En deux semaines, le printemps a accroché ses couleurs, l'hiver a plié ses couvertures et nous avons - enfin - changé de saison. Je n'ai pas eu le temps de prendre beaucoup de photos, cette année. Cette période si fragile, qui déploie ses révolutions délicates comme en catimini - you blink, poof!, it's gone -, est aussi celle qui est pour moi la plus chargée de l'année. J'en profite, un peu, à la volée, de soudaines explosions de rose et de blanc sur notre chemin de l'école, des étirements d'un jaune vibrant vers le ciel apaisé... Je guette avec bonheur les signes du temps qui passe. Une fois n'est pas coutume.
Et puis ... Le temps me rattrape. Je me suis rendu compte, il y a trois ou quatre jours à peine, de cet oubli, de cette faille dans ma belle détermination de ne pas partir en France cet été. Pour la première fois depuis que nous nous sommes installés aux Etats-Unis, depuis 6 ans. Plus d'argent, la maison nous a tout mangé, la nouvelle chaudière nous a mis sur la paille (ou plus exactement a agrandi le trou béant de notre endettement), et l'avenir économique étant morose, voir dépressif, nous ne pouvons compter sur aucune augmentation l'année prochaine. D'où la décision, longuement soupesée, raisonnablement argumentée, et philosophiquement acceptée de renoncer à rentrer au pays.
Mais bon, je ne comprenais pas pourquoi mon père me reposait la question, chaque fois que je lui téléphonais (il ne m'appelle jamais). Je suis fâchée avec les chiffres, forcément. Mais tout à coup, le calcul s'est fait dans ma tête: en juin, mon père aura 60 ans.
Il n'est pas du genre à fêter ses anniversaires en grande pompe, ni même à les fêter du tout, mais je crois sentir qu'il est froissé que je n'y aie même pas pensé. Il ne me le dirait surtout pas, bien sûr.

6 comments:
C'est la première fois que l'arrivée du printemps m'émeut autant...comme si cette année je prenais pleinement conscience du temps qui passe.
Geee, là, j'avoue, c'est dur. Avoir accepté "philosophiquement" de ne pas rentrer et ne pas pouvoir du coup fêter un anniversaire symbolique, c'est pas drôle. Y'a pas moyen du tout ? Ca peut pas "être le cadeau" ? Pffff, c'est dur, cette crise....
Je te lis souvent
Mais je n’ose pas écrire,
Je ne veux pas m’imposer,
je n’ose pas tout simplement.
Mais là.
60 ans pour nous qui en sommes encore loin (un peu)
C’est juste un anniversaire, un an de plus.
Au mieux c’est un compte rond.
Ca se fête certes, mais il pourra comprendre
Et puis un jour ton père à 60 ans
Et pour lui c’est le chiffre qui dit :
« ça y est je suis vieux, je suis dans la dernière partie, celle de la pente douce qui m’amène lentement vers la fin »
Il ne se le dit pas, il n’y pense même pas, ce discours est là en lui, caché au fond.
Mais il est bien là
Mon père cet homme fort, solide, indestructible qui gagnait chaque combat
A eu 60 ans et un cancer et un AVC avec.
Il a gagné, mais il a du se battre et parfois nous nous sommes battus à sa place
Je ne connais pas ton histoire, je ne connais pas ton papa, j’ai horreur qu’on me donne ne serait-ce que le début d’un conseil. Alors je vais essayer de m’abstenir, je vais essayer.
Mais je ne pouvais pas ne pas te dire ce qu’est 60 ans pour eux et combien il est important pour eux que, d’une façon ou d’une autre, nous soyons là auprès d’eux pour faire quelque chose qu’on n’avait encore peut-être jamais fait.
Leur tenir la main et leur dire t’inquiète ça va aller.
Voili voulou j’arrête car je m’en suis déjà trop permis.
Bon courage pour gérer ce dilemme…
D’ailleurs cela n’en n’est peut-être plus un puisque tu as pris ta décision (et elle peut se comprendre aussi)
En fait c’était juste pour dire….
je ne suis pas très douée
je ne voulais pas être "Anonymous" mais juste protéger mon adresse internet. Donc il s'agissait juste de koket-la-discrète-mais-néanmoins-loquace
Aïe... Moi j'ai raté les 80 de mon grand-père et je ne l'ai réalisé qu'après sa mort.
Je ne me le pardonne pas...
Hum. Vous appuyez là où ça fait mal... Mais c'est sans doute aussi pour ça que j'ai rajouté, in extremis, la deuxième partie de ce billet. J'étais tellement mal.
J'ai enfin pu communiquer avec la compagne de mon père. Qui m'a dit qu'il refusait d'évoquer son anniversaire. Pratique.
Nous nous parlerons ce week-end.
(Voyagera-t-on encore en avion, en juin?)
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