Friday, October 12, 2012

Tragédie


(Cette photo n'est pas la mienne, je n'ai plus de photos de Memphis, je ne sais plus ce que j'en ai fait. Je ne sais plus ce que j'ai fait de ces deux ans de ma vie.)

...
Je me la suis trimbalée presque toute la semaine, cherchant à qui parler, à qui raconter.  Il s'avère que ... personne.  J'ai beaucoup d'amis, mais depuis la désertion d'Else et le déménagement vers l'autre bout du pays d'Isa, je me retrouve un peu démunie en termes de confidents.  L'Architecte aurait pu faire l'affaire, mais avec lui, tout est question de tempo.  Quand ce n'est pas le moment, ce n'est pas le moment, inutile de l'approcher.
Ça tombe sur vous, donc.  Si vous êtes déprimés, passez votre chemin, ce billet n'a pour but que de me délester d'un poids funeste. 

J'ai pensé récemment à cette femme.  Quand exactement et pourquoi, à quelle occasion, je ne m'en souviens plus.  Mais elle m'est revenue en mémoire, juste avant qu'elle ne meure, comme ça, sans raison.  C'était une collègue, à Memphis.  Je ne suis jamais devenue son amie, nous ne nous aimions pas, malgré de visibles efforts de part et d'autre (au début).  Nous nous sommes quittées sans nous dire au revoir: je fuyais le Tennessee, pour toujours, elle redevenait l'unique Française, l'épitome de la françaisité du coin, l'élégante, la sans-rivale.  Mais ... sa fille a été ma baby-sitter pendant deux ans.  Ça crée des liens.  Quand elle a eu un accident de voiture, nous l'avons trimballée où elle devait aller, en ronchonnant un peu, certes, mais nous l'avons fait parce que nous étions (sommes?) le genre de personnes qui ne disent jamais non.  Je me souviens d'un jour où je l'ai raccompagnée chez elle, et elle m'a demandé de l'arrêter chez le marchand de vins.  J'étais un peu surprise (elle avait été blessée dans l'accident et était encore sous médicaments), puis je me suis dit qu'elle voulait me remercier de faire le chauffeur, pour elle et sa fille, depuis 15 jours.  Et finalement, non, pas du tout.  Elle s'est acheté deux magnums de vin (rouge et blanc) de qualité médiocre, et les a débarqués avec elle quand je l'ai déposée.  Ah.  Finalement, quand elle a repris la conduite, elle m'a donné en remerciement deux sacs poubelle remplis de vêtements trop petits pour son fils.  Ils étaient en mauvais état, je n'ai gardé que deux t-shirts, parce qu'ils disaient quelque chose sur l'an 2000 (l'année de naissance de Paolo).
Je me souviens aussi qu'elle nous avait invités chez elle pendant les vacances de Noël, la première année, avec un petit groupe de francophones.  Mon père et sa compagne étaient de visite, ils étaient donc venus avec nous.  J'avais envie de leur montrer l'intérieur précieux, froufroutant jusque dans ses moindres détails, tellement typique de cette région, qu'elle avait adopté jusqu'à la maniaquerie.  Rien ne dépassait chez elle.  Sa fille, incroyablement belle et tellement renfermée, focalisée à l'extrême sur ses études, sérieuse jusqu'à la tristesse, avait passé la soirée enfermée dans sa chambre avec mon demi-frère, de trois ans son aîné, à mon grand étonnement.  Son fils, taciturne, habituellement désagréable, n'avait fait qu'une brève apparition avant de retourner à ses jeux vidéo.  La compagne de mon père avait fini par nous faire lever le camp en disant: "Tu peux dire à ... Comment elle s'appelle déjà?  qu'on s'en va."  Typique.

Il y a un an, sa fille nous a recontactés.  Elle est étudiante en médecine, dans une tout autre ville, et avait besoin à l'époque d'une recommandation pour un travail de baby-sitter.  Je n'ai pas hésité une seconde, et j'ai appelé le numéro qu'elle avait laissé sur mon répondeur.  Autant je n'ai jamais accroché avec la mère, autant j'aimais beaucoup la fille, dont l'intelligence et la beauté me touchaient d'autant plus qu'elle semblait tout faire pour les dissimuler.  Je suis contente pour elle qu'elle poursuive les études dont elle rêvait.  Elle a eu son job de baby-sitter pour une riche famille, et je n'ai plus eu de nouvelles.  Sa mère n'a par ailleurs jamais donné signe de vie - mais ç'aurait été surprenant, étant données nos relations au moment de notre départ de Memphis.

