Wednesday, July 08, 2009

Départs

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Je viens de raccompagner ma mère à l'aéroport. Deux semaines passées si vite. Et même si les derniers jours ont été un peu tendus, même si nous nous sommes irritées l'une contre l'autre, même si je m'agace d'être constamment sous le regard de quelqu'un ("Qu'est-ce que tu fais? Qu'est-ce que tu manges? Où tu vas? Qu'est-ce que tu tiens?"), même si je m'exaspère - trop vite - d'être obligée de tout expliquer, de tout traduire, j'ai eu du mal à la voir partir.
Un grand vide, ce soir, et un petit soulagement. Je peux me mettre à l'ordinateur sans qu'elle fasse de commentaire. Je n'ai plus à entendre ses remarques mezzo voce sur l'ourserie de l'homme de la maison. Je n'ai plus besoin de l'écouter me dire que, oui, vraiment, Paolo est difficile.
Mais je n'ai plus personne avec qui décider du repas de ce soir. Je n'ai plus personne pour me dire: "Je vais te plier le linge, et après on regardera les photos du New Hampshire". Je n'ai plus personne pour m'aider à décider où accrocher les cadres depuis trop longtemps par terre.

Je redoutais ce long séjour - il s'est passé beaucoup mieux que les précédents, pourtant plus courts. Mais nous avons quitté la maison, nous sommes parties à l'aventure dans les terres sauvages du New Hampshire, emportant avec nous champagne, magret farci au foie gras, deux petits garçons (dont un "difficile") et leurs DS, le nouvel album de Francis Cabrel que je n'ai pas trouvé le moyen d'écouter en 15 jours (comme il me l'a été souligné cette après-midi), et la satisfaction de laisser dans le New Jersey l'homme de la maison passablement grognon. Dans la maison et dans l'hospitalité d'Else, nous avons passé quelques jours pluvieux et très agréables.

Entre 18h15 et 19h31, ce soir, j'ai attendu le train sur un quai ensoleillé, en bordure d'aéroport et le long d'une décharge. Quelqu'un avait attaché des ballons aux grillages, le long des voies sur lesquelles un rat courait, de temps à autre. Je m'en suis voulu d'avoir oublié mon appareil photo.
J'ai eu le temps de penser. Le temps de regretter que mes enfants aient regardé partir leur grand-mère sans grande émotion, même s'il est presque sûr qu'ils ne la reverront que dans un an. Le temps de me dire que la patience, oui, est une vertu qui me fait souvent défaut et que j'aurai dû puiser en moi la force d'être plus bienveillante, même quand ma mère me tapait sur les nerfs par son insistance et ses réactions trop tranchées. Le temps de me demander combien ceux qui sont si loin, si loin, vont changer avant que je n'aie la chance de les revoir. Le temps - bref - de frémir à l'idée de ce que je vais manquer. Des naissances - et ...
Le soleil est resté jusqu'à ce que mon train arrive.

Demain, l'été continue, mais j'ai l'impression que mes vacances sont presque finies.

Pour la photo de la femme en maillot de bain, pour que mon blog se respecte, il faudra patienter un peu ... Ou alors, je vais piocher dans les photos de l'année dernière, nettement plus avantageuses en ce qui me concerne!

6 comments:

samantdi said...

J'espère que l'an prochain, c'est toi qui viendras par ici, et que nous pourrons encore entrer dans nos maillots de bains et prendre des photos sur le bord de la piscine de ma nouvelle maison :-)

Satsuki said...

J'ai les mêmes sentiments parfois ambivalents à l'égard de ma mère : elle m'exaspère et me manque à la fois. A chaque fois qu'on passe quelques jours ensemble, je me sens immanquablement redevenir ado. Mais quand j'ai un vrai problème, c'est elle que j'appelle en premier. Je me demande souvent quelles relations j'aurai avec mon fils dans 20 ou 30 ans…

verveinecitron said...

Mêmes relations aussi, balançant entre complicité et irritation...
Les vacances vont être familiales cette année, et j'appréhende que le huis clos soit difficile à supporter au quotidien (c'est que je n'ai guère de patience non plus!)

Nathalie said...

moi c'est de la voir vieillir qui me pose problème, je dois cacher mon agacement affolé quand je la vois fragile, moins rapide, vacillante. Je la veux toujours là, toujours jeune, rassurante, retarder encore un peu le temps où je me sentirais bien plus responsable d'elle qu'elle de moi : déjà je me sens presque coupable de ne pas lui donner à mon tour son deuxième petit-enfant, alors que je la sais pleine d'impatience et d'angoisse, aussi, à l'idée d'être trop vieille et fatiguée pour passer du temps avec eux et être la grand-mère qu'elle voudrait être. A 27 ans, dois-je grandir plus vite parce que mes parents sont plus vieux que la moyenne ?

Anonymous said...

A la veille du départ chez mes parents, avec les mêmes sentiments ambivalents vis-à-vis de ma mère, et à moins d'un mois du grand départ de ma grande, tu ne peux pas imaginer comme ton billet résonne en moi !

Lola said...

Oui, les filles, les mères, on retrouve souvent des constantes dans nos relations! Je crois que ces sentiments (besoin d'être ensemble, agacement d'être trop près) sont exacerbés chez moi parce que je vois ma mère si rarement (une ou deux fois par an).
Comme toi, Nathalie, j'ai du mal à la voir vieillir, surtout qu'entre deux visites il s'écoule un long moment durant lequel nous nous parlons (au téléphone), nous nous écrivons (par e-mail), mais nous ne nous voyons pas. De loin, elle ne change pas, mais quand elle arrive, je suis surprise (et elle aussi, sans doute. J'ai atteint l'âge où moi aussi je porte les marques du temps...)
Mais, Nathalie, ne culpabilise pas: tu ne peux pas vivre ta vie pour ta mère. Je suis sûre qu'elle ne le voudrais pas non plus.