Tuesday, July 28, 2009

Port-la-Nouvelle

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J'ai fini par détester Port-la-Nouvelle. C'était injuste de ma part, bien sûr. Je ne voulais plus y aller, plus en entendre parler.
Et pourtant, Port-la-Nouvelle revient, encore et encore, au fil de mes années. Je croise de loin en loin, sur mon chemin, cette petite ville de l'Aude. L'été dernier, le train de nuit qui nous emmenaient de Paris à Barcelone (et qui a pris tout son temps tout au long du voyage) m'a mis sous les yeux les plâtrières de Port-la-Nouvelle au soleil levant. Je n'en revenais pas de passer juste devant, comme ça, sans prévenir.

Port-la-Nouvelle.
C'est un mot-valise, un vrai. Qui contient tant et tant ... C'est un mot-valise-de-vacances.

Un jour - mais comment en sommes-nous arrivés à parler de cela? - dans les premiers temps de ma romance avec mon Jeune Homme, j'ai évoqué mon enfance à Port-la-Nouvelle. Et il m'a immédiatement sorti la sienne. A quelques immeubles de distance, nous avons passé nos jeunes étés côte à côte. Oui. Il est même plus que probable que nous avons fait de l'optimist ensemble, à l'unique Club de Voile de Port-la-Nouvelle. Ah, le Destin se marre, c'est sûr (mais comme il était de près de 3 ans mon cadet, il y a peu de chance pour qu'à l'époque nous nous soyons remarqués. A 11 ans, je n'allais tout de même m'intéresser à un marmot de 8 ans...)

J'ai appris à faire du vélo sur le parking désert du dernier immeuble de la plage, ces week-ends d'hiver où mes parents quittaient Toulouse pour passer deux jours à la mer. Il n'y avait personne, absolument personne. Le sable était froid, malgré le soleil, et je portais des bottes en caoutchouc - et des sous-pulls en nylon sous ma tunique violette, c'était les 70's, quand même.

L'été, toute ma famille s'entassait dans l'appartement acheté par mon grand-père pour ses enfants et petits-enfants. Nous partagions les chambres, quelques-uns dormaient dans la salle à manger, il fallait faire la queue pour accéder à la douche et se dépêcher de laisser la place ("Qui a encore laissé du sable plein la baignoire?"). Un de mes oncles dormait toujours sur le balcon.

Le 14 juillet, nous regardions toujours le feu d'artifice au-dessus de la jetée. Le 17, c'était l'anniversaire du petit dernier de la famille (du moins à l'époque, d'autres sont venus se rajouter après), et parfois c'était quelqu'un de chez nous qui allumait des fusées et des pétards sur la plage.

Une année, ce même petit cousin a saisi à plein bras une méduse échouée. Il a beaucoup pleuré.

Souvent, nous emportions un pique-nique sur la plage, salade de riz et thon, pastèque. Nous, les cousines, étions nues, mais il fallait porter des chaussures en plastique à cause des vives, dont la "morsure" cruelle agitait la plage, chaque fois qu'un imprudent marchait dessus. Tout le monde se rassemblait, abreuvait de conseil le malheureux (ou ses parents): "Il faut de l'ammoniaque, qui a de l'ammoniaque? ... Alors il faut lui faire pipi sur le pied. Ou alors approcher un briquet très près. Faites-le marcher, il faut faire circuler le sang." Je me souviens, ça fait vraiment mal, les piqûres de vive.

Et puis, il y avait le manège. En fin d'après-midi, nous rentrions, recuits, sablés, irrités par une journée dans les remous constants du bruit des vagues, des cris des enfants et des mouettes, du cinglement de l'eau et du sable. Fraîches douchées et shampooinées, parées de nos robes d'été: c'était l'heure du manège. Nous partions avec notre oncle, laissant nos mères et/ou tantes un temps de répit. Parfois en voiture, parfois à pied le long du bord de mer. Et chaque jour, chaque année, la même excitation renouvelée, incroyablement intacte: le manège. Nous faisions des tours et des tours, à nous en donner le tournis, pendant que notre oncle s'achetait une gaufre (parfois des frites) à la baraque à côté du manège. Un peu plus loin, sur la jetée, la Réserve, allongée, paraissait endormie, attendant la nuit pour s'éclairer. Mais ça, c'est plus tard, quand nous nous sommes finalement lassées du manège.
La première, l'aînée des cousines (celle qui venait à PLN le moins souvent), a décidé d'arrêter. Trop grande, a-t-elle dit avec une moue dédaigneuse. Elle a commencé à manger des gaufres (parfois des frites). Nous avons encore tenu bon, nous les presque-jumelles, prétextant que la plus petite ne pouvait monter sur le manège toute seule, il fallait la tenir. Quand elle a eu 4 ans et qu'elle nous a envoyé balader, quand son frère n'a plus du tout voulu qu'on le tienne dans la toupie, il a bien fallu renoncer. Nous avions 10, 11 ans, et nos longues jambes, même bien pliées, ne rentraient déjà plus dans l'hélico. Nous avons rejoint les spectateurs-mangeurs de gaufres (et parfois de frites).

