...
J'attendais un message de mon correspondant - et c'est d'un autre qu'il m'en est arrivé un, avec, étrangement, des mots qui semblaient empruntés à celui qui m'écrit maintenant si régulièrement.
je pense beaucoup, tout le temps, à toi
Je ne sais que te répondre. Notre histoire en pointillés, tes interminables silences, nos faciles retrouvailles et tous nos rendez-vous manqués, tout cela ne s'additionne pas en quelque chose de très défini. Que sommes-nous, au juste, l'un pour l'autre? Difficile à dire, surtout si tu te tais.
Je n'arrive pas à me débarrasser du sentiment poignant de culpabilité qui m'étouffe. Je ne supporte pas de te faire souffrir, tout en ne sachant pas exactement ce que tu ressens. De la colère? De la déception? De l'amertume? Si seulement tu m'en disais plus. Si seulement tu m'en avais dit plus, avant, avant qu'un autre se mette à m'écrire, souvent, puis quotidiennement. Celui-là a pris toute la place, et je l'ai laissé faire.
As-tu seulement idée de qui je suis? Tu ne sembles guère te poser la question. Cette ombre de Lola adolescente, de Lola à 21 ans qui a été, pour une saison, ton amoureuse, paraît te suffire. Je ne sais pas, si seulement tu me disais?
Ton silence me jette dans le doute et les questionnements infinis.
Qu'est-ce qu'on aime, vraiment, quand on aime? N'aime-t-on jamais que la projection qu'on se fait d'un être sur ce qu'il est vraiment, une ombre posée en transparence qui fait écran, pour toujours?
Est-ce que je ne peux aimer que parce qu'on m'aime? Depuis mon amour malheureux, mes 16 ans à guetter qui ne voulait pas vraiment de moi, et mes 18 à vouloir donner à qui ne demandait rien, plus aucun homme ne m'a fait chavirer le cœur qui ne m'avait déjà dans le sien. Ça a d'ailleurs été l'origine de cette malheureuse trajectoire croisée sur laquelle est bâtie l'histoire avec mon jeune homme: il m'aimait tellement que j'ai fini, non sans hésitation et résistance, par me laisser aller dans ses bras. Et m'y trouver si bien qu'en quelques mois je suis devenue complètement, irrémédiablement amoureuse, dépendante, accrochée, addict. Et lui, pendant ce temps, parcourait le chemin inverse, se détachait peu à peu, ne m'abandonnait pas parce que j'étais alors si fragile, mais laissait s'estomper l'intensité de ses sentiments - jusqu'à les reporter sur une autre, mon image inversée, mon opposée point à point, ma meilleure amie. Mais c'est encore une autre histoire.
Moi et mes bagages. L'homme, qui ne sera bientôt plus l'Homme de la Maison, parce que de maison il n'y aura plus, m'a prédit un jour de grande colère que je finirai seule. Seule. C'est bien possible. En attendant, je me demande comment il est possible que les sentiments dormants pendant tant d'années se réveillent soudain tous en même temps autour de moi. Je me demande si j'ai changé. Je me demande si, ou plutôt comment je vais payer ces temps de haute intensité.
Confusion. Je suis déconcertée, désorientée, désarçonnée. En même temps, je ne peux m'empêcher de penser que changer de route est la meilleure chose qui pouvait m'arriver. L'étendue devant moi est vaste, à moi d'y tracer mon chemin. Il y a une certaine exaltation à ce dépaysement. Même si la peur et l'inquiétude sont du voyage.
Wednesday, September 28, 2011
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5 comments:
Là, je crois qu'il est urgent de donner du temps au temps, laisser venir les réponses. Ce que tu dis là le lui as tu écrit ? Et toi ? Surtout Toi, que ressens-tu pour cet autre en pointillés ? C'est souvent comme ça dans la vie, l'avenir est bouché puis soudain plusieurs routes s'ouvrent et le choix est difficile et mérite mure réflexion.
On est bien seule dans ces cas là...
Oui, Catherine, j'ai répondu à ce message, et à celui auquel me lient des années d'amitié, de tendresse amoureuse et une grande complicité. J'ai répondu avec tristesse que pendant son long silence j'avais entamé une improbable histoire avec un autre, une histoire qui avait soudain, de manière inattendue, pris une grande importance pour moi. Ce n'est pas tant le choix qui est difficile que la certitude de le blesser, lui qui est pour moi quelqu'un d'important depuis si longtemps.
Curieux comme ton billet entre en écho avec une conversation récente entre femmes un peu tristes qui constations qu'il en était des amours comme du travail : on pouvait rester si longtemps au chômage et tout soudain tout le monde nous réclamait. L'idée étant : la rareté des épisodes de juste milieu.
Peut-être qu'ils étaient déjà là mais attendaient leur heure ? (je dis ça sans savoir, simplement parce que ça expliquerait une certaine concordance)
Je ne sais pas, Gilda, si ce qui m'arrive aujourd'hui m'attendait, attendait que je sois prête, ou si au contraire c'est parce que je suis finalement disponible (dans ma tête surtout), ouverte à tous les possibles que je les attire tout d'un coup, ces possibles. Un appel d'air parce que j'ai finalement rejeté ma tristesse et ouvert la porte au reste de ma vie. C'est une période un peu tortueuse, mais aussi exaltante, avec de grands moments de bonheur - et des coups, de la souffrance aussi, parce que choisir un chemin, c'est ne pas en emprunter cent autres qui s'offraient également.
Et ça fait tellement longtemps que j'ai l'impression de ne pas choisir, d'être sur des rails (dans ma vie professionnelle, familiale, sociale, dans mes attentes, mes désirs) que cette soudaine multiplication des sentiers de traverse me donne le vertige. Dans le bon sens, entendons-nous bien.
Ah, et aussi si ce phénomène de "rien, rien, rien et puis trop tout d'un coup" marchait aussi pour les acheteurs potentiels de ma maison, ça m'arrangerait! Parce que depuis 6 mois sur le marché, et attirant si peu l'attention, si subitement elle commençait à intéresser tout un tas de gens aux poches bien remplies (rêvons un peu), ce serait vraiment bien!
May the magic work there too...
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