Saturday, October 20, 2007

Un jeune homme (2e version)

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Il y a un jeune homme dans ma vie.
Un jour, il faudra que je dise: il y a un homme jeune, assez jeune, toujours jeune dans ma vie.
Et puis, dans très longtemps, quand le temps lui-même aura effacé les petits décalages temporels, je dirai: Un homme du même âge que moi.

Mais non, impossible. Nous avons presque trois ans de différence. Quand je l'ai rencontré, il avait dix-neuf ans, et moi tout juste vingt-deux. Je n'aurais jamais cru qu'il fût si jeune, il n'en avait pas l'air, et je me suis toujours sentie plus immature que lui. Et pourtant ...
Et pourtant il reste le jeune homme dans ma vie.
Celui qui m'a tant donné, tant appris, tant repris.

Je dois l'avoir jinxé, pas d'autre explication aux errances de sa vie d'homme. A croire que je l'ai fixé à jamais dans son éternité de post-adolescence. Jeune homme pour la vie entière.

J'espère que ce n'est pas moi qui ai fait ça.

Quand je pense à lui, très souvent me revient à la mémoire une chanson. Une chanson que nous n'avons jamais écoutée ensemble, une chanson qui date d'avant lui, de mes années de grisaille solitaire, une chanson qu'il ne connaît peut-être même pas. Une chanson qui peut-être ne convient pas, et pourtant, qui, pour moi, lui appartient.



TU NE ME DOIS RIEN
Je ne t'entends pas très bien
il y a si longtemps
d'où m'appelles-tu ?
D'où vient
ce besoin si pressant
de m'écouter soudain?
Les poules auraient-elles des dents ?

Ma voix t'a-t-elle manqué
après bientôt un an?
Ce serait une belle journée
et il n'y en a pas tant
je sais me contenter
de petites choses à présent

On enterre ce qui meurt
on garde les bons moments
j'ai eu quelquefois peur
que tu m'oublies vraiment
tu as sur mon humeur
encore des effets gênants

Mais tu ne me dois rien
j'ai eu un mal de chien
à me faire à cette idée
à l'accepter enfin
est-ce qu'au moins tu m'en sais gré
Chacun poursuit son chemin
avec ce qu'on lui a donné
mais toi tu ne me dois rien

Tu ne m'as pas dérangé
je vis seul pour l'instant
mais je ne suis pas pressé
tu sais, je prends mon temps
tout est si compliqué
tout me paraît si différent

On ne refait pas sa vie
on continue seulement
on dort moins bien la nuit
on écoute patiemment
de la maison les bruits
du dehors l'effondrement

Je vais bien cela dit
appelle moi plus souvent
si tu en a envie
si tu as un moment
mais il n'y a rien d'écrit
et rien ne t'y oblige vraiment

Stephan Eicher
Engelberg (1991)
Paroles de Philippe Djian

[J'ai écrit ce billet il y a un an, à peu de choses près. Je ne sais pourquoi j'ai envie de le revisiter, avec musique cette fois, et un imparfait du subjonctif passé en contrebande. Sa vie -et la mienne un peu aussi- a changé depuis.]

11 comments:

Anonymous said...

Merci pour la chanson , les paroles de p. Djian sont émouvantes . "Il" ne te doit rien mais longtemps apparement "il" sera lié à toi intimement , dans ton histoire à toi toute seule . Ces chapitres antérieurs de nos coeurs résistent au temps qui passent et cette chanson en est et en sera toujours une si belle résonnance. Bon week end, Chicorée

Anonymous said...

Je me souviens de cette note, elle m'avait intriguée il y a un an... Je la trouve toujours aussi mystérieuse aujourd'hui!

Claire said...

Magnifique. Moi ça me parle énormément.

Lola said...

Merci... C'est étrange, mais l'idée que cette histoire qui fait si intimement partie de moi soit comprise, voire partagée par d'autres qui la reconnaissent dans leur propre parcours me fait beaucoup de bien. C'est exactement cela, Chicorée: la persistance du passé, d'un homme du passé, dans mon présent, dans tous mes présents à venir.

Mystérieux, Marie, parce que je ne veux ni ne peux trop en dire sur lui, je peux juste parler des résonnances que son passage dans ma vie aura toujours sur moi.

J'ai une autre histoire, corollaire à ce billet, mais beaucoup plus douloureuse, qu'il faudra un jour que j'écrive pour la sortir de moi. Pas encore, pas encore...

Claire said...

ça irait sûrement mieux chez moi si j'avais ton aisance à dire les choses, à trouver les mots justes.

Anonymous said...

Oh oui ce texte avait résonné pour moi fortement l'année dernière. Justement parce qu'il faisait écho à un vide : il me manque un jeune homme dans mon passé. Je n'ai aimé qu'un seul homme, le mien, celui d'aujourd'hui, très jeune. Je me suis si vite engagée, reproduisant bien fidèlement le modèle familial. Aujourd'hui il me manque cet espace de liberté, cet amour qui n'appartiendrait qu'à moi et mon passé.

Froguette said...

Je me souviens tres bien de cette premiere version. Un an deja?
On a toutes des "jeunes hommes" a qui cette histoire intime nous ramene je crois...

PS ca m'a aussi rapplele ce concert au printemps de Bourges 1993 avec Stephan Eicher. Ca m'rajeunit pas tout ca Lola!

Anonymous said...

Quant j'ai découvert ton blog, j'ai ouvert un peu partout des fenêtres et j'ai donc lu tout de suite ce texte, et aussi l'annonce que tu avais autre chose encore de douloureux à raconter. Alors quand je viens ici et que je te vois parler de tout et de rien, j'ai toujours en tête ce versant de toi que je ne connais pas mais qui, pour moi, parce que je l'ai lu en te découvrant, est "fondateur".
Je crois qu'on est nombreux à faire vivre en nous un jeune homme ou une jeune fille "fondateur", partie prenante de ce qu'on est devenus ... Le mien est mort, à 33 ans, sans que je le sache, alors que toujours, quoi qu'il m'arrive dans la vie, et même l'ayant perdu de vue après le lycée, je me disais toujours : si j'ai besoin, il sera toujours là... Il n'est plus là, c'est la pire injustice de la vie que j'aie reçue, et j'en souffre chaque jour. Pourtant j'ai une vie heureuse, un mari et des enfants, tout va aussi bien que possible, mais cette fêlure, cette rupture initiale et irréversible est une cicatrice qui toujours saigne en moi.

Lola said...

Manue, mon histoire est beaucoup moins douloureuse et lourde à porter que la tienne... Mon jeune homme, je le vois une fois par an, nous échangeons des e-mails quand ça nous prend, je ne l'ai pas perdu complètement. Ce que je voudrais pouvoir écrire, c'est l'histoire d'une trahison (quand - si - j'arrive un jour à l'écrire, cela paraîtra sans doute un peu banal et certainement moins déchirant que l'absence qui creuse un tel vide dans ta vie). J'ai eu beaucoup de mal à me remettre de cet épisode, même si, comme tu dis, j'ai un mari, des enfants, et une vie, ma foi, somme toute assez satisfaisante.

Maurine, veinarde, tu as vu Stephan Eicher en concert! Bon, ce n'est pas une expérience aussi bouleversante que Thomas Fersen en concert, mais ce n'est pas mal quand même...

Anonymous said...

Troublante note et chanson aussi. J'ai beaucoup de plaisir à vous lire A bientôt

Lola said...

Merci, Marc!