Friday, October 27, 2006

Vendredi 27 octobre: Un jeune homme


Il y a un jeune homme dans ma vie.
Un jour, il faudra que je dise: il y a un homme jeune, assez jeune, toujours jeune dans ma vie.
Et puis, dans très longtemps, quand le temps lui-même aura effacé les petits décalages temporels, je dirai: Un homme du même âge que moi.
Mais non, impossible. Nous avons presque trois ans de différence. Quand je l'ai rencontré, il avait dix-neuf ans, et moi tout juste vingt-deux. Je n'aurais jamais cru qu'il était si jeune, il n'en avait pas l'air, et je me suis toujours sentie plus immature que lui. Et pourtant ...
Et pourtant il reste le jeune homme dans ma vie.
Celui qui m'a tant donné, tant appris, tant repris.
Je dois l'avoir jinxé, pas d'autre explication aux errances de sa vie d'homme. A croire que je l'ai fixé à jamais dans son éternité de post-adolescence. Jeune homme pour la vie entière.
J'espère que ce n'est pas moi qui ai fait ça.
Quand je pense à lui, très souvent me revient à la mémoire une chanson. Une chanson que nous n'avons jamais écoutée ensemble, une chanson qui date d'avant lui, de mes années de grisaille solitaire, une chanson qu'il ne connaît peut-être même pas. Une chanson qui peut-être ne convient pas, et pourtant, fond sonore de mes pensées vers lui.



TU NE ME DOIS RIEN
Je ne t'entends pas très bien
il y a si longtemps
d'où m'appelles-tu ?
D'où vient
ce besoin si pressant
de m'écouter soudain?
Les poules auraient-elles des dents ?

Ma voix t'a-t-elle manqué
après bientôt un an?
Ce serait une belle journée
et il n'y en a pas tant
je sais me contenter
de petites choses à présent

On enterre ce qui meurt
on garde les bons moments
j'ai eu quelquefois peur
que tu m'oublies vraiment
tu as sur mon humeur
encore des effets gênants

Mais tu ne me dois rien
j'ai eu un mal de chien
à me faire à cette idée
à l'accepter enfin
est-ce qu'au moins tu m'en sais gré
Chacun poursuit son chemin
avec ce qu'on lui a donné
mais toi tu ne me dois rien

Tu ne m'as pas dérangé
je vis seul pour l'instant
mais je ne suis pas pressé
tu sais, je prends mon temps
tout est si compliqué
tout me paraît si différent

On ne refait pas sa vie
on continue seulement
on dort moins bien la nuit
on écoute patiemment
de la maison les bruits
du dehors l'effondrement

Je vais bien cela dit
appelle moi plus souvent
si tu en a envie
si tu as un moment
mais il n'y a rien d'écrit
et rien ne t'y oblige vraiment

Stephan Eicher
Engelberg (1991)
Paroles de Philippe Djian

Thursday, October 26, 2006

Jeudi 26 octobre: Seasonal


Ah, elles sont loin d'être aussi belles que celles de Prumetiersen, mes citrouilles ... Elles semblent pâlichonnes et tristounettes, pourtant elles suscitaient tellement de cris et d'excitation, le week-end dernier, quand nous sommes allés en choisir quelques unes à la ferme. Nous en avons adopté quatre, une pour chaque garçon et deux pour moi (mais si, c'est juste, les miennes sont toutes petites!). Pour l'instant, elles prennent le frais devant la porte, en attendant d'être décapitées et éventrées (Pratiques barbares! Halloween, ce n'est pas pour les petites natures ...)

http://prumtiersen.typepad.com/journal/2006/10/hortomnales.html

L'année dernière, nous avons eu un chevalier et un dragon. Cette année, on se prépare pour un peu de magie et beaucoup de piraterie.

Le 31 octobre 2005, un dragon attendait le bus au soleil ...

Friday, October 20, 2006

Vendredi 20 octobre: Valse hésitation


Je n'en finis plus d'hésiter entre l'espoir et l'agacement. Il faudrait que je me décide. En attendant, j'occupe mon temps en le remplissant à craquer. Je n'ai plus le temps de penser.

Saturday, October 14, 2006

Samedi 14 octobre: Evening

Je n'ai pas encore appris à goûter à la sérénité sereinement. Pourquoi faut-il toujours que je m'impatiente au lieu de prendre le temps de respirer?

