Monday, February 26, 2007

Lundi 26 février: Citrune


[Qu'est-ce que c'est?]

Petit déjeuner interrompu, fourchette à mi-chemin, air de méditation intense. Mon grand garçon a l'air perdu dans une profonde rêverie (rien d'inhabituel pour ce lunaire matinal). Il finit par me demander:
- Quand nous serons pauvres, nous pourrons toujours acheter des fruits?
Quand nous serons pauvres?...
- Qu'est-ce que tu veux dire?
- Je veux dire: quand nous aurons acheté une maison et que nous n'aurons plus d'argent, nous pourrons toujours acheter des fruits pour le petit déjeuner? Plusieurs genres de fruits?


Les enfants ont des antennes et les parents ne sont pas très doués pour bloquer leurs émissions naturelles d'angoisse. Je m'épate toujours de voir comment les messages codés sont reçus et transformés, interprétés, remis à leur échelle de 6 et 8 ans ...

Du coup, pour faire plaisir à mon fructivore préféré, je lui ai acheté ce fruit étrange, et j'en ai fait un petit déj de luxe (c'est pas moi qui avais dit que je me lançais dans des économies drastiques pour pouvoir partir en France cet été?...)

Wednesday, February 21, 2007

Jeudi 22 février: Coup de foudre et tant pis pour moi


Je découvre qu'on ne peut pas écrire en direct live. J'ai toujours quelques jours de décalage. (Je suis d'une naïveté confondante.)

Le week-end dernier (il y a quelques jours, donc) nous avons eu une petite pensionnaire (la jolie demoiselle qui s'étire au soleil sur la photo). Nous l'aurions bien gardée avec nous. J'ai fait le plein de chat-câlins, et les garçons l'ont rendue presque folle avec des bouts de ficelle et des ceintures de robe de chambre. Sans oublier les toupies. Playing time non stop. Il paraît que depuis qu'elle est rentrée chez elle, elle a l'air de chercher toujours quelqu'un avec qui jouer.

Et puis je suis sérieusement tombée amoureuse. Et deux jours plus tard, il a fallu abandonner mon beau rêve et me résoudre à ne pas donner suite à mon "crush". L'objet de mes désirs? Une petite maison blanche, posée de travers dans un très beau jardin. L'air modeste de l'extérieur, mais quand je suis entrée, je n'en revenais pas. C'était MA maison. Exactement.
Hélas, il a fallu déchanter. Il faut dire que la belle a un certain âge et, malheureusement, même si elle cache bien ses rides sous des coquetteries de jeune fille, ses poutres, elles, portent bien la marque de ses années. Ma chérie a été construite en 1850, quand même ...
Alors, il aurait fallu refaire tant de choses, et envisager dans l'avenir tant de travaux de maintenance que nous avons renoncé. J'ai encore le coeur en berne. Maintenant, toutes les maisons et appartements que nous visitons me semblent banalement corrects, "sans plus", quand je ne les trouve pas carrément moches. Il leur manque la grâce, celle qui m'a touchée au coeur quand j'ai fait le tour de mon petit cottage, celle qui m'a réconciliée avec l'idée d'acheter une maison. Si ça n'avait tenu qu'à moi, j'aurais fait une offre tout de suite. Ah, où peut mener un coup de foudre ...

Tuesday, February 20, 2007

Mardi 20 février: Mettre un nom sur un visage

[Les garçons en octobre 2005. Ils ont grandi, depuis ...]

J'ai découvert le monde des blogs par Christie. Irruption soudaine d'une vie dans ma vie. J'ai accroché tout de suite. Tellement à lire, tellement à voir! Je ne voulais pas m'arrêter. J'adore qu'on me raconte des histoires (c'est peut-être ce que j'aime le plus au monde), et sa voix est de celles qui m'arrêtent, me touchent, me font tout poser pour écouter. J'ai mis longtemps à me persuader que je voyais bien des photos de ses filles, de ses vraies filles, que leurs vrais noms étaient bien Chimène et Alma. Ma première réaction a été: mais elle est folle! N'importe qui a accès à ces informations, n'importe qui a accès à sa famille, sa vie privée? Mais il faut qu'elle se protège!
Peut-être était-ce parce que depuis deux ans je vivais dans un monde où les "cyber-prédateurs" étaient devenus la plus grande terreur des parents d'élèves, dans l'école où je travaillais. Déformation professionnelle? Ou déformation tout court (une obsession: protéger, protéger, protéger ...)?

J'en suis venue à mon propre blog par Christie, grâce à ses encouragements, et aussi pour combler (illusoirement?) la grande solitude dans laquelle j'étais alors drapée. Personne autour de moi à qui parler (surtout dans ma langue), à qui parler vraiment. Famine de copines.
Mais toujours cette peur, de dire qui je suis, où je vis, de montrer mes enfants (Ah, et pourtant ce n'est pas l'envie qui me manque, de les montrer, les exhiber, les faire parader!), de dire leurs noms. Peur ni vraiment raisonnée, ni vraiment absurde. Les mettre à la disposition du World Wide Web, je ne peux m'y resoudre. En fait, j'aimerais créer un petit cercle, restreint, sécurisant, dont seraient exclus les voyeurs de tous ordres. Irréalisable? Certes, mais demander l'impossible et bouder quand je ne l'obtiens pas est un de mes traits de caractère les plus constants (voir les billets d'avion pour la France ...)

