Monday, October 27, 2008

Week-end en célibataire


J'avais tellement de projets. J'allais faire une méga fête, inviter plein plein de monde, profiter de l'absence de l'homme pour rattraper le temps perdu en matière de vie sociale. Je l'attendais avec impatience, ce week-end sans lui.

Mais, ah!, j'avais oublié les rendez-vous parent-prof mercredi, jeudi, vendredi, qui m'ont laissé complètement à plat. Je n'avais pas compté avec la pluie diluvienne. J'avais négligé la tonne de boulot qui m'attendait (m'attend toujours), les copies à corriger par dizaines, les préparations de cours (toujours ce maudit disque dur, qui, en oblitérant tout mon travail des années précédentes, me rend la tâche si difficile). J'avais ignoré les corvées de ravitaillement, de rééquipement (un cartable a lâché cette semaine, et je ne peux plus faire semblant de ne pas voir les trous aux genoux des jeans), de rangement, de bibliothèque, de foot, de lessive. Et aussi, je n'avais pas bien regardé mon calendrier: mon frère arrive lundi.

J'ai réussi à barrer de ma "to do" beaucoup beaucoup de choses (des dizaines de lessives faites, séchées, rangées; le foot sous la pluie, les courses sous la pluie, le déchargement des courses sous le déluge; un dimanche entier en compagnie de mes copies; ma semaine de boulot planifiée; un gâteau aux poires, une soupe au potiron; et quelques autres choses. Laissé tomber la bibli, on ira un autre jour. Les cartables sont achetés - un chacun, pas moyen de faire autrement -, les jeans aussi, et de nouvelles bottes pour moi que je ne suis pas sûre de garder. Les devoirs de Dudie ont été vérifiés.) Je me suis couchée à minuit et demie, après le retour de l'homme. Pas tout à fait fini ci et ça, mais bon...

J'ai donc passé un week-end comme les autres. Un peu plus paisible, peut-être.

Saturday, October 25, 2008

Turn around

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J'ai essayé depuis le début de la semaine de renverser la vapeur. Je crois que j'y suis arrivée. Temporairement. Il fallait contrer l'accablement.
- Paolo a perdu ses lunettes depuis lundi (c'est la deuxième paire en 5 mois)
- Il s'est pissé dessus deux fois en deux jours (à huit ans?)
- Dudie s'est fait piquer le livre tout nouveau que je venais de lui offrir la veille et dont il rêvait depuis un moment. Il l'a laissé devant l'école pour aller jouer en m'attendant, et le livre a disparu en moins de 10 minutes. Il paraît que je ne lui avais jamais dit d'écrire son nom dans le livre ...
- J'ai dû aller expliquer à la bibliothèque municipale que l'étui du DVD que j'avais emprunté la veille avait été détruit par mes élèves trop zélés qui voulaient voir le film à tout prix, même si l'employée de la bibliothèque avait oublié d'enlever l'antivol. Ils ont bousillé l'étui, ça leur a pris presque une heure, nous n'avons donc pas pu regarder le film et j'ai dû payer $5 pour frais de remplacement.
- J'ai passé toutes mes soirées à corriger comme une forcénée, pour avoir quelque chose de substanciel à dire aux parents lors des rencontres parents-profs (oui, c'est le retour des PTC), du coup je suis arrivée mercredi soir comme un zombi à mes premiers rendez-vous. Limite de l'étourdissement, la tête qui tourne, des papillons devant les yeux, me demandant si j'allais tenir... Et comme souvent, j'ai puisé de nulle part l'énergie de leur faire face, de leur sourire, de leur parler de leurs gamins.
- J'ai réussi à me disputer avec l'homme juste avant son départ pour 4 jours (il a emmené ses élèves au Québec). Il faut dire, ça n'a pas été difficile, il n'attendait qu'un prétexte pour sortir sa grosse colère.
- En l'absence de l'homme donc, et devant rester à l'école jusqu'à 21h, j'ai dû me débrouiller de garderie en baby-sitter, puisqu'ils n'avaient pas école et que je suis démunie en matière de grands-parents. Et même si ça a été la course pour les récupérer et les véhiculer d'un endroit à l'autre entre deux sessions de parents, je me suis débrouillée. Sans trop crier (c'est aujourd'hui, samedi, que je décompresse et ai du mal à supporter les pinailleries, crises de rébellion et constantes réclamations).
- J'ai subi une heure et demie de foot sous la pluie ce matin (cette fois, j'avais pensé à la chaise pliante, au parapluie géant et au bouquin. Préparée.) De temps en temps, je levais la tête de mon livre pour gueuler: "Cours! Cours! Bouge! Va chercher le ballon!" à mon garçon qui depuis des années est toujours prisonnier de l'illusion que le ballon va lui arriver directement dans les pieds sans qu'il ait à se déplacer. Le petit jouant sur un terrain un peu plus loin n'a pas eu à souffrir mes conseils bien avisés.

