...
Il a gelé cette nuit. Ce matin, l'air est clair, brillant, joyeux.
Juste avant de me réveiller, j'ai rêvé que je devais partir quelque part et mon amoureux (c'était mon Jeune Homme - en fait, nous étions très jeunes tous les deux) me serrait longuement, longuement dans ses bras. Cette longue étreinte silencieuse était tellement intense, tellement pleine de tendresse que je suis sortie du sommeil encore enveloppée de sa douceur. Le soleil à ma fenêtre a fini de me persuader que commençait une belle journée.
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Saturday, October 13, 2012
Monday, June 25, 2012
Since October (1)
...
J'avais perdu le cordon de mon vieil appareil photo. Je viens de le retrouver, exactement là où il aurait dû se trouver - encore un coup de ces objets apparaissant-disparaissant qui me jouent des tours (just checking if you were paying attention).
90 photos - depuis octobre. Pas les plus importantes, j'ai le nouvel appareil pour celles-là, mais celles, en marge, que je prends quand je n'ai sous la main que le petit qui traîne dans mon sac. Retour en arrière sur quelques mois durant lesquels ma vie a pris des tournants abrupts (non, en fait: durant lesquels j'ai fait basculer ma vie et celle de ceux qui m'entourent de manière abrupte. Pas de regret, mais pas sûr qu'un jour je me pardonne).
Octobre - Dans le jardin de cette maison qui n'est plus la nôtre. Leurs longs et mystérieux jeux-conciliabules.
Il n'est pas dit que je puisse leur montrer ces photos sans qu'ils se mettent à pleurer. Je m'abstiendrai, pour le moment.
Un matin d'automne de ma fenêtre - mon ancienne fenêtre.
Décembre - Où? Des lumières dans l'obscurité du mois le plus sombre. Je ne les situe plus.
Avril - Après le déménagement et tous les bouleversements. Sur le chemin de l'école, nous traversons le playground des petits.
Avril - Premières glaces.
Avril - Paolo, transformé, joue les stars. Il ramène de bonnes joues de son séjour en France (ma mère est une excellente cuisinière...). Il a temporairement laissé tomber les attaques, l'agressivité, la colère et retrouvé le sourire.
Avril - Ces mois si difficiles ont été ceux du renforcement de mon amitié avec l'Architecte. Il a pris la place qu'Else a délaissée. Il est devenu, depuis l'été dernier, mon confident (presque le seul qui soit au courant de mon aventure avec le Correspondant - et je n'oublierai pas sa réaction à l'annonce de "It's over, you know." Il a posé sa main sur mon bras, il m'a regardée bien en face et il m'a dit: "It didn't work out. It didn't work out, but it doesn't mean he is not a good guy. Remember that. You had that." J'ai acquiescé. Et nous n'en avons plus reparlé.)
Nos déjeuners du samedi dans "notre" restau. Nos verres du vendredi soir chez Térésa. Il m'a aidée à traverser ces temps durs. J'ai été là pour lui, aussi.
(A suivre...)
J'avais perdu le cordon de mon vieil appareil photo. Je viens de le retrouver, exactement là où il aurait dû se trouver - encore un coup de ces objets apparaissant-disparaissant qui me jouent des tours (just checking if you were paying attention).
90 photos - depuis octobre. Pas les plus importantes, j'ai le nouvel appareil pour celles-là, mais celles, en marge, que je prends quand je n'ai sous la main que le petit qui traîne dans mon sac. Retour en arrière sur quelques mois durant lesquels ma vie a pris des tournants abrupts (non, en fait: durant lesquels j'ai fait basculer ma vie et celle de ceux qui m'entourent de manière abrupte. Pas de regret, mais pas sûr qu'un jour je me pardonne).
Octobre - Dans le jardin de cette maison qui n'est plus la nôtre. Leurs longs et mystérieux jeux-conciliabules.
Il n'est pas dit que je puisse leur montrer ces photos sans qu'ils se mettent à pleurer. Je m'abstiendrai, pour le moment.
Un matin d'automne de ma fenêtre - mon ancienne fenêtre.
Décembre - Où? Des lumières dans l'obscurité du mois le plus sombre. Je ne les situe plus.
Avril - Après le déménagement et tous les bouleversements. Sur le chemin de l'école, nous traversons le playground des petits.
Avril - Premières glaces.
Avril - Paolo, transformé, joue les stars. Il ramène de bonnes joues de son séjour en France (ma mère est une excellente cuisinière...). Il a temporairement laissé tomber les attaques, l'agressivité, la colère et retrouvé le sourire.
Avril - Ces mois si difficiles ont été ceux du renforcement de mon amitié avec l'Architecte. Il a pris la place qu'Else a délaissée. Il est devenu, depuis l'été dernier, mon confident (presque le seul qui soit au courant de mon aventure avec le Correspondant - et je n'oublierai pas sa réaction à l'annonce de "It's over, you know." Il a posé sa main sur mon bras, il m'a regardée bien en face et il m'a dit: "It didn't work out. It didn't work out, but it doesn't mean he is not a good guy. Remember that. You had that." J'ai acquiescé. Et nous n'en avons plus reparlé.)
Nos déjeuners du samedi dans "notre" restau. Nos verres du vendredi soir chez Térésa. Il m'a aidée à traverser ces temps durs. J'ai été là pour lui, aussi.
(A suivre...)
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Wednesday, February 15, 2012
Aujourd'hui - serrer
...
Je voudrais serrer dans mes bras ceux qui m'échappent.
Mon fils qui est parti ce matin pour deux jours en oubliant de me dire au revoir. J'ai dû le rappeler alors qu'il était déjà dans l'escalier.
L'amie qui m'a envoyé un œillet hier avec ce petit mot: "You are loved by many". Moi qui déteste la St Valentin...
Mon petit qui me repousse de toutes ses forces, puis se love contre moi comme si nous ne faisions qu'un. Qui me crie sa haine et réclame mon amour tour à tour, déchiré.
Celui qui n'écrit plus.
...
Je voudrais serrer dans mes bras ceux qui m'échappent.
Mon fils qui est parti ce matin pour deux jours en oubliant de me dire au revoir. J'ai dû le rappeler alors qu'il était déjà dans l'escalier.
L'amie qui m'a envoyé un œillet hier avec ce petit mot: "You are loved by many". Moi qui déteste la St Valentin...
Mon petit qui me repousse de toutes ses forces, puis se love contre moi comme si nous ne faisions qu'un. Qui me crie sa haine et réclame mon amour tour à tour, déchiré.
Celui qui n'écrit plus.
...
Thursday, December 22, 2011
Sorrow
...
J'ai l'impression d'avoir beaucoup perdu dans ce mois de décembre. Tout ce qui m'a quittée, que j'ai dû laisser derrière moi, dans un passé qui ne reviendra jamais, sauf en rêve. Je ne grandis plus, je vieillis. Le chagrin m'enveloppe, j'avance quand même avec à côté de moi l'ombre des absents - et tous ces présents qui me sont d'autant plus chers.
En une semaine, j'ai perdu mon correspondant, qui a unilatéralement et sans aucune méchanceté et définitivement mis fin à notre relation. Et quelques jours après, j'ai perdu une des figures les plus chères de mon enfance, ma référence, celle qui, après ma grand-mère, était le ciment de notre famille, son coeur vibrant. Ma tante est partie sans m'attendre, elle qui me demandait au téléphone: "Quand est-ce que tu arrives?", encore et encore, elle pour qui, exceptionnellement, je faisais le voyage - j'espérais pouvoir lui dire adieu.
Mardi, sous la pluie qui n'en finissait pas, nous l'avons installée dans sa dernière demeure, face à sa chère montagne.
J'ai l'impression d'avoir beaucoup perdu dans ce mois de décembre. Tout ce qui m'a quittée, que j'ai dû laisser derrière moi, dans un passé qui ne reviendra jamais, sauf en rêve. Je ne grandis plus, je vieillis. Le chagrin m'enveloppe, j'avance quand même avec à côté de moi l'ombre des absents - et tous ces présents qui me sont d'autant plus chers.
