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Les garçons en octobre 2005. Ils ont grandi, depuis ...]
J'ai découvert le monde des blogs par
Christie. Irruption soudaine d'une vie dans ma vie. J'ai accroché tout de suite. Tellement à lire, tellement à voir! Je ne voulais pas m'arrêter. J'adore qu'on me raconte des histoires (c'est peut-être ce que j'aime le plus au monde), et sa voix est de celles qui m'arrêtent, me touchent, me font tout poser pour écouter. J'ai mis longtemps à me persuader que je voyais bien des photos de ses filles, de ses vraies filles, que leurs vrais noms étaient bien Chimène et Alma. Ma première réaction a été: mais elle est folle! N'importe qui a accès à ces informations, n'importe qui a accès à sa famille, sa vie privée? Mais il faut qu'elle se protège!
Peut-être était-ce parce que depuis deux ans je vivais dans un monde où les "cyber-prédateurs" étaient devenus la plus grande terreur des parents d'élèves, dans l'école où je travaillais. Déformation professionnelle? Ou déformation tout court (une obsession: protéger, protéger, protéger ...)?
J'en suis venue à mon propre blog par Christie, grâce à ses encouragements, et aussi pour combler (illusoirement?) la grande solitude dans laquelle j'étais alors drapée. Personne autour de moi à qui parler (surtout dans ma langue), à qui parler
vraiment. Famine de copines.
Mais toujours cette peur, de dire qui je suis, où je vis, de montrer mes enfants (Ah, et pourtant ce n'est pas l'envie qui me manque, de les montrer, les exhiber, les faire parader!), de dire leurs noms. Peur ni vraiment raisonnée, ni vraiment absurde. Les mettre à la disposition du World Wide Web, je ne peux m'y resoudre. En fait, j'aimerais créer un petit cercle, restreint, sécurisant, dont seraient exclus les voyeurs de tous ordres. Irréalisable? Certes, mais demander l'impossible et bouder quand je ne l'obtiens pas est un de mes traits de caractère les plus constants (voir les billets d'avion pour la France ...)
Paolo n'est pas le vrai nom de mon fils cadet, c'est le nom qu'il aurait pu avoir (et qui lui correspond bien). C'est le nom que je lui donne parfois. Mais l'aîné ... Je n'arrive pas à lui inventer un autre nom que le sien. Je l'appelle le grand par défaut, par impossibilité de le nommer autrement que par son nom, celui que nous lui avons donné le jour de mai où il est né, il y a huit ans et demi de cela. Il est qui il est, et je ne peux me résoudre à lui mettre un masque.
La vérité, bien sûr, a de multiples jupons superposés, et en lever un ne garantit pas de tout savoir.
Mon homme, l'homme de la famille, J., ne sait rien de ce blog, et s'y opposerait probablement farouchement. Il ne supporterait pas que des photos de ses enfants circulent sur le WWW. Et le grand, l'aîné, est tellement connecté à son père, tellement relié à lui par une multitude de fils invisibles et indestructibles, qu'il m'est difficile de parler de lui. Mon Paolo est plus accessible, il est celui qui est attaché à moi par toutes les fibres de son être, je parle de lui aussi facilement que je parle de moi. Mais évoquer mon fils aîné me donne toujours l'impression de violer son intimité, de le déposséder, sans qu'il le sache, de sa vie propre. Parce que je ressens la même chose vis-à-vis de son père.
[Un matin gris de mars, au café en face de la Pyramide du Louvre:
- Vous devriez commencer un blog.
- Oh, je ne pourrais pas. Je ne pourrais pas parler de mes enfants sans parler de leur père. Et ça ... Non, ça, ce n'est pas possible.]
Bon, j'ai passé outre. Mais je n'ai pas mis un nom sur le visage de mon grand garçon. Et je ne le montre pas beaucoup non plus ...
