Wednesday, January 17, 2007

Mercredi 17 janvier: Suite et fin de l'histoire (à la demande de mes 3 lectrices)

Alors le voisin ... Par où commencer?

La première fois que je les ai vus, par la fenêtre, j'ai pensé: "These people are bad news". Pourtant je ne suis pas particulièrement intuitive, je ne "sens" pas les gens (et me trompe souvent sur la vraie personnalité de ceux que je croise), mais là, "gut feeling" très très négatif.

J'ai dit à mon autre voisine, qui est devenue une amie (et a déménagé depuis): "I saw the new neighbors, they have a little girl". Elle m'a répondu avec un air d'entre deux airs: "No, I think it is a little boy". J'ai insisté: non, non, je t'assure, j'ai bien vu une petite fille d'environ 3 ou 4 ans, aux longs cheveux blonds bouclés qui lui arrivent au milieu du dos.

Hé bien, en fait, elle avait raison. Quoi, vous n'avez jamais rencontré un petit garçon à qui on n'a jamais coupé les cheveux depuis sa naissance?

Le père: beaucoup de poils gris, comme dirait l'homme de la maison, c'est à dire une longue barbe grise et filandreuse et des cheveux pareils, attachés en queue de cheval. Un air de soixante-huitard attardé, que n'a pas tardé à confirmer nos premières conversations. Ce type a lu énormément, en français ou en anglais, alors forcément, il avait l'air plutôt content d'être tombé sur des littéraires (nous). Et pourtant, l'une des premières choses qu'il nous ait dite, c'est qu'il ne sortait jamais ("I haven't gone out since 1968", tiens, qu'est-ce que je disais...), qu'il voyait le moins de monde possible, qu'il préférait les livres aux gens ... Ah?... Comme premier contact, ça se pose là.

Mais il nous a flairés et rapidement branchés littérature. Pour donner une idée du personnage, il est fasciné par les écrivains d'extrême droite antisémites français de l'entre-deux guerres. Il a tout lu, il trouve ça extraordinaire. Lui-même étant issu d'une famille juive (richissime, selon ses dires, mais il aurait été déshérité par son père parce qu'il s'est enfui en Europe au lieu d'aller à l'université, ou parce qu'il était anarchiste, ou quelque chose dans le genre), je trouve cette fascination pour le moins malsaine.

Autre signe particulier: il a travaillé deux ans dans sa vie. En tout et pour tout. C'est le grand qui lui a posé la question, l'année dernière (et, en bon paranoïaque, il a répondu: "Je vois de quoi parlent tes parents ...", ce en quoi il se trompait). Le reste du temps? Selon lui, il lit, selon sa femme, c'est un écrivain "free-lance". A propos de femmes, il en a eu au moins 3 (pourquoi m'a-t-il raconté autant de sa vie, quand je ne lui demandais absolument rien?), et j'en ai déduis que c'est de là que provenaient ses revenus. La dernière qu'il s'est trouvé ... est ma collègue, et je n'en dirai rien.

Anyway.

Je passe sur bien des épisodes désagréables, bien des heurts à cause du bruit. Nous vivons au-dessus d'eux, la maison est très mal insonorisée, et le fait de simplement marcher produit un bruit impressionnant. Depuis que nous habitons ici (depuis 18 mois), nous passons notre temps à dire aux garçons: ne courez pas, ne sautez pas! Je devrais enregistrer une cassette et la leur passer en boucle. Ils essaient, mais c'est plus fort qu'eux, ils oublient ... Comme dit mon oncle, le sautillement est le mode de déplacement naturel des enfants. Alors ils sont envoyés au coin, et se demandent pourquoi le gamin d'en-dessous, lui, a le droit de courir-sauter-crier (on l'entend très bien), alors qu'eux se font punir. Mais c'est terminé, j'ai arrêté me casser la tête pour le bien-être de ces gens, dans la mesure où les garçons restent raisonnables, pas question de jouer à sauter du lit superposé (ils ont essayé, j'ai cru que la maison s'effondrait). Il ne faut pas exagérer.

Bref (je voudrais faire court ...), cette femme est enceinte (elle a 40 ans, lui 60, passons), et elle ne veut pas que mon homme fume sur le parking devant la maison (il ne fume jamais à l'intérieur, par courtoisie et parce que sinon je piquerais une crise). Il avait l'habitude de griller sa cigarette à une quinzaine de mètres de la maison, mais ce n'est pas assez loin pour elle, surtout qu'elle est enceinte, blablabla. Plutôt conciliant, le fumeur accepte de s'éloigner sur l'herbe (alors que rien ne l'y oblige).

Et le 2 janvier, alors qu'il finit sa clope à la limite de l'herbe et du parking (à 20 bons mètre de la maison), le voisin arrive en voiture, se gare, sort en trombe de sa bagnole, s'avance sur lui et commence à le menacer. "If I catch you smoking here again, I am going to put you in the hospital, I am going to beat the shit out of you, I am going to kick your ass in front of your kids. You can call the police, I don't care, when I get out, I'll find you ..." Etc., etc. Rien de ce qu'a pu répondre mon mari (qui est resté remarquablement zen) ne l'a calmé. De menaces en imprécations, il a fini par rentrer chez lui.