En une semaine, j'ai perdu mon correspondant, qui a unilatéralement et sans aucune méchanceté et définitivement mis fin à notre relation. Et quelques jours après, j'ai perdu une des figures les plus chères de mon enfance, ma référence, celle qui, après ma grand-mère, était le ciment de notre famille, son coeur vibrant. Ma tante est partie sans m'attendre, elle qui me demandait au téléphone: "Quand est-ce que tu arrives?", encore et encore, elle pour qui, exceptionnellement, je faisais le voyage - j'espérais pouvoir lui dire adieu.
Mardi, sous la pluie qui n'en finissait pas, nous l'avons installée dans sa dernière demeure, face à sa chère montagne.
Wednesday, November 23, 2011
Heartache
...
Je me paie un bon vieux chagrin d'amour. Un grand classique, avec insomnie, beaucoup de larmes et pas d'appétit. Un vrai, comme quand j'avais 16, 18 ans. Ou 23.
Pourtant, il ne m'a pas (encore) quittée. D'ailleurs, comment le pourrait-il? Nous ne sommes pas "ensemble". Cette relation, qu'il ne sait comment qualifier, n'offre pas l'option "rupture". Nous sommes donc à l'abri de ce genre de drame. Ouf.
Alors pourquoi suis-je si malheureuse?
A la distance géographique se rajoute l'éloignement, lent, progressif, mais certain, qu'il induit. I can read the writing on the wall, I can.
Un message pour m'apaiser, le baume qu'il me fallait pour mieux dormir ce soir. L'attachement, ah, oui, tout ce qui nous lie - et qui n'a pas de nom - est bien réel.
Mais demain?
En même temps, j'observe, comme à quelques pas de moi, la mélancolie qui m'étreint la région du cœur et je sais que cette peine-là, si poignante qu'elle soit parfois, ne me fera pas sombrer. C'est l'accumulation qui me fait vaciller. Do not worry. It will pass.
Je me paie un bon vieux chagrin d'amour. Un grand classique, avec insomnie, beaucoup de larmes et pas d'appétit. Un vrai, comme quand j'avais 16, 18 ans. Ou 23.
Pourtant, il ne m'a pas (encore) quittée. D'ailleurs, comment le pourrait-il? Nous ne sommes pas "ensemble". Cette relation, qu'il ne sait comment qualifier, n'offre pas l'option "rupture". Nous sommes donc à l'abri de ce genre de drame. Ouf.
Alors pourquoi suis-je si malheureuse?
A la distance géographique se rajoute l'éloignement, lent, progressif, mais certain, qu'il induit. I can read the writing on the wall, I can.
Un message pour m'apaiser, le baume qu'il me fallait pour mieux dormir ce soir. L'attachement, ah, oui, tout ce qui nous lie - et qui n'a pas de nom - est bien réel.
Mais demain?
En même temps, j'observe, comme à quelques pas de moi, la mélancolie qui m'étreint la région du cœur et je sais que cette peine-là, si poignante qu'elle soit parfois, ne me fera pas sombrer. C'est l'accumulation qui me fait vaciller. Do not worry. It will pass.
Wednesday, October 26, 2011
New York avec lui
...
Nous avons bien failli ne pas nous retrouver. De sombres histoires de brouillard, d'avion cloué au sol, de vol annulé et de listes d'attente... J'ai passé mon vendredi à me ronger les sangs, entre deux rendez-vous avec les parents de mes élèves ou les profs de mes enfants (c'était la semaine dernière l'épuisante période des Parent-Teacher Conferences...)
Et puis, et puis, à 22h30, je l'ai récupéré à Penn Station. Il m'attendait, sa silhouette sombre maintenant reconnaissable entre toutes, au milieu de tout ce mouvement, ces allers et venues de centaines de personnes autour de lui. Je l'ai enlacé, comme la dernière fois, sans un mot - nous nous retrouvons toujours dans une gare, semble-t-il...
Je l'ai entraîné avec moi dans le subway et c'était le début de notre temps ensemble, du temps qui nous était imparti, nous commençons à avoir l'habitude, (presque) deux jours et deux nuits. C'était, ah... bien.
Samedi matin, à la recherche du petit déjeuner.
Boutique-culte (je n'imaginais même pas que ça existait!)
Ground Zero.
Les 99% à Wall Street, ambiance joyeuse et bon enfant, détermination sans faille.
Merveilleuse après-midi au bord de l'Hudson River.
Nous avons bien failli ne pas nous retrouver. De sombres histoires de brouillard, d'avion cloué au sol, de vol annulé et de listes d'attente... J'ai passé mon vendredi à me ronger les sangs, entre deux rendez-vous avec les parents de mes élèves ou les profs de mes enfants (c'était la semaine dernière l'épuisante période des Parent-Teacher Conferences...)
Et puis, et puis, à 22h30, je l'ai récupéré à Penn Station. Il m'attendait, sa silhouette sombre maintenant reconnaissable entre toutes, au milieu de tout ce mouvement, ces allers et venues de centaines de personnes autour de lui. Je l'ai enlacé, comme la dernière fois, sans un mot - nous nous retrouvons toujours dans une gare, semble-t-il...
Je l'ai entraîné avec moi dans le subway et c'était le début de notre temps ensemble, du temps qui nous était imparti, nous commençons à avoir l'habitude, (presque) deux jours et deux nuits. C'était, ah... bien.
Samedi matin, à la recherche du petit déjeuner.
Boutique-culte (je n'imaginais même pas que ça existait!)
Ground Zero.
Les 99% à Wall Street, ambiance joyeuse et bon enfant, détermination sans faille.
Merveilleuse après-midi au bord de l'Hudson River.
Un autre tour sur la High Line, fin d'après-midi dorée, deux semaines après m'y être baladée avec Christie et Nicolas (et cette fois, j'ai pu aller voir l'expo sur Edward Steichen, Christie! Elle était magnifique.)
Nous voilà, nous deux, à New York.
Tellement heureux d'être ensemble,
même pour seulement (presque) deux jours
et deux nuits.
Thursday, October 06, 2011
Amants
...
Ce doit être la saison des escapades amoureuses - ou alors, c'est encore un coup de l'effet zahir: parce que je ne pense qu'à partir en weekend avec mon correspondant, se multiplient autour de moi les récits de tels moments.
New Hope est déjà loin, New Hope s'estompe, et pourtant ... Je me raccroche à ces moments heureux, tellement inattendus, hors du temps, que nous ne cessions de nous répéter: cela doit faire une semaine, au moins, que nous sommes ensemble. Non, en fait, juste deux jours - et deux nuits - pour nous deux. Cette évidence - je suis bien avec toi - qui s'est imposée malgré les appréhensions. Tu vois, nous ne nous étions jamais vraiment approchés, avant son arrivée à la petite gare de Small Town. Nous avons passé une petite semaine, cet été, à se voir, se revoir, se frôler, se chercher sans même s'en rendre compte, et puis, le dernier jour, alors qu'il partait dans quelques heures, je me suis réveillée avec cette certitude: il faut que je lui parle. Pas très sûre de quoi, ou comment, mais je ne pouvais le laisser partir sans lui parler. Je l'ai trouvé sans difficulté, prêt à m'écouter et, lui pourtant si discret toute la semaine, à me parler ouvertement de lui-même.
Regarde-nous: nous sommes assis, chacun sur un canapé, et un peu plus loin dans la pièce, mademoiselle E., la fille de ma cousine, papillonne en tendant l'oreille. Rien de très secret dans notre conversation, et pourtant j'aimerais que nous soyons seuls. Regarde-nous: nos yeux se cherchent, nous ne comprenons pas ce qui nous arrive, et pourtant il va partir. Je l'accompagne, avec ma cousine, son mari et ses filles, jusqu'au parking. Il me dit quelques mots d'encouragement (Entoure-toi bien), derrière lesquels je voudrais entendre plus. Nous nous faisons la bise, effleurement des joues de convention, comme les autres autour de nous. Juste avant de monter dans sa voiture, il suggère une soirée poker le samedi 10 septembre, il sera de retour à Paris et sans enfant à ce moment-là. Ma cousine lui dit on verra, tu sais la rentrée, on est toujours un peu speed... Je me sens exclue, presque jalouse, je sais que je serai déjà si loin, le 10 septembre.
