Mais quand même. Quand même, j'ai bien rigolé quand les Seniors (élèves de terminale) ont vidé le bureau de mon collègue dans le couloir, et ont mis à la place des meubles déplacés la table et les chaises qui sont habituellement devant sa porte. Ils l'attendaient dans le couloir, entassés sur son canapé bleu, entourés de sa lampe, de son meuble à tiroirs et de son ventilateur, tout contents d'eux. Comme ils sont très gentils et qu'ils aiment leur Dean*, ils ont tout remis en place avant de partir en week-end.
* un Dean est une sorte de "super prof principal" ou de "mini CPE", en charge de toute une classe (c'est-à-dire de tous les élèves du même niveau. Comme par exemple, tous les élèves de Terminale). Le Dean s'occupe de tout ce qui est discipline, est en contact avec les parents des élèves en difficulté et réunit sa classe (entre 85 et 100 élèves) une fois par semaine. Il ou elle commence avec une classe de Freshmen et suit sa classe jusqu'à la graduation - 4 ans donc. En 4 ans, un lien fort se crée entre les élèves et leur Dean (ça dépend aussi de la personnalité du Dean, mais pour celui-là, aucun doute sur la solidité de la relation). Je suis l'assistante de ce Dean depuis 4 ans, et j'avoue que je ne regrette pas du tout d'avoir accepté - ce n'est pas une position rémunérée. Je suis arrivée, d'année en année, à connaître cette classe a priori "difficile", et j'ai aussi beaucoup appris en observant mon collègue se confronter à des situations délicates avec beaucoup de bon sens, de fermeté et avec énormément d'affection pour "ses" élèves.
Je me doutais bien que ma dernière classe me réservait quelque chose; je ne les ai trouvés ni dans la classe, ni dans le couloir, ni sous la fenêtre (ils m'ont déjà fait le coup une fois). Mais ils ne m'ont pas trop fait courir: ils étaient au soleil dans la petite cour tout près de ma salle. C'était tellement agréable de s'installer au milieu des fleurs qu'ils n'ont pas eu trop de mal à me convaincre de les laisser passer l'interro dans cet environnement... En avant donc pour les adverbes et le comparatif en plein air.
Et puis, comme c'était la veille d'un long week-end sans devoirs**, comme il faisait si beau que ça donnait envie de chanter, comme rien ne me pressait, j'ai emmené les garçons en ville. Une petite visite à la Cuillère Tordue, pour notre première glace de l'année, et un petit tour à la bibliothèque, pour faire le plein de livres pour le week-end. Smalltown était envahie d'étudiants amoureux, de poussettes (doubles, souvent) (je ne sais pas pourquoi), d'élèves et de collègues de mon école. Qu'il a fallu saluer alors que je venais à peine de les quitter (l'inconvénient des petites villes ...)
Such a beautiful day.
** Ici, le vendredi saint est férié, mais pas le lundi de Pâques. C'est un no homework week-end pour cause de célébration religieuse. En début de semaine, nous avons respecté la même règle pour le début de Passover. Il y a une extrême sensibilité au sujet des fêtes religieuses et de la nécessité de respecter toutes les célébrations; c'est souvent un sujet de discussion dans les réunions de profs. Le paragraphe sur les devoirs, dans le Handbook a été écrit et réécrit plusieurs fois depuis que je suis arrivée dans l'école, il y a cinq ans.

2 comments:
Une interro dehors quel bonheur!
Chouette, enfin quelqu'un qui n'aime pas les blagues du premier avril à cause d'un surplus d'empathie! Je n'apprécie que celles qui ne sont faites au détriment de quiconque...
Je déguste votre blog: merci!
ps en province les lycéens peuvent aussi se montrer cruels, très cruels entre eux mais les repères français me paraissent plus structurants pour le leur faire réaliser.. Wait and see..
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