Tuesday, October 27, 2009

Rebelote

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C'est reparti. En moins d'une semaine, j'ai été convoquée 3 fois dans le bureau du directeur de l'école primaire. L'excellent début d'année de Paolo est déjà du passé. Mercredi dernier, il a donné un coup de poing à deux de ses camarades (à deux moments séparés de la journée). Et s'est retrouvé dans l'obligation de rédiger un contrat, selon lequel il ne devait plus frapper qui que ce soit, pour quelque raison que ce soit.
Bien sûr, les deux gamins l'avaient cherché. Titillé, agacé, provoqué. They teased him enough to make him react. L'un lui bloquait le passage et a fini par le faire tomber en marchant sur son lacet. L'autre l'a rendu dingue en faisant semblant de lui tendre sa carte de cantine et en la retirant à chaque fois qu'il avançait la main pour la prendre. Pas grand chose. Mais Paolo a un niveau de tolérance très bas en ce qui concerne les taquineries. Il ne les comprend pas. Il les prend comme une attaque ou une insulte personnelle, ça le rend fou de rage et ... il ne se contrôle plus. Je crois que les agaceries (incessantes) de son frère y sont pour quelque chose. Et son hyper-sensibilité.
Malheureusement pour lui, cette école a une tolérance zéro en ce qui concerne les coups. Il est interdit de frapper, même un peu, même pas fort. D'où le tralala des convocations dans le bureau du directeur. Et encore, lundi matin à 7h30, réunion, relecture du contrat en commun, lourdes conséquences clairement énoncées dans le cas où...

Malheureusement, le cas où, c'était aujourd'hui. Un point de désaccord qui tourne à la dispute, et Paolo a flanqué un coup de pied. Pris en flagrant délit par la maîtresse, il est envoyé dans le bureau du directeur. Suspendu pour une journée. Je l'y ai retrouvé, malheureux, désolé plus de ma désapprobation que de ce qu'il a fait. Il finira sa suspension dans le bureau du directeur demain. Je ne sais plus qu'en penser.

Chaque fois qu'on m'apprend un nouvel incident, je me sens mal, physiquement, comme si j'avais moi même commis un crime. C'est terrible. Nausée, vertige. Je ne sais plus, ne sais vraiment plus comment lui apprendre à se contrôler. Il explique: c'est plus fort que lui. Il sait qu'il ne doit pas frapper, qu'il doit aller voir la maîtresse, s'éloigner de ceux qui le provoquent. Il le sait, mais il ne peut pas. Il oublie. C'est plus fort que lui. C'est aussi, et c'est ce qui me rend si malheureuse, plus fort que moi. Je ne peux le protéger de ça, qui lui fait perdre toute maîtrise de lui-même, cette colère raz-de-marée qui emporte tout sur son passage, promesses, bonnes résolutions, contrat...

Mon Paolo qui, une heure avant d'être consigné dans le bureau du directeur, banni de sa classe, m'avait sauté dans les bras en me croisant par hasard à la cafétéria. M'avait serrée fort et embrassée avec toute la puissance de sa tendresse impétueuse.
Mon Paolo qui ne supporte pas mon silence morose (je ne me suis pas mise en colère, à quoi bon?) et me dit, alors que je plaisante un instant avec un de mes collègues, "Je suis content que tu ne sois plus triste".
Mon Paolo qui s'obstine à me parler français devant le directeur.
Mon Paolo qui répète: "Je sais, je sais!"
Mon Paolo qui m'a répondu "Oui", quand je lui ai dit ce matin "Passe une bonne journée!", et qui a beaucoup beaucoup pleuré en définitive.

Monday, October 26, 2009

Comme un lundi (7)

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Not bad, for a bad day, huh?

Saturday, October 24, 2009

Les arbres (Pour Christie)

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Les arbres

Nous regardions nos arbres, c'était du haut
De la terrasse qui nous fut chère, le soleil
Se tenait près de nous cette fois encore
Mais en retrait, hôte silencieux
Au seuil de la maison en ruines, que nous laissions
À son pouvoir, immense, illuminée.

Vois, te disais-je, il fait glisser contre la pierre
Inégale, incompréhensible, de notre appui
L'ombre de nos épaules confondues,
Celle des amandiers qui sont près de nous
Et celle même du haut des murs qui se mêle aux autres,
Trouée, barque brûlée, proue qui dérive,
Comme un surcroît de rêve ou de fumée.

Mais ces chênes là-bas sont immobiles,
Même leur ombre ne bouge pas, dans la lumière,
Ce sont les rives du temps qui coule ici où nous sommes,
Et leur sol est inabordable, tant est rapide
Le courant de l'espoir gros de la mort.

