
Journée grisounette et tristounette. On a beau essayer d'invoquer ce qui d'habitude nous met en joie, rien n'y fait. Je n'ai pas envie, pas envie de faire les bagages (alors je ne les fais pas). Des entassements de nuages noient la vallée. Ma mère fait des gambas pour me faire plaisir, mais le coeur n'y est pas. Elle ne porte pas de maquillage et paraît fatiguée. Les garçons s'asticotent jusqu'à mon exaspération. Nous nous traînons jusqu'à la piscine, histoire de, malgré la menace de pluie. L'eau est froide, mais les garçons refusent d'en sortir: c'est la dernière baignade. La brume descend un peu plus bas. Ma mère parle, parle, sans arrêt. De l'autre côté, ma soeur se tait. Elle a appris hier qu'un de ses amis de toujours venait de mourir dans un accident de voiture. A 21 ans. Il n'était même pas au volant. Elle n'en parle surtout pas. Tous ses gestes sont plombés. Hier soir, elle m'a montré ses photos de Londres. On a bu du champagne à son bac et à sa mention Assez Bien. Elle est allée rapidement se coucher. Aujourd'hui, elle se tait.
Ma mère me questionne à l'infini. Je n'ai pas envie de parler, je veux lire. Elle arrête un moment, et puis reprend, c'est plus fort qu'elle. Je ne veux plus sortir de mon livre.
Je finis par extraire les garçons de l'eau quand leurs lèvres sont tellement violettes qu'elles sont devenues bleues.
Je bouclerai les sacs après le dîner. Et j'écrirai mes cartes postales - une petite vingtaine - sans entrain. Juillet n'est pas tout à fait fini, mais c'est déjà la fin des vacances. La première.
2 comments:
La vie d'expat est une vie de perpétuel déchirement. A la fois ici et là (d'ici là) et ni ici ni là. Envie et plus envie d'ici et de là.
Tu as aimé Stieg Larsson ?
Oui, c'est exactement cela. Le grand écart est irréalisable (du moins pour moi qui suis si peu souple!), alors il faut de décider à subir la séparation, le départ, d'ici et de là, plusieurs fois par an. Tu me comprends si bien, Myosotis!
Stieg Larsson ... J'y reviens!
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