Tuesday, April 05, 2011

Comme un mardi (27)

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Parfois on apprécie les petits soucis, les problèmes simples.

Les tennis de Dudie ont disparu de son casier de gym, il faut donc lui en acheter d'autres (après avoir remué l'école dans tous les sens pour les retrouver - je ne suis pas vraiment ravie de débourser pour une seconde paire de godasses en une seule saison, surtout qu'elles servent uniquement aux cours de sport). Mais le coach (à qui j'ai exprimé par e-mail mon mécontentement), après m'avoir assurée qu'il n'y pouvait rien (pas sa faute à lui si mon gamin s'est fait chourer ses tennis) (dans une école où les élèves laissent traîner leurs téléphones/appareils photos/ ordinateurs n'importe où sans que personne n'y touche), m'a fait une description tellement précise des chaussures qu'il fallait pour jouer au tennis qu'après avoir fait trois magasins, spécialisés soit dans le sport, soit dans les chaussures, nous étions toujours bredouilles. Parce que les tennis shoes n'ont rien à voir avec les running shoes, ou même les fitness shoes (je suis contente de le savoir).

Et donc voilà, l'après-école s'est déroulée de galeries commerciales en galeries commerciales, pour mon plus grand plaisir (ces endroits me donnent la nausée), avec deux gamins passablement fatigués et constamment en train de se chercher les puces. Arrivés à la maison (19h bien tassées), j'ai nourri les fauves (mesure nécessaire à qui souhaite bénéficier de quelques minutes de calme) et trouvé sur mon ordinateur, en trois minutes, les tennis shoes parfaitement comme il faut (le prix aussi comme il faut: $40. Je vais faire un peu durer mes chaussures à moi, parce qu'on ne peut pas tous renouveler la garde-robe de nos pieds en même temps...)

Et j'ai un peu le coeur qui pince, parce que je me dis que mon gamin a joué au tennis plusieurs jours de suite avec ses grosses godasses d'hiver (genre chaussures de randonnée) sans que personne ne lui ait rien dit. Preuve qu'une fois de plus, on ne prête guère attention à lui. Le petit maigrichon à lunettes qui court comme un pingouin ne sera jamais une star des courts de tennis - ou des terrains de foot, ou des salles d'escrime. Et pourtant il prend plaisir à pratiquer ces trois sports, messieurs les coachs. Il suffirait de l'encourager un tout petit peu, de lui donner un peu plus l'occasion de jouer, au lieu de le mettre constamment sur le banc. Ce n'est que le collège, et déjà la compétition fait rage, les coaches veulent aligner leurs meilleurs éléments, briller à travers eux. "Nous ferons notre possible pour que tous les enfants disputent un match, mais nous ne pouvons rien promettre". Les plus doués (et ceux qui prennent des leçons privées depuis des années) en disputeront plusieurs. Et les petits maigrichons qui courent comme des pingouins restent assis sur le banc.

Ah. j'avais pourtant dit que je me contentais de petits soucis, de problèmes simples, aujourd'hui. Du genre: où trouver des chaussures de tennis, taille 6, un mardi après-midi?
(La réponse, à cette question et à beaucoup d'autres est bien entendu: sur l'internet)

7 comments:

Nomie said...

J'ai moi-même en ma possession un spécimen de grand maigrichon, plutôt de la sous-famille manchot en ce qui me concerne. Cette année on a fait relâche sur les inscriptions au(x) sport(s) !!

Lola said...

Il n'a pas le choix, ça fait partie du sport à l'école - obligatoire 4 fois par semaine. Et il aime ça, c'est ce qui est terrible! Si ça ne l'intéressait pas, peu m'importerait que les coaches l'ignorent, mais il en souffre (en silence) parce qu'il aime jouer au foot et au tennis, et faire de l'escrime.

sophie said...

J'ai eu ce truc enfant, trop petite pour jouer au basket alors que mes aprents s'obstinaient à m'inscrire. J'aimais bien mais ne jouait jamais. Alors j'ai cessé de me présenter aux matchs. Marre de les passer sur les bans de touche et après plusieurs semaines ils s'en sont rendu compte et m'ont virée pour manque de motivation... Avec le recul, je me demande si les profs touchaient une prime par enfant découragé. Ici au Chili, les enfants participent aux compétitions quel que soit leur niveau. Et ils nous supplient d'y aller, dès que je sens un frémissement, je freine. Il est bien courageux ton petit oingouin, je l'admire

Nomie said...

Je vois ce que tu veux dire.. Au peu de sport (surtout foot) qu'Hugo pratique à l'école ou à la "garderie" le soir, il n'est pas rare qu'il soit choisit en dernier lors de la formation des équipes... Le fait que les adultes accentuent cette différence est vraiment odieux je trouve. Les teens sont déjà bien assez cruels entre eux.

Anonymous said...

je viens de découvrir la "sociologie" des sports collectifs (mes aînés avaient pratiqué - et pratiquent toujours - des sports individuels). Je découvre candidement que la compétition la plus rude ne se joue pas inter mais bien intra équipe(s) et que les coaches et autres entraîneurs ne sont pas pourvus de la case pédagogie (sans parler de psychologie !)et surtout, surtout il y a les parents...Ahhh ! les parents...Pour ma part, j'ai décidé de protéger mon presqu'ado de cette violence inutile...et tant pis s'il n'a pas le fameux "esprit de compétition" ! Mais il faut dire que c'est une activité extrascolaire, dite de loisir !

Otir said...

As tu vu Race to nowhere ? Pas directement sur le sujet de l'encouragement des coaches, mais je fais une association d'idées : je trouve que ça rentre dans la même logique (qui a mes yeux est vouée à l'échec, mais si cela doit se faire au détriment de nos enfants, je ne suis pas d'accord, et après tout si on peut les laisser découvrir qu'on peut sortir du système, ce n'est pas plus mal !)

Lola said...

Anonymous: oui, les parents!
Et d'ailleurs, le film Race to Nowhere, que j'ai vu, Otir, souligne bien que la pression vient de tous les côtés, y compris (et surtout?) des parents.
J'aurais beaucoup à dire sur ce film, qui est plein de défauts, mais qui a le mérite de poser de bonnes questions. Depuis que nous l'avons vu (tous les profs de l'école où je travaille), nous avons entamé une discussion sur les devoirs qui me semble très saine. Mais finalement assez insuffisante, si nous nous contentons de nous donner bonne conscience en allégeant le volume des devoirs.
La compétition est partout dans le système américain, même chez les petits, même dans les endroits où le plaisir du jeu devrait avoir la priorité.