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Je crois toujours que le plus dur est de rentrer.
La nuit blanche. Le long voyage. Traîner les bagages, du tapis roulant à la douane, de la douane à la navette, de la navette au train. Les hisser dans le train. Résister au sommeil, 40 minutes durant. Secouer les garçons, les mettre sur pied, chacun ses sacs en main, les pousser sur le quai. Grimper dans la généreuse voiture venue nous chercher, débarquer à la maison, remercier, ouvrir la porte. Soupirer. La poussière, l'odeur de renfermé, le désordre. Se souvenir du départ précipité - Paolo n'ayant rien trouvé de mieux que de chopper la première otite de sa vie la veille, nous voilà chez le pédiatre, un dimanche matin, à 4 heures du décollage. Et je ne parle même pas du tour des pharmaciens de la ville, pour dégoter les gouttes antibiotiques miracle à $182 (heureusement qu'elles ont marché, à ce prix-là...). Alors voilà, malgré toutes mes bonnes intentions, je n'avais pas fait le ménage avant de partir. Et ... hum. Ça se voit.
Et le frigo vide. Les draps humides (Welcome to New Jersey!). Les centaines d'e-mails en attente d'une réponse urgente (je me suis un peu avancée dans les aéroports. Une semaine sans internet, après un bon mois de connexion aléatoire, ça crée des piles virtuelles vertigineuses).
Trois ou quatre jours de dégoût. De questionnements incessants, qui me réveillent à des heures indues (Qu'est-ce que je fais ici? Pourquoi tout est laid et insipide autour de moi? Qu'est-ce que je fous de ma vie? Pourquoi tout ce qui m'est cher - enfants exceptés - est-il si loin de moi?). Je n'arrive plus à manger, je dors par à-coups, et - cette fois - il m'a fallu reprendre le travail dès le lendemain de l'arrivée. Brutal.
Bon, mais vraiment, le plus dur? C'est peut-être les jours qui suivent, la lente réadaptation, la résignation, au climat, aux gens, au travail, aux tâches lourdes et absurdes que j'avais mises de côté, poussées dans l'oubli avant de partir. Soudain, tout revient au premier plan: oui, il faut que j'entame cette saloperie de procédure de divorce, avec de l'autre côté un individu qui ne négocie pas. Il faut que je renouvelle ma carte verte (en juillet, ça fera 10 ans - ! - que je suis arrivée aux USA). Il faut que je cherche un appartement (en juin, je suis à la porte). La banque, les impôts, l'assurance, la voiture, etc. Tout, toute seule.
Ah, et j'ai aussi un enfant qui rentre au lycée. Et un autre, sur le fil depuis des années, qui va essayer de terminer sa deuxième année de collège sans se faire virer. Chiche?
Le plus dur, c'est maintenant, ce soir. A deux jours de la rentrée, pas prête, hébétée de fatigue et de découragement.
Allez, demain sera un nouveau jour.