Tuesday, January 04, 2011

Comme un mardi (14)

...
Il est 21h30 et je quitte l'école presque déserte - encore quelques groupes de parents qui traînent, espérant happer le conférencier pour l'entretenir de leur propre conception du parenting. Je ne regrette pas d'être revenue ce soir: l'homme est un excellent orateur, maître de l'anecdote significative et de la digression qui, sans en avoir l'air, vous amène exactement à la conclusion de l'argument plus haut avancé. Typiquement américain, efficace et drôle, et - ce que j'apprécie tout particulièrement - sans soucis de prendre son audience à rebrousse-poil, malgré sa gentillesse et ses manières attentives et amicales. J'ai adoré qu'il dise à tous ces parents, pour la plupart issus de la couche sociale la plus privilégiée, l'importance de respecter les règles de l'école, même quand l'école est privée et qu'ils paient très très cher la scolarité de leurs enfants (Un certain nombre de parents pensent en effet que les règles de l'école sont flexibles à loisir en ce qui LES concerne, qu'il s'agisse de partir en famille en dehors des vacances ou d'essayer de persuader un prof de changer la note de fiston ou fifille, parce que ladite note ne fait pas joli sur le dossier pour les universités... Et il va sans dire que ce genre de parents respectent aussi peu les profs, ni plus ni moins des domestiques, que les règles de l'établissement.)
Ferme mais tellement chaleureux, il a répété quelques vérités qui dérangent un peu, il a gentiment bousculé quelques certitudes (certain(e)s n'en démordront pas: LEUR manière d'éduquer leurs enfants est évidemment supérieure), il a mis en place des concepts et des cadres que je trouve très utiles et bons à rappeler, à défaut d'être originaux.
J'avais assisté, dans l'après-midi, à sa conférence pour les profs - différent focus, il nous a parlé de la vie sociale des élèves et de son impact sur ce qui se passe dans nos classes. Je l'ai trouvé moins convaincant; mais il faut dire aussi qu'il sortait d'une heure devant tous les élèves du collège, à leur parler d'amitié, de popularité, d'exclusion et de "bullying" (existe-t-il une traduction pour ce mot?)
Ce soir, pour les parents, la question était "Comment élever des enfants responsables?" (il a lui-même immédiatement critiqué un titre si présomptueux). Tout ce qu'il dit me parle.

Je suis contente d'y être allée, même si, à 21h30, devant l'école presque déserte, avec sur mon chemin des plaques de neige un peu boueuse et le froid qui me mord le bout des doigts, je me sens soudain immensément fatiguée.
Je vais essayer de trouver le temps de lire les livres de cet homme; s'ils reflètent l'humanité et l'humour du personnage, ils ne devraient pas me décevoir.

13 comments:

Anonymous said...

Vous m'interressez
commet s'appelle cet homme et quelles sont ses pubications ?

verveine said...

Je n'en reviens pas que certains parents fassent pression pour que les notes de leurs enfants soient changées. Je dois être trop naïve... Est-ce que certains parviennent à leurs fins?

Lola said...

Je vous dirai bientôt le nom de cet homme, promis.

Verveine, j'espère que non, mais je pense que oui. La compétition pour les universités est tellement féroce que les parents sont prêts à tout pour "donner toutes ses chances à leur enfant". L'angoisse qu'ils génèrent est tout à fait toxique. Les profs se retrouvent souvent dans la position désagréable d'être le supposé obstacle entre l'université convoité et l'enfant chéri - autrement dit, directement dans la ligne de mire des parents. J'enseigne le français, matière mineure comme chacun sait, donc je ne subis pas la pression que reçoivent mes collègues d'anglais ou de math. La grande majorité, si ce n'est la totalité, d'entre eux résistent patiemment, et c'est tout à leur honneur.

Akynou said...

JE crois qu'on traduit bullying par harcèlement scolaire. Ou utilisé sans traduction.
Pour la pression des parents, et la considération que certains peuvent porter aux enseignants, il ne faut pas se voiler la face : on a la même chose ici.

Lola said...

Akynou, oui, harcèlement scolaire c'est ce qui est le plus proche de "bullying", mais ... c'est loin d'être une expression courante. Je ne l'ai que rarement entendue, tandis que le sujet du "bullying" est très fréquent chez les parents et les enseignants américains. Alors, on en fait trop de ce côté de l'Atlantique? Ou alors le "bullying" n'existe pas en France? Ou peut-être est-ce un concept que l'on tarde à reconnaître, parce qu'il est gênant et nécessiterait des mesures, des prises en charge, une remise en question des habitudes?...
Quant à la pression des parents, elle est sans commune mesure avec ce qui se passe en France - à cause du système féroce de sélection pour l'entrée à l'université.

rb said...

je viens de découvrir votre blog. Je suis en train de lire avec beaucoup de plaisir et d'émotions.
Les relations parent - école sont toujours un peu tendues surtout quand l'enfant n'a pas les résultats espérés. En tout cas c'est bien que l'école organise ce genre de conférence, je n'ai pas le souvenir qu'il y en ai eu lors de ma scolarité.

Titoune said...

Bullying, les rares fois où il est utilisé, n'est pas traduit... Ou éventuellement par harcèlement à l'école... Mais il est très peu reconnu en France (ou en Suisse... Ici on commence à peine à en parler sous le terme de mobbing scolaire -repris de l'allemand je crois, il me semble qu'ils parlent de Schulmobbing)...
Ça m'intéresse aussi d'en savoir plus sur cet homme!