Nous regardâmes les arbres toute une heure.
Le soleil attendait, parmi les pierres,
Puis il eut compassion, il étendit
Vers eux, en contrebas dans le ravin,
Nos ombres qui parurent les atteindre
Comme, avançant le bras, on peut toucher
Parfois, dans la distance entre deux êtres,
Un instant du rêve de l'autre, qui va sans fin.

Yves Bonnefoy, Ce qui fut sans lumière

[Je suis attachée à ce poème - découvert l'année de terminale, en même temps que je devenais amie avec la fille du poète. Je le connaissais par coeur. En le relisant, son effet apaisant, sa faculté de me rapprocher, de m'ancrer, est à nouveau passée sur moi comme une main bienveillante.]

Monday, October 19, 2009

Comme un lundi (6)

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Nouveau pull. Anthropologie - of course - again.

Sunday, October 18, 2009

Saturday, mid-october

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7h45: Je suis en retard. Quand on s'engage à surveiller un exam un samedi matin, on arrive à l'heure! Je vois leurs têtes affolées: ils ont cru que j'avais oublié... Cinq minutes de retard, panique générale. Finalement, je commence à l'heure, et c'est parti pour 3h et demie de déambulation entre les rangs ("Stop. Put your pencil down. Put your calculator under the table. Turn your answer sheet to section 3. Open your book test to section 3. You may only work on section 3. You may begin. You have 25 minutes" On and on). Tout ça pour $75...

12h: Sieste. La soirée sera longue, je reprends des forces (sur le canapé, devant un bon feu dans la cheminée...)

14h: Encore ensuquée, mais il faut partir. Mon sac est prêt, avec mes habits de soirée.

14h30: Chez Else. Par bonheur, il reste un peu de soupe potiron-carottes, je n'avais pas eu le temps de manger. Départ imminent pour une après-midi de filles...

15h: Smalltown. Un peu de shopping dans les rues bruineuses, un arrêt à Small World (bondé), et juste le plaisir d'être là, et pas ailleurs, un samedi après-midi d'octobre.

16h: The mall. En temps ordinaire, mon cauchemar. Mais en si bonne compagnie ... J'ai fini par dépenser une fortune (croisé Zara sur mon chemin...), et, au bout de trois heures, nouvellement pourvue de trois nouveaux pulls, d'un nouveau jean, d'un certain nombre de T-shirts et d'un nouveau parfum, j'étais dans un état d'euphorie proche du "sugar high".

20h: Retour chez Else. Une petite heure de pause, pour boire un premier verre, échanger des considérations sur les jupes à imprimé léopard et les ex-boyfriends qui veulent rester friends et se changer pour le dîner.

21h15: C'est un très beau restau. Nous sommes attendues, le champagne (commandé de loin par le Prince Charmant) arrive à notre table tout de suite. Et c'est aussi un très bon restau. Nous sommes traitées comme des princesses. Je crois que je finis par dire un peu n'importe quoi. Mais ce n'est pas grave non plus...
Au dessert, au diable la prudence, je mange une tartelette aux pignons. Les trois autres, alarmées par mon récit, me regardent faire sans toucher aux-dits pignons... Certainement, le vin doit agir en contre-poison?

Minuit: Nous sommes les dernières à quitter le restaurant, escortées par l'armada des charmants serveurs.

Minuit et demi: Je récupère ma voiture, et m'en repars chez moi avec tous mes paquets sur le siège à côté de moi, chantant à tue-tête et plissant les yeux pour ne pas rater les cerfs qui, les imprudents, viendraient se mettre sur ma route...

A la maison, l'Homme regarde encore Pride and Prejudice. Mais c'est déjà dimanche...