Si j'avais su, alors, que le 10 septembre il serait avec moi, rien qu'avec moi, que pour moi il aurait traversé l'Atlantique, franchi la distance...
Mais avant d'en arriver là, il y a eu des semaines de correspondance. A commencer par un message de ma part (je n'en reviens pas toujours pas d'avoir eu l'audace de demander à ma cousine son adresse e-mail...), le remerciant simplement de notre conversation, le jour de son départ. Il m'a répondu tout de suite. J'ai fait de même. Et nous ne nous sommes plus arrêtés. Je ne sais comment, si vite, nous en sommes venus à reconnaître une attirance réciproque. Je ne sais comment nous avons pu, pendant un mois, nous écrire chaque jour, sentant grandir entre nous ce qui n'avait pas encore de nom. Nos projets de voyage, projets en l'air sur lesquels nous aimions rêver, ces dates que nous échangions, sans parvenir à trouver le moyen de faire coïncider nos calendriers. Et puis, une sorte de malentendu, je me froisse si facilement, et cette période intense m'a mis les nerfs à fleur de peau - je propose une pause, ne nous écrivons pas pendant quelque temps, c'est mieux. Il me répond, Tu plaisantes? Je garde le silence. Il décide alors qu'il est temps que nous nous revoyions et qu'il va venir. Le weekend suivant. Je me souviens que j'ai manqué de m'évanouir en lisant son message. Mais il ne plaisantait pas. Et deux jours avant le weekend, il m'a confirmé qu'il avait acheté ses billets. A moi de choisir où nous allions nous retrouver.
Vendredi 9 septembre, il devait pleuvoir toute la journée, et cet extraordinaire soleil ne semble pourtant pas vouloir se voiler. Je tremble depuis le matin, c'est incontrôlable, mes mains ne m'appartiennent plus. Mon sac est prêt, bouclé. J'y ai passé la soirée. Je regarde sans cesse mon portable, mais j'ai cours - je ne sais comment j'ai réussi à le laisser dans mon bureau le temps d'aller enseigner. A la fin de l'heure, je quitte ma salle de classe presque en courant. Son message me dit qu'il est monté dans le train. Peut-on vraiment éprouver en même temps un tel soulagement et une terreur sans fin?
L'assemblée pour commémorer le 11 septembre me bloque plus longtemps que prévu. L'émotion est forte, ceux qui prennent la parole ont des larmes plein la voix et je suis prête à défaillir. Pour le coup, quand on nous lâche enfin, je me mets à courir, je ne m'arrête plus jusqu'à ma voiture. Il fait si beau, si beau, j'écoute la musique à fond sur la route de mon bonheur, j'ai peur, j'ai envie, que vais-je trouver à la gare? Cet homme, je ne sais même plus à quoi il ressemble. Il n'est pas très beau, je sais, alors d'où vient cette attirance? Il n'est plus temps de se poser des questions. Je me crois en retard, mais le train n'arrive que deux minutes après que j'ai garé ma voiture. Je ne tiens à la main que mon portable. J'attends sur le quai, la peur nouée au ventre, l'inquiétude - et si je ne le reconnaissais pas? J'en suis capable, je suis handicapée de la recognition des visages. Le train se vide, il n'est pas là. Cette fois, c'est sûr, mes jambes vont se dérober. Je redescends lentement vers la rue. Je me fais alpaguer par une espèce de grand, large, épais énergumène qui entreprend de me brancher (c'est bien le moment!): You go to Rutgers? I have seen you before. Where have I seen you before? Is your name Marietta? Je m'échappe, I am sorry, I don't have time. Je l'ai vu, un peu plus loin, sa silhouette sombre me tournant un peu le dos, les yeux fixés sur son téléphone. Est-ce lui, vraiment lui? Je renonce à l'interpeller, j'ai peur que ma voix ne s'étrangle dans ma gorge. Et si ce n'était pas lui?
Je m'approche, doucement. Et je m'arrête juste à côté de lui, sans bouger, sans faire de bruit. C'est bien lui. Il sent une présence, il se retourne, l'air interrogateur, et puis me reconnaît. Je voudrais ne jamais oublier ce sourire, l'expression de son visage, cet immense soulagement et ce bonheur qui tout d'un coup l'envahissent. Il a un geste vers moi, comme s'il voulait entourer mes épaules, et sans que j'ai besoin d'y réfléchir, mes bras sont autour de son cou, il me serre contre lui et nous ne nous lâchons plus. Je ne sais combien de temps nous sommes restés enlacés. Il faisait si beau, deux heures de l'après-midi, gare de Small Town, au milieu des voyageurs qui arrivaient de New York. Son odeur que je n'oublierai plus. Quand notre étreinte s'est desserrée, nous avons pu enfin nous voir - pas très longtemps, parce que je me suis mise sur la pointe des pieds pour l'embrasser, enfin, à pleine bouche. Depuis le temps que nous nous l'écrivions, ce baiser ... Il était à la hauteur de nos espérances, je crois.
Il a fallu partir - les premiers mots que je lui ai dits: "Il faut y aller, j'ai cours dans un quart d'heure", pas très glamour, mais ma journée n'était pas terminée, il fallait bien expédier les affaires courantes. Je l'ai laissé à Small Town, lui indiquant la bibliothèque, le café, le glacier. Il m'a embrassée encore une fois et j'ai filé vers l'école. Je suis arrivée juste à temps pour mon cours, essoufflée, et incapable de rassembler le début du commencement d'une pensée cohérente. Ne me demande pas ce qui s'est passé pendant l'heure de cours, je n'en ai pas la moindre idée. J'étais complètement en pilote automatique, je crois que mes élèves ne se sont doutés de rien, et pourtant ils n'avaient devant eux qu'un fantôme de prof.
Il a encore fallu récupérer mes enfants, les ramener à la maison, donner quelques instructions à la babysitter, un peu étonnée de ma fébrilité (Mais où tu vas? - Ah, je ne sais pas encore ... - Mais si tu ne sais pas, comment sais-tu ce que tu dois emporter? - Bah, je me débrouille...) Elle a bien rigolé. Elle a 19 ans, moi 40, et c'est moi l'adolescente.
J'ai repris le chemin de Small Town. J'ai retrouvé mon correspondant en ville. Le temps de faire trois pas pour aller jusqu'à la banque, nous avons croisé deux de mes élèves. Il était temps de partir. Notre weekend commençait. Celui qui allait durer une semaine au moins: deux jours - et deux nuits.
Ce doit être la saison des escapades amoureuses - ou alors, c'est encore un coup de l'effet zahir: parce que je ne pense qu'à partir en weekend avec mon correspondant, se multiplient autour de moi les récits de tels moments.
New Hope est déjà loin, New Hope s'estompe, et pourtant ... Je me raccroche à ces moments heureux, tellement inattendus, hors du temps, que nous ne cessions de nous répéter: cela doit faire une semaine, au moins, que nous sommes ensemble. Non, en fait, juste deux jours - et deux nuits - pour nous deux. Cette évidence - je suis bien avec toi - qui s'est imposée malgré les appréhensions. Tu vois, nous ne nous étions jamais vraiment approchés, avant son arrivée à la petite gare de Small Town. Nous avons passé une petite semaine, cet été, à se voir, se revoir, se frôler, se chercher sans même s'en rendre compte, et puis, le dernier jour, alors qu'il partait dans quelques heures, je me suis réveillée avec cette certitude: il faut que je lui parle. Pas très sûre de quoi, ou comment, mais je ne pouvais le laisser partir sans lui parler. Je l'ai trouvé sans difficulté, prêt à m'écouter et, lui pourtant si discret toute la semaine, à me parler ouvertement de lui-même.