Durant toute cette semaine, j'ai essayé, essayé de recommencer. Repartir à zéro (non, ce n'est pas une "mauvaise journée", c'est juste une mauvaise matinée. Ce n'est pas une mauvaise semaine, juste un mauvais mardi, après un mauvais lundi. A partir de maintenant, les choses vont changer, ça va aller mieux. A partir de maintenant).
Maintenant se fait vieux, et une autre semaine va commencer. Reste à l'orienter dans la bonne direction dès le début.


...

Friday, October 17, 2008

Fall

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Les couleurs ont changé. Les nuits aussi. Nous nous préparons pour une nouvelle saison.

Bientôt, bientôt, le feu dans la cheminée. En attendant, je me chauffe comme un chat frileux à tous les rayons que les soleils d'octobre projettent en oblique. Et je pense à Maurine qui attend, attend le printemps, à l'autre bout du monde.

Sunday, October 12, 2008

Rumble Fish

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J'ai revu un des films cultes de mon adolescence, cette semaine. Rumble Fish est sorti en 1983, mais je suis certaine que je ne l'ai vu que quelques années plus tard, quand j'avais 15 ou 16 ans. Je ne me souviens pas dans quelles circonstances je l'ai vu, mais j'ai retrouvé intacte la fascination que j'avais éprouvée alors. Un film qui ne ressemblait à aucun autre, un film que je ne comprenait pas bien, mais qui me parlait, qui ne cessait de me parler, qui semblait me dire des choses que j'ignorais sur moi-même. J'avais tout absorbé, tout reconnu: la poésie en noir et blanc du désert urbain américain, vidé de l'intérieur; la chorégraphie des corps balancés comme au hasard et se rattrapant par miracle; la déconstruction du mythe qui ne repose plus que sur du de la fumée; l'étrange (et je ne sais comment terriblement familière) alchimie familiale; et surtout, surtout, l'envoûtement provoqué par ce seul nom: la Californie.
J'écrivais sur mon agenda: "The Motorcycle Boy Reigns". Pseudo-graffiti qui se la joue: en fait tout un programme. Mickey Rourke n'en finit pas (toujours aujourd'hui) de m'affoler le coeur. Il est, dans ce film, fascinant, envoûtant (je sais, je me répète. Je n'arrive pas à trouver le mot qu'il me faut. Il est de ceux qu'on suit, aveuglément, parce qu'il émane de lui une telle force mystérieuse, impérieuse - je parle du personnage, sans doute. Mais, comme le dit The Motorcycle Boy: "If you gonna lead people, you gotta have somewhere to go")



Cette fois, j'ai compris ce que je n'avais fait que sentir, à 15 ans (Et encore!) Notamment, que le sortilège de ce film tient beaucoup à sa bande son, au rythme ensorcelant qui ponctue, soutient, porte les images. Battements de coeur, bruits de la ville, voix embrumée.

J'ai revu ce film à cause du poisson que l'homme a adopté, un rumble fish, justement. Et finalement, finalement, avec quelques 12 années de retard, j'ai finir par établir le lien entre mon ensorcellement par ce film et ma passion pour la Californie, où, d'ailleurs, j'ai rencontré un homme et sa moto. Weird.

