Monday, June 11, 2007

Graduation ceremony

J'ai passé mon bac il y a exactement 18 ans. Les circonstances un peu particulières qui ont entouré cet "événement" (ma soeur est née le matin de ma première épreuve) font que j'en garde un souvenir très précis. Je me souviens de la difficulté pour trouver un café pour déjeuner, dans ce coin inconnu du XVIe, je me souviens qu'une de mes copines était dans la même salle que Charlotte Gainsbourg (du moins, nous l'avait-elle affirmé ...), je me souviens du numéro de charme que j'avais fait au prof de math (section A2, je passais les math à l'oral uniquement. Et j'ai eu 17, la meilleure note en math de toute ma carrière scolaire!). Je me souviens des hauts murs gris de Janson de Sailly, entourant une cour qui me semblait comme un puit. Le jour des résultats, j'ai obtenu d'arriver en retard au boulot (j'avais commencé mon premier boulot d'été, j'étais standardiste dans la boîte où travaillait mon père), et je suis allée, avec tant d'autres, repérer mon nom sur les listes scotchées à des tables, dans cette cour sombre. Je me souviens de la ronde des visages autour de moi, l'évantail des émotions un peu brouillées par ma propre anxiété. Je me souviens d'être tombée dans les bras de Vanessa, toutes deux débordantes de joie et de soulagement, nous avions les mentions espérées-inespérées. Je ne voulais plus voir personne, je ne voulais pas que leur chagrin ou déception entament mon bonheur égoïste. Je ne voulais pas qu'ils me détestent d'être si heureuse. Je me souviens d'avoir pris un taxi pour rejoindre mon boulot, dans le VIIe. Je me souviens si bien de mes sentiments mélés dans la voiture. C'était fini, le lycée. Et rien ne semblait vraiment le prouver, l'affirmer. Le manque de conclusion me laissait une amertume indéfinie.
Ce soir-là, je suis allée à une soirée, chez un de mes copains. Pour "fêter le bac". L'année suivante, je me suis retrouvée en hypokhâgne avec un certain nombre de ceux qui étaient présents à cette fête en demi-teinte. Les autres, je ne les ai jamais revus, je ne sais même pas ce qu'ils sont devenus.
Ce week-end, tout cela m'est revenu. J'ai repensé à mon bac, à cette journée des résultats, à d'autres résultats encore, affichés sur une porte, à la française. Si je revisite ma chambre aux souvenirs, c'est parce que dimanche était le jour de la "Graduation ceremony" pour les élèves de mon lycée. Et, bien qu'on puisse trouver caricaturale et exagérée la pompe de cette cérémonie (moi je la trouve émouvante), je ne peux m'empêcher de croire qu'au moins, elle offre une conclusion, a closure, à ces années d'école. Elle permet de tourner la page, une dernière fois tous ensemble. Je trouve que notre école républicaine pourrait parfois gagner à rétablir quelques rites de passage symboliques, comme la célébration de tant d'années (d'efforts? de souffrance? de découverte? d'ennui?) pour ceux qui sont arrivés au bout.
Si je dépoussière mes souvenirs mélancoliques de quand-j'avais-17 ans, c'est aussi parce que ma petite soeur passe sa première épreuve du bac, aujourd'hui... Elle m'a porté bonheur, il y a 18 ans, j'espère lui rendre la pareille.


[Un an plus tard, j'avais 18 ans, ma petite soeur à peine un an... Bonne chance, ma belle!]

15 comments:

Anonymous said...

Quelle belle photo et quel joli message. Une de mes filles passe aussi son bac cette année et le mois de juin, même si c'est effectivement un beau mois, n'en est pas moins pénible. Dans son école, ils organisent le bal du bac avant de commencer les épreuves et c'est une belle fête de clôture pour eux.
Bonne chance à ta "petite" soeur :-)

camille said...

ce doit être étrange les relations avec une soeur aussi éloignée (en âge) : proches parce que soeurs mais... vous n'avez pourtant pas ou peu vécu sous le même toit (elle ne doit pas en garder beaucoup de souvenirs !)
j'imagine que la complicité n'est pas évidente...

ah Janson de Sailly... j'y ai passé 2 ans de prépa...

