Monday, September 07, 2009

Punition

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Je le voulais trop. De manière répétitive, capricieuse. Trop visible mon désir.
J'avais décidé, l'année dernière, que j'irais désormais à la plage pour mon anniversaire. J'avais été heureuse, pour la première fois depuis longtemps, en ce jour si important pour moi. J'avais annoncé, clamé: "Nous irons encore à la plage le jour de mon anniversaire". Nul ne l'ignorait.
Oui, mais voilà.
Il paraît que la nouvelle voiture avait besoin d'être réparée juste ce jour-là. Pas le lendemain, non. Elle roulait pourtant. J'ai encaissé. Un anniversaire sans plage, puis sans bougie, sans champagne (le gâteau, c'est moi qui me le suis fait, et je l'ai trouvé sans goût). J'ai encaissé, mais j'ai commencé à bouder. C'est ma spécialité, depuis toute petite, et je suis très forte. Je peux bouder très longtemps.
Le lendemain, l'homme, réalisant tout à coup mais trop tard son erreur, propose d'aller à la plage. Mais je ne veux plus, toute à ma déception, rancoeur, colère.
Plus tard, j'ai relancé le projet. Mais, pour une raison ou pour une autre, nous n'y sommes jamais allés.

Alors, quand Else est rentrée de vacances, j'ai fixé la date. La veille, j'ai annoncé à l'homme que j'emmenais les enfants à la plage, avec Else. Longue et violente discussion. On passe.
Dimanche, nous avons chargé la voiture - serviettes, couverture, pique-nique, crème solaire ... Mais Else n'était pas prête. Puis nous avons rencontré de nombreux embouteillages. Attente sous un ciel de plus en plus gris. Arrivés finalement à l'océan, il a fallu se rendre à l'évidence: il faisait mauvais. Et quand nous avons payé l'entrée (les plages du New Jersey sont payantes), on nous a annoncé que la baignade était interdite pour cause de courants dangereux. Les garçons ont commencé à pleurer.
Bien fait pour moi, qui espérais tant cette journée sur la plage. Il faisait froid, vraiment froid, beaucoup de vent et de lourd nuages sombres pesaient au-dessus de nous. Bien fait pour moi, qui rêve trop haut et avec trop d'aplomb.

Une fois la déception digérée et le pique-nique en train (il fallait se méfier des mouettes qui lorgnaient sans vergogne nos sandwiches), les garçons ont tombé les pulls et se sont lancés dans des travaux de construction éphémères au bord de l'eau. Ils ont "sauvé" un grand nombre de sea fleas, ramassé un petit bout de méduse (sans se faire piquer, je ne sais comment), creusé, sauté dans l'écume du bord de mer et passé une après-midi somme toute heureuse.

Nous sommes repartis gelés, mais personne ne se lamentait. Le dernier week-end de l'été a été le premier de l'automne - et j'ai dormi seule, une fois de plus.

13 comments:

Anonymous said...

Mais c'est vraiment triste ce que tu racontes, ce n'est pourtant pas trop demander un anniversaire à la plage.
Mab

Claire said...

Non non non pas de "bien fait pour moi"! Ne te fais pas mal comme ça !
Je t'embrasse.

pat said...

bad september les oreillers sont solitaires ici aussi

Satsuki said...

Je ne comprends pas pourquoi ça fait des histoires quand tu veux aller à la plage ?
"Bien fait pour moi, qui rêve trop haut et avec trop d'aplomb" : ça ne me paraît quand même pas démesurément ambitieux, comme rêve. Je ne crois pas que tu aies à te flageller quand les choses ne se passent pas comme tu le voulais. M… alors, tu n'y es pour rien s'il fait froid et moche !

Lola said...

Bah, ça m'est passé, la déception, la rancoeur, tout ça... Je me moque un peu de moi, en fait!
J'accorde trop d'importance à ce que je veux (et au jour sacré de mon anniversaire!), et voilà ce qui arrive: quand j'obtiens - enfin - ce que je veux, je ne suis toujours pas contente! On a fini par en rire, Else et moi, (et même les garçons, pourtant trèèès contrariés par l'interdiction de baignade), c'était tellement ironique, cette journée de rêve à la plage transformée en deux heures à grelotter sur le sable froid!
Mais je me sens apaisée, j'ai finalement laissé derrière moi l'anniversaire raté et les fantasmes de sable chaud...
Et demain, c'est la rentrée!

verveinecitron said...

Parfois, le destin s'acharne vraiment à nous mettre des bâtons dans les roues...
Mais, please, pas d'autoflagellation ;-))

myosotis said...

Moi dont c'est la spécialité depuis mes 4-5 ans, j'ai appris depuis quelques années à ne plus bouder, disons à moins bouder et du coup je me fais moins mal et je dors moins seule (parce que moi aussi, quand je boude, le simple rythme de sa respiration m'insupporte.... :-) )
Et j'avoue, moi aussi, après l'heure, c'est plus l'heure !

Amélie said...

Au-delà du rêve et de l'attente, que se cache-t-il? Quelles projections de nous dans une journée à la plage, un date anniversaire à marquer d'une pierre blanche? Ce désir "d'une journée à la plage", l'espérance et la déception qu'il suscite, cela me fait penser à "To the lighthouse", de Virginia Woolf. Un de mes préférés.

Anonymous said...

ce message est tellement triste! j'ai lu un peu la suite du blog et tout est tellement mélancolique! c'est le cas ou c'est quelque chose qui passe dans le blog malgré vous?
bon anniversaire et que la suite de vos 38 ans soit plus belle et plus lumineuse!

Christie said...

Coucou...
je me demande pourquoi on (vous, moi, d'autres, mes filles par exemple) plaçons tellement d'enjeu dans notre anniversaire.

L'année dernière je me suis mise en 4 pour Chimène et plus j'en faisais et plus elle était mécontente, insatisfaite. ça a été une experience horrible pour moi, jusqu'au moment où j'ai tapé du poing sur la table et où j'ai crié CA SUFFIT !

De mon côté c'est pareil, quoi que je fasse ce jour là, quelques soient les attentions et les preuves d'amour que je reçois ce n'est jamais suffisant.
Si vous êtes comme nous, je comprends un peu que John aie jeté l'éponge pour ce jour-là.... un besoin d'être consolée impossible à combler. Et pourtant c'est bon quand quelqu'un essaie "malgré tout". Mais je crois que les hommes, comme les mères, déstestent par dessus tout se sentir impuissants. Vous ne croyez pas ?

Unknown said...

Moi aussi j'en attends toujours beaucoup le jour de mon anniversaire (ou de celui de mes enfants aussi...). Peut-etre parce qu'on ne se cree pas assez d'occasions de faire de chaque jour une journee exceptionnelle?
Plein de bises

Une revenante

Lola said...

Maurine, welcome back! So good to "hear" you!! Comment vas-tu? Je me demandais où tu étais passée...

Anonymous said...

je passe de temps à autre sur votre blog, et je le trouve toujours triste. On ressent une lassitude, de la rancoeur, ou une insatisfaction permanente ? ou peut-être est-ce votre style qui nous laisse cette impression ?