Tuesday, June 02, 2009

Lis tes ratures

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Une différence culturelle, une coutume que j'ai découverte ici: le T-shirt comme mode de célébration. L'ado américain, dès qu'il a quelque chose à fêter, en fait un T-shirt.

J'enseigne la classe de AP Littérature depuis 4 ans, et chaque année, inévitablement, vient le moment où un de mes élèves suggère: "On devrait faire un T-shirt". S'ensuivent des discussions enflammées sur ce qui devrait figurer sur le T-shirt. Mais l'idée retombe comme un soufflet et on passe à autre chose.
Sauf cette année. D'abord parce que la cohésion et l'esprit de groupe de cette classe est plus fort que les années précédentes (et pourtant, il y a deux ans, j'avais eu une "Dream Team", 7 élèves super motivés, doués, passionnés de littérature, adorant travailler ensemble... Hé bien la cuvée 2008-2009, si elle est moins brillante, est encore plus soudée et l'atmosphère de cette classe est un bonheur). Et puis parce que c'est la dernière année, malheureusement, que j'enseigne ce cours*.

Alors:
Vous m'avez reconnue?

Nous avons tous adopté un pseudo, selon nos goûts (Guillaumette, pour la fana d'Apollinaire), nos caractéristiques (Ariel, pour celle qui est plus légère et gracieuse que l'esprit des airs), nos noms dans la vraie vie (Couscous, mais là vous ne devinerez jamais), nos attitudes (l'Infante, Miranda). Et moi, je suis, je suis...
Ah oui, moi et ma magie toute entière livresque!

Le prof de français du collège a failli s'étrangler quand il m'a vue de dos dans la cafétéria. "Mais qu'est-ce que ça veut dire??..."
Je l'ai un peu laissé mariner, avant de le rassurer: "Je n'ai qu'une fesse" est une citation littéraire (judicieusement placée un peu au nord de nos parties les plus charnues), et non une révélation sur mon anatomie en particulier. Comme cet homme a des lettres (et que les auteurs du programme sont aussi sur le T-shirt), il a vite repéré le responsable de cette audacieuse citation. (Et vous? Vous savez?... Un bon point à celui qui trouvera en premier!)

Nous nous sommes baladés toute une journée avec nos beaux T-shirts (que nous allons ressortir pour la dernière journée de cours), tous les huit, comme une dernière trace de notre parcours en commun. Le jour de l'examen, je les avais accompagnés jusqu'à la salle; je suis entrée avec eux pour leur souhaiter bonne chance et, avant que je me fasse virer par le surveillant, ils m'ont entraînée dans un "group hug" qui nous a fait ressembler à une petite équipe de rugby qui se donne du courage avant un match. Ils vont me manquer.


* Ce n'est pas un choix de ma part, mais une décision du College Board, qui a droit de vie et de mort sur les classes les plus avancées de la plupart des lycées américains, et qui considère que la littérature française ... franchement ... franchement. Voilà.

** Le titre de ce billet n'est pas de moi, il est emprunté à un livre dans un livre... Vous connaissez? (Encore une devinette, ce blog devient intéractif, ma parole!)

10 comments:

nanouche said...

Voltaire (Candide)

Ori said...

Wahou ça donne envie des élèves pareils!

verveinecitron said...

Pareil qu'Ori: un rêve d'enseignant...
Quelle classe ce tee-shirt! En revanche, je sèche complètement sur"la fesse" ;-)

Myosotis said...

"La fesse", c'est Voltaire, Verveine :-)

verveinecitron said...

Honte à moi, alors. Pourtant, j'ai "fait" Candide en 1ère, pour le bac de Français. Et une histoire de fesse, en 1ère, ça aurait dû me marquer, non?

Lola said...

Bravo Nanouche, quel talent, quelle culture!
Bon, alors, cette fesse: quand Candide retrouve Cunégonde (la 1ère fois), celle-ci est accompagnée d'une Vieille (à la fois femme de chambre, dame de compagnie et conseillère dans les moments difficiles). Lorsqu'ils doivent s'enfuir (après que Candide a tué les deux amants de Cunégonde), la Vieille fait remarquer qu'ils peuvent prendre les chevaux des-dits amants, et qu'elle montera en croupe derrière Cunégonde "bien que je n'ai qu'une fesse". Personne ne questionne cette particularité de son anatomie et l'histoire continue. Elle répète un peu plus loin "Je n'ai qu'une fesse" et encore une fois, personne ne s'en émeut. Mais quand ils sont sur le bateau en route pour l'Amérique, tout le monde s'ennuie et c'est donc le moment idéal pour raconter des histoires. La Vieille a son moment de gloire, et elle narre ses aventures diverses et variées (toutes plus horrifiques les unes que les autres), y compris l'épisode de la fesse manquante (je vous renvoie au texte, si vous voulez savoir comment et pourquoi...)

Chaque année, mes élèves lorsqu'ils tombent sur "Je n'ai qu'une fesse" en tombent sur les leurs et veulent savoir si "ça veut bien dire ce que ça dit". Je leur dis de continuer à lire... Chaque année, la fesse unique est un moment fort de l'année, et il fallait bien lui rendre hommage!

la môme poison said...

interactif et drôlement cultivé !! bon et les ratures alors ? un auteur du XXe je crois mais pour le reste, c'est bien brumeux dans ma mémoire !!

Myosotis said...

Decoudray ?

Christie said...

"je vous renvoie au texte" : hou hou on voit bien la prof qui veut nous faire lire sans qu'on s'en aperçoive.. c'est vrai que c'est tentant cette histoire de Cunégonde ! et que je me suis posé la même question que tes élèves, "est-ce que ça dit bien ce que ça dit ?"..

Gros baiser Lola. Je suis verte pour vous de la fin du cours de lis tes ratures et j'imagine sans peine les larmes que vous verserez à la fin de l'année ?

Lola said...

Bah oui, prof un jour, prof toujours, c'est plus fort que moi! (Et puis: oui, ça veut bien dire ce que ça dit: il lui manque une fesse à la Vieille!)
Oui, Christie, je vais sans nul doute y aller de ma larmotte, vendredi prochain, lors de la cérémonie de "Graduation", parce que cette promo, c'est celle des élèves qui sont arrivés au lycée la même année que moi, je les ai vu grandir, je me suis attachée, forcément...

Bon, fin du suspens: "Lis tes ratures" doit avoir été utilisé par de multiples auteurs, mais moi c'est chez Claude Ponti que je l'ai trouvé (là tout de suite, je ne me souviens plus dans quel livre, je le chercherai demain dans la bibliothèque des Pontiophiles de la maison). J'ai failli t'envoyer un Claude Ponti, Môme Poison, et puis je me suis dit que tu devais déjà en avoir... Oui? Non?