A la place, j'ai insisté pour qu'il fasse venir mon frère. Je l'ai tarabusté pour qu'il prenne un billet (pas facile: deux semaines avant le début des vacances, il ne l'avait toujours pas acheté...), j'ai cherché des billets pas chers, je lui ai envoyé les sites de voyage que j'utilise habituellement. J'en ai fait presque trop.
Mais voilà, j'avais un peu oublié que mon frère est un ado de 15 ans, que je connais finalement assez peu. Je ne le vois qu'une semaine par an, en compagnie de ses copains (que mon père invite systématiquement quand nous passons une semaine de vacances ensemble; j'ai fini par lui dire cette année, après 4 ans de ce régime, que j'aimerais bien passer du temps avec lui sans les copains de son fils. Il a acquiescé, mais s'en souviendra-t-il l'été prochain?)
Mon frère a donc débarqué, avec ses dix mille questions auxquelles je réponds invariablement "Je ne sais pas", sa connaissance encyclopédique d'anecdotes dépourvues (pour moi) de tout intérêt, ses "blagues à deux balles" (selon son propre jugement), et sa gentillesse qui coexiste bizarrement très bien avec l'égoïsme de son âge. Le pauvre, il est tombé sur la mauvaise semaine, j'avais tellement de travail. Et pour pouvoir m'occuper un peu de lui, j'ai accumulé le retard. Maintenant, j'en paie les conséquences: je me sens submergée par un amoncellement de choses à faire, la panique me gagne et je deviens agressive parce que j'ai l'impression que tout le monde cherche à me voler mon temps précieux.
Je fais des efforts pour accepter les côtés irritants de mon frère. Mais je ne suis pas prête pour l'adolescence. Il n'a que quatre ans de plus que Dudie, et ça me tracasse: comment vais-je supporter un ado au quotidien? Est-ce que mon frère est particulièrement immature? (Oui, sans doute, en tout cas comparé à la plupart de mes élèves). Il est intelligent, sans doute très intelligent, mais son intelligence est recouverte d'une gangue épaisse de "culture télé". Il zappe sans arrêt d'un sujet à l'autre, ne creuse aucune idée, amasse les petits faits, manque de perspective et de culture générale. C'est l'âge, sans doute.
(Il me dit qu'il ne passe pas beaucoup de temps devant la télé. Juste deux heures par jour. Et aussi qu'il a arrêté les jeux en ligne. Il en parle comme un ancien drogué qui a décroché.)
Le fait même de faire des efforts me fait de la peine. Si je l'aimais vraiment, je n'aurais pas à me contraindre. Il me semble que pour ma soeur, mon agacement (qui n'est pas du même ordre) est tempéré toujours par la tendresse que j'ai pour elle. Je n'arrive pas à créer de lien avec ce grand garçon pâle qui est le fils de mon père. C'était un peu mon but inavoué, en le faisant venir ici. J'ai peur qu'il ne reparte avec le déplaisant souvenir de mon irritation. Et, encore une fois, c'est surtout par rapport à mon père que cela me fait mal.

1 comment:
bonjour,
Je viens depuis quelques jours, j'aime beaucoup ta manière d'écrire.
Et là, je lis : "Le fait même de faire des efforts me fait de la peine. Si je l'aimais vraiment, je n'aurais pas à me contraindre".
Et là, je tombe des nues. Il me semble que par amour on se contraint souvent, très souvent. Justement parce qu'on aime beaucoup.
Pourrait-on faire autrement ? Pas toujours, probablement...
Lise
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