, vivait chez sa mère (qui avait donc environ 80 ans), et buvait comme un trou. Quand il était ivre (tous les jours, à des heures différentes), sa mère ne le laissait pas entrer dans l'appartement, alors il l'insultait devant la porte "Chienne, salope, crève charogne!", une belle collection de jurons que j'écoutais, terrorisée, collée à ma porte d'entrée. Une seule fois il a défoncé sa porte (elle était solide). Quand il avait moins ou pas encore bu, il était aimable, ou plutôt obséquieux ("Bonjour maaaademoiselle!"), et ne me faisait pas moins peur. Je rentrais vite vite vite chez moi. Ma chambre partageait un mur avec leur appartement, et j'entendais leur quotidien, les "Qu'est-ce qui te ferait plaisir pour le dîner?", les "Maman chérie, tu es sûre que tu n'as pas froid?", aussi bien que "Tu crèveras avant moi, salope!". Ils vivaient dans l'amour-fusion et la haine, et m'ont fait trembler pendant quelques années (surtout quand elle ne lui ouvrait pas en pleine nuit et qu'il venait sonner chez nous). J'ai vécu longtemps dans cet appartement, mais je ne me souviens plus de ce qu'ils sont devenus, durant les dernières années que j'y ai passé.

Rue du Cardinal Lemoine, quand j'habitais seule dans mon 20 mètres carrés, j'ai attiré l'attention d'une autre folle, une femme qui ne sortait jamais de chez elle et me guettait quand je montais le minuscule escalier pour atteindre mon 4e étage. Elle m'alpagait et me demandait de lui faire quelques courses, à la pharmacie ou au supermarché. Elle tenait la porte serrée contre elle pour que je ne vois pas l'intérieur de son appartement, et parfois se couvrait la bouche d'un foulard quand elle me parlait. Elle insistait pour me donner des biscuits en remerciement de mes petits services, biscuits que je jettais dès que j'arrivais chez moi, écoeurée par l'odeur rance qui s'échappait par bouffées de l'entrebaillement de sa porte et qui restait - du moins j'en avais l'impression - sur les biscuits.

Quand je suis partie vivre à Berkeley, je me suis trouvé une room-mate avant même de débarquer aux Etats-Unis. C'était rassurant de penser que j'allais cohabiter avec une Française qui vivait là-bas depuis un certain temps. J'imaginais ... je ne sais pas, une complicité, un guidage pour m'aventurer en terrain inconnu. Ha! Il ne m'a pas fallu longtemps pour m'apercevoir que j'étais encore tombée sur un cas intéressant.
D'abord, personne à la maison quand j'ai débarqué, cafardeuse et jet-lagged au maximum. Juste un mot sur la porte pour m'indiquer d'aller chercher les clés chez les voisins (plutôt méfiants). Une serviette de toilette pliée sur mon lit, un savon (elle devait me penser très sale après un long voyage en avion...) et un autre petit mot pour m'informer qu'elle était chez son amie, et que je pouvais me servir de ce que je voulais dans le frigo. C'était plutôt gentil, sauf qu'il n'y avait dans le frigo que des pots: moutarde, mayonnaise, et quelques cornichons (pardon, pickles). Heureusement, il me restait des barres de céréales du voyage.
Elle ne s'est montrée que 2 jours plus tard (elle m'avait appelée entretemps, pour m'expliquer que son amie s'était fait cambrioler et qu'elle devait rester avec elle parce que ladite amie était morte de peur à l'idée de rester seule chez elle), j'ai donc dû trouver par moi-même une source de ravitaillement (les voisins toujours méfiants m'avaient indiqué le supermarché le plus proche, à 25 mn à pied de là, sans bien sûr me proposer de m'y accompagner. Je suis rentrée crevée, chargée comme un baudet de sacs en plastique que j'ai failli abandonner deux ou trois fois sur le trottoir et je crois bien que j'ai pleuré en chemin). Une des premières choses que m'a dite ma room-mate, c'est "Tu as compris que je suis lesbienne?" Heu, oui, pas de problème ...
J'ai vécu deux mois intéressants, prise dans les crises de jalousie de sa copine qui déboulait à n'importe quelle heure pour la surveiller et à qui il fallait mentir à l'occasion ("Non, elle n'est pas rentrée depuis hier soir ..."), ses coups d'humeur à elle, ma chambre fouillée, des disquettes qui ont disparu, et puis brusquement (après d'autres péripéties), elle m'a annoncé qu'elle allait emménager avec sa copine, alors il fallait que je me trouve autre chose ... A posteriori, ça a été une bénédiction, mais sur le moment, je l'ai eu rude.

A Paris, rue Saint-Charles, il y a eu le boucher qui faisait vibrer l'immeuble de haut en bas par ces coups de hachoir à 5h du mat' (sa table à découper était contre un mur porteur, et il refusait obstinément de faire les bricolages nécessaires pour l'isoler). Nous habitions juste au-dessus de lui, au premier étage, nous étions donc aux premières loges pour subir ses BOUMs matinaux. J'étais enceinte, le grand avait 18 mois, et nous étions tous épuisés par un sommeil haché menu par un boucher hargneux. J'avais l'impression qu'il me tapait directement sur la tête. Un dimanche matin, nous avons senti une odeur de gaz très forte dans la salle de bains, immédiatement appelé les pompiers et fait évacuer l'immeuble (j'aime à penser que nous avons sauvé la vie de toutes ces personnes ...). Les pompiers ont brisé la porte du boucher et sont allés éteindre le gaz qu'il avait laissé allumé (criminel!). Tout ça a fini par un procès, pas initié par nous, pourtant immédiatement concernés, mais par les propriétaires du 8e, qui n'en pouvaient plus d'être ébranlés tous les matins. Ils ont gagné leur procès, le boucher avait de toute façon déjà plié boutique, et nos derniers mois rue Saint Charles ont été beaucoup plus calmes, au-dessus d'un magasin de fringues.

A Memphis, notre voisin de gauche est mort d'overdose, une nuit d'été alors que nous avions passée en grande partie à refaire le monde dehors sur la terrasse, avec notre copine de Californie. Mais lui, il ne nous a jamais gêné, c'est à peine si nous l'avions remarqué jusqu'à ce que les flics défoncent sa porte.

Mais tout ça, tout ça, c'est du pipi de sansonnet à côté du type qui vit en ce moment en-dessous de chez nous. The neighbor from HELL.