Regarde-nous: nous sommes assis, chacun sur un canapé, et un peu plus loin dans la pièce, mademoiselle E., la fille de ma cousine, papillonne en tendant l'oreille. Rien de très secret dans notre conversation, et pourtant j'aimerais que nous soyons seuls. Regarde-nous: nos yeux se cherchent, nous ne comprenons pas ce qui nous arrive, et pourtant il va partir. Je l'accompagne, avec ma cousine, son mari et ses filles, jusqu'au parking. Il me dit quelques mots d'encouragement (Entoure-toi bien), derrière lesquels je voudrais entendre plus. Nous nous faisons la bise, effleurement des joues de convention, comme les autres autour de nous. Juste avant de monter dans sa voiture, il suggère une soirée poker le samedi 10 septembre, il sera de retour à Paris et sans enfant à ce moment-là. Ma cousine lui dit on verra, tu sais la rentrée, on est toujours un peu speed... Je me sens exclue, presque jalouse, je sais que je serai déjà si loin, le 10 septembre.
Si j'avais su, alors, que le 10 septembre il serait avec moi, rien qu'avec moi, que pour moi il aurait traversé l'Atlantique, franchi la distance...
Mais avant d'en arriver là, il y a eu des semaines de correspondance. A commencer par un message de ma part (je n'en reviens pas toujours pas d'avoir eu l'audace de demander à ma cousine son adresse e-mail...), le remerciant simplement de notre conversation, le jour de son départ. Il m'a répondu tout de suite. J'ai fait de même. Et nous ne nous sommes plus arrêtés. Je ne sais comment, si vite, nous en sommes venus à reconnaître une attirance réciproque. Je ne sais comment nous avons pu, pendant un mois, nous écrire chaque jour, sentant grandir entre nous ce qui n'avait pas encore de nom. Nos projets de voyage, projets en l'air sur lesquels nous aimions rêver, ces dates que nous échangions, sans parvenir à trouver le moyen de faire coïncider nos calendriers. Et puis, une sorte de malentendu, je me froisse si facilement, et cette période intense m'a mis les nerfs à fleur de peau - je propose une pause, ne nous écrivons pas pendant quelque temps, c'est mieux. Il me répond, Tu plaisantes? Je garde le silence. Il décide alors qu'il est temps que nous nous revoyions et qu'il va venir. Le weekend suivant. Je me souviens que j'ai manqué de m'évanouir en lisant son message. Mais il ne plaisantait pas. Et deux jours avant le weekend, il m'a confirmé qu'il avait acheté ses billets. A moi de choisir où nous allions nous retrouver.
Vendredi 9 septembre, il devait pleuvoir toute la journée, et cet extraordinaire soleil ne semble pourtant pas vouloir se voiler. Je tremble depuis le matin, c'est incontrôlable, mes mains ne m'appartiennent plus. Mon sac est prêt, bouclé. J'y ai passé la soirée. Je regarde sans cesse mon portable, mais j'ai cours - je ne sais comment j'ai réussi à le laisser dans mon bureau le temps d'aller enseigner. A la fin de l'heure, je quitte ma salle de classe presque en courant. Son message me dit qu'il est monté dans le train. Peut-on vraiment éprouver en même temps un tel soulagement et une terreur sans fin?
L'assemblée pour commémorer le 11 septembre me bloque plus longtemps que prévu. L'émotion est forte, ceux qui prennent la parole ont des larmes plein la voix et je suis prête à défaillir. Pour le coup, quand on nous lâche enfin, je me mets à courir, je ne m'arrête plus jusqu'à ma voiture. Il fait si beau, si beau, j'écoute la musique à fond sur la route de mon bonheur, j'ai peur, j'ai envie, que vais-je trouver à la gare? Cet homme, je ne sais même plus à quoi il ressemble. Il n'est pas très beau, je sais, alors d'où vient cette attirance? Il n'est plus temps de se poser des questions. Je me crois en retard, mais le train n'arrive que deux minutes après que j'ai garé ma voiture. Je ne tiens à la main que mon portable. J'attends sur le quai, la peur nouée au ventre, l'inquiétude - et si je ne le reconnaissais pas? J'en suis capable, je suis handicapée de la recognition des visages. Le train se vide, il n'est pas là. Cette fois, c'est sûr, mes jambes vont se dérober. Je redescends lentement vers la rue. Je me fais alpaguer par une espèce de grand, large, épais énergumène qui entreprend de me brancher (c'est bien le moment!): You go to Rutgers? I have seen you before. Where have I seen you before? Is your name Marietta? Je m'échappe, I am sorry, I don't have time. Je l'ai vu, un peu plus loin, sa silhouette sombre me tournant un peu le dos, les yeux fixés sur son téléphone. Est-ce lui, vraiment lui? Je renonce à l'interpeller, j'ai peur que ma voix ne s'étrangle dans ma gorge. Et si ce n'était pas lui?
Je m'approche, doucement. Et je m'arrête juste à côté de lui, sans bouger, sans faire de bruit. C'est bien lui. Il sent une présence, il se retourne, l'air interrogateur, et puis me reconnaît. Je voudrais ne jamais oublier ce sourire, l'expression de son visage, cet immense soulagement et ce bonheur qui tout d'un coup l'envahissent. Il a un geste vers moi, comme s'il voulait entourer mes épaules, et sans que j'ai besoin d'y réfléchir, mes bras sont autour de son cou, il me serre contre lui et nous ne nous lâchons plus. Je ne sais combien de temps nous sommes restés enlacés. Il faisait si beau, deux heures de l'après-midi, gare de Small Town, au milieu des voyageurs qui arrivaient de New York. Son odeur que je n'oublierai plus. Quand notre étreinte s'est desserrée, nous avons pu enfin nous voir - pas très longtemps, parce que je me suis mise sur la pointe des pieds pour l'embrasser, enfin, à pleine bouche. Depuis le temps que nous nous l'écrivions, ce baiser ... Il était à la hauteur de nos espérances, je crois.
Il a fallu partir - les premiers mots que je lui ai dits: "Il faut y aller, j'ai cours dans un quart d'heure", pas très glamour, mais ma journée n'était pas terminée, il fallait bien expédier les affaires courantes. Je l'ai laissé à Small Town, lui indiquant la bibliothèque, le café, le glacier. Il m'a embrassée encore une fois et j'ai filé vers l'école. Je suis arrivée juste à temps pour mon cours, essoufflée, et incapable de rassembler le début du commencement d'une pensée cohérente. Ne me demande pas ce qui s'est passé pendant l'heure de cours, je n'en ai pas la moindre idée. J'étais complètement en pilote automatique, je crois que mes élèves ne se sont doutés de rien, et pourtant ils n'avaient devant eux qu'un fantôme de prof.
Il a encore fallu récupérer mes enfants, les ramener à la maison, donner quelques instructions à la babysitter, un peu étonnée de ma fébrilité (Mais où tu vas? - Ah, je ne sais pas encore ... - Mais si tu ne sais pas, comment sais-tu ce que tu dois emporter? - Bah, je me débrouille...) Elle a bien rigolé. Elle a 19 ans, moi 40, et c'est moi l'adolescente.
J'ai repris le chemin de Small Town. J'ai retrouvé mon correspondant en ville. Le temps de faire trois pas pour aller jusqu'à la banque, nous avons croisé deux de mes élèves. Il était temps de partir. Notre weekend commençait. Celui qui allait durer une semaine au moins: deux jours - et deux nuits.
Wednesday, September 28, 2011
Confused and conflicted
...
J'attendais un message de mon correspondant - et c'est d'un autre qu'il m'en est arrivé un, avec, étrangement, des mots qui semblaient empruntés à celui qui m'écrit maintenant si régulièrement.
je pense beaucoup, tout le temps, à toi
Je ne sais que te répondre. Notre histoire en pointillés, tes interminables silences, nos faciles retrouvailles et tous nos rendez-vous manqués, tout cela ne s'additionne pas en quelque chose de très défini. Que sommes-nous, au juste, l'un pour l'autre? Difficile à dire, surtout si tu te tais.
