Ce matin, première heure, je me suis plainte en mode "mama ours". J'ai écrit au tableau ma complainte (nous venons d'aborder le passé composé en Français 1, il fallait en profiter).
Presque quatre heures plus tard, j'ai retrouvé mon écriture intacte en entrant dans la salle. Personne n'a dû se servir du tableau entre-temps.
entre la fatigue qui me mine, me ronge, diminue mes résistances et mes facultés,
et la déception d'un puis deux voyages annulés,
et le soulagement,
et la tristesse,
je ne sais plus de quel côté me tourner, où me poser. S'il vous plaît, ne me prenez pas ma chaise, j'ai besoin qu'elle soit toujours au même endroit.
Le nuage qui a cloué au sol mes seuls visiteurs de l'année m'a délivrée de la nécessité de préparer ma maison pour les accueillir. Plus de grand ménage, de rangements de fond en combles. Je regarde avec désespoir l'ordre provisoire qui règne depuis presque deux ans - des entassements "en attendant" auxquels je rêve de m'attaquer sans jamais en avoir le courage. Il faudrait avoir un projet, une vue d'ensemble. Mais chaque pièce se contente de pousser dans les coins son petit bric-à-brac. Cette maison ne ressemble à rien.
J'évite de penser aux plans sur la comète que j'avais tirés - mes visiteurs coincés à Paris sont plus malheureux que moi. Mais leur non-venue relance mon lancinant mal du pays. Et renaît, venimeuse, la question: Where is home?

6 comments:
cette question résonne douloureusement en moi. depuis l'enfance, entre le Neguev, le Nord (le département), la Loire et aujourd'hui l'Atlantique, je n'ai jamais posé mes bagages.
ma maison non plus ne ressemble à rien! peut-être faut-il réussir à les poser, ces bagages, pour habiter une maison?
Avoir délivré ces ressentis ne permet-il pas d'appréhender où se situe the home, de commencer le plan d'ensemble (gratification des proches, sûrement la vôtre avec un cadeau en récompense, et puis chaque chose à une place dans la maison c'est aussi un intérieur à sa place du moment) pour qu'elle devienne sweet home?
Confusion peut-être de mes propos liée à trop de fatigue mais sincères souhaits pour vous.
Il y a un adage qui dit que la maison est là où sont les gens qu'on aime...Ce n'est pas mon cas...J'ai parfois quitté les gens que j'aimais (un homme en particulier) parce qu'il voulait vivre dans un pays étranger (là où je l'avais rencontré et où je vivais depuis 6 mois) .Mais j'ai vite réalisé que jamais je ne serais "moi" dans ce pays , j'ai trop besoin du mien, c'est comme ça, je suis pourtant une grande voyageuse et pas chauvine pour deux sous mais je ne suis "chez moi" qu'en terre de France. Pas de rationalité la dedans, ni de fierté (je ne suis pas "fière" de ce qui m'a été donné par hasard) c'est ainsi, inscrit en moi.
Cet amour m'a couté et m'a fait perdre sans doute une belle vie, auprès d'un homme magnifique qui m'aurait donné des enfants merveilleux mais cela a été plus fort que moi et je ne regrette rien. Mais ans doute cet attachement à mon pays est psychanalytiquement autre chose.
Sans te donner de conseil tes interrogations sont peut être seulement le fruit que tu ne sais pas ce qui est essentiel pour toi.
Aujourd’hui (ou je suis proche du demi siècle), je m’aperçois, que ma vie, loin de ressembler au rêve que j’en avais, est finalement très proche de ce qui est essentiel pour moi…et c’est parfois douloureux d’accepter ce décalage.
Je me permets ce long commentaire car je te lis depuis longtemps et qu’il ressort sans cesse de tes écrits un tiraillement intérieur , entre quoi et quoi, c’est à toi de le dire….
Cordialement
Oh, comme ça me parle tout ça. Après 16 ans passés dans ce pays loin de la France, j'ai bien peur que ma réponse soit "Home is not here and will never be". Evidemment j'ai appris à fonctionner ici, aisance avec la langue, us et coutumes, vie professionelle, etc. Mais cette distance entre moi et les autochtones semble irréductible. Comme par hasard mes seuls *vrais* amis sont des expatriés. Alors on trouve des stratégies pour se construire une vie bien agréable malgré tout, mais enfin, cette situation a un côté absurde qui ne m'échappe pas. Et il y a des questions qui pointent le bout de leur nez: "Qu'est-ce que je fais là au juste?" et son corollaire: "Quand est-ce qu'on rentre? Ah bah non, on rentre pas..." (I forfeited this option long ago.)
Ha je sais pas quoi te dire. J'ai plein de mots sur le bout de la langue mais ils n'arrivent à sortir.
Ma maison est là où je suis. Même les gîtes de vacances sont nos maisons.
Je voulais t'emprunter une phrase de ton texte, pour le diptyque. Celle où tu dis : « S'il vous plaît, ne me prenez pas ma chaise, j'ai besoin qu'elle soit toujours au même endroit.» Mais si tu ne veux pas, je comprendrai.
Deux options: poser ses bagages quelque part, pour que ce "quelque part" devienne "home"; ou faire de l'endroit (des endroits) où on pose ses bagages "home".
Akynou, tu as clairement choisi la deuxième option. Tu es sage. Tu sais que quand on doit saisir sa valise et partir (pick up and leave), mieux vaut porter avec soi son chez-soi, plutôt que d'emporter partout son mal du pays. J'ai le malheur de trop m'attacher. J'ai la nostalgie de chaque endroit que j'ai habité (sauf Memphis), mais reste, chevillé au corps, le manque de mon pays - celui que je n'ai jamais habité, le berceau de ma famille, la terre où je m'enracine (c'est très mélo, tout ça, mais je ne sais guère le dire autrement). L'homme dit que home is where my family is (meaning: he and my kids). Mais c'est un homme sans racines qui parle, un homme qui a du mal à dire d'où il vient (pourquoi dit-il toujours "West coast" quand on lui pose la question, plutôt que "Seattle" où il a grandi?), un homme qui n'est jamais revenu dans le pays où il est né. Un homme qui ne comprend pas que le manque de mon pays puisse me faire pleurer.
Sinon, oui, bien sûr, tu peux utiliser ma phrase, j'en suis très honorée!
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