C'était une semaine sans vendredi. On avait beau attendre, attendre, le vendredi n'arrivait jamais. JAMAIS. Le jeudi soir, les enfants n'allèrent pas se coucher. Ce vendredi n'arriverait pas, pas du tout.
Il m'a expliqué: ça ne sert à rien de commencer en avance. De toute façon, le boulot, il faut le faire. Soit on y passe 3 jours entiers, en s'appliquant, et à la fin, on s'aperçoit qu'on a bien fait le boulot, mais on n'a fait que ça. Soit on le fait à la dernière minute, en 8 heures, on travaille intensément, mais au moins on n'a pas perdu 3 jours. Je n'aurais pas dû l'écouter. Toute ma vie (d'élève, de prof) justifiée, théorisée. Maintenant je ne me sens même plus coupable, je me sens rationnelle. J'ai repoussé jusqu'à la dernière minute, et alors? Au moins je n'ai pas perdu mon temps.
Tout irait bien sans ce vent de panique intérieur, qui se lève soudain à 23h22 et cette voix qui répète sans qu'on lui ait rien demandé: On Friday at noon, all the comments must be sent to the Registrar. Et alors? J'ai tout demain matin... Je crois que je vais arrêter de perdre mon temps à me raconter des histoires et je vais - enfin - aller me coucher.
Et moi qui dors d'un sommeil de plomb, moi qui sombre avant même d'avoir eu le temps de poser ma tête sur l'oreiller, moi la dormeuse, je sais que - rien à faire - je n'arriverai pas à dormir cette nuit. Trop pour moi. Je me délesterais volontiers d'un peu de tout ce que j'ai accumulé récemment. J'en sais trop pour dormir.

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