L'année suivante, tout a changé. A 12 ans, nous avons - de haute lutte - obtenu le droit de nous promener seules (pas tard!) sur l'esplanade.

L'année où j'ai reçu pour mon anniversaire un appareil photo, j'ai organisé des défilés de mode sans fin, utilisant ce que j'avais sous la main - cousines, cousin, serviette de plage et paréo.

Et, finalement, l'été de nos 14 ans, deux de nos oncles nous ont emmenées à la Réserve, qui nous faisait rêver depuis quelques années.

Et puis, ça a été la fin de Port-la-Nouvelle. Et je n'ai plus voulu y revenir. Pendant quelques années, PLN a été pour moi une petite ville laide et minable, avec cet appartement rongé par le sable et le sel, ces plages remplies de beaufs et ces usines comme toiles de fond. J'étais ingrate, oui, et partiale. Ma vision troublée par le ressentiment. J'oubliais les années et les années de bonheur au bord de la mer, ces étés parfois trop longs, le sable qui fouettait parfois trop fort, le soleil, toujours, l'optimist - parce que mon dernier été à PLN a été malheureux.

J'y suis retournée, depuis. Deux fois. Et le temps a adouci ma rancoeur. Ce n'est pas la faute de Port-la-Nouvelle, vraiment, mais celle des adultes autour de moi si, à 15 ans, je suis entrée dans une période grise. Maintenant, l'appartement est vendu, mais il reste des liens: la famille de mon Jeune Homme y passe toujours ses étés. Et une amie de blog va y faire le plein d'air marin et de sable blanc. Elle y a peut-être vu mon fantôme, avec ou sans maillot (mais avec des chaussures en plastique), creusant des châteaux de princesse et cherchant des tenilles pour en remplir mon seau.

[Bien sûr, ces réminiscences m'ont été inspirées par les nouvelles de La Nouvelle offertes par Samantdi. Depuis, les souvenirs de Mab (avec une très belle photo) sont venus se rajouter aux miens, tissant la chaîne de "celles qui ont passé leurs étés à La Nouvelle". Il y en a d'autres?]

Monday, July 20, 2009

From Philadelphia to strange inertia

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Je suis partie à Philadelphie à reculons - pour un séminaire sur "Comment Devenir Chef" ou "Les Premiers Pas d'un Calife". Et je suis revenue en faisant des bonds partout, pleine d'énergie, d'idées fantastiques, de contacts utiles... C'était vraiment bien. Le Chef qui menait le séminaire est un homme formidable, un excellent pédagogue (la preuve, son temps de parole était inférieur à celui des participants), et un homme de théâtre (ce qui est toujours bon signe), qui ne nous a jamais laissés longtemps dans l'immobilité. Il a démontré par l'exemple ce qu'est un bon prof - et un bon chef. Notre groupe de 24 néo-Califes est reparti rempli de reconnaissance et d'enthousiasme.
Bon, forcément, nous avons passé plus de temps dans l'hôtel que dans les musées, ce qui fait que de Philadelphia je n'ai guère vu que ce que m'offrait la fenêtre de ma chambre d'hôtel

Un bar à tapas, très chic, très très bon (et pas très cher, si si, c'est possible)

Un restau de fruits de mer façon bouiboui, mais où les crabes (bleus) étaient fort bons. (La serveuse, à qui mon amie demandait comment était le Shiraz australien, répondit: "It's red wine!", et nous nous en sommes contentés...)
Et un glacier 1900, assez bon ma foi, mais surtout remarquable pour le décor (et les costumes) d'époque.
Quand ma petite famille est venue me récupérer, j'ai pu enfin m'offrir une après-midi de tourisme - version tourisme 8-11 ans. Nous avons visité un authentique sous-marin

un authentique bateau du 19e (le cruiser Olympia, qui a défait la flotte espagnole à Manila Bay)

et un musée (en fait, on y est entrés pour les toilettes, mais une expo sur les tatouages a attrapé l'oeil de l'homme et de fil en aiguille nous en avons visité la plus grande partie). Bref, le zoo - qui était prévu pour la deuxième partie de l'après-midi - a dû être déprogrammé faute de temps, mais nous sommes revenus avec deux futurs marins à la vocation bien ancrée (ahah).

Maintenant, je cherche en vain des traces de l'énergie que j'ai rapportée avec moi de Philadelphie. Le New Jersey doit avoir une atmosphère néfaste qui dissout les reserves d'entrain. Tiens, d'ailleurs, je vais me coucher de ce pas.

