Tuesday, February 20, 2007

Mardi 20 février: Mettre un nom sur un visage

[Les garçons en octobre 2005. Ils ont grandi, depuis ...]

J'ai découvert le monde des blogs par Christie. Irruption soudaine d'une vie dans ma vie. J'ai accroché tout de suite. Tellement à lire, tellement à voir! Je ne voulais pas m'arrêter. J'adore qu'on me raconte des histoires (c'est peut-être ce que j'aime le plus au monde), et sa voix est de celles qui m'arrêtent, me touchent, me font tout poser pour écouter. J'ai mis longtemps à me persuader que je voyais bien des photos de ses filles, de ses vraies filles, que leurs vrais noms étaient bien Chimène et Alma. Ma première réaction a été: mais elle est folle! N'importe qui a accès à ces informations, n'importe qui a accès à sa famille, sa vie privée? Mais il faut qu'elle se protège!
Peut-être était-ce parce que depuis deux ans je vivais dans un monde où les "cyber-prédateurs" étaient devenus la plus grande terreur des parents d'élèves, dans l'école où je travaillais. Déformation professionnelle? Ou déformation tout court (une obsession: protéger, protéger, protéger ...)?

J'en suis venue à mon propre blog par Christie, grâce à ses encouragements, et aussi pour combler (illusoirement?) la grande solitude dans laquelle j'étais alors drapée. Personne autour de moi à qui parler (surtout dans ma langue), à qui parler vraiment. Famine de copines.
Mais toujours cette peur, de dire qui je suis, où je vis, de montrer mes enfants (Ah, et pourtant ce n'est pas l'envie qui me manque, de les montrer, les exhiber, les faire parader!), de dire leurs noms. Peur ni vraiment raisonnée, ni vraiment absurde. Les mettre à la disposition du World Wide Web, je ne peux m'y resoudre. En fait, j'aimerais créer un petit cercle, restreint, sécurisant, dont seraient exclus les voyeurs de tous ordres. Irréalisable? Certes, mais demander l'impossible et bouder quand je ne l'obtiens pas est un de mes traits de caractère les plus constants (voir les billets d'avion pour la France ...)

Paolo n'est pas le vrai nom de mon fils cadet, c'est le nom qu'il aurait pu avoir (et qui lui correspond bien). C'est le nom que je lui donne parfois. Mais l'aîné ... Je n'arrive pas à lui inventer un autre nom que le sien. Je l'appelle le grand par défaut, par impossibilité de le nommer autrement que par son nom, celui que nous lui avons donné le jour de mai où il est né, il y a huit ans et demi de cela. Il est qui il est, et je ne peux me résoudre à lui mettre un masque.

La vérité, bien sûr, a de multiples jupons superposés, et en lever un ne garantit pas de tout savoir.
Mon homme, l'homme de la famille, J., ne sait rien de ce blog, et s'y opposerait probablement farouchement. Il ne supporterait pas que des photos de ses enfants circulent sur le WWW. Et le grand, l'aîné, est tellement connecté à son père, tellement relié à lui par une multitude de fils invisibles et indestructibles, qu'il m'est difficile de parler de lui. Mon Paolo est plus accessible, il est celui qui est attaché à moi par toutes les fibres de son être, je parle de lui aussi facilement que je parle de moi. Mais évoquer mon fils aîné me donne toujours l'impression de violer son intimité, de le déposséder, sans qu'il le sache, de sa vie propre. Parce que je ressens la même chose vis-à-vis de son père.

[Un matin gris de mars, au café en face de la Pyramide du Louvre:
- Vous devriez commencer un blog.
-
Oh, je ne pourrais pas. Je ne pourrais pas parler de mes enfants sans parler de leur père. Et ça ... Non, ça, ce n'est pas possible.]

Bon, j'ai passé outre. Mais je n'ai pas mis un nom sur le visage de mon grand garçon. Et je ne le montre pas beaucoup non plus ...


6 comments:

Anonymous said...