J'ai envie de promenades du soir, des mots qui ne tiennent pas plus longtemps que les éphémères rayons vacillants. J'ai envie de paroles en l'air, de l'air qui prend une épaisseur opaque et un grain moins affiné, comme sur une photo agrandie (Nous étions là, dans le coin, vous nous voyez sur la route? On distingue mon pull rouge, et les t-shirts blancs des enfants). J'ai envie d'un retour dans l'obscurité qui galope plus vite que nous, d'un frisson - l'humidité gagne -, du soupir à retrouver la lumière et la chaleur. J'ai envie d'un soir comme je n'en ai pas ici. La mélancolie est de saison, sans doute.

Samedi 14 octobre: Troubles de la mémoire

Mais qu'ai-je fait de mon mois d'août? Il n'y a pourtant pas eu que des orages.


Trompeuses images d'une douceur qui n'a pas vraiment existé.

Thursday, October 12, 2006

Jeudi 12 octobre: Encore un peu


Rouge flamboyant, roux enflammé, et bleu sans limite. Les arbres prennent feu, les chemins sont pavés d'or et de boue, le vent balaie les oies en rafales, c'est l'automne. Les contours plus nets dans le froid craquant du matin, la lumière en voiles superposés dans la chaleur diffuse de l'après-midi. Les odeurs de feuilles, de bois sec, de fumée se surimposent aux verts, jaunes et bleus du jardin.
Je voudrais que le bel automne dure un peu plus.

Wednesday, October 11, 2006

Mercredi 11 octobre: Dans ses poches

Depuis que je me suis retrouvé une brassée de t-shirts, pantalons, culottes et chaussettes indélébilement redécorés façon pointilliste, suite à deux minuscules bouts de crayons-cire oubliés dans une poche, je ne laisse plus rien passer. Je fais les poches aussi consciencieusement qu'une épouse jalouse et soupçonneuse (ce que je ne suis pas). Et je récolte, immanquablement.

Dans mes poches: de vieux kleenexs et des listes de courses.
Dans les poches de Jay: des briquets, de la menue monnaie, et parfois des mégots (je les sens sans avoir besoin de fouiller, berk)
Dans les poches du grand: des batons, des morceaux de papier avec des codes secrets, des marque-pages.
Et dans celles de Paolo: tout et n'importe quoi, et même ... mon collier. Cet enfant est une pie, il adore tout ce qui brille. Et à mes demandes d'explication quant à la présence de mon collier dans la poche de son jean: Tu ne veux jamais me le prêter ...

Il y a une ou deux semaines de cela, me penchant sur lui pour le bisou du soir, je l'ai senti qui attrapait mon collier (un autre, avec des perles multicolores): Quand est-ce que tu nous donneras tes bijoux?

Quand il étais petit, il appelait tous mes bijoux your golden treasure. J'avais l'impression d'être une femme pirate, gardant mon trésor dans un coffre débordant d'or et de pierres précieuses ... J'ai été fastueuse, le temps qu'il apprenne - c'est un peu triste - à appeler les choses par leur nom.



Monday, October 09, 2006

Dimanche 8 octobre: Une parenthèse

Je le savais. Nous en avions besoin, tous, de cette parenthèse. Et depuis notre retour, tout au long du mois d'aout, j'ai répété comme une formule magique:
Il faut aller à la mer. Il faut aller à la mer.
(Tu te trompes, maman, c'est l'océan, pas la mer)
Mais nous n'avions pas le temps d'aller à la mer. C'était le temps des grandes tempêtes, des ébranlements, des remises à niveau. C'était le temps où le plafond était si bas que je me cognais sans cesse à mes propres vacillations.
Enfin, octobre, l'air froid, le soleil intense et une immensité de bleu. Une respiration. Je ne m'y trompe pas, c'est une parenthèse. Mais je respire. Enfin.
Ce soir, j'ai encore du sel sur les chevilles et du sable dans les cheveux.

Wednesday, October 04, 2006

Mardi 3 octobre: Un cadeau


Le 19 août, sur une île grècque autrefois appelée "La Très Belle", quelqu'un a pensé à moi. Et aujourd'hui, à mon poignet ...
Merci.