J'en ai été malade. Ce type est fou et violent, j'en ai des preuves, mais c'était la première fois qu'il nous menaçait directement. Le lendemain, j'ai tremblé toute la journée, sans pouvoir m'arrêter, un froid incontrôlable. Peur pour moi, pour mon homme, mes enfants. Une peur viscérale, comme si mon corps en savait plus que moi.

Depuis, j'en ai beaucoup parlé, je me suis calmée, raisonnée, mais nous avons décidé de partir d'ici. Décision lourde de conséquences, et je ne sors pas des complications qui s'ensuivent ... En attendant, nous nous enfermons à clé (ce que nous ne faisions jamais auparavant), nous l'évitons, l'homme de la maison fume loin dans le jardin et je n'adresse plus la parole ou le moindre regard à ma collègue (dont le bureau touche le mien, pratique ...)

Voilà la fin de l'histoire, trop longue et pourtant considérablement abrégée.

Ah, j'oubliais. Nous ne savons pas si cet homme possède une arme. Lorsque mon mari a demandé à sa femme, il y a quelques mois, s'il avait un flingue chez lui, elle a répondu "I don't know ..."

Pour moi, ce n'est pas une bonne réponse.

8 comments:

Christie said...

brr.. c'est con, elle avait l'air sympa votre maison..

plus que le flingue, je déteste les gens qui vous prêtent de mauvaises intentions. Qui, quand il y a un doute, choisissent la possibilité qui condamne. Ces gens-là, je les fuis comme la peste

Anonymous said...

aaargh !
déjà, les voisins désagréables, on s'en passerait...
mais alors si en plus ils font peur !

Lola said...

Oui, on ne pouvait rêver mieux comme logement. Un très bel appartement (mais pas très grand), avec un immense jardin, tout près de mon école et pas loin de celle des enfants ... Parfois, la rage me prend à l'idée que ces gens nous forcent à partir et qu'ils vont rester, eux. Dans ces moments-là, je suis décidée à ne pas bouger, à résister, à ne pas céder à la peur et à la menace. Et puis, il se passe un truc minime, quelqu'un sonne à la porte et j'ai le coeur qui s'affole, je deviens livide, ou un copain des garçons vient jouer et il saute partout (n'a pas été dressé à marcher tout doucement, lui ...) et je suis au supplice, etc. Est-ce que ça vaut la peine de se bousiller la vie, de vivre dans le stress constant, de ne plus oser laisser les garçons jouer seuls dehors, juste pour "leur montrer"?...

Christie said...

hmm.. en même temps, ça a l'air d'un pb récurrent chez vous, les voisins.. y'a p'têt un os qui achoppe particulièrement chez vous, un os à ne pas laisser pourrir à vie car sinon vous seriez condamnée à changer tout le temps d'appart..

enfin, c'est ce que votre note précédente laisse entrevoir

y'a les gens qui sympatisent tout le temps avec leurs voisins

les gens avec qui c'est l'indifférence (moi)

et vous, c'est plus ennuyeux si vous attirez les psychotiques.

Enfin, je dis peut-être des conneries..

Lola said...

Hé, vous allez me jinxer, en me promettant de voisinner à vie avec des dérangés! Au moment où (enfin! soupire mon Américain de mari) je consens à considérer l'achat d'une maison ...
En fait, j'ai eu aussi des expériences très positives, dont je n'ai pas parlé dans le message précédent, parce que ce n'était pas le sujet. Rue Saint Charles, une fois le boucher parti, c'était le bonheur, la vie communautaire entre le 1er et le 5e, il faudrait que je raconte ça ...

Christie said...

ah ben oui, comme cela on arrêterait de faire de la psy de cuisine.. ça ne doit pas être facile, de se décider à acheter une maison aussi loin de la terre de ses ancêtre..

Anonymous said...

Je comprends très bien la colère de devoir partir alors que les emmerdeurs, eux, restent - de quel droit? - mais pour avoir vu quelqu'un de proche se détruire petit à petit pour ne surtout pas céder, je me dis que parfois la sagesse est de partir le plus vite possible pour sauver sa peau... Bon courage pour les choix à faire!

Anonymous said...

Encore moi, je suis effectivement une grande bavarde... Nous avons achete une maison il y a un an ici a Auckland. Mais nous prevoyons deja de la vendre dans 2 ans donc un achat de maison peut etre considere comme une chose TEMPORAIRE, surtout dans les pays anglo-saxons alors qu'en France on achete encore souvent une maison pour la vie et nous sommes donc dans un schema culturel different. Je comprends tout a fait toutes les raisons contre (moi aussi j'ai eu du mal a me decider mais dans ma tete c'est comme si je payais un gros loyer...). Nous aussi on a des voisins inquietants, violents et extremement bruyants (pas plus de 4h de sommeil en 48h le weekend dernier) et meme si nous avons entame toutes les demarches pour qu'ils partent, ce sera definitevement eux ou nous, je refuse de me laisser pourrir la vie comme ca. Demenagez-vite, etre bien chez soi c'est tellement important. Tiens-nous au courant Lola.