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J'ai tellement perdu ces derniers mois, ces dernières années. Ma maison, mes repères, ma famille, telle que je l'avais construite depuis 15 ans, ma tante, un amour de passage, la confiance de mes fils, beaucoup d'argent... Je sais, je l'ai déjà dit (écrit).
Je l'ai moins dit, pas dit peut-être, j'ai aussi beaucoup souffert. Je ne me suis pas plainte (sans doute par crainte de me recevoir en retour l'inévitable:
C'est toi qui l'as voulu), mais j'ai dit et redit "C'est dur". Et oui, ça a été dur, tous ces mois à assurer, seule. Je n'arrête pas de me dire, depuis des mois, que le plus dur est passé, que j'ai laissé derrière moi le plus douloureux.
Mais en lisant le billet d'
Anne, ce matin, j'ai senti que remuait tout ce que j'ai aplati, bien au fond, me tenant debout sur la trappe, un grand sourire aux lèvres et le panneau "TOUT VA BIEN" à bout de bras. Me contentant de "C'est dur". Alors que "J'en chie" (
pardon my French) aurait été plus approprié.
Le plus dur?
La décision.
Ou ... L'annonce?
Les menaces et la peur.
Le retour en arrière. La fuite en avant. Et à nouveau, le pied au mur.
Les 15 mois de cohabitation - horribles. La peur en arrière-plan. Les larmes des enfants.
La maison qui ne se vend pas - la maison qui se vend tout à coup. Le déménagement soudain.
L'adieu, dans la haine et la rancoeur, à tout ce que nous avions construit en commun.
Les premiers mois à trois dans un tout petit appartement.
La colère, les hurlements, les provocations de mon fils.
L'impossibilité de faire le deuil de cette maison symbole.
Cet enfant toujours à la limite du basculement - quand m'échappera-t-il complètement?
Ces noires soirées d'hiver, écrasée par des souvenirs trop douloureux.
Le plus dur? Chaque pas, chaque étape.
Alors, à côté de ça, élever seule deux enfants, dans la trivialité du quotidien (brossage de dents, devoirs, visites chez le docteur, nouvelles lunettes, réunions avec les profs, lunch boxes, disputes entre frères, comment ça tu n'aimes plus cette compote alors que je viens d'en acheter une boîte de 12?, réunions tardives qui entraînent des repas à la va-vite pour des enfants grognons, les lessives, etc., etc.), c'est du pipi de sansonnet. J'ai l'habitude, je me débrouille, j'assure. Le quotidien, ce n'est pas nouveau, c'est mon domaine.
Mais bon ... c'est dur. Je suis seule, avec ma famille de l'autre côté du monde et le père de mes enfants qui refuse de collaborer sur quelque plan que ce soit (surtout pas financier), qui refuse de communiquer, qui refuse de me donner même son adresse.
J'encaisse.
Je n'ai compris que très tardivement, cet été, que ces mots répétés (à défaut d'autres ravalés) "C'est dur" allaient me coûter. J'en ai pris pour mon grade en arrivant en France. Je venais me reposer. Me faire chouchouter. Et j'ai reçu ... Des conseils à n'en plus finir. Des remontrances, des critiques, des "Si j'étais toi...". Bien sûr, ils m'ont soutenue, ils étaient présents à distance, ils m'ont aidée financièrement. Mais je leur ai clairement donné l'impression de ne pas me dépatouiller du merdier dans lequel JE m'étais mise. Pourtant, eh, je vous dis que j'assure.
Ma mère a toujours été critique à mon égard (et depuis plusieurs années je le suis devenue envers elle, je dois le reconnaître), mais jamais comme cet été. J'ai très mal supporté de recevoir sans cesse des leçons de sa part, surtout sur l'éducation de mes enfants et encore plus en leur présence. Il y a même eu des moments où ils ont pris ma défense, tellement elle allait loin. J'ai très mal supporté de l'entendre dire à qui voulait l'entendre que ma soeur était fabuleuse, quelle cuisinière extraordinaire, et avec son copain, qu'est-ce qu'ils sont faciles à vivre (ce qui du reste est très vrai), de l'entendre clamer que ma cousine et son mari sont tellement agréables, que leurs filles sont des merveilles, quel plaisir de passer du temps avec eux... Pour aussitôt enchaîner sur mes fils difficiles et ma mauvaise humeur.
Mais basta. C'est dur, et j'en ai bavé, et j'en baverai encore. And so what?
La colère soudain me serre le coeur. J'ai tellement perdu, et je voudrais un peu plus de douceur pendant que je fais le deuil de ce que j'ai quitté, ce qui m'a quitté depuis deux ans. Leave me alone.