Thursday, February 07, 2008

Nine daughters

.Je vous ai menti, quand je me suis lamentée (tout haut ou tout bas, je ne m'en souviens plus) de ne pas avoir de fille. En fait, j'ai des filles. Neuf, cette année. Toutes adolescentes (ce qui fait que parfois je me réjouis de les rendre à leurs autres parents à la fin de l'après-midi).

Ce sont mes petites chéries, mes protégées, mes advisees. Dans ce système scolaire où le concept de classe n'est pas du tout le même qu'en France (la "classe", c'est l'ensemble des élèves d'une même année. Par exemple, la classe 2008, ce sont les terminales, cette année, ceux qui quitteront le lycée en 2008), il n'y a pas de professeur principal. Le "Dean" de la classe s'occupe de la discipline, de tout ce qui est administratif, des gros problèmes et des regroupements hebdomadaires (Class meeting). Mais il lui est impossible d'avoir une relation proche avec les quelques 95 élèves de sa classe. Alors, à chaque élève est attribué un "advisor", sorte de tuteur, conseiller, agent de liaison avec la famille, avocat au besoin, négociateur à l'occasion, parent de substitution de temps en temps... A partir de la deuxième année de lycée, l'élève peut choisir son advisor.

J'ai commencé avec 4, l'année dernière j'en avais 6 et cette année je me retrouve avec 9 filles. Elles insistent pour maintenir la non-mixité dans le groupe (et j'avoue que ça me va bien). Les petites nouvelles, cette année, ont un peu de mal à s'intégrer, tant la petite bande compte de fortes personnalités. Mais, peu à peu, elles se font une place.
J'adore mes filles (ce qui n'exclut pas l'agacement, parfois). A l'exception d'une seule qui fait de l'espagnol, elles parlent toutes français (plus ou moins bien), ce qui me permet de passer d'une langue à l'autre, j'adore ça (elles aussi). Chaque mardi, après le déjeuner, nous avons advisory, notre réunion hebdomadaire, qui nous met toutes de bonne humeur. Nous fermons la porte de ma salle de classe, et je les laisse parler, de leurs cours, leurs profs ("Mais non, cette prof ne te déteste pas, d'ailleurs, je te l'ai déjà dit, les profs n'ont ni le temps ni l'énergie de détester leurs élèves!"), de leurs notes, leurs brouilles, leurs copains... Mais aussi de leur vie en dehors de l'école, la famille, les activités du week-end, tout ce pan qui m'échappe alors que j'ai l'impression de les connaître si bien.

Nous avons une "conférence" sur notre système de e-mail, qui nous permet de poster des messages lus par nous seulement. Hier soir, parce que nous n'avions pas envie de travailler, parce que certaines d'entre elles venaient de recevoir des notes horribles à leur contrôle de chimie (un des cours les plus difficiles de l'école), parce que nous avions besoin de resserrer nos liens, nous avons commencé une longue conversation par e-mail. L'une répondant à l'autre, nos messages se sont enchaînés... et nous avons échangé 98 e-mails. Je sais, c'est ridicule, je n'ai pas du tout travaillé, mais j'ai bien rigolé.
Tout avait commencé par les lamentations de l'une d'elles, clamant que ses parents allaient la renier (suite à son carton en chimie). Je me suis fendue d'une petite leçon sur "Comment Faire Passer Une Mauvaise Note Inaperçue", que voici:

I have THE SOLUTION. Philosophy.

Here what you are going to do: You come home looking elated, and you tell your parents you attended an extraordinary class : a Philosophy class. In this class, you learned how to detach from material contigences (is it an English word? K.?), and you are now living in the realm of pure spirituality. You tell them that you have to practise finding the right perspective to look at things and you ask them if they want to practise with you. The first exercise is to focus on something that usually makes you upset and to force yourself to smile. Then you have to consider how unimportant this small annoyance will be in 5 years from now... Ask them if they are ready to "look at things from above" and to "put things in perspective"... and then tell them your grade. And admire how they are able to be detached from non-essential things. Am I a genius, or what?

Bon, elles ont trouvé que c'était de fort bons conseils, mais il se trouve qu'aucun de leurs parents n'est très versé philosophie. Dommage.

my parents i dont think are to much of a fan of philosophy. its more like (from my eyes) there is only one way to do things and if you dont do it that way you're just messing everything up

Ma réponse: That is why they have a daughter... To introduce in their life the poetry of the unexpected.

Quand nous ne discutons pas philosophie, nous avons aussi nos "silly moments". Parfois, il faut que je me rappelle que ce sont des adolescentes (et que je n'attende pas trop d'elles). Parfois, il faut que je me rappelle que je ne suis plus une adolescente (et que je continue à être l'adulte responsable dans le groupe).

N: Due to incredible stress, i think we all need to do weekly yoga classes

A: CAN WE GO SHOPPING FOR CUTE YOGA CLOTHES?

Avec des filles comme ça, je ne connais jamais l'ennui. Jamais.

5 comments:

Anonymous said...

Oh mon Dieu. Je suis morte de rire toute seule devant mon ordi... (Rien que pour ces moments-là, tu me donnes la nostalgie de mes années de prof de soutien scolaire!)
(Et à part ça, quel talent de conteuse...)

Anonymous said...

Ha ha ha ! Je rigole toute seule devant mon ordi (plutôt une bonne façon de commencer la journée). Merci Lola !

Anonymous said...

"To introduce in their life the poetry of the unexpected", c'est troooop joli, ça. Je vais en faire cadeau à mes filles. C'est vrai, Lola, que tu racontes comme personne.

Lola said...

Merci... Elles m'inspirent "mes" filles!

Anonymous said...

C'est chouette, cette relation adulte/ado, différente du rapport prof/élève ou parent/enfant !