Comme chaque année, nous y arrivons épuisés, en petits morceaux, la fatigue nous déchirant en petits lambeaux agressifs et nerveux, survoltés, impatients. J'essaie de préserver un peu de bienveillance pour mener mes élèves jusqu'aux examens. Eux aussi n'en peuvent plus, ils tirent souvent un peu trop sur la ficelle et je me retiens du bout des doigts, je me raccroche à ce qui dépasse encore sur le mur lisse de mon agacement, pour ne pas les envoyer bouler tout rond.
La maison... C'est ce qui mine l'Homme, essentiellement. Il ne reprendra sa respiration, je crois, j'espère, que lorsque nous signerons définitivement, lorsqu'on nous remettra les clés. Bientôt, bientôt... Je n'arrive pas vraiment à me mettre dans l'idée que cette maison va nous appartenir, vraiment, à nous. Je n'ai jamais vécu dans un endroit dont mes parents ou moi-même étions propriétaires, et je ne m'en suis pas plus mal portée. Mais là, nous parlons peinture, plantes pour le jardin, construction d'une terrasse, et ça me donne une légère sensation de vertige. Pas désagréable, mais quand même ... quand même.
J'essaie de me rassembler, d'arrêter de me disperser dans tous les sens, mais je n'y arrive pas. Je m'échappe, je me dissous dans l'amoncellement du quotidien. Ma vie ressemble à mon bureau: des piles, le plus urgent à la surface, le reste qui disparaît dans les profondeurs, même si, surtout si, ce "reste" était finalement plus important que le pressant urgentissime qui dévore tous mes quarts d'heure, les uns après les autres.
Allez, c'est presque la fin, on peut essayer de croire que demain, l'année prochaine, on fera mieux. On prendra le temps de faire mieux.
L'Homme tient peu de choses de sa mère, mais l'une des plus précieuses est cet adage, que je vais essayer, une fois de plus, de faire mien:
"You don't have time, you make time".

5 comments:
Comme je me retrouve dans ton billet Lola. Ce sont en effet ces "inpensées" (quel joli mot) qui nous minent. Parfois, je me dis que nos blogs - pour lequel we make time anyway - nous aident un peu à gratter la surface de ces inpensées.
Courage, Lola, nearly the end of the year.
Moi j'ai tellement de temps pour moi.. qu'il me semble que c'est trop.. est-on jamais content ? Bon courage pour la fin et le déménagement...
Christie, tu peux m'en envoyer un peu, de ton temps? J'en ferai bon usage, promis!
Ah, et puis si en juillet, il t'en reste un peu, peut-être qu'on pourra l'utiliser pour se voir, lors de mon (bref) passage à Paris...
Comme toi, j'ai tendance à "cacher sous le tapis". Mais la semaine dernière, j'avais perdu un papier important. J'ai laissé tomber tout ce que j'avais prévu de faire pour trier la pile impressionnante de trucs à classer dans mon bureau. Et ben je me sens plus légère...jusqu'à la prochaine fois !
"You don't HAVE time, you MAKE time", so true mais c'est toujours aux depends de quelque chose n'est-ce pas? Tiens bon, bientot les vacances!
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