Chaque année à la même époque, je pique ma crise. Je
dois aller en France cet été. Je le dois, je ne peux pas faire autrement, je ne survivrai pas, il le faut. Pour les enfants aussi, c'est indispensable, la langue, l'immersion dans leur langue maternelle, le contact avec la famille. Je dois, nous ne pouvons pas, tu ne comprends pas, j'irai!
Et chaque année, nous partons en France pour l'été. Bien sûr, une fois déboursée la somme astronomique (chaque année un peu plus) pour les billets d'avion, pas de folie, nous restons dans les maisons qui nous ouvrent grandes leurs portes, pas d'aventure dans les coins de France inconnus, pas de voyage autre que celui de la 20: Paris-Toulouse, ça nous connaît. Les contraintes financières et la pression familiale font que nous ne varions guère nos lieux de villégiature. Bien contents, me direz-vous, d'avoir tant de points de chute, tant de seuils hospitaliers à franchir! Ce sont mes repères, ceux auxquels déjà s'accrochent mes enfants, qui attendent chaque année avec impatience le retour aux sources (les miennes, les leurs)
Et pourtant, chaque année, une fois sur place, vient le moment où me titille la question: est-ce vraiment indispensable? Cette année en particulier, parce que j'ai été archi-gâtée, c'est mon troisième voyage en terre natale. Alors? Tant que tout notre budget vacances ira vers le retour dans le cocon familial, nous ne pourrons nous permettre de voyager (j'ai fait une entorse cette année, en solo. More about that later...) La Crête, notre rêve depuis quelque temps, continue d'attendre son tour dans le carton des projets mis de côté. L'achat d'une maison n'autorise aucun extra (et c'est bien pour cela que je suis fondamentalement contre, mais passons, ce débat est mort).
Alors, les vacances? Ah, c'était bien.

Mon projet était de lire beaucoup, et je m'y suis plus ou moins tenue. Et aussi: nager, même quand le temps était moyen; manger, surtout du fromage, une cure pour tenir jusqu'à l'année prochaine, de l'izard aussi, à la demande expresse de mon fils aîné qui sait apprécier les bonnes choses (sauf le fromage); se balader en montagne, et tester la resistance des petits Américains (qui ne s'en sont pas trop mal sortis, il faut bien le dire. L'année prochaine, on tente quelque chose de plus pentu. Ah, m'y voilà déjà!); se replonger dans les histoires familiales qui poussent et s'épanouissent avec la vigueur des mauvaises herbes (je suis contente d'avoir transplanté ma vie suffisamment loin pour en souffrir le moins possible); revoir ceux que j'aime, ceux que nous aimons, et nous apercevoir que parfois le temps ne compte pas. Reprendre une conversation comme si nous nous étions quittés la veille.
Les plus forts, pour ça, ce sont les enfants. Ces quatre-là se connaissent depuis qu'ils ont 3 mois, se retrouvent tous les ans et renouent leurs liens avec le naturel de ceux qui ne sont jamais vraiment éloignés. Je redoute les obstacles que l'adolescence mettre sur le chemin de leurs faciles échanges.

[La réponse est bien sûr: Oui, ce voyage est indispensable. Il m'est d'autant plus facile de l'affirmer que je suis de retour en Amérique et que mon pays me manque déjà.]