Lola said...

C'est Anaïs qui passe son bac, n'est-ce pas? En France, il n'y a même pas de bal pour "marquer le coup". Nous ne sommes vraiment pas forts en ce qui concerne les rites de passage. Tous mes diplômes universitaires, je les ai reçus par la poste, après avoir vu mon nom affiché sur une porte. Personne, revêtu d'une robe de cérémonie, ne m'a remis un certificat devant ma famille émue. Il n'y a guère que le doctorat qui déploie un peu de pompe, et c'est précisément celui-là que je n'ai pas!
(cela dit, l'homme de la maison l'a, lui, son doctorat ... et a refusé tout net de faire le voyage pour aller se faire congratuler par le doyen de l'université de Berkeley en toge sous les flonflons de Pomp and Circumstances. Comme quoi, on n'est jamais content de ce qu'on a).

Lola said...

Camille: moi, ma prépa, c'était à Fénelon.
Quant aux relations avec ma petite soeur... Je n'ai vécu avec elle, c'est vrai, qu'un an et demi. Mais nous avons entre nous une relation forte, bien que très pudique (c'est une personne extrêment réservée, contraste saisissant dans ma famille d'extrovertis!) J'aurais du mal à définir nos liens, mais ils sont bien existants...
Elle passe son bac français (et SVT) cette année. Elle m'appelle quand elle a une dissert à rendre sur laquelle elle rame un peu. J'ai toujours une bizarre fierté, un bonheur discret à savoir qu'elle a besoin de moi, à me rendre compte que je peux l'aider. Elle n'est pas du genre à solliciter son entourage pour un oui ou pour un non.

Anonymous said...

tres touchant ce post, mélange d'émotions, celle de la grande soeur que je suis (15 ans d'ecart) et si peu de choses en commun lui et moi, je le regrette, et cette fin de lycée en queue de poisson, un premier bac completement raté un second survolé ds un nouveau lycée sans attache mais réussi au moins, des amitiés envolées, une jeunesse enterrée, bcp de nostalgie en te lisant donc. Et puis comme toi je trouve ça bien cette conclusion américaine, mieux que la triste visite des tableaux aux résultats chez nous.
merci pour ce retour en arrière.

Anonymous said...

Oui, c'est Anaïs. Le bal a eu lieu avant le bac. Après, il y a une cérémonie de remise des diplômes, plutôt cool ponctuée de quelques "entractes" où les élèves déclament un poème ou jouent un morceau de musique, etc... Pas du tout Pump and Circumstances (ça c'est presque trop, tout de même, même si j'étais^assez émue quand ma soeur, en toge and co, a reçu un master de la Webster University) mais c'est sympa; en plus, ce sont les élèves qui organisent tout: le bal du bac, le bac BBQ, le bac book (tout le monde y glisse un mot gentil pour les autres), la remise des diplômes. Et pour eux, c'est super important.

N said...

Je suis complètement d'accord, on manque de "rites" de fin... Ca ferait du bien aux lycéens de clore l'année de façon un peu plus officielle que par une liste de noms... Et puis, quid de ceux qui ont le bac aux rattrapages, qui rate la fête?...

Anonymous said...

C'est marrant, vous n'avez pas changé ! seule la mode.. (et heu, heureusement !)

Vous racontez drôlement bien les histoires..

Anonymous said...

Quel beau post et quelle jolie photo...tres eighties ;-)
Ca m'a ramene qq bonnes annees en arriere.
Tout a fait d'accord avec toi sur le sens de "closure" qui manque en France. C'est comme ici quand j'ai eu ma ceremonie de citoyennete NZ. Tres emouvant et necessaire. En France, les gens passent prendre un bout de papier a la prefecture. Je crois que ce sont ces rituels qui marquent les differents phases de nos vies.

Anonymous said...

