Hier aussi, je suis tombée par hasard (enfin, presque par hasard. Il y a si peu de hasard dans ces affaires-là) sur une chanson qui m'a fait penser à toi. Je te l'envoie. Rien de romantique, non, ne t'y trompe pas. Je ricanais toute seule, en pensant que les premiers mots de la chanson sont exactement ceux que tu aurais pu me dire.
En rentrant, à la fin de l'été, la première chose que j'ai faite a été de ressortir de vieilles photos. Ta provocation ("Tu es mariée, toi?") m'a fait rouvrir l'album de mon mariage - il a fallu ça, au moins. Et tu y étais, bien sûr. Tu étais beau, dans ton habit de lumière. Je n'oublierai pas, jamais, ce que tu m'as dit, cette nuit-là, en me serrant dans tes bras. "Sois heureuse, au moins." J'ai promis. J'étais alors si sûre. Est-ce que je t'ai trahi, en accumulant tant de sable dans mon petit camion?
Hier encore, j'ai cherché (et si vite retrouvé, c'est incroyable les ramifications qui permettent d'accéder à un savoir dont on ne possède que le début d'une bribe, un lambeau de souvenir) l'expression brésilienne dont tu m'avais parlé, une nuit dans la chambre d'en bas.
Allez, ne t'inquiète pas. Même si tu te dis que tu n'aurais pas dû accepter mon invitation, ça ne sera pas allé plus loin qu'une danse. Ce n'était qu'un point dans notre histoire en pointillés - un trait si tu le souhaites, il commence à se faire tard. Tu m'as donné, sans doute sans même t'en douter, la force de continuer, de recevoir encore quelques autres pelletées de sable. Le temps que nous avons passé ensemble ne pourra nous être décompté. Il n'est qu'à nous. Le plaisir que nous en avons tiré (ou alors, suis-je présomptueuse? que j'en ai tiré) ne me donne aucun remord, juste le regret de m'être fourvoyée quelques années plus tôt, au mariage de Franck. Tu sais de quoi je parle, mais tu ne veux même pas qu'on évoque ce soir-là.
Tu vois, il y a tant de strates de souvenirs, entre toi et moi, que nous pourrions passer des nuits entières en réminiscences. Tsss. Voilà ce que c'est que d'avoir des amis d'enfance. Ou du moins des amis qui vous ont connue quand vous étiez enfant.
Allez, ne regrette pas d'avoir accepté mon invitation. Tu y crois, toi, au bonheur qui existe sous d'autres formes qu'en impromptues micro-doses?
J'ai 45 ans, un soir de début septembre.

5 comments:
C'est curieux de lire un texte dans lequel la narratrice se projette dix ans plus tard...
Entre 35 et 45 ans, il y a un grand changement (en tout cas, ce fut le cas pour moi) on arrive au bout d'une saison et on en commence une autre.`
On abandonne de vieilles croyances auxquelles on s'attachait depuis l'adolescence.
On a beaucoup fait, et on découvre qu'il y a des choses qu'on ne fera plus, d'autres encore qu'on ne fera pas.
Pendant ces dix ans, on fait connaissance de soi, telle qu'on est et non pas telle qu'on se rêvait (que les autres nous rêvaient, parfois, aussi)
...
Et toi Lola, tu écriras ton histoire.
Ah. Alors, je n'arrive pas à être crédible, en femme de 45 ans?
En me relisant, c'est vrai que j'ai écrit comme une adolescente (les textes précédents sonnaient-ils mieux?)
Oui, Samantdi, j'ai encore du chemin à faire. Tu le dis tellement gentiment... Merci.
et bien moi il me parle ce texte. Il me fait penser à un autre que tu avais écrit sur le prince qu'il y avait dans ta vie, en pointillés.
Oui, Nathalie, c'est le même genre d'histoire ... mais pas le même homme!
En tous cas j'aimerais pouvoir garder une telle relation d'amitié avec un homme !
Très joli billet.
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