Je n'arrive pas à me débarrasser du sentiment poignant de culpabilité qui m'étouffe. Je ne supporte pas de te faire souffrir, tout en ne sachant pas exactement ce que tu ressens. De la colère? De la déception? De l'amertume? Si seulement tu m'en disais plus. Si seulement tu m'en avais dit plus, avant, avant qu'un autre se mette à m'écrire, souvent, puis quotidiennement. Celui-là a pris toute la place, et je l'ai laissé faire.
As-tu seulement idée de qui je suis? Tu ne sembles guère te poser la question. Cette ombre de Lola adolescente, de Lola à 21 ans qui a été, pour une saison, ton amoureuse, paraît te suffire. Je ne sais pas, si seulement tu me disais?
Ton silence me jette dans le doute et les questionnements infinis.
Qu'est-ce qu'on aime, vraiment, quand on aime? N'aime-t-on jamais que la projection qu'on se fait d'un être sur ce qu'il est vraiment, une ombre posée en transparence qui fait écran, pour toujours?
Est-ce que je ne peux aimer que parce qu'on m'aime? Depuis mon amour malheureux, mes 16 ans à guetter qui ne voulait pas vraiment de moi, et mes 18 à vouloir donner à qui ne demandait rien, plus aucun homme ne m'a fait chavirer le cœur qui ne m'avait déjà dans le sien. Ça a d'ailleurs été l'origine de cette malheureuse trajectoire croisée sur laquelle est bâtie l'histoire avec mon jeune homme: il m'aimait tellement que j'ai fini, non sans hésitation et résistance, par me laisser aller dans ses bras. Et m'y trouver si bien qu'en quelques mois je suis devenue complètement, irrémédiablement amoureuse, dépendante, accrochée, addict. Et lui, pendant ce temps, parcourait le chemin inverse, se détachait peu à peu, ne m'abandonnait pas parce que j'étais alors si fragile, mais laissait s'estomper l'intensité de ses sentiments - jusqu'à les reporter sur une autre, mon image inversée, mon opposée point à point, ma meilleure amie. Mais c'est encore une autre histoire.
Moi et mes bagages. L'homme, qui ne sera bientôt plus l'Homme de la Maison, parce que de maison il n'y aura plus, m'a prédit un jour de grande colère que je finirai seule. Seule. C'est bien possible. En attendant, je me demande comment il est possible que les sentiments dormants pendant tant d'années se réveillent soudain tous en même temps autour de moi. Je me demande si j'ai changé. Je me demande si, ou plutôt comment je vais payer ces temps de haute intensité.
Confusion. Je suis déconcertée, désorientée, désarçonnée. En même temps, je ne peux m'empêcher de penser que changer de route est la meilleure chose qui pouvait m'arriver. L'étendue devant moi est vaste, à moi d'y tracer mon chemin. Il y a une certaine exaltation à ce dépaysement. Même si la peur et l'inquiétude sont du voyage.
J'attendais un message de mon correspondant - et c'est d'un autre qu'il m'en est arrivé un, avec, étrangement, des mots qui semblaient empruntés à celui qui m'écrit maintenant si régulièrement.
je pense beaucoup, tout le temps, à toi
Je ne sais que te répondre. Notre histoire en pointillés, tes interminables silences, nos faciles retrouvailles et tous nos rendez-vous manqués, tout cela ne s'additionne pas en quelque chose de très défini. Que sommes-nous, au juste, l'un pour l'autre? Difficile à dire, surtout si tu te tais.
Je n'arrive pas à me débarrasser du sentiment poignant de culpabilité qui m'étouffe. Je ne supporte pas de te faire souffrir, tout en ne sachant pas exactement ce que tu ressens. De la colère? De la déception? De l'amertume? Si seulement tu m'en disais plus. Si seulement tu m'en avais dit plus, avant, avant qu'un autre se mette à m'écrire, souvent, puis quotidiennement. Celui-là a pris toute la place, et je l'ai laissé faire.
As-tu seulement idée de qui je suis? Tu ne sembles guère te poser la question. Cette ombre de Lola adolescente, de Lola à 21 ans qui a été, pour une saison, ton amoureuse, paraît te suffire. Je ne sais pas, si seulement tu me disais?
Ton silence me jette dans le doute et les questionnements infinis.
Qu'est-ce qu'on aime, vraiment, quand on aime? N'aime-t-on jamais que la projection qu'on se fait d'un être sur ce qu'il est vraiment, une ombre posée en transparence qui fait écran, pour toujours?
Est-ce que je ne peux aimer que parce qu'on m'aime? Depuis mon amour malheureux, mes 16 ans à guetter qui ne voulait pas vraiment de moi, et mes 18 à vouloir donner à qui ne demandait rien, plus aucun homme ne m'a fait chavirer le cœur qui ne m'avait déjà dans le sien. Ça a d'ailleurs été l'origine de cette malheureuse trajectoire croisée sur laquelle est bâtie l'histoire avec mon jeune homme: il m'aimait tellement que j'ai fini, non sans hésitation et résistance, par me laisser aller dans ses bras. Et m'y trouver si bien qu'en quelques mois je suis devenue complètement, irrémédiablement amoureuse, dépendante, accrochée, addict. Et lui, pendant ce temps, parcourait le chemin inverse, se détachait peu à peu, ne m'abandonnait pas parce que j'étais alors si fragile, mais laissait s'estomper l'intensité de ses sentiments - jusqu'à les reporter sur une autre, mon image inversée, mon opposée point à point, ma meilleure amie. Mais c'est encore une autre histoire.
Moi et mes bagages. L'homme, qui ne sera bientôt plus l'Homme de la Maison, parce que de maison il n'y aura plus, m'a prédit un jour de grande colère que je finirai seule. Seule. C'est bien possible. En attendant, je me demande comment il est possible que les sentiments dormants pendant tant d'années se réveillent soudain tous en même temps autour de moi. Je me demande si j'ai changé. Je me demande si, ou plutôt comment je vais payer ces temps de haute intensité.
Confusion. Je suis déconcertée, désorientée, désarçonnée. En même temps, je ne peux m'empêcher de penser que changer de route est la meilleure chose qui pouvait m'arriver. L'étendue devant moi est vaste, à moi d'y tracer mon chemin. Il y a une certaine exaltation à ce dépaysement. Même si la peur et l'inquiétude sont du voyage.
Tuesday, September 27, 2011
Comme un mardi (51)
...
C'était aujourd'hui l'anniversaire de quelqu'un qui m'est cher, mon correspondant de ces dernières semaines, mon compagnon d'escapade vers la Nouvelle Espérance. Je le savais seul, dans un lieu dans lequel chaque pas le conduisait vers une vie irrémédiablement, irréversiblement morte pour lui, mais dont il n'est pas encore complètement détaché. Et je suis si loin ... Nos mots, à mi-chemin entre nous, tissent jour après jour des liens nouveaux - mais j'aimerais quand même être un peu plus près de lui. Très près, en fait.
Par une de ces coïncidences qui semblent se multiplier ces derniers temps, mes advisees avaient décidé aujourd'hui de fêter l'anniversaire de l'une d'entre eux (vous ai-je dit que pour la première fois j'ai dans mon groupe un garçon? Oui, oui! Je ne peux plus dire "mes filles", mais je me régale à dire "My girls and my boy"...) Ils sont venus décorer mon bureau avant notre meeting hebdomadaire. Je les ai laissé faire. Une fois la surprise révélée, les cupcakes dévorés, les miettes de brownies dument écrasées sur la moquette, ils sont tous repartis en classe et j'ai remis mon bureau un peu en place. En regardant la photo, je m'aperçois que cet espace est un vrai capharnaüm, et dire que je pensais avoir mis un peu d'ordre ...
Voilà comment je me suis retrouvée à célébrer un anniversaire aujourd'hui, même si c'est l'homme qui fête aujourd'hui ses 42 ans, et non la jeune fille de 16 ans qui occupait mes pensées.
Happy birthday, my dearest!