Post très touchant qui me ramène à mon bac, la même année! Moi je le passais aux Mureaux, dans une cité pas très rassurante pour la banlieusarde ouest que j'étais. Et mes résultats ont été surprenants puisque j'ai eu le même nombre de points que ma soeur jumelle! Ma petite soeur à moi avait deux ans et je m'en occupais énormément - c'était la septième, et maman était un peu débordée-, bien plus que mes études qui m'embêtaient royalement (j'étais en terminale C et je m'étais bien mal orientée).
Autre point commun : charlotte gainsbourg - mon modèle de l'époque - que je portais dans mon coeur après avoir passé un WE - ma première boum - avec elle.
Aujourd'hui ma petite soeur redouble sa khâgne (philo) et attend le résultat des écrits la semaine prochaine!

Lola said...

Ah, il faut que je rattrape mon retard!
Bon, dans l'ordre:
- Myosotis: peu importe de quel ordre est la cérémonie de remise des diplômes, pourvu qu'elle ait lieu! Et, je suis d'accord avec toi, plus les élèves prennent en charge leur "fête", plus elle a de sens et d'importance pour eux. En France, l'institution ne reconnaît pas la fin des études secondaires comme étant un moment important dans la vie des élèves, un seuil à franchir et une réussite à célébrer.
- Christie: Whatdoyoumean, elle n'est pas bien ma petite robe Agnès B? Moi, je l'adore, je l'ai toujours (même si je ne rentre plus dedans depuis des lustres), ma peite soeur (à qui elle irait très bien) ne la porterait pour rien au monde, même si on la payait très cher. Quant à la veste à épaulettes, bon, là, bien sûr... Elle n'est pas trop défendable, je vais juste dire que même à l'époque je n'adorais pas, mais il faisait un peu froid ce jour-là... Hum, bon, c'était 1990, aussi.
Sinon, j'ai changé, quand même. Je suis, hélas, beaucoup plus vieille et beaucoup moins bouclée!
- Maurine: Ah, tu as la double citoyenneté? Absolument d'accord avec toi, il semble que l'administration française, à tous niveaux, oublie l'importance de marquer symboliquement les moments importants.

Lola said...

Je finis le commentaire précédent, interrompu brutalement par l'arrivée des écoliers et le départ pour la piscine (et posté sans être relu, d'où "l'importance des moments importants", ahem)
Laurence: Nous devrions faire une liste de nos points communs. Et, pour la petite histoire, moi aussi j'ai fait une khâgne philo, ou plutôt deux.
Et dire que tu es allée en boum avec Charlotte Gainsbourg!!!

Anonymous said...

Cette première boum avec charlotte gainsbourg résonne encore douloureusement : j'étais alors mal dans mes pompes, engoncée dans mon corps qui commençait à se transformer alors que je n'étais pas prête du tout. Pétrifiée par mon premier slow, génée dans mes habits peu mode (j'arborais pourtant mon premier pantalon à pinces (!) acheté sur le marché). Souvenir d'une sensation de gêne qui ne m'a pas quittée du WE. Heureusement ma soeur jumelle était avec moi, nous formions un cocon pour affronter la jeune société lancée parisienne. Seul souvenir de charlotte : elle nous avait demandé "alors ça fait quoi d'être jumelles ; j'aimerais bien avoir une jumelle".
Le plus drôle est qu'elle venait de tourner l"effrontée" ; les rôles étaient en fait inversés: j'étais la jeune ado malade de timidité devant la future star...

Anonymous said...

comme je suis d'accord avec toi Lola! J'ai participé fin mai à ma cérémonie de graduation et j'étais très contente d'officialiser en quelque sorte la fin de mes études. Une fête comme une récompense qui fait bien défaut aux écoles françaises.
[j'ai remarqué que tu avais mis un lien vers le blog de Soulemama, c'est un blog que je lis avec plaisir aussi]

Lola said...

Marine, félicitations, by the way, voilà une bonne chose de faite!
Quant à Soulemama, il y a des jours où je voudrais tellement lui ressembler, moi qui suis incapable de faire quoi que ce soit de mes dix doigts... Je suis souvent baba d'admiration, et envieuse aussi!