[J'ai récemment vu des photos de Mickey Rourke qui m'ont rendue très triste. Ce qu'il est devenu est assez effrayant.]

Friday, October 10, 2008

Sporadiques apparitions

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J’ai revu le Prince Charmant, ce soir. I thought I was over it. Was not.
Cette soirée, voilée par un persistant mal de tête qui bourdonnait en sourdine, me paraît totalement irréelle. Je me souviens à peine d’avoir mangé. Le goût dans ma bouche était brumeux. Ma vision aussi. Celui que je regardais ressemblait tellement à une créature de mon incessante rêverie que j’avais du mal à me croire dans la vraie vie. Le réel m’échappait sans cesse, fuyant sous mes doigts. Je savais que, assise à côté de lui, j’allais le toucher, à un moment ou à un autre. J’attendais. J’ai posé ma main sur son bras, mais encore une fois, je n’ai rien senti. Il était là, vivant, sous ma main, mais je n’ai rien senti de sa chaleur, de ses mouvements. Comme lorsque je me suis avancée vers lui pour un « hug », j’étais trop confuse pour rien sentir, ni son odeur, ni la forme de son corps. Je me suis éloignée trop vite de lui, laissant sa main glisser sur mon manteau.
Je ne l’avais pas vu depuis mai. Il n’a pas changé du tout. Il est un être de ma vie intérieure, et je n’arrive pas à réconcilier ses apparitions concrètes avec ce que j’ai fait de lui en moi.
...
[Antidaté, bien sûr.]

Sunday, October 05, 2008

Separate dreams (Dyptique 4.3)

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There is nothing left of us in there
Nothing
We share the same bed
As if an invisible line was dividing it
In two
Stay on your side
I used to say when I was a child
Now I don't need to say it
Any more
You won't cross the line
And I'll make sure
I won't move over to your side.
There is nothing left of us in there
When I get up you are already gone
I read the dark waters on the surface of the bed
The wrinkles tell me of two separate bodies
Dreaming separate dreams.

[Deuxième participation - à l'heure, cette fois! - au Diptyque d'Akinou. Il s'agissait d'écrire un texte à partir de la photo de Michel Clair ]

Friday, October 03, 2008

Comment reconnaître ...

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J'ai un problème avec les voitures. Ici, on dirait que j'ai, si on devait me coller une étiquette, un "visual cognitive challenge", ou "automobile learning difference" ou quelque chose du même acabit. Car, voyez-vous, je ne reconnais pas les voitures. Elles se ressemblent toutes. Un jour, j'ai failli monter dans la voiture d'un parfait inconnu (qui m'a vu avancer la main pour ouvrir sa portière avec une évidente stupéfaction), alors que ma petite collègue, qui, presque chaque jour, s'arrêtait à mon arrêt de bus pour me conduire au collège de Nanterre où nous travaillions toutes les deux, alors que ma petite collègue donc, garée juste derrière le monsieur, agitait les bras pour m'empêcher de monter dans la mauvaise voiture... Elle m'a engueulée: "Mais, ce n'est pas la même marque! Ce n'est même pas LA MÊME COULEUR!!" Ah, détail sans importance. Sa voiture était bleue marine. Je crois. Ou verte. Mais d'un jour sur l'autre, je l'oubliais.
A Memphis, nous avons acheté une voiture vert foncé. Sur les immenses parkings qui s'étendent ad nauseam devant les monstrueux supermarchés du Tennessee, je retrouvais ma voiture parce que j'avais appris par coeur le numéro d'immatriculation. Ou alors parce que j'avais avec moi un petit garçon de trois ans doté d'un radar intuitif qui repérait à 100 mètres ce que j'étais incapable de voir... Il se moquait de moi: "Tu t'es encore perdue, maman!"
Maintenant, j'ai ma voiture à moi, et je la reconnais. D'abord, elle est rouge. Et puis, il y a des détails qui ne trompent pas...