C'était aujourd'hui l'anniversaire de quelqu'un qui m'est cher, mon correspondant de ces dernières semaines, mon compagnon d'escapade vers la Nouvelle Espérance. Je le savais seul, dans un lieu dans lequel chaque pas le conduisait vers une vie irrémédiablement, irréversiblement morte pour lui, mais dont il n'est pas encore complètement détaché. Et je suis si loin ... Nos mots, à mi-chemin entre nous, tissent jour après jour des liens nouveaux - mais j'aimerais quand même être un peu plus près de lui. Très près, en fait.
Par une de ces coïncidences qui semblent se multiplier ces derniers temps, mes advisees avaient décidé aujourd'hui de fêter l'anniversaire de l'une d'entre eux (vous ai-je dit que pour la première fois j'ai dans mon groupe un garçon? Oui, oui! Je ne peux plus dire "mes filles", mais je me régale à dire "My girls and my boy"...) Ils sont venus décorer mon bureau avant notre meeting hebdomadaire. Je les ai laissé faire. Une fois la surprise révélée, les cupcakes dévorés, les miettes de brownies dument écrasées sur la moquette, ils sont tous repartis en classe et j'ai remis mon bureau un peu en place. En regardant la photo, je m'aperçois que cet espace est un vrai capharnaüm, et dire que je pensais avoir mis un peu d'ordre ...
Voilà comment je me suis retrouvée à célébrer un anniversaire aujourd'hui, même si c'est l'homme qui fête aujourd'hui ses 42 ans, et non la jeune fille de 16 ans qui occupait mes pensées.
Happy birthday, my dearest!
Monday, September 19, 2011
Un petit bout de dimanche matin
...
Il n'a pas fait beau longtemps, mais tant que ça a duré, j'en ai profité. J'ai écrit à celui avec qui je voudrais passer mon temps (au lieu de traîner en essayant vaguement mais vainement de travailler), je lui ai écrit un message ensoleillé et puis les nuages sont arrivés. Ma semaine va être interminable. Deux soirées passées à l'école, l'une en tant que parent, l'autre en tant que prof, et la fatigue qui commence à peser sur mes épaules (déjà?)
Il m'est de plus en plus difficile d'écarter les tracasseries du quotidien à grands coups de moments heureux. J'y étais arrivée jusqu'à aujourd'hui, mais là je déclare un peu forfait. La magie s'estompe...
C'était aujourd'hui l'anniversaire de mon frère. Dix-huit ans ... Et je n'ai pas pu trouver un moment pour l'appeler, enchaînant cours et réunion. Je me souviens, il y a dix-huit ans, de la merveilleuse journée d'été indien durant laquelle j'avais parcouru le Marais avec ma cousine - journée du Patrimoine. Et mon frère, minuscule, au prénom de poète, que j'étais allée voir en fin de journée. Maintenant, il faut qu'il se plie en deux pour m'embrasser, il dépasse mon père, cette grande perche! Je ne sais pas s'il a fait beau à Paris, aujourd'hui. J'espère que oui, pour tous ceux que j'aime et qui s'y trouvent.
Il n'a pas fait beau longtemps, mais tant que ça a duré, j'en ai profité. J'ai écrit à celui avec qui je voudrais passer mon temps (au lieu de traîner en essayant vaguement mais vainement de travailler), je lui ai écrit un message ensoleillé et puis les nuages sont arrivés. Ma semaine va être interminable. Deux soirées passées à l'école, l'une en tant que parent, l'autre en tant que prof, et la fatigue qui commence à peser sur mes épaules (déjà?)
Il m'est de plus en plus difficile d'écarter les tracasseries du quotidien à grands coups de moments heureux. J'y étais arrivée jusqu'à aujourd'hui, mais là je déclare un peu forfait. La magie s'estompe...
C'était aujourd'hui l'anniversaire de mon frère. Dix-huit ans ... Et je n'ai pas pu trouver un moment pour l'appeler, enchaînant cours et réunion. Je me souviens, il y a dix-huit ans, de la merveilleuse journée d'été indien durant laquelle j'avais parcouru le Marais avec ma cousine - journée du Patrimoine. Et mon frère, minuscule, au prénom de poète, que j'étais allée voir en fin de journée. Maintenant, il faut qu'il se plie en deux pour m'embrasser, il dépasse mon père, cette grande perche! Je ne sais pas s'il a fait beau à Paris, aujourd'hui. J'espère que oui, pour tous ceux que j'aime et qui s'y trouvent.
Monday, September 12, 2011
Saturday, September 03, 2011
Mon été
...
Je ne sais comment parler de mon été.
A vrai dire, je ne sais plus vraiment comment écrire ici.
Juste avant de partir en France, je me suis dit que j'allais, pour de bon, fermer ce blog. Le sens qu'il y aurait à continuer à écrire ici m'échappe. Plusieurs conversations avec des gens que j'estime - et qui ignorent tout de mon jardin secret - m'ont presque fait honte. Quelle idée de s'exposer ainsi, pour qui et pour quoi? Et puis, mes garçons sont à l'âge où les mises en garde sur les dangers du www deviennent nécessaires. En leur répétant: rien ne s'efface, on ne peut pas revenir en arrière, tout ce que vous mettez de personnel sur le web peut être utilisé contre vous, je pense à moi et mon exhibitionnisme, ici même. Et je ne me contente pas de me montrer, je les ai enrôlés dans mon show, eux aussi, sans qu'ils le sachent.
Oui, j'ai honte.
En même temps, je sais ce que m'a apporté cet endroit, qui est à la fois une sorte de journal, compte-rendu des humeurs, des hauts et des bas que je traverse, et un exutoire où épancher ma tristesse, ma frustration, mes peurs. Le petit cercle qui au fil des ans s'est formé autour de ces pages m'est devenu précieux. Pourtant, quand je me suis retrouvée à Paris, en juillet, toute engluée dans une détresse paralysante, je n'ai pu appeler aucune de ces bienveillantes commentatrices. J'avais besoin de me détacher de mon blog. Et je ne savais comment établir le contact entre la vraie vie et celle d'ici (là). Je me rends compte à quel point je me sens peu libre: c'est comme si, dès que je mets le pied en France, tout mon entourage, famille, amis, avait le droit de revendiquer mon temps, tout mon temps. Je m'y prête de bonne grâce, je dois le reconnaître. Mais il m'est difficile d'échapper à leur vigilance pour avoir un peu de temps pour moi. Je ne m'étais jamais rendu compte à quel point pouvait être pesante cette affection sans relâche. Je croyais que mon manque de liberté venait de l'homme qui m'accompagnait - c'était vrai, mais ce n'était qu'une partie du tableau.
Maintenant que j'aimerais aller et venir à ma guise, partir pour un weekend sans rendre de compte, rencontrer qui bon me semble sans en rien dire à personne, je m'aperçois que c'est illusoire: ma vie entière semble être constamment sous le regard de quelqu'un. D'où le délicieux frisson de cette correspondance secrète, qui m'enchante depuis plusieurs semaines. Mais si elle aboutit un jour à un voyage, comment le dire à ceux qui attendent de moi que je sois exactement là où ils pensent que je dois être?
Mon été, donc, puisque j'ai décidé d'en parler, a été un bizarre échafaudage, une superposition hétéroclite de bons et de mauvais moments, que j'ai grimpé sans savoir où j'allais arriver. Le plus étrange, dans cette construction, c'est que je n'arrive pas bien à en mettre en ordre les strates temporelles: les événements s'empilent sans séquence chronologique, les rencontres se télescopent, il y a comme un décalage que je ne m'explique pas bien. J'ai passé, depuis que je suis revenue, beaucoup trop de temps à essayer de mettre en ordre mes souvenirs, et je ne crois pas y être bien arrivée.
Au cœur de mon été, il y a eu la maladie et un passage trop près de la mort qui ne se laissera pas oublier. Il y a eu la volonté de vivre, insufflée encore et encore, un effort commun. La découverte que la famille peut être chargée de ce devoir de veille: rempart contre le malheur, nous tous serrés les uns contre les autres, conscients des failles dans notre barrage, mais faisant face, bravement. Que je suis heureuse d'avoir été là, avec eux!