Paolo n'est pas le vrai nom de mon fils cadet, c'est le nom qu'il aurait pu avoir (et qui lui correspond bien). C'est le nom que je lui donne parfois. Mais l'aîné ... Je n'arrive pas à lui inventer un autre nom que le sien. Je l'appelle le grand par défaut, par impossibilité de le nommer autrement que par son nom, celui que nous lui avons donné le jour de mai où il est né, il y a huit ans et demi de cela. Il est qui il est, et je ne peux me résoudre à lui mettre un masque.

La vérité, bien sûr, a de multiples jupons superposés, et en lever un ne garantit pas de tout savoir.
Mon homme, l'homme de la famille, J., ne sait rien de ce blog, et s'y opposerait probablement farouchement. Il ne supporterait pas que des photos de ses enfants circulent sur le WWW. Et le grand, l'aîné, est tellement connecté à son père, tellement relié à lui par une multitude de fils invisibles et indestructibles, qu'il m'est difficile de parler de lui. Mon Paolo est plus accessible, il est celui qui est attaché à moi par toutes les fibres de son être, je parle de lui aussi facilement que je parle de moi. Mais évoquer mon fils aîné me donne toujours l'impression de violer son intimité, de le déposséder, sans qu'il le sache, de sa vie propre. Parce que je ressens la même chose vis-à-vis de son père.

[Un matin gris de mars, au café en face de la Pyramide du Louvre:
- Vous devriez commencer un blog.
-
Oh, je ne pourrais pas. Je ne pourrais pas parler de mes enfants sans parler de leur père. Et ça ... Non, ça, ce n'est pas possible.]

Bon, j'ai passé outre. Mais je n'ai pas mis un nom sur le visage de mon grand garçon. Et je ne le montre pas beaucoup non plus ...


Sunday, February 18, 2007

Dimanche18 février: Sweets

L'année dernière, les deux maîtresses avaient fourni, début février, la liste de tous les enfants de la classe, pour être sûres que personne ne serait oublié dans la distribution des cartes de la Saint Valentin. C'est qu'ici la Saint Valentin a une importance considérable, et on offre des cartes à tout le monde et pas seulement à son amoureux(se). Chaque enfant doit écrire une carte pour tous les autres de sa classe (+ la maîtresse). Ma chef offre à tous les profs du département des bonbons en forme de coeur. Quelques uns de mes élèves m'ont offert des fleurs ou des cookies ...
Donc, l'année dernière, j'avais acheté un stock de cartes et je les avais diligemment fait remplir par les garçons (qui n'avaient pas grand-chose à faire, il faut bien le dire: juste écrire leur nom (From ...) et le nom du/ de la destinataire (To ...). Et j'avais la conscience tranquille, une mère certes non autochtone, mais bien en phase avec les exigences des coutumes locales.
Hélas, innocente que j'étais! Je les ai vu revenir, un peu déconfits (surtout le grand, en fait), chargés chacun d'un gros sac de bonbons.
- Maman, tous les autres m'ont donné des bonbons, et moi je n'avais rien à leur donner! Mais tu leur as donné tes cartes! - Oui, mais ça ne suffit pas!
Au concours de la meilleure mère (beaucoup de participantes, dans la région), je suis à la traîne ...

Cette année, chat échaudé craint l'eau froide: j'ai acheté (en plus des cartes Bob l'éponge) des sacs de bonbons et nous avons scotché à chaque carte une sucrerie. Bon, évidemment, certaines mères ont mis dans une enveloppe décorée (à laquelle était attaché un coeur en mousse) une photocopie en couleur d'un dessin de leur enfant et un coeur en guimauve ou en chocolat... On ne joue pas dans la même catégorie.

[Oui, mais moi je suis la seule, vraiment la seule, mère avec deux enfants qui travaille et n'ai ni nanny ni femme de ménage. Bon, je ne le crie pas sur tous les toits non plus, mais je me le répète parfois tout bas, ça me console de n'être jamais de celles qui accompagnent les sorties, organisent les goûters et les activités de fête, sont présentes et actives dans l'école ...]


Les sacs de bonbons de la Saint Valentin sont allé rejoindre ceux d'Halloween pas encore terminés ... De deux choses l'une:
- ou bien nous sommes des parents psycho-rigides qui limitons outrageusement la consommation de sucreries de nos enfants (Tu dis toujours NON quand je demande un bonbon!);
- ou bien cette société a un sacré problème, qui ne peut inventer de célébration festive qu'à grand renfort de High Fructose Corn Syrup, Palm oil, yellow 5, artificial flavor, dextrose, maltodextrine, Red 40 lake et j'en passe.

