Thursday, April 12, 2007

Quelque chose à dire


Je reviens de la gare. Je n'ai pas beaucoup de temps, pas beaucoup de patience non plus, ni pour moi, ni pour les pensées encombrantes qui se bousculent derrière mes fenêtres closes. Dehors, c'est encore l'hiver, tapissé de gris et hérissé de branches désolées. J'ai quelque chose dans la gorge, une poussière, un brin d'herbe, qui ne passe pas, ne part pas, m'irrite et me gêne.

Pourquoi ne pas simplement dire "Merci"? Elle m'a donné 10 jours de ses vacances pour garder mes enfants (et aussi des CD, des DVD, une boîte de foie gras, 2 paquets de tisane, une bouteille de Sainte-Croix du Mont, et j'en oublie sûrement encore. Sa valise était pleine de cadeaux pour moi et les garçons). Je ne sais pas, ne peux pas dire simplement merci à ma mère. Je dois avoir beaucoup à lui faire payer pour être ainsi paralysée dans ma reconnaissance. Elle a cuisiné toute la semaine, s'est occupée des garçons, nous a invités au restau, a passé l'aspirateur et fait plein de lessives. Et j'ai fait la tête, me suis plainte de ma fatigue, l'ai rembarrée plus d'une fois. Elle m'a reprochée d'être désagréable, et elle a eu raison. Je m'en veux, je regrette, mais pourquoi ne puis-je décrocher mon téléphone pour le lui dire?


10 comments:

Anonymous said...

Je crois que nous portons tellement, nous les femmes; que nous nous déchargeons beaucoup sur nos parents

ça me semble normal... de les laisser faire, de leur faire la gueule, de redevenir ados auprès d'eux (c'est si dur d'être adulte à plein temps)

j'ai passé un week-end au ski avec maman, et un soir elle s'est plainte de ce que je ne prenais aucune initiative ; un peu plus tard je suis allée la voir en lui expliquant tout ça, que j'avais besoin de décompresser auprès d'elle, et je l'ai remerciée de me laisser être ainsi, sa grande fille boudeuse et chiante (moi qui à la maison "dois" être gaie et active..)

ça lui a fait du bien que je le reconnaisse.. et ça m'a fait du bien de poser des mots sur mes attitudes

Jmebalade said...

Je me permets de poser pour la première fois quelques mots ici car votre situation me rappelle beaucoup la mienne. Dans ma famille, les sentiments ne s'expriment pas facilement, et ce depuis toujours. Du coup je suis une vraie handicapée de la parole lorsqu'il faut dire un "je pense à toi", un "merci pour ce que tu as fait" et encore plus un "je t'aime".
Mais depuis quelques temps, j'ai trouvé la parade : j'écris. Un mail, une lettre, un sms... Et ca marche !
Peut-être pourriez-vous donc lui écrire aussi ce que vous ne pouvez dire ?

Lola said...

Je redeviens, c'est sûr, adolescente boudeuse et insatisfaite avec elle - comme vous, Christie: c'est la seule avec qui je puisse me permettre d'être ronchon, voire ingrate.
Toute la rancoeur de ces années-là, qui n'est pas sortie au moment de l'adolescence, ressurgit maintenant. Ce qui est étrange, c'est que je ne peux pas exliquer pourquoi maintenant. Nous nous entendions bien, nous pouvions sans problème passer du temps ensemble sans nous chamailler jusqu'à ... l'année dernière, il me semble. Depuis, il nous est difficile de passer plus de 4 jours ensemble sans prise de bec et irritation réciproque. Parfois je me demande comment fait ma soeur pour la supporter ... Et pourtant elle est plus que supportable!
Ecrire, oui, ce serait la seule solution, parce que je ne peux vraiment pas lui dire en direct ce que j'ai sur le coeur.
Il ne me reste qu'à me mettre devant ma feuille blanche, prendre mon stylo, me lancer... Pas évident. Mais merci Claire de votre suggestion.

Anonymous said...

C'est chouette, une lettre.. en plus c'est pratique, vous avez déjà écrit toutes les idées dans votr enote !

Anonymous said...

Oh que je te comprends Christie et Lola car dans mon quotidien, seule avec mes trois garçons, je suis bien obligée d'assurer comme un chef car tous compte sur moi. Alors quand je rentre au bercail je redeviens une jeune fille insouciente et me fait peser de tout mon poids sur ma maman chérie. Comme Christie je lui ai parlé et maintenant elle comprends un peut mieux mon ingratitude. En contrepartie je l'écoute me raconter sa solitude de vieille dame et je lui achete des rosiers sa nouvelle passion. Alors n'hésites pas à lui parler ta maman à l'air si bienveillante elle ne mérite pas de rester sans explications.

Anonymous said...

je me retrouve bcp ds vos plaintes et votre "sale caractère" exprimé avec votre mère ou il y a qlq temps, à votre retour, avec votre mai. C bizarre ce besoin de râler, de n'être jamais satisfaite. Mais comme moi vous vous en rendez compte alors c deja un petit pas, vous devriez effectivement écrire ce qui vous gratte la gorge pour ne pas trop blesser. Cela fait 3 ans (à la naissance de mon 2° enfant) que j'etais comme ça, en tt cas plus qu'avant, ronchon, colereuse, presque aigrie avec mes parents, mon homme aussi, et j'ai essayé de comprendre, ça va mieux tout doucement, je fais moins payer aux autres en tt cas.
bon courage à vous ..

Lola said...

Je n'ai toujours pas écrit ma lettre... Mais je la mûrit doucement dans ma tête.

Anonymous said...

oui j'ai eu la meme chose quand mes parents sont venus passer 6 semaines ici en janvier/fevrier dernier. Ma maman faisait les lessives, les courses, le diner, s'occupait de mon bout de chou toute la journee et un soir ou je ralais sur tout, elle m'a sechement dit qu'il fallait que j'arrete d'etre "penible". Sur le coup je me suis sentie comme une ado (j'avais envie d'aller dans ma chambre en claquant la porte!) mais je crois que je ne l'ai pas assez remerciee pour ces 6 semaines d'oxygene... Peut-etre pourras-tu nous faire lire ta lettre Lola (ou une version edulcoree), ca nous servira peut-etre a toutes ;-)

Anonymous said...

Tellement vrai tout ça...
Moi aussi, les relations avec maman ne sont plus aussi douces et fusionnelles qu'il y a peu. Et pour cause... j'en veux quelque part à maman de m'avoir entraîné dans sa matrice idéalisée, de m'avoir attiré dans le monde des femmes qui dépendent de leur homme et de leurs enfants et n'ont pas de projet pour elles autre que celui de répondre au désir de l'autre.
Aujourd'hui j'essaye de me séparer de ce cocon, de créer ma propre identité de femme. Et je sens que c'est dur pour maman que mes choix ne soient plus les mêmes que les siens. Parmi ses 7 enfants, j'étais celle qui lui ressemblait le plus, celle qui avait plein d'enfants, qui ne travaillait pas, qui était donnée aux autres comme elle... et moi je m'identifiais bc trop à elle.
Aujourd'hui, son désir de m'aider et de me soutenir est à double tranchant et je ne sais jamais comment l'accepter sans retourner dans une sorte de fusion. J'ai besoin de me décoloniser de ma mère et cela passe par une certaine agressivité. Et pourtant quand je me niche dans ses bras, c'est si doux, si doux...

Lola said...

L'agressivité comme mode de séparation. Ne plus être son reflet pour devenir soi-même. Thèmes récurrents.
J'ai plusieurs livres sur le rapport mère-fille sur mes étagères. Oserai-je dire que je ne les ai jamais ouverts?