Et puis, les rencontres. Celles que j'attendais, qui se sont parfois produites, mais à côté desquelles je suis le plus souvent passée. Frustration de l'interminable attente, déception des communications défaillantes. Tu m'entends? Non, décidément pas. Celles que je n'attendais pas, celles que j'ai provoquées (j'ai eu de l'audace, cet été, et je ne parle pas seulement des escaliers de pierre à deux heures du matin). Quelques mots lancés dans le vide pour voir s'ils atterriraient quelque part. Ils ont visiblement traversé le gouffre et ont été récupérés, de l'autre côté. Un fil ténu, auquel je m'accroche désormais un peu trop.
Voilà, tout cela est vraiment trop sibyllin, volontairement sans doute. Pour ma mémoire.
Je reviendrai quand je pourrai, c'est promis.
A vrai dire, je ne sais plus vraiment comment écrire ici.
Juste avant de partir en France, je me suis dit que j'allais, pour de bon, fermer ce blog. Le sens qu'il y aurait à continuer à écrire ici m'échappe. Plusieurs conversations avec des gens que j'estime - et qui ignorent tout de mon jardin secret - m'ont presque fait honte. Quelle idée de s'exposer ainsi, pour qui et pour quoi? Et puis, mes garçons sont à l'âge où les mises en garde sur les dangers du www deviennent nécessaires. En leur répétant: rien ne s'efface, on ne peut pas revenir en arrière, tout ce que vous mettez de personnel sur le web peut être utilisé contre vous, je pense à moi et mon exhibitionnisme, ici même. Et je ne me contente pas de me montrer, je les ai enrôlés dans mon show, eux aussi, sans qu'ils le sachent.
Oui, j'ai honte.
En même temps, je sais ce que m'a apporté cet endroit, qui est à la fois une sorte de journal, compte-rendu des humeurs, des hauts et des bas que je traverse, et un exutoire où épancher ma tristesse, ma frustration, mes peurs. Le petit cercle qui au fil des ans s'est formé autour de ces pages m'est devenu précieux. Pourtant, quand je me suis retrouvée à Paris, en juillet, toute engluée dans une détresse paralysante, je n'ai pu appeler aucune de ces bienveillantes commentatrices. J'avais besoin de me détacher de mon blog. Et je ne savais comment établir le contact entre la vraie vie et celle d'ici (là). Je me rends compte à quel point je me sens peu libre: c'est comme si, dès que je mets le pied en France, tout mon entourage, famille, amis, avait le droit de revendiquer mon temps, tout mon temps. Je m'y prête de bonne grâce, je dois le reconnaître. Mais il m'est difficile d'échapper à leur vigilance pour avoir un peu de temps pour moi. Je ne m'étais jamais rendu compte à quel point pouvait être pesante cette affection sans relâche. Je croyais que mon manque de liberté venait de l'homme qui m'accompagnait - c'était vrai, mais ce n'était qu'une partie du tableau.
Maintenant que j'aimerais aller et venir à ma guise, partir pour un weekend sans rendre de compte, rencontrer qui bon me semble sans en rien dire à personne, je m'aperçois que c'est illusoire: ma vie entière semble être constamment sous le regard de quelqu'un. D'où le délicieux frisson de cette correspondance secrète, qui m'enchante depuis plusieurs semaines. Mais si elle aboutit un jour à un voyage, comment le dire à ceux qui attendent de moi que je sois exactement là où ils pensent que je dois être?
Mon été, donc, puisque j'ai décidé d'en parler, a été un bizarre échafaudage, une superposition hétéroclite de bons et de mauvais moments, que j'ai grimpé sans savoir où j'allais arriver. Le plus étrange, dans cette construction, c'est que je n'arrive pas bien à en mettre en ordre les strates temporelles: les événements s'empilent sans séquence chronologique, les rencontres se télescopent, il y a comme un décalage que je ne m'explique pas bien. J'ai passé, depuis que je suis revenue, beaucoup trop de temps à essayer de mettre en ordre mes souvenirs, et je ne crois pas y être bien arrivée.
Au cœur de mon été, il y a eu la maladie et un passage trop près de la mort qui ne se laissera pas oublier. Il y a eu la volonté de vivre, insufflée encore et encore, un effort commun. La découverte que la famille peut être chargée de ce devoir de veille: rempart contre le malheur, nous tous serrés les uns contre les autres, conscients des failles dans notre barrage, mais faisant face, bravement. Que je suis heureuse d'avoir été là, avec eux!
Et puis, les rencontres. Celles que j'attendais, qui se sont parfois produites, mais à côté desquelles je suis le plus souvent passée. Frustration de l'interminable attente, déception des communications défaillantes. Tu m'entends? Non, décidément pas. Celles que je n'attendais pas, celles que j'ai provoquées (j'ai eu de l'audace, cet été, et je ne parle pas seulement des escaliers de pierre à deux heures du matin). Quelques mots lancés dans le vide pour voir s'ils atterriraient quelque part. Ils ont visiblement traversé le gouffre et ont été récupérés, de l'autre côté. Un fil ténu, auquel je m'accroche désormais un peu trop.
Voilà, tout cela est vraiment trop sibyllin, volontairement sans doute. Pour ma mémoire.
Je reviendrai quand je pourrai, c'est promis.
Tuesday, August 30, 2011
Comme un mardi (45)
Comme un mardi (44)
Friday, August 13, 2010
Farewell
...
J'ai quitté mon village ce soir, avec beaucoup de peine et de larmes. L'impression de m'arracher à moi-même. L'impression de m'abandonner pour aller retrouver qui? quoi? et où? Si loin. Et tellement, tellement loin de moi.
Else m'a écrit "Be more yourself". Mais comment? Si loin du seul endroit où je me sens vraiment moi?
Cela faisait des années que je n'avais pas passé autant de temps dans mon village. J'y ai retrouvé ma famille, toute ma famille, et mes amis d'adolescence. Jeudi, nous nous sommes entassés dans une des maisons où nous avons tant fait la fête (jadis) pour regarder de vieilles photos des années 80, et nous nous sommes souvenus de notre folle jeunesse (j'apparais sur une photo, petite fille aux yeux verts avec un grand foulard bleu dans les cheveux, un peu floue, tournant presque le dos au photographe.) La nuit précédente, nous avions fait les fous dans le village, comme au temps de nos gamineries. Comment oublier?
Depuis hier, Apollinaire et son Adieu m'obsèdent.
J'ai cueilli ce brin de bruyère
L'automne est morte souviens-t'en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps Brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends
N'essayez pas de remplacer 'bruyère' par 'lavande' et 'automne' par 'été', vous perdriez rime et rythme (et pourriez y lire une des raisons de mes larmes, vendredi après-midi).
So difficult it is to say goodbye.
Farewell, my loves, farewell.
...
Else m'a écrit "Be more yourself". Mais comment? Si loin du seul endroit où je me sens vraiment moi?
Cela faisait des années que je n'avais pas passé autant de temps dans mon village. J'y ai retrouvé ma famille, toute ma famille, et mes amis d'adolescence. Jeudi, nous nous sommes entassés dans une des maisons où nous avons tant fait la fête (jadis) pour regarder de vieilles photos des années 80, et nous nous sommes souvenus de notre folle jeunesse (j'apparais sur une photo, petite fille aux yeux verts avec un grand foulard bleu dans les cheveux, un peu floue, tournant presque le dos au photographe.) La nuit précédente, nous avions fait les fous dans le village, comme au temps de nos gamineries. Comment oublier?
Depuis hier, Apollinaire et son Adieu m'obsèdent.
J'ai cueilli ce brin de bruyère
L'automne est morte souviens-t'en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps Brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends
N'essayez pas de remplacer 'bruyère' par 'lavande' et 'automne' par 'été', vous perdriez rime et rythme (et pourriez y lire une des raisons de mes larmes, vendredi après-midi).
So difficult it is to say goodbye.
Farewell, my loves, farewell.
...
Tuesday, July 13, 2010
Le baiser
...
