Monday, March 14, 2011

Histoires

Mes histoires - mes petits soucis, mes vrais tourments, ma laborieuse traversée du jour le jour, mes inquiétudes renouvelées, tout ce qui m'attend -, mon histoire - ce qui fait que je suis qui je suis - et puis, l'Histoire.

Vendredi était le dernier jour avant les vacances. Un grand soulagement de venir à bout de cette semaine trop remplie. La nervosité d'accueillir un candidat pour un poste bientôt vacant, quand personne n'est prêt, quand un collègue, remportant une fois de plus la palme de l'inefficacité et du non-professionnalisme, déclare forfait sans me prévenir, quand je dois laisser ma classe pour balader ledit candidat de rendez-vous en rendez-vous. L'anxiété de ce qui m'attend pendant ces deux semaines de "repos".

Et puis ce coup de fil de Ninette, "Ca pourrait aller mieux... "
- Pourquoi, qu'est-ce qui se passe?
- Tu te souviens où est mon mari cette semaine?
- Au Japon ... Oh, merde!"
Il a fini par rentrer dimanche, après avoir passé trois jours à l'aéroport. Plus de peur que de mal. Mais je sais l'angoisse de Ninette, qu'elle ne porte jamais en breloque, pendant ces longues journées. Et elle me dit: "J'ai la culpabilité de ceux qui ont eu de la chance". Et les autres, tous les autres, ceux qui n'en ont pas eu...

La grand-mère de mes enfants est Japonaise, leur père est né dans ce pays, même s'il n'en a parle pas la langue. Je ne sais si la famille qu'il a là-bas (qu'il ne connaît pas et avec qui il n'est pas en contact) va bien.
Ma belle-mère n'a pas vraiment transmis sa culture à ses fils. Elle le regrette maintenant et a fait des tentatives avec ses petits-fils. J'ai ces petits objets, ces origamis, ces algues séchées et ces petits biscuits salés qu'elle envoie régulièrement au milieu de tas de "trucs" (des brosses à dents, de la confitures, des stylos, des coupures de journaux, des biscuits sans sucre, des biscuits hyper-sucrés, des gants de jardinage, des chocolats, des chaussettes, du café, des torchons ...) Mais depuis quelques mois, la communication avec son fils est coupée. Alors je ne sais rien, mais j'imagine son bouleversement. Je n'ai jamais été proche d'elle, mais je sais bien ce que je ressentirais si une catastrophe survenait en France. L'impuissance, la culpabilité de l'éloignement, la peur, le chagrin. Elle est, contrairement à moi, très religieuse, elle doit prier beaucoup ces jours-ci. Je me contente de me balader avec cette boule d'angoisse au creux du ventre, ce nœud entrelaçant des fils qui viennent de l'Histoire, de mon histoire, de mes histoires.

5 comments:

verveine said...

Je me sens très triste de ce qu'il arrive au Japon, pays pour lequel j'ai une grande empathie depuis très longtemps. C'est vrai que toutes nos petites misères paraissent soudain ridicules...

Nomie said...

C'est "marrant", quand tu dis "Mais depuis quelques mois, la communication avec son fils est coupée", on n'est pas vraiment sûr de savoir de qui tu parles je trouve..

Lola said...

Je voulais parler de la communication entre ma belle-mère et son fils (le père de mes enfants). Communication qui semble avoir été rétablie hier, d'ailleurs, puisque mes fils m'ont dit qu'en mon absence ils avaient parlé à leur grand-mère au téléphone. Et que sa famille au Japon allait bien.

Anonymous said...

Mais c'est la famille de vos enfants aussi
c'est leur famille qui va bien
Que vos enfants gardent ses liens et puissent connaitre un jour ce pays, un grand voyage

Lola said...

Je voudrais bien que ces liens soient un jour renoués, j'aimerais tellement que mes enfants entreprennent ce voyage vers l'amont. Mais ils décideront.