[A propos, avez-vous jamais goûté un H ershey Kiss? L'odeur est déjà assez détestable, mais le goût de plâtre est assez pour sevrer toute addiction sévère au chocolat. Préfèrerais me passer de "chocolat" pour plusieurs années plutôt que d'ingurgiter ça. Suis apparemment la seule. Suis bizarre? Probablement trop mal habituée: importante consommation de chocolat noir 70% a dû sévèrement altérer la tolérance de mon palais]

Friday, February 16, 2007

Jeudi 16 février: Marche arrière


Il y a une semaine, dix jours peut-être, il m'a dit dans la voiture: Non, nous n'irons pas en France cet été. Impossible. Pas d'argent. Si nous n'avons pas trouvé la maison (LA maison), il faudra chercher. Et si nous l'avons trouvée, nous n'aurons plus un sou en poche. Et puis, nous y sommes allés à Noël, tu y retournes en mars, faut pas exagérer.

Et là toutes mes locomotives ont renversé la vapeur. Machine arrière, toute! Je ne peux pas supporter l'idée de ne pas rentrer pendant l'été. Je ne peux pas. Il ne me croit pas, bien sûr, quand je lui dis que c'était la condition sine qua non de notre départ pour les Etats-Unis. Il est catégorique: Je n'ai jamais passé un tel marché. Je ne le suis pas moins: J'ai besoin d'aller en France pour l'été. Je ne peux pas, je ne peux pas vivre sans. Nous sommes aussi butés l'un que l'autre. Je suis une capricieuse et c'est un monstre insensible. Nous nous crachons notre venin.

Je repense aux 6 ans que nous avons passé à Paris, durant lesquels nous ne sommes allés qu'une seule fois aux Etats-Unis, au tout début. Il n'avait pas l'air d'être malheureux, son pays ne semblait pas lui manquer. Je repense à l'été 2005, l'été où nous avons quitté Memphis. Le déménagement a dévoré nos maigres économies, cette année-là. Et je n'arrivais pas à accepter l'idée de renoncer à notre voyage en France. Irréconciliables: d'une part la certitude que nos comptes en banque étaient à sec, d'autre part la nécessité absolue de partir. On ne raisonne pas avec une nécessité absolue, un besoin physique. Lui me présentait des arguments raisonnables. Je n'avais que des réponses viscérales: Je ne peux pas, je dois, j'ai besoin, il faut. Mon père a court-circuité l'affrontement, en nous payant les billets. Lui est resté, je suis partie avec les enfants.
Et cette année?

Machine arrière, donc. Je ne veux plus entendre parler de cette maison. Je ne veux pas sacrifier l'essentiel. Je peux me passer de fringues, de livres, de CD, de sorties (de toutes façons, je consomme si peu de tout cela en ce moment). Je peux réduire mes dépenses-enfants (mon point faible, côté porte-monnaie). Je peux arrêter d'acheter des Pim's et des Petits Ecoliers à prix d'or chez Wegmans, et me passer de fromage français. J'aurais un peu plus de mal pour le vin, mais je peux aussi décider de diminuer les occasions d'ouvrir une bouteille (et puis, s'il n'y a plus de fromage pour aller avec ...) Je peux laisser tomber la lessive bio (mon petit geste à moi pour l'environnement), deux fois plus chère que la lessive normale.
Mais je ne peux pas me passer de rentrer chez moi pendant l'été. Non.

Même les enfants s'y mettent: Maman, on ira l'année d'après. L'année d'après?
Non. Je suis un bloc de négation.

Thursday, February 15, 2007

Mercredi 14 février: Finally

Enfin, on l'a eu notre snow day!!!...


Pas de chance: j'ai été malade toute la journée. Au lieu de profiter de cette petite vacance inattendue pour lire, jouer avec les garçons dans la neige, rattraper le temps perdu en corrigeant des montagnes de copies ou faire des gâteaux, je me suis contentée de rester roulée en boule sous la couette en gémissant lamentablement. C'est bête, non?

[La photo a été prise il y a deux semaines. Hier, en fait, il faisait trop gris et moche et j'étais trop mal en point pour prendre des photos ...]

Tuesday, February 06, 2007

Mardi 6 février: Et vous, elle ressemble à quoi votre cuisine, le matin?


Morning duties: le matin, je suis la reine des préparatifs. Je prépare trois petits dej', deux lunch boxes, deux goûters du matin, un goûter de l'après-midi le mardi (Chinese club) et le jeudi (Chess club), deux garçons dont un grognon et un rêveur, et trois cartables.
Il faut qu'à 7:43 nous soyons tous les trois dehors, sacs sur le dos, dents brossées, chaussures lacées, mains gantées. Chaque jour est un nouveau défi.
Et comme je pars en même temps qu'eux, je sais dans quel état je retrouverai ma cuisine chaque après-midi (les elfes de maison ne sont pas très efficaces chez moi ...)