Thursday, July 09, 2009

Quelques jours en Nouvelle Angleterre

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C'est la troisième année d'affilée qu'Else nous invite dans sa maison-refuge du New Hampshire.
[En revenant en arrière, je me rends compte 1) que j'ai annoncé mais pas chroniqué mon voyage de l'année dernière; 2) que je parle à répétition des vodka-tonic au coucher du soleil, ça en devient suspect...]
Cette fois, je suis partie avec ma mère et mes garçons. Après avoir longuement hésité, je me suis laissé convaincre d'y aller en voiture. Je ne suis pas une bonne conductrice, je n'aime pas les autoroutes, ni les camions, j'ai un sens de l'orientation épouvantable et changer de file sur une multi-voies me fait transpirer horriblement.
Mais ma mère a promis de conduire la plupart du voyage, et de fait, en nous relayant au volant, le voyage (à l'aller) s'est déroulé facilement. 7 heures et quart pour passer du New Jersey au New Hampshire.

Il a plu, plu, plu. Comme l'année dernière, en fait. Et comme l'année dernière, les garçons enfermés ont été parfois pénibles. Mais quand même, quand même ... C'était bien!


Cette année, j'ai laissé à ma mère la jolie chambre et j'ai dormi sur le porche. On y entend la rivère si fort qu'on a l'impression de dormir sur la rive. Et de se réveiller au milieu des arbres.

Blackwater River...


Nous avons bravé le mauvais temps pour nous offrir une journée à l'océan. Bien nous en a pris: après un début sous les nuages...

(qui n'a pas empêché les braves de courir dans les vagues), le soleil nous a fait la grace de sa visite (enfin!)

Le voyage du retour a été autrement moins plaisant que l'aller... A cause d'une engueulade à propos d'un ticket de péage, nous avons pris la mauvaise direction, et il m'a fallu 3 quarts d'heure - oui, oui - pour m'apercevoir que nous partions vers Boston, et pas vers New York. Demi-tour, embouteillages de fin de week-end, bref, nous avons mis 10 heures pour rentrer. Et là, je me suis dit que mes garçons avaient beau avoir des tonnes de défauts, ils sont en tout cas de super voyageurs (habitués depuis tout petits...). Je les en remercie - et leur DS aussi!

Wednesday, July 08, 2009

Départs

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Je viens de raccompagner ma mère à l'aéroport. Deux semaines passées si vite. Et même si les derniers jours ont été un peu tendus, même si nous nous sommes irritées l'une contre l'autre, même si je m'agace d'être constamment sous le regard de quelqu'un ("Qu'est-ce que tu fais? Qu'est-ce que tu manges? Où tu vas? Qu'est-ce que tu tiens?"), même si je m'exaspère - trop vite - d'être obligée de tout expliquer, de tout traduire, j'ai eu du mal à la voir partir.
Un grand vide, ce soir, et un petit soulagement. Je peux me mettre à l'ordinateur sans qu'elle fasse de commentaire. Je n'ai plus à entendre ses remarques mezzo voce sur l'ourserie de l'homme de la maison. Je n'ai plus besoin de l'écouter me dire que, oui, vraiment, Paolo est difficile.
Mais je n'ai plus personne avec qui décider du repas de ce soir. Je n'ai plus personne pour me dire: "Je vais te plier le linge, et après on regardera les photos du New Hampshire". Je n'ai plus personne pour m'aider à décider où accrocher les cadres depuis trop longtemps par terre.

Je redoutais ce long séjour - il s'est passé beaucoup mieux que les précédents, pourtant plus courts. Mais nous avons quitté la maison, nous sommes parties à l'aventure dans les terres sauvages du New Hampshire, emportant avec nous champagne, magret farci au foie gras, deux petits garçons (dont un "difficile") et leurs DS, le nouvel album de Francis Cabrel que je n'ai pas trouvé le moyen d'écouter en 15 jours (comme il me l'a été souligné cette après-midi), et la satisfaction de laisser dans le New Jersey l'homme de la maison passablement grognon. Dans la maison et dans l'hospitalité d'Else, nous avons passé quelques jours pluvieux et très agréables.

Entre 18h15 et 19h31, ce soir, j'ai attendu le train sur un quai ensoleillé, en bordure d'aéroport et le long d'une décharge. Quelqu'un avait attaché des ballons aux grillages, le long des voies sur lesquelles un rat courait, de temps à autre. Je m'en suis voulu d'avoir oublié mon appareil photo.
J'ai eu le temps de penser. Le temps de regretter que mes enfants aient regardé partir leur grand-mère sans grande émotion, même s'il est presque sûr qu'ils ne la reverront que dans un an. Le temps de me dire que la patience, oui, est une vertu qui me fait souvent défaut et que j'aurai dû puiser en moi la force d'être plus bienveillante, même quand ma mère me tapait sur les nerfs par son insistance et ses réactions trop tranchées. Le temps de me demander combien ceux qui sont si loin, si loin, vont changer avant que je n'aie la chance de les revoir. Le temps - bref - de frémir à l'idée de ce que je vais manquer. Des naissances - et ...
Le soleil est resté jusqu'à ce que mon train arrive.

Demain, l'été continue, mais j'ai l'impression que mes vacances sont presque finies.

Pour la photo de la femme en maillot de bain, pour que mon blog se respecte, il faudra patienter un peu ... Ou alors, je vais piocher dans les photos de l'année dernière, nettement plus avantageuses en ce qui me concerne!