Friday, February 16, 2007

Jeudi 16 février: Marche arrière


Il y a une semaine, dix jours peut-être, il m'a dit dans la voiture: Non, nous n'irons pas en France cet été. Impossible. Pas d'argent. Si nous n'avons pas trouvé la maison (LA maison), il faudra chercher. Et si nous l'avons trouvée, nous n'aurons plus un sou en poche. Et puis, nous y sommes allés à Noël, tu y retournes en mars, faut pas exagérer.

Et là toutes mes locomotives ont renversé la vapeur. Machine arrière, toute! Je ne peux pas supporter l'idée de ne pas rentrer pendant l'été. Je ne peux pas. Il ne me croit pas, bien sûr, quand je lui dis que c'était la condition sine qua non de notre départ pour les Etats-Unis. Il est catégorique: Je n'ai jamais passé un tel marché. Je ne le suis pas moins: J'ai besoin d'aller en France pour l'été. Je ne peux pas, je ne peux pas vivre sans. Nous sommes aussi butés l'un que l'autre. Je suis une capricieuse et c'est un monstre insensible. Nous nous crachons notre venin.

Je repense aux 6 ans que nous avons passé à Paris, durant lesquels nous ne sommes allés qu'une seule fois aux Etats-Unis, au tout début. Il n'avait pas l'air d'être malheureux, son pays ne semblait pas lui manquer. Je repense à l'été 2005, l'été où nous avons quitté Memphis. Le déménagement a dévoré nos maigres économies, cette année-là. Et je n'arrivais pas à accepter l'idée de renoncer à notre voyage en France. Irréconciliables: d'une part la certitude que nos comptes en banque étaient à sec, d'autre part la nécessité absolue de partir. On ne raisonne pas avec une nécessité absolue, un besoin physique. Lui me présentait des arguments raisonnables. Je n'avais que des réponses viscérales: Je ne peux pas, je dois, j'ai besoin, il faut. Mon père a court-circuité l'affrontement, en nous payant les billets. Lui est resté, je suis partie avec les enfants.
Et cette année?

Machine arrière, donc. Je ne veux plus entendre parler de cette maison. Je ne veux pas sacrifier l'essentiel. Je peux me passer de fringues, de livres, de CD, de sorties (de toutes façons, je consomme si peu de tout cela en ce moment). Je peux réduire mes dépenses-enfants (mon point faible, côté porte-monnaie). Je peux arrêter d'acheter des Pim's et des Petits Ecoliers à prix d'or chez Wegmans, et me passer de fromage français. J'aurais un peu plus de mal pour le vin, mais je peux aussi décider de diminuer les occasions d'ouvrir une bouteille (et puis, s'il n'y a plus de fromage pour aller avec ...) Je peux laisser tomber la lessive bio (mon petit geste à moi pour l'environnement), deux fois plus chère que la lessive normale.
Mais je ne peux pas me passer de rentrer chez moi pendant l'été. Non.

Même les enfants s'y mettent: Maman, on ira l'année d'après. L'année d'après?
Non. Je suis un bloc de négation.

5 comments:

Anonymous said...

C'est fou comme tous tes messages me parlent, Lola. Celui-ci encore plus que tout autre. J'ai vécu la même chose lorsque nous sommes partis en Italie. Et donc par définition plus facile de rentrer en Belgique plus régulièrement. Mais je ressentais ce besoin toutes les six semaines. C'était viscéral. Et lui non plus ne comprenait pas ce besoin et ne le ressentait pas plus. Et aujourd'hui, ma soeur "suisse" vit les mêmes déchirements. Elle veut rentrer régulièrement, il ne veut pas et le lui refuse également. C'est curieux ce besoin que nous avons, nous les femmes, de ne rien vouloir perdre, ne rien lâcher, ne fermer aucune porte....

Anonymous said...

Bonjour Lola, j'arrive ici pour la 1ere fois via Christie. J'habite en Nouvelle Zelande, et comme ton post me touche! Nous on rentre aussi tous les etes mais c'est dur de payer les billets d'avion pour faire le tour entier de la terre...mais depuis que j'ai un enfant, ce besoin est encore plus fort. Mon conjoint est francais donc ca facilite la decision mais pas les finances...J'espere qu'une bonnee fee viendra deposer ces fameux billets sur ton oreiller. xxMaurine

Anonymous said...

Du coup je viens de passer presqu'une heure a lire ton blog - et ton autre blog aussi. J'ai l'impression d'etre rentree un petit peu dans ta vie mais bien sur je n'en vois qu'un petit bout. Tes mots me touchent beaucoup. Une question me brule les levres cependant: pourquoi parles-tu de Paolo en citant son prenom et pas celui de son grand-frere? Vu de l'exterieur, on a l'impression qu'il est beaucoup moins present que Paolo dans tes pensees intimes et beaucoup moins proche de toi... J'espere que tu ne t'offusqueras pas de cette remarque, elle n'engage que ma propre interpretation de tes mots.

Lola said...

Ah Maurine du-bout-du-monde, où est passé ton blog? Est-ce ton petit bout (il/elle est né/e? Quand?) qui t'a éloignée de ton activité bloguesque? Je te pose la question, mais en fait, je comprends très bien que tu n'aies plus envie de partager avec le monde entier des moments, des pensées, des sentiments qui sont si terriblement intimes: lorsqu'on a un bébé, un premier bébé, le monde se resserre autour de lui (d'elle?) et on ne veut plus rien donner aux autres. On devient terriblement protecteur de son bonheur.
Je ne m'offusque pas du tout de ta question, tu as en fait mis le doigt sur mon interrogation autour de mon activité de blogueuse (très intermittente, vue mon manque de temps ...) J'ai tellement à dire à ce sujet que je crois que je vais écrire un billet dessus, plutôt que prolonger indéfiniment mon commentaire. Mais je suis très sensible à ton attention à ce détail qui peut passer tellement bien inaperçu: comment s'appelle mon fils aîné? (Christie le sait, mais elle est en vacances ...)

Myosotis, tu as vécu en Italie, quelle chance! Un de mes rêves, ça! (probablement jamais réalisé ...)
Et, oui, je suis d'accord avec toi, nous sommes celles qui emportons, collée à la semelle de nos souliers, un peu de notre terre natale. Elle est aimantée, cette poussière si légère, elle remet encore et encore nos chaussures dans la direction du retour ... Ni d'ici, ni là-bas, mais entre les deux. Nous sommes, exilées, toujours sur le chemin. Mais au moins nous allons quelque part!

Anonymous said...

C'est beau, ce que vous écrivez.. moi j'aurais besoin d'ailleurs, et je n'imagine pas ne pas pouvoir retourner chez moi, ici..