Thursday, June 03, 2010

Multiplications des cérémonies

...
Dernier jour de classe. Demain commencent les examens de fin d'année.

32°, air lourd, humide et poisseux. Les ventilateurs peinent à brasser l'air épais. Les élèves supplient qu'on les emmène dans les coins climatisés (la cafétéria, la bibliothèque prise d'assaut, le bureau du dept des langues, que j'ai déserté depuis que je suis chef et dans lequel la température est glaciale - ridicule).

J'ai passé chaque minute libre de ma journée à réviser avec mes élèves. Individuellement ou par petits groupes, ils ont investi mon bureau ("Mais on étouffe ici!"), les tables devant mon bureau, le couloir près de ma salle... Et on révise, on révise, on révise.
"C'est quoi déjà l'ordre des pronoms objets?" (me te se nous vous le la les lui leur y en);
"Pourquoi Paris est la plus belle ville du monde et pas la ville la plus belle?" (à cause de BANGS: Beauty Age Number Goodness Size, les adjectifs qui se mettent devant le nom - même au superlatif);
"Pourquoi Je pense que est suivi de l'indicatif et Je ne pense pas que est suivi du subjonctif?" (Vous savez, vous?)

Ce soir, dîner pour les "lifers" (les élèves de Terminale qui ont fait toute la scolarité dans cette école, depuis la maternelle) et leurs parents. Je suis invitée, en tant qu' advisor* d'une des élèves et aussi parce que je suis l'assistante du Dean* de cette classe. Je fais un petit (tout petit) discours - parmi d'autres, leurs instits de CP, leur prof de musique de l'école primaire, le directeur du lycée. Et nous regardons les photos de leurs années à l'école, leurs visages tout petits et déjà emprunts d'expressions bien à eux, leurs moments forts, spectacles, fins d'école primaire, fin du collège, bal du lycée... C'est la première (non, en fait la deuxième, il y a eu un brunch vendredi dernier) d'une série de cérémonies et célébrations qui culminera avec la Graduation, vendredi prochain. Cette année, à cause de mon lien particulier avec cette classe, j'ai été conviée à tous les événements qui jalonnent le parcours des Seniors (élèves de Terminale) vers leur statut de graduate. Et ça fait beaucoup... Je n'aurai pas assez de tenues d'apparat, je crois. Tant pis, je me montrerai deux fois habillée pareil (as if anybody cared...)

Il faut que je finisse ce soir de rédiger les examens pour demain. C'est la première fois que je m'y prends si tard. Ma vie en lambeaux commence à menacer le fonctionnement pourtant bien rodé de mon activité professionnelle. Il est temps que les vacances arrivent.

* Advisor: expliqué ici.
Dean: expliqué ici.

6 comments:

Otir said...

Le présent de l'indicatif est le mode d'un fait énoncé. Si le fait n'existe pas (dans la proposition négative), il faut donc utiliser l'autre mode, le subjonctif, qui est opposé à l'indicatif.

Grevisse indique : "Le subjonctif indique que le locuteur (ou le scripteur) ne s'engage pas sur la réalité du fait".

Lola said...

Absolument d'accord avec toi. Le problème est que je dis souvent à mes élèves que le subjonctif est le mode de l'opinion ("Il est important que ..." de mon point de vue). Alors comment se fait-il que "je pense" et "je crois" ne fassent pas partie de cette catégorie de l'opinion? Ces expressions ne font pas référence à un fait réél, mais à un point de vue subjectif. Hum.
Je m'en sors en disant que "je ne pense/crois pas" exprime le doute, et donc par contraste "je pense/crois" est de l'ordre de la certitude. Mais ils se plaignent quand même du manque de logique de la langue française (comme si c'était moi qui l'avais faite!)

Unknown said...

Non, en bon français, je pense et je crois font partie des certitudes. Les règles de grammaires ne sont là que pour se souvenir du fonctionnement d'une langue pas pour l'expliquer. Pour comprendre, il faut se référer à la mentalité des gens concernés. Et au départ, penser et croire sont de l'ordre de l'affirmation, pas du doute. Je pense, donc je suis :-)
C'est pour ça aussi qu'aucune traduction n'est parfaite, car il faut entrer dans l'âme de la langue pour la refléter parfaitement :-)

Lola ta vie en lambeaux me navre et m'attriste. Crois tu que les vacances y feront vraiment quelque chose ?

Lola said...

Akynou, honnêtement, je n'en sais rien. Je redoute de chaque jour le lendemain. Tu peux me comprendre, sans doute.
(Je veux dire: sans aucun doute. Il faut que je surveille l'exactitude de mon français, avec toutes ces spécialistes qui rôdent dans les parages!)

Merci de contribuer à mes leçons de grammaire (de l'année prochaine!) "Je pense donc je suis", que n'y avais-je pensé plus tôt! Et en plus, ça me permettra de glisser un peu de philo dans mon cours, l'air de rien...

Lyjazz said...

La grammaire me laisse froide, mais j'aurais écrit (et dit) :
"...tout petits et déjà empreints d'expressions bien à eux..."
au lieu de :
"...tout petits et déjà emprunts d'expressions bien à eux..."

http://www.cnrtl.fr/definition/empreint

Lola said...

Mais oui, bien sûr! Merci d'avoir corrigé la coquille...