Thursday, March 01, 2007

Jeudi 1er mars: Débordement


Tout m'échappe. Mon bureau a disparu depuis longtemps sous des piles croulantes de paperasses toutes plus urgentes les unes que les autres (et qui prennent la poussière). Alors je me suis installée sur la table de la salle à manger, au milieu du reste du désordre que personne n'a le temps de trier. Nous dînons par conséquent sur le comptoir de la cuisine, enfants sur les tabourets, parents debout. La maison part à vau l'eau (heureusement que j'ai une "élève" à qui je donne des cours particuliers une fois par semaine, la femme d'un de mes collègues. Le mercredi après-midi, avant qu'elle n'arrive, je me lance dans un ménage frénétique - sinon nous vivrions dans une porcherie).
Je ne suis pas arrivée à dégager le sol de la chambre des enfants suffisamment longtemps pour pouvoir passer l'aspirateur depuis des lustres. Impossible de voir la couleur de la moquette sous la couche de minuscules trucs très très précieux (Ne marche paaaaas sur ça!), du coup on ne voit pas la poussière non plus, c'est déjà ça ...
Je ne suis pas arrivée non plus à leur faire faire du français depuis un mois. Je maîtrise encore les devoirs, mais c'est tout.

Cette histoire de maison me bouffe la vie, me prend tout mon temps, toute mon énergie, toutes mes envies. Je n'ai plus le temps pour rien, même pas pour mon boulot. Pour me maintenir à flot, j'ai besoin d'un jour sur les 2 du week-end pour bosser. Je ne l'ai plus, je suis en retard sur toutes mes corrections, mon organisation part en quenouille. Demain, c'est le dernier jour du trimestre, il faut songer aux moyennes, aux bulletins, mais COMMENT vais-je y arriver?

Depuis un mois, nous ne faisons plus que ça: chercher, visiter, discuter, analyser, re-visiter, choisir, abandonner, rêver des maisons. Je n'en peux plus des maisons, je ne veux plus entendre parler de fosses sceptiques, de cuves à mazout enterrées, de chauffage par soufflerie, d'eau contaminée, de moisissures sournoises... Tout ce que je ne savais pas, qui ne me préoccupait pas, que je veux continuer à ignorer. Déceptions, frustrations, remises en question, engueulades, fatigue, impatience. Nous sommes des pantins animés d'une mauvaise fièvre dans les mains d'un marionniste cynique. L'argent nous manque, l'argent nous fait défaut. Nous qui étions résignés à n'être jamais riches, nous voilà soudain exaspérés d'être éloignés de l'objet de nos désirs par presque rien - pour les parents de mes élèves, à peine les frais d'une année de scolarité. Un quart de voiture. Une misère. Mais pour nous, un gouffre.

Alors nous continuons. Je laisse s'entasser les "inachevés", je pare au plus pressé. Et nous prenons rendez-vous pour d'autres visites, nous comparons les photos, nous étudions les analyses de l'eau. Il y a une grande concentration d'arsenic dans le sol. Cette chasse à la maison m'intoxique.

[Photo prise dimanche dernier, je me suis quand même mise au travail, au moins un peu, sur un coin de table ...]

9 comments:

Anonymous said...

trouve une femme de ménage. Même deux heures par semaine. ça change la vie... parce que tu rangeras pour elle, tu rangeras avec elle, ta maison va s'améliorer, ça te donnera de l'air. gros baisers

camille said...

tu m'as devancée Christie, j'allais donner le même conseil ! on a une femme de ménage depuis hier, elle viendra une fois par semaine faire tous les trucs qui m'emm... un coup dans la cuisine, la SdB, les toilettes, la serpillière, l'aspirateur... et je me sens libérée !!! (pourtant le ménage, je ne le faisais pas vraiment... donc ce n'est pas du temps que je vais gagner... juste l'esprit un peu plus libre)
[et la chambre des garçons, on sera obligé de la ranger au moins une fois par semaine, pour qu'elle puisse passer l'aspi !]

Anonymous said...

Il me semblait que tu ne voulais pas acheter de maison ? Eh bien tu as raison, ce n'est pas le moment d'acheter aux US, le marché immobilier commence à dégringoler, et ce n'est pas fini, semble-t-il. Donc une seule chose à faire : attendre que les prix baissent... (et du coup tu auras les sous pour venir en France !)