Dimanche, cette femme a été tuée par son fils, qui a ensuite mis le feu à sa maison pour dissimuler son crime.
Je ne m'en remets pas.  Depuis mardi, depuis que je l'ai appris, je ne m'en remets pas.  J'essaie de comprendre pourquoi - pas pourquoi il l'a tuée, je ne le saurai jamais (et je ne suis pas sûre de vouloir le savoir), non, pourquoi je ne m'en remets pas.  Nous n'étions pas amies, jamais, mais il y avait quand même beaucoup de parallèles entre nos deux histoires.  Et quand on entend parler de tragédie, on pense ... oui, à soi.  Elle avait dix ans de plus que moi, son fils a dix ans de plus que le mien.  Elle était mariée à un Américain (puis divorcée), pareil ici.  Prof de français.

Mon esprit s'emballe.  Qu'est-ce qui pousse un fils à tuer sa mère?  A côté de quoi est-elle passée?  Elle a toujours (durant les deux ans où je l'ai cotoyée) tout fait pour son fils.  Il avait priorité sur tout (et sur sa fille, bien évidemment). Elle qui détestait conduire avait fait des kilomètres d'autoroute pour l'emmener à une "convention" de jeux vidéo, tout un weekend (il avait 13 ou 14 ans).  Je me souviens de lui avoir dit, mais c'est folie, faire 300 ou 400 bornes de route, passer tout son weekend dans un hôtel avec des dingues qui ne sont obsédés que par un jeu en ligne, mais enfin?  Elle avait pincé les lèvres et déclaré que c'était très important pour son fils. 

Je n'arrive pas à me détacher de cette histoire.  Elle est arrivée en même temps qu'un certain nombre de mauvaises ou d'inquiétantes nouvelles, qui ont plombé ma semaine.  Je voudrais juste éprouver de la tristesse pour sa fille qui a tout perdu, tout, dans cette horrible, horrible histoire.  Mais l'épouvante qui me hante déborde ma compassion.  Mettre à distance la tragédie.  J'y travaille (mais ne rencontre guère de succès).  Ecrire ici va peut-être me décharger d'une partie de l'angoisse qui m'habite depuis mardi.

Une amie, qui n'était pas originaire du coin, m'avait dit à l'époque: "Il y a beaucoup trop de mauvaises ondes, à Memphis.  Cette ville est bâtie sur beaucoup trop de sang et de larmes."


Monday, October 01, 2012

Aujourd'hui: Perte de

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J'ai tellement perdu ces derniers mois, ces dernières années.  Ma maison, mes repères, ma famille, telle que je l'avais construite depuis 15 ans, ma tante, un amour de passage, la confiance de mes fils, beaucoup d'argent...  Je sais, je l'ai déjà dit (écrit).
Je l'ai moins dit, pas dit peut-être, j'ai aussi beaucoup souffert.  Je ne me suis pas plainte (sans doute par crainte de me recevoir en retour l'inévitable: C'est toi qui l'as voulu), mais j'ai dit et redit "C'est dur".  Et oui, ça a été dur, tous ces mois à assurer, seule.  Je n'arrête pas de me dire, depuis des mois, que le plus dur est passé, que j'ai laissé derrière moi le plus douloureux.

Mais en lisant le billet d'Anne, ce matin, j'ai senti que remuait tout ce que j'ai aplati, bien au fond, me tenant debout sur la trappe, un grand sourire aux lèvres et le panneau "TOUT VA BIEN" à bout de bras.  Me contentant de "C'est dur".  Alors que "J'en chie" (pardon my French) aurait été plus approprié.
Le plus dur?
La décision.
Ou ... L'annonce?
Les menaces et la peur.
Le retour en arrière.  La fuite en avant.  Et à nouveau, le pied au mur.
Les 15 mois de cohabitation - horribles.  La peur en arrière-plan.  Les larmes des enfants.
La maison qui ne se vend pas - la maison qui se vend tout à coup.  Le déménagement soudain.
L'adieu, dans la haine et la rancoeur, à tout ce que nous avions construit en commun.
Les premiers mois à trois dans un tout petit appartement.
La colère, les hurlements, les provocations de mon fils.
L'impossibilité de faire le deuil de cette maison symbole.
Cet enfant toujours à la limite du basculement - quand m'échappera-t-il complètement?
Ces noires soirées d'hiver, écrasée par des souvenirs trop douloureux.
Le plus dur?  Chaque pas, chaque étape.

