Tuesday, August 18, 2009

De la difficulté à être avec ceux qu'on aime

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Cela fait quatre ans que j'attendais cette visite. Rien d'étonnant à ce qu'elle m'ait mise sens dessus-dessous. Mon père était venu nous voir à Memphis, la première année, et depuis il avait voyagé dans bien des pays, mais jamais vers chez nous. Il a enfin pris des billets, cet été - mais uniquement, je crois, parce que nous avions renoncé à aller en France.
J'étais tellement contente que je n'ai pas tout de suite ressenti la morsure de déception. C'est en parlant à Else de mon bonheur de les voir enfin venir chez moi que j'en ai pris conscience. "Si peu?" m'a-t-elle dit. Oui, deux jours chez nous, et trois jours à New York, ça fait peu. (Mais ils ont déjà passé deux semaines en Croatie et une semaine dans le sud, cet été. Nous arrivons en dernier dans leurs plans de vacances. C'est comme ça).

J'ai récuré ma maison de fond en combles. Jusqu'à ce que je ne fais jamais, d'habitude (épousseter les plinthes, balayer l'escalier de la cave). J'ai enfin remplacé les vieux stores en plastique tout pourris par des rideaux blancs, dans les salles de bain. J'ai harcelé l'Homme pour qu'il finisse d'accrocher les cadres dans toute la maison. J'ai dépensé une petite fortune en nourriture et vins. J'ai acheté des draps neufs pour notre lit - j'ai insisté pour leur laisser notre chambre avec la salle de bains.
J'en fais trop? Sans doute. Mon coeur se serre, à y penser. Je dois être un peu pathétique - encore faut-il qu'ils s'en aperçoivent.

Leur avion décolle dans un peu moins d'une heure. L'orage gronde (et je m'inquiète, bien sûr). L'Homme insiste: ça s'est bien passé. C'est vrai - en partie. Ils ont eu l'air content d'être ici, ont trouvé la maison vraiment bien, ont aimé Smalltown et Bonne Espérance (la ville où je travaille et le village où je vis). Nous avons fait le tour de Smalltown très rapidement - c'est charmant, mais très provincial, ont-ils dit. Je voulais les emmener voir le musée de l'université, mais ça sera pour une autre fois. Et puis, il faut dire que mes enfants se sont donné beaucoup de mal pour être le plus désagréables possible, refusant de venir se promener en ville, traînant les pieds, gémissant qu'ils avaient chaud, étaient fatigués, "Et pourquoi on est OBLIGÉS de venir avec vous?". Au restau, Paolo a piqué une crise, une belle, parce que la garniture de la pizza ne tenait pas sur la pâte. Il s'est mis à pleurer, a refusé de toucher à son assiette, a repoussé brutalement mes tentatives pour l'aider à découper la pizza récalcitrante. L'enfer. Mon père, à côté de lui, regardait le spectacle, Paolo at his worst. Cela m'a fait beaucoup de peine.

Le deuxième jour, ils ont voulu aller sur la côte. Bon, c'était samedi, il faisait plus de 35°, et après être restés coincés dans les embouteillages, il nous a été impossible de trouver une place de parking pour aller à la plage. Mais, c'était bien, quand même. Nous avons mangé de la langouste sur une terrasse couverte (la compagne de mon père se plaignant de la chaleur) et puis nous sommes partis dans une autre petite ville côtière, moins populaire, pour essayer d'accéder à l'océan. Bravant l'irritation de l'Homme, j'ai insisté pour que les enfants (et moi avec) aient au moins une heure sur la plage. Quand nous avons enfin pu nous garer, je les ai emmenés au bord de l'eau (zigzagant entre les New Jersiens, qui se faisaient rôtir, presque les uns sur les autres), pendant que les trois autres allaient prendre un café quelque part. L'eau était très bonne, nous nous sommes régalés.

Tout au long de ces deux jours, j'ai été prise dans un dilemne récurrent: passer du temps avec eux / ou préparer (le repas, la maison) pour eux. Le repas du samedi soir, que j'aurais tant aimé élaborer longuement, a été un peu assemblé à la va-vite. J'ai oublié de mettre du champagne au frais. Mais ... c'était bien, quand même.

C'est ce qu'on peut dire de leur séjour. C'était bien, quand même.

Je ne parle pas de dimanche soir, quand nous sommes allés les rejoindre à New York, pour un dîner dans un de mes restau préférés. Là, vraiment, ce n'était pas une réussite. c'est dommage que nous nous soyons quittés là-dessus.

8 comments:

bricol-girl said...

Sans la compagne le séjour aurait-il été plus long et plus serein. C'est triste ce que tu nous dis et quel sentiment de manque!!!

Yuna said...

B'jour vous :-)
Premier commentaire sur ton blog que je lis si souvent pourtant et que j'apprécie vraiment, mais tes mots là m'ont....comment dire....serrés le coeur.
Une fille qui cherche désespérément l'amour, l'approbation, la chaleur d'un père et qui ne semble pas le trouver, voilà à quoi j'ai pensé en lisant tes mots et c'est douloureux, si peu de temps pour vous.....jamais simple l'Amour.

Je te souhaite une belle fin d'été avec les hommes de ta vie.
A plaisir de te lire.

Claire said...

Que de pression Lola !! Pourquoi tout prendre sur toi comme ça ?

Lola said...

Ah, encore une fois, je devrais me méfier et réfléchir un peu avant de laisser le cours libre à mes sentiments débordants! Je ne voulais pas vous attrister avec un récit larmoyant. J'ai parfois besoin d'écrire ici ce qui n'a pas de place ailleurs. Pour m'en libérer.

C'est vrai que le séjour de mon père a été un mélange de joie et de déception, mais c'est plus de ma faute que de la sienne. J'attends trop, j'espère au-delà du possible, du réalisable ou même du souhaitable. Mon papa a été gentil comme tout, nous nous sommes vraiment bien entendus, nous avons passé de bons moments ensemble. C'est moi qui m'en veux de ne savoir trouver un équilibre. You have to learn to relax, me dit l'Homme sans arrêt, de plus en plus irrité au fur et à mesure que je vieillis sans apprendre. Il a raison.
Pourquoi tant de pression?... C'est une excellente question. Je devrais me la poser plus souvent (et pas seulement à propos de mes relations avec mon père).

Mab, comment as-tu fait pour deviner ça???

Lola said...

Ah, et aussi: Bienvenue, Yuna! Merci de sortir de l'ombre.

Et puis: elles vous plaisent, les cabrioles de la pleine lune?

myosotis said...

Il a raison l'homme sur ce coup. Ca changerait pas mal ta vie. Relax ! Moi, j'apprend, j'apprend.... Il est temps, tu me diras ;-)

Christie said...

coucou ! moi c'est l'une des choses qui me touche dans l'amour qu'on porte : son pathétique ; tous ces efforts que l'on fait et qui ne seront pas remarqués, ou remarqués et c'est encore pire...

Je suis bien heureuse d'avoir retrouvé votre plume.

Lola said...

Et moi heureuse "d'entendre" à nouveau votre voix, Christie!