Lola, moi aussi je suis "née" aux blogs par Christie. C'est ma soeur qui l'a découverte la première et quand je l'ai découverte, j'ai, comme toi, été tout de suite touchée par ce qu'elle écrivait et comme toi, j'adore suivre sa vie dans son quotidien tout simple de femme qui vit exactement les mêmes trucs que vivent des milliers de femme, les mêmes angoisses, les mêmes plaisirs, les mêmes désirs. Et elle m'a tout de suite donné l'envie de créer mon propre blog. Réaliser enfin cette envie de coucher sur la toile tout ce que je pense mais ne dit pas, assouvir ce désir d'écriture qui me taraudait depuis si longtemps.
J'ai moins que toi de réticence à y ajouter des photos. Plus confiante peut-être.

Par contre, j'aurais beaucoup de difficultés à ne pas pouvoir partager ce blog avec l'Homme. Et je peux penser que tu ne dois pas vivre cela si facilement. Enfin, peut-être que si, finalement. C'est moi qui ai beaucoup de difficultés à garder un jardin secret de lui.

N said...

Je suis tombée sur ton blog qui se trouvait parmi les liens de Christie... Elle même trouvée par hasard.
J'aime bcp ta façon d'écrire...
C'est drôle, qd je te lis, je me revois lorsque je vivais en Angleterre. Cette même tristesse/nostalgie pas vraiment exprimée mais qui parfois transparaît.
En ce qui concerne la St Valentin... C'est pareil en Grande-Bretagne et en Irlande, on écrit une petite carte à ceux qu'on aime, mais chez eux je n'ai pas souvenir que ça pousse aussi loin qu'aux US!

Anonymous said...

Merci Lola.

PS Moi aussi mon homme ne savait pas que j'avais un blog. C'etait un peu comme mon seul jardin secret et aussi probablement une facon de partager comme toi des choses que je ne peux partager avec mes copines d'ici ni avec celles d'avant...

Lola said...

Myosotis, tes enfants sont plus grands que les miens ... Peut-être serai-je moins craintive lorsque mes garçons auront dépassé l'enfance et seront en mesure de mettre eux-mêmes leurs photos sur la toile. Ou peut-être pas, je ne sais pas.
Quant à partager l'espace secret de mon blog avec l'homme de la maison, c'est inenvisageable. Il serait à fond contre. Je redoute qu'il le découvre par accident ...

Comme tu dis si bien, Maurine, cet espace privé est celui de l'entre-deux, entre ici et là-bas. J'ai eu du mal, en changeant de lieu tant de fois dans les dix dernières années, à me constituer un cercle d'amis. D'ici et de là-bas, ne demeurent que les plus fidèles, les plus attachés, les plus attachants. Mais le cercle, la ronde qui permet les échanges, les grandes fêtes, les sorties en bande, connais pas. Alors je m'invente un petit domaine secret que je peuple petit à petit de voix qui me deviennent familières ... les vôtres!

Pas de hasard, Nathalie, si ma voix a pour toi des accents connus: la tonalité des exilés, sans doute! En tous cas, bienvenue ici,et merci de ton petit mot gentil.

N said...

Merci... :)

Anonymous said...

c fou je realise a quel point Christie a crée qlq addicted (honte à toi Christie!!) en tout cas je fais partie de ceux qui ont decouvert l'univers des blogs apres la decouverte du sien. Le tien je le lis depuis qlq semaines maintenant et j'm bcp ton ecriture . Je suis tres intriguée par le secret avec ton mari car j'ai moi meme essayé de faire un blog qlq temps sans le lui dire et j'ai fini par craquer tres tres vite, en fait ça m'enervait qu'il ne vienne pas lire. Bon en meme temps j'ai tres vite laché l'affaire question blog j'arrivais pas a trouver de l'inspiration chaque jour (je vous envie et vous admire toutes celles qui y arrivent).
Ah et puis pour l'anecdote du coup mon mari a crée le sien (qui n'a pas duré non plus...)