Monday, April 16, 2007

Tristesse

Il pleut sans discontinuer. Une pluie violente, bourrasques d'eau froide, vent glacé, ciel en deuil.

Ma mère a passé le week-end avec ses frères et soeurs, à ranger, à trier, à distribuer (une fois de plus) tout ce qui reste dans la maison de leurs grands-parents. Un siècle entassé là.
Ma grand-mère nous a quittés (ce n'est pas un cliché, c'est vraiment ce que je ressens: elle nous a laissés, désamparés) il y a presque deux ans, et ses sept enfants n'en finissent pas de se réunir pour entrer en désaccord. Cette fois, il est question de torchons qui ont disparu.
On s'en fout, des torchons, on s'en fout et contrefout, ce ne sont que des chiffons qui s'useront et disparaîtront! Mais qu'y a-t-il, caché dans les noeuds de ces torchons, qui vient sournoisement mettre à mal des années de bonne entente, des vacances partagées, des complicités établies?
Tout se délite, se défait. J'ai passé toute mon enfance entre oncles et tantes, mes cousines étaient mes soeurs, la famille mon refuge. Et voilà que tout fout le camp. L'aigreur, le ressentiment, la rancune règnent en maîtres. De maladresses en cachotteries, les relations se tendent. A coups d'e-mails revanchards, règlements de compte dans le cyber-space, ils se déchirent. Je suis sûre qu'ils ont pleuré hier soir. Tous, tous les sept enfants de ma grand-mère. Et pourtant, je ne pensais pas que ça pouvait nous arriver, à nous, si unis. Non, pas à nous.

Il n'est même pas question d'argent. Ce qui se paye ici, c'est autre chose.


3 comments:

Anonymous said...

Tiens tiens, les torchons.. Torchons et mouchoirs, c'est ce que j'avais demandé à Maman de me ramener de chez sa mère ; j'aime bien garder les vieux bouts de tissus, essuyer ma vaisselle et mon nez avec les étoffes ancestralles. Ben elle n'a pas été fichue de mettre la main dessus - et ne sait pas où ils ont disparu !

Qui, mais qui en veut aux torchons ?

Lola said...

En fait, nous voudrions tous nous en laver les mains, de ces histoires de famille. Mais nous ne pouvons pas... faute de torchons!
Voilà pourquoi ils disparaissent, parce que nous traînons nos rancoeurs et nos comptes pas (ou mal) réglés, et nous n'arrivons pas à nous en débarrasser une fois pour toutes! Essuyer nos mains et nos coeurs froissés aux torchons du pardon, de l'oubli, de la juste mesure des choses.
Peut-être ressortiront-ils d'un placard, une génération ou deux plus tard ... ou pas.

Anonymous said...

Quels jolis commentaires pleins d'humour ! Par contre, quel triste triste message. J'ai tellement peur moi aussi que le jour où mes parents s'en iront, nous nous disputions, nous qui nous entendons si bien.
Et c'est si vrai que c'est un scenario qui se répète si souvent....