Wednesday, October 14, 2009

Dysgueusie

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J'ai commencé par jeter une moitié de melon. Dudie ne s'était pas plaint, mais moi je le trouvais immonde, alors, tant pis, il est parti à la poubelle. J'ai horreur de jeter de la nourriture (par atavisme, sans doute; ma mère me fait une scène si j'ose me débarrasser du pain sec).
Puis les tortilla chips épicées dont je raffole: un mauvais paquet, sans doute.
Et puis, tout d'un coup, je gamberge: tous les aliments ont mauvais goût, je dois être malade. Surproduction de bile, estomac en dérangement, que sais-je... Le pain a une horrible saveur amère, le vin badigeonne mon palais d'un goût metallique, le fromage me répugne. Il m'a fallu deux jours à me désespérer - ce que j'aime le plus, je ne peux plus le supporter, mais que vais-je devenir? - avant de googliser: "goût amer dans la bouche". Et là, bingo! Les 5 ou 6 premières entrées m'ont donné la réponse: pignons de pins. Oui, trois jours auparavant, j'avais fait une sauce pistou pour les pâtes avec le basilic du jardin, de l'huile d'olive italienne, du pecorino romano, de l'ail du NJ, et ... des pignons de pin. Pas beaucoup, mais suffisamment pour m'affliger cette dysgueusie. Petits et ronds, les pignons, probablement importés de Chine (bizarrement, ce n'était pas écrit sur le paquet...). Responsables d'une détestable semaine où la faim et le dégoût se sont enchaînés.
Après investigation, il s'est avéré que deux autres personnes ont souffert de maux de ventre et de nausées à la suite de ce repas. Mais pas l'Homme de la maison, qui m'a pour l'occasion révélé qu'il était déficient au niveau de la sensation du goût: apparemment, il n'est pas capable de ressentir l'amer. Ah? (Quand il était au collège, une expérience en classe de science a révélé cet handicap.) Moi, je dois être hyper sensible à l'amer - et c'est sans doute pour cela que je ne supporte pas le café ni la bière.

Une semaine pour que s'effacent les symptômes de la dysgueusie (petit nom charmant, n'est-ce pas?). Je ne crois pas que je retenterai les pignons de si tôt. Depuis, un léger dégoût s'est installé à la surface de mes jours - je compense à grand renfort de chocolat, comme si le sucré qui masque un temps l'amer pouvait l'éliminer. Si peu, en fait.

Monday, October 12, 2009

Thursday, October 08, 2009

Les pompiers devant ma porte

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Mercredi sous haute tension.
Départ en catastrophe, en super retard.
Journée de petits riens éprouvants.
Réunion du département (je ne m'habitue toujours pas à présider ces réunions - hebdomadaires, il faut que je m'y fasse).
Conflits à répétition entre moi et la technologie (mon ordinateur ne m'aime pas, le projecteur de ma salle a une dent contre moi).
Cyber-conférence avec une marchande qui essaie de me fourguer un software pour apprendre aux élèves à parler une langue étrangère (je me demande à quoi servent les profs?), pendant 45 minutes (quand apprendrai-je à dire "non"?).
Réunion après l'école (de tous les profs sur les cas problématiques).
Discussion avec la (super-gentille) directrice de la garderie après-école, qui me signale que Paolo a fait des siennes (premières bagarres de l'année).

Et puis, et puis ...

Ma rue est bloquée par la police. Au-delà de la voiture des flics, je vois les flashes rouges et bleus du camion de pompiers. J'obtiens le droit de passer (le coeur serré - ils ne seraient pas garés devant ma maison, là?), et je descends pour parler à la fliquette qui me barre le passage. Elle me demande où j'habite et me dit: "Ah, c'est la maison où ..."
Où quoi? Où QUOI? Je passe en revue à toute vitesse ce que j'ai pu laisser branché et qui aurait pu provoquer un incendie. Je suis la reine des têtes-en-l'air, et j'ai à mon actif un bon nombre de situations qui-auraient-pu-mal-tourner (je vous raconterai un autre jour).
Mais non, cette fois ce n'est pas de ma faute, et ce n'est pas très grave. La maison n'a rien. Les grands vents ont poussé les branches de l'arbre devant chez nous contre les fils électriques (non protégés, bien sûr), et l'arbre a pris feu. Pas grand chose, quelques branches carbonisées, les pompiers étaient en train de finir d'éteindre les dernières braises quand nous sommes arrivés. Le voisin est furieux, ce n'est pas la première fois que ça arrive. J'ai beau demander de tous côtés à qui il faut m'adresser, personne ne sait. La fliquette me dit que la mairie n'est même pas au courant quand ce genre d'incident se produit. Le type de la compagnie d'électricité soutient que le canton les empêche de couper les branches potentiellement dangereuses. Les pompiers (très très jeunes) me disent que le feu est éteint et qu'il n'y a plus rien à craindre. Je n'obtiendrai rien de plus de personne.
Après ça, l'homme arrive à 7h - j'étais attendue pour l'anniversaire d'Else à 6h. Je débarque chez elle quand tout le monde s'en va. Elle me sert du champagne quand même. C'est la fin d'un mercredi un peu trop stressé.

Monday, October 05, 2009

Sunday, October 04, 2009

Petits points

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Des points, des petits points partout...
Bons points, points de croix, point de toi ici, points de suspension, points de suture, points dans la figure, pointilleux, et points sur l'écharpe autour de mon cou, parce que le temps se rafraîchit, ma brave dame!
Des petits points en fête pour elle , sa petite musique qui me plaît bien et son point sur le i.