Anonymous said...

Choisir un système public , dommage qu'on laiise l'école publique se votaliser alors qu'elle peut éviter ce genre d'abus et permettre une éducation pour tous.
il y a 20 ans l'école était plus performante que l'école privée. en y mettant des moyens publiques et communs on peut relever ce défi pour les prochaines générations

Akynou said...

Le harcèlement existe aussi en France. Quand il est détecté, il est traité assez efficacement. J'en ai vu plusieurs cas, dont un qui touchait ma fille Garance, parce qu'elle était rousse, et sans doute un peu plus jeune fille que les filles de sa classe, ce qui devait beaucoup gêner les deux garçons qui la poursuivaient.
L'équipe enseignante, témoin, y a mis le hola avant même que je réagisse. Parce qu'une scène a eu lieu en classe. Ça n'a pas trainé.
Ce n'est évidemment pas toujours le cas. LEs autres cas que j'ai eu à connaître, c'est parce que j'étais responsable des parents d'élèves. Là, les enseignants n'avaient pas remarqué, parce que ça ne se passait pas sous leurs yeux. Mais c'étais psychologiquement très violent, voire assez atroce. Les parents ont réussi à faire parler leur enfant, et sont venu me voir. Nous avons fait une réunion avec tout le monde, parents, enseignante, directrice de l'école, l'élève victime, et nous avons discuté pendant de longues heures de ce qu'il était le plus approprié de faire.
Le drame, c'est que souvent les enfants victimes ne parlent pas, les parents parfois débordés ne comprennent pas, ou ne cherchent pas vraiment à savoir. Et les enseignants n'y voient que du feu.
Mais je pense que si on faisait une enquête sérieuse sur le sujet, on serait malheureusement assez surpris. Donc tu as raison, ce n'est pas vraiment une cause nationale ici.
Pour la pression des parents, elle n'a pas les mêmes raisons, c'est évident. Mais les egos des uns et des autres sont parfois assez démentiels. Je le vois à l'école, je le vois aussi en sport… Et les résultats souvent dramatique pour les enfants. A Paris, il faut mettre l'enfant dans telle maternelle, parce qu'on imagine qu'il aura ainsi plus de chance d'aller dans telle primaire, et ensuite dans tel collège et dans tel lycée, etc. Parce que si tu n'a pas fait ce parcours là, tu n'a aucune chance de faire de grandes écoles, de réussir professionnellement. J'ai entendu cette litanie dès que ma première fille est entrée à l'école. Or moi, j'ai fait toute ma scolarité dans des petits établissements de province, puis de banlieue. Ça ne m'a pas empêché d'avoir des profs exceptionnels (comme Elisabeth Badinter), de réussir mes études, d'avoir un métier qui me plaît, etc. Ici, à Tours, c'est le même problème. En dehors d'un collège et d'un lycée, point de salut. LEs autres ne sont pas mauvais, mais c'est dans ces deux-là qu'il faut être. D'ailleurs, autant les écoles primaires ne sont plus scolarisés depuis très longtemps, autant les collèges et les lycées le sont toujours, à cause de cela. Et si un enfant est en échec, certains parents refusent de se demander s'il est en capacité de répondre à leur attente et le poussent, engueulent ou négocient avec l'enseignant pour obtenir une meilleure note. "Parce que ce n'est pas avec ces notes, qu'il va pouvoir rentrer à tel lycée", etc.
Et ça ne date pas d'hier :-(
Je déteste ça. Donner de l'air aux mômes, c'est important aussi. Et cette obligation d'excellence, la sanction continue de notes, certaines notations de prof (qui en plus se trouvent droles), je suis pas sûre que ça soit un système efficace.

Akynou said...

je t'avais fait un long comment, mais on me dit qu'il était trop long. Je sais pas s'il a été enregistré du coup, mais je suis trop fatiguée pour recommencer :-(

Lola said...

Merci Akynou pour ce long message (qui est passé, tu vois! :)
Il me faudrait du temps pour y répondre, et je n'en ai pas, mais je suis d'accord avec toi sur toute la ligne. Bien sûr, la pression existe dans tous les systèmes scolaires, sous des formes différentes.
Allez, c'est un autre billet en cours, dès que j'arrive à me poser pour l'écrire!

rb: bienvenida!

Akynou said...

Tiens pour continuer la discussion
http://www.charentelibre.fr/2011/01/12/l-agression-d-un-enfant-autiste-diffusee-sur-facebook,1015610.php

Lola said...

Merci Akynou pour ce lien. Cet article montre (mais qui en doutait?) que le "bullying" existe bel et bien en France, mais ce que je trouve particulièrement intéressant (pour une fois!), ce sont les réactions sous l'article qui montrent bien combien le problème est minimisé par les responsables (des établissements scolaires, des académies ...), qui font la politique de l'autruche par manque de formation et par peur de s'attaquer à un sujet si vaste et compliqué.
La manière dont on s'y prend aux Etats-Unis n'est ni "fool-proof" (il y a de multiples ratés, des enfants martyrisés par leurs pairs sans qu'aucun adulte ne s'en aperçoive, les récents suicides le montrent bien), ni parfaite (j'ai déjà parlé de la politique de tolérance zéro, qui conduit à des réactions démesurées par rapport à des incidents minimes). Mais au moins on en parle et tout le monde est en alerte.