Anonymous said...

Comme je te comprends. De quoi se noyer. Christie et Camille ont raison. Une femme de ménage. Moi je m'en suis passée pendant 20 ans, quelle erreur. Depuis trois ans, j'ai enfin compris. Ce n'est pas la reine du nettoyage mais elle range sans jeter la moindre chose, elle fait des piles et je m'y retrouve. Et j'ai cette agréable sensation de rentrer une fois par semaine dans une maison rangée. Un luxe voluptueux. Du coup, je ne suis plus désagréable avec mon entourage.
ensuite, il faut que tu mettes les garçons et l'homme au pas. Un tout petit coup de main et ce sera déjà énorme. Courage Lola, ne flanche pas :-)

Lola said...

Oui, les filles, je sais, vous avez raison. Pendant un an, à Paris, j'ai eu une femme de ménage deux heures pas semaine et ça me changeait la vie. J'y pensais d'ailleurs, au début de cette année scolaire. J'ai même commencé à en chercher une.
Oui, mais voilà: on va probablement acheter très bientôt une maison (oui, Anne, malgré mon opposition farouche de départ, malgré tous nos copains qui nous conseillent de louer encore pendant un an ou deux, mon homme a une telle obstination qu'il ne sera pas en repos avant d'être propriétaire. Ai-je tort de céder? Est-ce que le marché va vraiment continuer à s'effondrer? Serait-il plus sage d'attendre?), nous allons donc très certainement acheter une maison et nous raclons tous les fonds de tiroir pour arriver à constituer un apport initial convenable, de manière à ne pas avoir des paiements mensuels exhorbitants. Du coup, économies à droite et à gauche, pas de dépenses inutiles, pas de femme de ménage ...

Chaque fois que le serpent de mer "femme de ménage" ressurgit dans mon couple, l'homme saisit une éponge et brique la salle de bains à fond. Deux semaines d'affilée. Et puis il oublie l'éponge et ne voit vraiment pas pourquoi j'ai besoin de passer encore l'aspirateur, il n'y a pas tellement de miettes que ça, franchement on peut vivre avec, et n'ai-je pas d'autres priorités?...

Anonymous said...

Ok avec les coupines faire venir une femme de ménage (même pour seulement 2 heures) me mettais le coeur à l'ouvrage et je rangeais le bazar avant quel arrive pour qu'elle n'ai plus qu'à nettoyer, depuis je racle les fonds de tiroir pour l’achat d’un futur appart alors exit la femme de ménage et revoilou le bazar. 6 mois que je cherche un appart que cela me mange beaucoup d'énergie et de temps oh que je te comprends et dire que certains visitent un seul bien immobilier et hop ils signent j''ai du visité environ 50 appart la honte à chaque fois il y avait une verrue qui me génait. Mais j'arrive au bout ouf, j'attends une réponse et je signe et je passe à autre chose. Je te souhaite que ta recherche soit courte, il parait qu'il faut marcher au coup de coeur et ne pas trop réfléchir car avec nos budgets il y aura forcément des défauts.

Anonymous said...

L'une des tâches les plus difficiles d'une femme, est de se libérer de son mari.

Cela ne revient pas à l'aimer moins, au contraire.. Je suis en train de comprendre cela. Mais les hommes sont tellement pétris de patriarcat, qu'on se laisse prendre à leurs demandes, conseils, exigences.. qui nous enferment dans un nous qui n'est pas nous.

Moi, par exemple, je me suis coupée les cheveux pendant 10 ans pour lui plaire. Ben je m'aime mieux maintenant, avec mes cheveux longs ; et finalement lui aussi aime.

La liste est longue..

Anonymous said...

J'aime beaucoup la derniere reponse de Christie, m'en vais y reflechir serieusement d'ailleurs.

Pas de conseil a te donner Lola, mais je pense a toi tres fort de l'autre cote de la terre.

Lola said...

Merci à vous toutes, les filles, simplement d'être là ... Même du bout du monde, je vous sens très près!
Oui, moi aussi, je tourne et retourne la sagesse de Christie dans tous les sens. Au moment de prendre d'importantes décisions, j'y trouve un petite lumière, une loupiotte pour ma route.