Je ne sais pas où il est, je ne sais pas qui a eu cette brillante idée ni qui a pris la photo, mais si je savais où le trouver, j’y courrais derechef. De le voir, là, sans ombre sur son visage, les yeux toujours aussi verts, j'ai reçu un grand coup dans le ventre. Qui m'a envoyé cette image? Il me regarde (car je ne doute pas qu'il me regarde, moi, à travers toutes les épaisseurs des intermédiaires qui nous séparent, tout cet espace et tout ce temps) directement, droit devant. J'ai failli défaillir lorsque la photo s'est lentement téléchargée, ligne par ligne, avec une hésitation, une pause, au moment de découvrir sa bouche, son sourire ironique que j'aimais tant embrasser. Le monde est tout petit et celui qui a eu la cruauté ou le génie de rappeler mon amour à ma tendre mémoire a su me trouver dans l'anonymat du vague cyberspace. Suis-je si facilement repérable, ma vulnérabilité clignotant sur mon front, suis-je une cible si facile qu'il suffit d'une photo même pas tout à fait nette pour me faire tomber à la renverse? Je ne peux détacher mes yeux de ce visage tant aimé. Demain, je le chercherai, je remonterai le courant. J'ai voulu pratiquer la terre brûlée, quelle vanité. Je n'ai pourtant pas la force, ni ne l'aurai jamais, de me couper à jamais de lui. Il suffit de le reconnaître: je ne pourrais jamais prétendre que je ne l'aime plus.
[Cette déclaration est ma cinquième (et dernière, hélas!) participation au Sablier du printemps lancé par Kozlika. L'amorce vient du billet On efface tout et on recommence de Tassili.]
4 comments:
elles sonnent très vrai tes fictions en tout cas ! gros baisers
est ce seulement de la fiction?
Tu nous embarques si facilement dans la recherche de cet amour perdu !
Décidément, qu'elle écrit bien cette amoureuse...
Pinklady
Ah, mais la fiction n'est que la face cachée de la réalité, non?...
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