Alors, à côté de ça, élever seule deux enfants, dans la trivialité du quotidien (brossage de dents, devoirs, visites chez le docteur, nouvelles lunettes, réunions avec les profs, lunch boxes, disputes entre frères, comment ça tu n'aimes plus cette compote alors que je viens d'en acheter une boîte de 12?, réunions tardives qui entraînent des repas à la va-vite pour des enfants grognons, les lessives, etc., etc.), c'est du pipi de sansonnet.  J'ai l'habitude, je me débrouille, j'assure.  Le quotidien, ce n'est pas nouveau, c'est mon domaine.
Mais bon ... c'est dur.  Je suis seule, avec ma famille de l'autre côté du monde et le père de mes enfants qui refuse de collaborer sur quelque plan que ce soit (surtout pas financier), qui refuse de communiquer, qui refuse de me donner même son adresse.
J'encaisse.

Je n'ai compris que très tardivement, cet été, que ces mots répétés (à défaut d'autres ravalés) "C'est dur" allaient me coûter.  J'en ai pris pour mon grade en arrivant en France.  Je venais me reposer.  Me faire chouchouter.  Et j'ai reçu ... Des conseils à n'en plus finir.  Des remontrances, des critiques, des "Si j'étais toi...".  Bien sûr, ils m'ont soutenue, ils étaient présents à distance, ils m'ont aidée financièrement.  Mais je leur ai clairement donné l'impression de ne pas me dépatouiller du merdier dans lequel JE m'étais mise.  Pourtant, eh, je vous dis que j'assure.
Ma mère a toujours été critique à mon égard (et depuis plusieurs années je le suis devenue envers elle, je dois le reconnaître), mais jamais comme cet été.  J'ai très mal supporté de recevoir sans cesse des leçons de sa part, surtout sur l'éducation de mes enfants et encore plus en leur présence.  Il y a même eu des moments où ils ont pris ma défense, tellement elle allait loin.  J'ai très mal supporté de l'entendre dire à qui voulait l'entendre que ma soeur était fabuleuse, quelle cuisinière extraordinaire, et avec son copain, qu'est-ce qu'ils sont faciles à vivre (ce qui du reste est très vrai), de l'entendre clamer que ma cousine et son mari sont tellement agréables, que leurs filles sont des merveilles, quel plaisir de passer du temps avec eux...  Pour aussitôt enchaîner sur mes fils difficiles et ma mauvaise humeur.

Mais basta.  C'est dur, et j'en ai bavé, et j'en baverai encore.  And so what?
La colère soudain me serre le coeur.  J'ai tellement perdu, et je voudrais un peu plus de douceur pendant que je fais le deuil de ce que j'ai quitté, ce qui m'a quitté depuis deux ans.  Leave me alone.

Saturday, September 29, 2012

D'ici et de là

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Trois jours d'affilée, ici et là.

D'ici: Anniversaire.




De là-bas: un petit nouveau dans la famille!

 Arrivé le lendemain des 12 ans de Paolo, qui s'est exclamé: "On va bien s'entendre" (c'est le fils de son "oncle" - mon cousin en réalité - préféré).  Dire que des mois vont s'écouler avant que je puisse prendre ce petit bonhomme dans mes bras...

D'ici:  Une fin d'après-midi à New York, pour une réception réservée aux Français du coin.



Et en sortant...


Ah, New York, quand même...






Wednesday, September 19, 2012

On my way

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On my way to school:








And on my way back:










Monday, September 17, 2012

Projet du weekend




J'ai récupéré un bureau (grâce à Freecycle, une mane si on prend le temps de jeter un coup d'oeil sur les messages régulièrement).  Assez bon état, mais jaune pisseux et surtout terrible odeur de renfermé, racontant un long séjour dans une cave.  Je l'ai lavé, récuré, intérieur et extérieur, j'ai délogé quelques araignées qui y avaient élu domicile, j'ai décollé quelques vieux stickers, mais rien à faire: l'odeur de moisi est tenace.  J'ai fini par acheter une bombe de peinture pour peindre l'intérieur des tiroirs, et mon grand garçon s'en est donné à coeur joie.  On verra si ça marche ...


Puis il m'a aidée à repeindre l'extérieur.


