Bien sûr, les deux gamins l'avaient cherché. Titillé, agacé, provoqué. They teased him enough to make him react. L'un lui bloquait le passage et a fini par le faire tomber en marchant sur son lacet. L'autre l'a rendu dingue en faisant semblant de lui tendre sa carte de cantine et en la retirant à chaque fois qu'il avançait la main pour la prendre. Pas grand chose. Mais Paolo a un niveau de tolérance très bas en ce qui concerne les taquineries. Il ne les comprend pas. Il les prend comme une attaque ou une insulte personnelle, ça le rend fou de rage et ... il ne se contrôle plus. Je crois que les agaceries (incessantes) de son frère y sont pour quelque chose. Et son hyper-sensibilité.
Malheureusement pour lui, cette école a une tolérance zéro en ce qui concerne les coups. Il est interdit de frapper, même un peu, même pas fort. D'où le tralala des convocations dans le bureau du directeur. Et encore, lundi matin à 7h30, réunion, relecture du contrat en commun, lourdes conséquences clairement énoncées dans le cas où...
Malheureusement, le cas où, c'était aujourd'hui. Un point de désaccord qui tourne à la dispute, et Paolo a flanqué un coup de pied. Pris en flagrant délit par la maîtresse, il est envoyé dans le bureau du directeur. Suspendu pour une journée. Je l'y ai retrouvé, malheureux, désolé plus de ma désapprobation que de ce qu'il a fait. Il finira sa suspension dans le bureau du directeur demain. Je ne sais plus qu'en penser.
Chaque fois qu'on m'apprend un nouvel incident, je me sens mal, physiquement, comme si j'avais moi même commis un crime. C'est terrible. Nausée, vertige. Je ne sais plus, ne sais vraiment plus comment lui apprendre à se contrôler. Il explique: c'est plus fort que lui. Il sait qu'il ne doit pas frapper, qu'il doit aller voir la maîtresse, s'éloigner de ceux qui le provoquent. Il le sait, mais il ne peut pas. Il oublie. C'est plus fort que lui. C'est aussi, et c'est ce qui me rend si malheureuse, plus fort que moi. Je ne peux le protéger de ça, qui lui fait perdre toute maîtrise de lui-même, cette colère raz-de-marée qui emporte tout sur son passage, promesses, bonnes résolutions, contrat...
Mon Paolo qui, une heure avant d'être consigné dans le bureau du directeur, banni de sa classe, m'avait sauté dans les bras en me croisant par hasard à la cafétéria. M'avait serrée fort et embrassée avec toute la puissance de sa tendresse impétueuse.
Mon Paolo qui ne supporte pas mon silence morose (je ne me suis pas mise en colère, à quoi bon?) et me dit, alors que je plaisante un instant avec un de mes collègues, "Je suis content que tu ne sois plus triste".
Mon Paolo qui s'obstine à me parler français devant le directeur.
Mon Paolo qui répète: "Je sais, je sais!"
Mon Paolo qui m'a répondu "Oui", quand je lui ai dit ce matin "Passe une bonne journée!", et qui a beaucoup beaucoup pleuré en définitive.