Lundi 2 octobre: Corn maze

Un lundi au soleil ... Pas d'école, alors j'ai emmené les garçons cueillir des framboises de septembre à la ferme. Evidemment, les pluies de la semaine dernière ont sonné le glas des framboises, et j'ai refusé obstinément d'acheter déjà une citrouille
(- Un mois avant Halloween, elle aura le temps de pourrir dix fois!
- Mais maman, il n'en restera plus!!
- Regarde, il y en a un champ plein.
- Oui, mais si ça fait comme pour les framboises ...)

Pour détourner l'attention, on est allés voir les animaux, ils ont grimpé sur une antique carriole (est-ce seulement le mot exact?), exploré une grange "hantée" reconstituant, si j'ai bien compris, les différentes épaisseurs de la planète terre (Je suis dans le magma, et toi?), ils se sont pris pour un âne et un mouton et ont insulté les poules (Elles sont vraiment trop stupides, elles ont essayé de me picorer le doigt)
Et puis, nous avons découvert le bonheur dans le pré, un champ de maïs-labyrinthe. Le but est de ne pas ressortir avant d'avoir trouvé les 5 panneaux en forme de pommes. Au bout d'un moment, ils ont proposé de se séparer pour aller plus vite. Le frisson de se perdre. Et de se retrouver. Quand j'ai découvert le panneau qui nous manquait, j'ai appelé. Le grand a analysé les données du problème, cherchant à s'orienter grâce à ma voix et à la connaissance qu'il avait acquise des "allées" dans ce coin du champ. Paolo a oublié toutes les règles, et est venu droit vers moi, franchissant sans même y songer un instant les "barrières" en ficelle qui structuraient le labyrinthe. Tu n'as pas le droit de passer par-dessus le fil, tu triches!
Oui, mais il y a des moments où il y en a marre de suivre les sentiers battus, et l'appel de la mère renverse tout sur son chemin.



Saturday, September 30, 2006

Samedi 30 septembre: Pour qui?

La tentation d'écrire pour une seule personne, un lecteur choisi, attentif parce que possédant des clefs. Le désir d'être lue, d'ouvrir la discussion, de recevoir des réponses, de faire des connaissances et des reconnaissances. Et le repli, le "juste pour moi", le silence mains sur les oreilles autour de mes mots.
Postulations contradictoires.
Je n'ai rien résolu, et j'arrêterai probablement d'écrire ici avant de prendre une décision.

Thursday, September 28, 2006

Jeudi 28 septembre: Les saisons du jardin

Eté









Automne









Hiver

Printemps














C'est Christie qui m'a donné envie ... En cherchant une photo de mon jardin (MON jardin?) à lui envoyer, j'en ai trouvé tant et tant que je me suis décidée à en faire quelque chose. Un an que nous sommes ici, j'ai fait le tour des saisons.

Wednesday, September 27, 2006

Mercredi 27 septembre: Fatigue


La fatigue pèse, et m'empêche d'aller me coucher. Je n'ai pas eu assez de temps. Alors j'en vole au sommeil, pour rien, des quarts d'heure gaspillés et la certitude de me retrouver chiffon demain matin.
Je repense à un soir d'automne, il n'y a pas si longtemps, au soleil rasant, à la possibilité de prendre mon temps. A l'impossibilité de la saisir.
Une plante m'a fait envie, qui s'étirait avec fierté vers la fin du jour, la douceur de l'air comme écrin à son bleu velouté. J'aurais voulu lui ressembler.

Sunday, September 24, 2006

Samedi 23 septembre: Mon petit garçon aux étincelles



6 ans.

La tête dure comme un caillou, l'obstination portée fièrement en blason, le coeur sur la main et une préférence marquée pour les bisous. Mon doux-dur, mon Paolo, qui me rend dingue, chaque jour un peu plus. Personne n'a comme lui la capacité de se couler à ce point exactement dans mes bras, adoptant une forme qui nous devient commune. Mon caméleon, shape-changing, malléable à en devenir une partie de ma chaleur.

