Tout ce que d'habitude je ne vois pas: la mère de famille qui, après avoir déposé ses momes à l'école, fait son jogging, queue de cheval, casquette, brassière de sport laissant voir son ventre remarquablement plat, et cycliste moulant. Les habitués du café où nous nous arrêtons acheter des muffins pour notre petit déjeuner - ils n'ont pas besoin de commander, on leur sert tout de suite ce qu'ils veulent. L'homme qui lit son journal dans un fauteuil. Le jeune père avec son tout petit garçon qui court partout et que la serveuse appelle par son prénom. La femme qui s'arrête acheter son café avant de filer au boulot - To go, please. Dans la rue, le rythme différent des passants.
Tout ce que d'habitude je n'entends pas: les voisins, vaquant à leurs occupations jardinières. Le "thump" du courrier dans la boîte aux lettres. Les cris de joie de très petits enfants que leur mère occupe en les promenant au bord du ruisseau. Le silence de la maison somnolant un après-midi de semaine.
Je ne suis jamais à la maison en semaine. Le rythme de la vie de prof est très différent de ce que j'ai connu quand j'enseignais en France. Ici, les profs (du moins ceux qui travaillent à temps plein) sont tenus d'arriver à 7h45 et ne doivent repartir que la journée d'école finie - c'est-à-dire à 15h30. C'est tôt, certes, mais nous n'avons pas de pause dans la semaine (pas de mercredi ...), et souvent des réunions prolongent nos journées jusqu'à 17h (et depuis que je suis calife, j'ai deux fois plus de réunions que l'année dernière!)
Cette obligation de ne pas quitter l'établissement, même quand nous n'avons pas cours, a deux objectifs: d'une part, nous mettre à la disposition de nos élèves, à tout moment (mes élèves passent dans mon bureau pour poser des questions, passer une interro qu'ils ont manquée, faire un petit cours de rattrapage, préparer un contrôle...), et de l'autre, construire - ce qui est si important ici - un sentiment de "communauté". C'est aussi pour cela qu'il n'y a pas de surveillants dans l'école: les profs assurent à tour de rôle les permanences ("study halls"), le "bus duty", la surveillance de la cour de récré pour l'école élémentaire et le collège (j'y échappe...), le "lunch duty"... Et de même, la plupart des entraîneurs ("coaches" pour les sports après l'école) sont aussi des profs. Bref, nous faisons tout nous-mêmes.
Bien sûr, nous pouvons quitter l'école, de manière exceptionnelle, si nous avons rendez-vous chez le docteur, ou si nous devons aller à la banque, etc. Mais il faut pointer ("sign out"), indiquer notre heure de départ et notre heure probable de retour, ainsi que la raison de notre absence. Ma chef, l'année dernière, était la reine des excuses et prenaient quasiment tous ses jeudis après-midi (elle n'avait pas cours et levait le camp après le déjeuner), ce qui irritait au plus haut point les membres du département (et je n'étais pas la dernière à m'en plaindre...) Cette année, j'ai moi aussi une après-midi de libre, et forte est la tentation de partir à la maison, sous un prétexte quelconque, pour m'offrir un peu de temps à moi - ce qui me manque tellement. Mais je sais que ce serait très mal vu par mes collègues, et puis ... j'ai trop de scrupules et trop de travail pour m'éclipser ainsi. Je ne "bade" jamais pendant mes heures libres - préparations, corrections, paperasse.
Alors, mercredi dernier, j'ai profité. J'ai fait semblant d'oublier que si j'avais, comme en France, mon mercredi, je serais certainement débordée, ce jour-là. Avec les enfants à conduire à droite et à gauche, les copies à corriger, un brin de ménage et ... Sans doute soufflerais-je de fatigue et peut-être même d'agacement, à la fin de la journée. Mais enfin, ce mercredi-là, offert, ouvert, paisible et inespéré, je l'ai savouré. J'ai même fini par faire un banana-chocolate cake très réussi. Et mon Paolo, frais et dispos, sans la moindre trace de fièvre, a regagné l'école dès jeudi. Heureux, comme moi, de la parenthèse.

2 comments:
Ah, les pauses inattendues... Ce sont les plus savoureuses, même si parfois on est un peu déboussolé et qu'on se demande ce qu'on va faire de ce temps gratuit. Tiens moi, hier, j'ai essayé des muffins banane-café. Pas très convaincue.
Moui, banane-café, a priori, ça ne me tente pas ... Mais il faut dire que je n'aime pas vraiment les bananes. Si je fais souvent des cakes banane-chocolat, c'est parce que:
1. ça me permet de me débarrasser des bananes trop mûres;
2. tout le monde (sauf moi) adore ça;
3. comme je n'adore pas, je n'en fais pas une consommation effrénée (alors que je suis très déraisonnable avec tous les autres gâteaux que je faits...)
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