(Photo AP)
La coupe du monde de foot 2010 est finie. J'ai fini par m'y intéresser sur la fin - le début a été noyé pour moi dans les bouclages de fin d'année scolaire et les marécages dangereux de ma vie personnelle, mais en revenant du New Hampshire, j'ai un peu suivi à la radio le match USA-Ghana. J'ai retrouvé un peu de la fièvre qui me prend tous les 4 ans depuis 1982, l'année où mes parents se sont décidés à acheter une télé, juste pour regarder le Mundial. On avait fait suivre la petite télé portative à Port-la-Nouvelle, où les matchs étaient regardés assidûment par un large contingent familial (moins deux ou trois qui regardaient le Tour de France dans la pièce d'à côté). Au moins dix d'entre nous groupés serrés autour de la petite télé, criant en même temps que tout l'immeuble Eldorado. Je me souviens surtout de la demi-finale contre l'Allemagne (la RFA, en fait), et du gardien de but (infamous Schumacher) qui avait méchamment séché Battiston et n'avait même pas récolté un carton rouge. Quel match!
En 1998, Dudie dans son petit transat regardait ses parents regarder la télé. Je ne voulais pas qu'à deux mois il devienne accro au petit écran, alors il tournait le dos à la lucarne et nous observait patiemment nous enflammer, sursautant de temps en temps quand nous nous mettions à hurler sans prévenir. La nuit de la victoire, nous n'avions presque pas dormi, la rue Saint Charles résonnant jusqu'à l'aube des klaxons des gens heureux.
Cette année, Dudie était avec moi le plus accro à la coupe du monde. Malgré l'absence de télé chez nous, nous nous sommes débrouillés pour voir presque tous les derniers matchs, depuis les quarts de finale - entre les retransmissions sur internet et les copains généreux qui nous ont ouvert leur porte ... Bien sûr, après la débacle française, Dudie s'est déclaré pour l'Argentine (à cause de son héros Messi) et pour l'Espagne (8 joueurs du Barça étaient sélectionnés dans l'équipe nationale!) Nous avons donc suivi avec passion le cheminement de la Roja, et dimanche nous avons fêté leur victoire, après un match plutôt décevant, beaucoup trop physique - festival de cartons jaunes, et une bonne occasion de sortir un rouge, qui est pourtant resté dans la poche de l'arbitre. Ces visages et ces noms qui ne me disaient rien il y a deux semaines me sont maintenant familiers. Un étrange attachement à ces joueurs qui ont tous des bonnes têtes, de beaux sourires, un bel esprit d'équipe et une magnifique présence sur le terrain.
Et puis ... l'image qui restera peut-être de cette coupe du monde, c'est celle d'un baiser. Je l'avais vu, et Pablo l'a rappelée chez Samantdi. Je sais que tout le monde l'a vu, que beaucoup en parle. Je me suis demandé pourquoi il me touchait tant, ce baiser, pourquoi je l'ai regardé plusieurs fois en boucle avec émotion (midinette, moi?)
Je crois que j'ai trouvé.
C'est un baiser qui veut dire: Je sais que cette situation est fausse, mais ça m'est égal.
C'est un baiser qui veut dire: Je n'ai pas envie de répondre à tes questions, mais je t'aime et je te remercie.
C'est un baiser qui veut dire: L'essentiel est ailleurs.
C'est un baiser qui montre une grande tendresse, dans un moment de grande émotion.
C'est un baiser qui ne se pose pas au hasard, parce que celui qui le donne connaît exactement la courbe des épaules que son bras entoure, la forme des lèvres qui le reçoivent, l'inclinaison du visage vers lequel il se penche. C'est un baiser qui dit qu'il n'est ni le premier, ni le dernier.
C'est un baiser qui est reçu et rendu par celle qui ne s'y attendait pas, mais le reconnaît tout de suite, sans réfléchir.
C'est un baiser qui est suivi d'un autre, sur la tempe, dans une étreinte émouvante.
C'est le contraire d'un baiser de cinéma. C'est un baiser qui me remue. C'est un baiser qui donne envie d'aimer / d'être aimé.
(Photo AP)La coupe du monde de foot 2010 est finie. J'ai fini par m'y intéresser sur la fin - le début a été noyé pour moi dans les bouclages de fin d'année scolaire et les marécages dangereux de ma vie personnelle, mais en revenant du New Hampshire, j'ai un peu suivi à la radio le match USA-Ghana. J'ai retrouvé un peu de la fièvre qui me prend tous les 4 ans depuis 1982, l'année où mes parents se sont décidés à acheter une télé, juste pour regarder le Mundial. On avait fait suivre la petite télé portative à Port-la-Nouvelle, où les matchs étaient regardés assidûment par un large contingent familial (moins deux ou trois qui regardaient le Tour de France dans la pièce d'à côté). Au moins dix d'entre nous groupés serrés autour de la petite télé, criant en même temps que tout l'immeuble Eldorado. Je me souviens surtout de la demi-finale contre l'Allemagne (la RFA, en fait), et du gardien de but (infamous Schumacher) qui avait méchamment séché Battiston et n'avait même pas récolté un carton rouge. Quel match!
En 1998, Dudie dans son petit transat regardait ses parents regarder la télé. Je ne voulais pas qu'à deux mois il devienne accro au petit écran, alors il tournait le dos à la lucarne et nous observait patiemment nous enflammer, sursautant de temps en temps quand nous nous mettions à hurler sans prévenir. La nuit de la victoire, nous n'avions presque pas dormi, la rue Saint Charles résonnant jusqu'à l'aube des klaxons des gens heureux.
Cette année, Dudie était avec moi le plus accro à la coupe du monde. Malgré l'absence de télé chez nous, nous nous sommes débrouillés pour voir presque tous les derniers matchs, depuis les quarts de finale - entre les retransmissions sur internet et les copains généreux qui nous ont ouvert leur porte ... Bien sûr, après la débacle française, Dudie s'est déclaré pour l'Argentine (à cause de son héros Messi) et pour l'Espagne (8 joueurs du Barça étaient sélectionnés dans l'équipe nationale!) Nous avons donc suivi avec passion le cheminement de la Roja, et dimanche nous avons fêté leur victoire, après un match plutôt décevant, beaucoup trop physique - festival de cartons jaunes, et une bonne occasion de sortir un rouge, qui est pourtant resté dans la poche de l'arbitre. Ces visages et ces noms qui ne me disaient rien il y a deux semaines me sont maintenant familiers. Un étrange attachement à ces joueurs qui ont tous des bonnes têtes, de beaux sourires, un bel esprit d'équipe et une magnifique présence sur le terrain.
Et puis ... l'image qui restera peut-être de cette coupe du monde, c'est celle d'un baiser. Je l'avais vu, et Pablo l'a rappelée chez Samantdi. Je sais que tout le monde l'a vu, que beaucoup en parle. Je me suis demandé pourquoi il me touchait tant, ce baiser, pourquoi je l'ai regardé plusieurs fois en boucle avec émotion (midinette, moi?)
Je crois que j'ai trouvé.C'est un baiser qui veut dire: Je sais que cette situation est fausse, mais ça m'est égal.
C'est un baiser qui veut dire: Je n'ai pas envie de répondre à tes questions, mais je t'aime et je te remercie.
C'est un baiser qui veut dire: L'essentiel est ailleurs.
C'est un baiser qui montre une grande tendresse, dans un moment de grande émotion.
C'est un baiser qui ne se pose pas au hasard, parce que celui qui le donne connaît exactement la courbe des épaules que son bras entoure, la forme des lèvres qui le reçoivent, l'inclinaison du visage vers lequel il se penche. C'est un baiser qui dit qu'il n'est ni le premier, ni le dernier.
C'est un baiser qui est reçu et rendu par celle qui ne s'y attendait pas, mais le reconnaît tout de suite, sans réfléchir.
C'est un baiser qui est suivi d'un autre, sur la tempe, dans une étreinte émouvante.
C'est le contraire d'un baiser de cinéma. C'est un baiser qui me remue. C'est un baiser qui donne envie d'aimer / d'être aimé.
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