Nous y avons passé des heures, mais je suis assez fière du résultat.  Moi dont la main imprécise fait immanquablement des bredouillis de peinture, je me suis appliquée, j'ai patiemment corrigé chaque erreur, j'ai attendu que la première couche sèche avant de passer la deuxième ...  Comme quoi, on change en vieillissant!  (et on aurait tort de toujours donner raison aux idées arrêtées que véhiculent "les autres" sur nous: ma légendaire maladresse, mon incapacité à faire quoi que ce soit de manuel ...)



Et je vous le montrerai complètement fini...

Monday, September 03, 2012

Le plus dur

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Je crois toujours que le plus dur est de rentrer.

La nuit blanche.  Le long voyage.  Traîner les bagages, du tapis roulant à la douane, de la douane à la navette, de la navette au train.  Les hisser dans le train.  Résister au sommeil, 40 minutes durant.  Secouer les garçons, les mettre sur pied, chacun ses sacs en main, les pousser sur le quai.  Grimper dans la généreuse voiture venue nous chercher, débarquer à la maison, remercier, ouvrir la porte.  Soupirer.  La poussière, l'odeur de renfermé, le désordre.  Se souvenir du départ précipité - Paolo n'ayant rien trouvé de mieux que de chopper la première otite de sa vie la veille, nous voilà chez le pédiatre, un dimanche matin, à 4 heures du décollage.  Et je ne parle même pas du tour des pharmaciens de la ville, pour dégoter les gouttes antibiotiques miracle à $182 (heureusement qu'elles ont marché, à ce prix-là...).  Alors voilà, malgré toutes mes bonnes intentions, je n'avais pas fait le ménage avant de partir.  Et ... hum.  Ça se voit.
Et le frigo vide.  Les draps humides (Welcome to New Jersey!).  Les centaines d'e-mails en attente d'une réponse urgente (je me suis un peu avancée dans les aéroports.  Une semaine sans internet, après un bon mois de connexion aléatoire, ça crée des piles virtuelles vertigineuses).
Trois ou quatre jours de dégoût.  De questionnements incessants, qui me réveillent à des heures indues (Qu'est-ce que je fais ici?  Pourquoi tout est laid et insipide autour de moi?  Qu'est-ce que je fous de ma vie?  Pourquoi tout ce qui m'est cher - enfants exceptés - est-il si loin de moi?).  Je n'arrive plus à manger, je dors par à-coups, et - cette fois - il m'a fallu reprendre le travail dès le lendemain de l'arrivée.  Brutal.

Bon, mais vraiment, le plus dur?  C'est peut-être les jours qui suivent, la lente réadaptation, la résignation, au climat, aux gens, au travail, aux tâches lourdes et absurdes que j'avais mises de côté, poussées dans l'oubli avant de partir.  Soudain, tout revient au premier plan: oui, il faut que j'entame cette saloperie de procédure de divorce, avec de l'autre côté un individu qui ne négocie pas.  Il faut que je renouvelle ma carte verte (en juillet, ça fera 10 ans - ! -  que je suis arrivée aux USA).  Il faut que je cherche un appartement (en juin, je suis à la porte).  La banque, les impôts, l'assurance, la voiture, etc.  Tout, toute seule. 
Ah, et j'ai aussi un enfant qui rentre au lycée.  Et un autre, sur le fil depuis des années, qui va essayer de terminer sa deuxième année de collège sans se faire virer.  Chiche?

Le plus dur, c'est maintenant, ce soir.  A deux jours de la rentrée, pas prête, hébétée de fatigue et de découragement.
Allez, demain sera un nouveau jour.


Wednesday, August 29, 2012

Chats d'ici et de là

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Pour Samantdi, à qui j'ai beaucoup, beaucoup pensé tout cet été.





 Tout petit chat du New Jersey (Puzzles)

Chat ariégeois (M'embrumez pas, je prends le frais).


 Multiples chats grecs (et enfants français).

 Chat grec à l'heure de la sieste.

 Bébés chats grecs qui se marchent dessus à l'heure de la tétée.

 Jeune chat grec face au dilemme: Je me lève pour aller jouer, ou je reste ici à lézarder?
 
Très jolie bébé chatte grecque aux yeux de miel.
  
Cette ribambelle de chats, croisés ici et là depuis le printemps, pour toi, S., pour te dire que nous sommes là, les chats et les humains, pour t'entourer.  Je t'embrasse fort.