Qu'est-ce qui, depuis un an, a changé? Je n'ai pas l'impression qu'il change. Il est la personne la plus fidèle à lui-même que je connaisse, sans pause ni calcul. Toujours la même tête têtue, le même sourire soleil, les yeux les plus beaux qui se soient posés sur moi. Il grandit, apprend un peu (il ne tient pas trop à apprendre), s'habitue doucement aux changements qu'il n'aime pas trop. Pour la première fois depuis que nous avons quitté Paris (il n'avait pas trois ans), il a commencé l'année dans un lieu et un environnement connu. Je le regarde y évoluer avec l'étonnement heureux qui lui vient d'une innattendue familiarité. Pour la première fois, il va pouvoir inviter ses copains à son anniversaire. Il n'en peut plus d'attendre le jour de la fête.

Je n'ai même pas pensé, comme l'année dernière, au jour de sa naissance. Aujourd'hui, je n'ai pensé qu'à lui, lui tel qu'il est aujourd'hui, à 6 ans. Comme un caillou qui fait facilement des étincelles, si on sait s'y prendre.

Tuesday, September 12, 2006

Mardi 12 septembre: I am not going to school.


- Elle était gentille, la baby-sitter?
- Oui ... Oui, assez. Mais quand même, elle nous a laissé faire les foufous, et elle ne nous a rien dit. Elle ne nous a même pas grondés!
- Tu aurais préféré qu'elle te gronde?
- Ben, on faisait les foufous, quand même!

Difficile à comprendre, mais très clairement exprimé, ce besoin d'être remis dans le droit chemin, qui le pousse à nous mettre à bout, à tester les limites, tout le temps, et à chercher jusqu'où il peut aller trop loin. Le matin, particulièrement, quand le temps presse, que les minutes sont comptées et que j'aimerais partir travailler sans avoir eu à me battre avec lui, c'est dur de le voir cogner sa petite tête obstinée contre mon autorité pour voir qui cèdera le premier. Il y a des jours où j'arrive à désamorcer, en détournant son attention (pas tout à fait 6 ans, on a l'attention volage, et si on ne se concentre pas très fort sur sa mauvaise humeur, on risque de l'oublier). Et puis, il y a des jours comme ce matin.

No, I am not getting up.
No, I am not going pipi.
No, I am not eating my breakfast.
No, I am not getting dress.
Forget about brusing my teeth.
And I AM NOT GOING TO SCHOOL.

Ah?...
Ce n'est que le 4e jour d'école.
La confrontation a duré jusqu'à ce que je perde patience, à 10 mn montre en main du passage du bus. J'ai pris l'enfant pas lavé, pas habillé, le ventre vide et l'oeil mauvais, et je lui ai posé un ultimatum (très peu sophistiqué, du genre: tu bois au moins ton jus de pommes et tu t'habilles en deux temps trois mouvements, sinon tu as la fessée de l'année). Il s'est mis à pleurer, m'a autorisée à le prendre dans mes bras, et après un calin express, a gracieusement accompli en vitesse accélérée tout ce que je n'avais pu obtenir en une demi-heure de cajoleries et de raisonnements raisonnables. A croire que sa dignité ne l'autorisait à céder à mes exigences qu'après un coup de gueule de ma part. Demain, dois-je commencer par gronder tout de suite?

Drôle d'enfant-herbe sauvage, qui ne va dans le sens du vent que quand souffle la tempête. Mais qui s'illumine à l'improviste pour un sourire qu'on lui offre en passant.


Lundi 11 septembre: Questions importantes.


- Maman, est-ce qu'on est dans un film?
- Non, on n'est pas dans un film. Pourquoi, tu as l'impression qu'on est dans un film?
- Oui, parfois. Mais ce qui est drôle, c'est qu'on ne sait pas qui nous regarde.
C'est un film qui ne peut jamais finir, sauf quand tout le monde est mort.
- C'est un peu triste.
- Non, c'est TRES triste. Le film finit quand tout le monde est mort. Quand toute la famille est morte.

Ah oui. L'enfance, pays heureux de l'innocence naïve. Oui.

Thursday, August 24, 2006

Mercredi 23 août: Mon amour le matin

C'est encore un peu tôt pour une photo.

Mais oui, j'ai les yeux ouverts.

Ah, tu vois ...


Saturday, August 19, 2006

Samedi 19 août


C'est mon anniversaire - je me suis offert des fleurs.

Sunday, August 13, 2006

Dimanche 13 août 2006

Un début à tout. Le matin à ma fenêtre ...