Saturday, October 03, 2009

Du temps à moi

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Bizarre de repartir de l'école à 8 h du matin. Dudie est moyennement content d'avoir été déposé seul. Paolo somnole derrière moi - je l'ai levé au dernier moment. Etrange d'aller en sens contraire de la circulation.
Tout ce que d'habitude je ne vois pas: la mère de famille qui, après avoir déposé ses momes à l'école, fait son jogging, queue de cheval, casquette, brassière de sport laissant voir son ventre remarquablement plat, et cycliste moulant. Les habitués du café où nous nous arrêtons acheter des muffins pour notre petit déjeuner - ils n'ont pas besoin de commander, on leur sert tout de suite ce qu'ils veulent. L'homme qui lit son journal dans un fauteuil. Le jeune père avec son tout petit garçon qui court partout et que la serveuse appelle par son prénom. La femme qui s'arrête acheter son café avant de filer au boulot - To go, please. Dans la rue, le rythme différent des passants.
Tout ce que d'habitude je n'entends pas: les voisins, vaquant à leurs occupations jardinières. Le "thump" du courrier dans la boîte aux lettres. Les cris de joie de très petits enfants que leur mère occupe en les promenant au bord du ruisseau. Le silence de la maison somnolant un après-midi de semaine.

Je ne suis jamais à la maison en semaine. Le rythme de la vie de prof est très différent de ce que j'ai connu quand j'enseignais en France. Ici, les profs (du moins ceux qui travaillent à temps plein) sont tenus d'arriver à 7h45 et ne doivent repartir que la journée d'école finie - c'est-à-dire à 15h30. C'est tôt, certes, mais nous n'avons pas de pause dans la semaine (pas de mercredi ...), et souvent des réunions prolongent nos journées jusqu'à 17h (et depuis que je suis calife, j'ai deux fois plus de réunions que l'année dernière!)
Cette obligation de ne pas quitter l'établissement, même quand nous n'avons pas cours, a deux objectifs: d'une part, nous mettre à la disposition de nos élèves, à tout moment (mes élèves passent dans mon bureau pour poser des questions, passer une interro qu'ils ont manquée, faire un petit cours de rattrapage, préparer un contrôle...), et de l'autre, construire - ce qui est si important ici - un sentiment de "communauté". C'est aussi pour cela qu'il n'y a pas de surveillants dans l'école: les profs assurent à tour de rôle les permanences ("study halls"), le "bus duty", la surveillance de la cour de récré pour l'école élémentaire et le collège (j'y échappe...), le "lunch duty"... Et de même, la plupart des entraîneurs ("coaches" pour les sports après l'école) sont aussi des profs. Bref, nous faisons tout nous-mêmes.

Bien sûr, nous pouvons quitter l'école, de manière exceptionnelle, si nous avons rendez-vous chez le docteur, ou si nous devons aller à la banque, etc. Mais il faut pointer ("sign out"), indiquer notre heure de départ et notre heure probable de retour, ainsi que la raison de notre absence. Ma chef, l'année dernière, était la reine des excuses et prenaient quasiment tous ses jeudis après-midi (elle n'avait pas cours et levait le camp après le déjeuner), ce qui irritait au plus haut point les membres du département (et je n'étais pas la dernière à m'en plaindre...) Cette année, j'ai moi aussi une après-midi de libre, et forte est la tentation de partir à la maison, sous un prétexte quelconque, pour m'offrir un peu de temps à moi - ce qui me manque tellement. Mais je sais que ce serait très mal vu par mes collègues, et puis ... j'ai trop de scrupules et trop de travail pour m'éclipser ainsi. Je ne "bade" jamais pendant mes heures libres - préparations, corrections, paperasse.

Alors, mercredi dernier, j'ai profité. J'ai fait semblant d'oublier que si j'avais, comme en France, mon mercredi, je serais certainement débordée, ce jour-là. Avec les enfants à conduire à droite et à gauche, les copies à corriger, un brin de ménage et ... Sans doute soufflerais-je de fatigue et peut-être même d'agacement, à la fin de la journée. Mais enfin, ce mercredi-là, offert, ouvert, paisible et inespéré, je l'ai savouré. J'ai même fini par faire un banana-chocolate cake très réussi. Et mon Paolo, frais et dispos, sans la moindre trace de fièvre, a regagné l'école dès jeudi. Heureux, comme moi, de la parenthèse.