Else m'a écrit "Be more yourself". Mais comment? Si loin du seul endroit où je me sens vraiment moi?
Cela faisait des années que je n'avais pas passé autant de temps dans mon village. J'y ai retrouvé ma famille, toute ma famille, et mes amis d'adolescence. Jeudi, nous nous sommes entassés dans une des maisons où nous avons tant fait la fête (jadis) pour regarder de vieilles photos des années 80, et nous nous sommes souvenus de notre folle jeunesse (j'apparais sur une photo, petite fille aux yeux verts avec un grand foulard bleu dans les cheveux, un peu floue, tournant presque le dos au photographe.) La nuit précédente, nous avions fait les fous dans le village, comme au temps de nos gamineries. Comment oublier?
Depuis hier, Apollinaire et son Adieu m'obsèdent.
J'ai cueilli ce brin de bruyère
L'automne est morte souviens-t'en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps Brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends
N'essayez pas de remplacer 'bruyère' par 'lavande' et 'automne' par 'été', vous perdriez rime et rythme (et pourriez y lire une des raisons de mes larmes, vendredi après-midi).
So difficult it is to say goodbye.
Farewell, my loves, farewell.
...

5 comments:
Cela fait bien longtemps que je vous lis régulièrement, mais pas assez pour connaître les raisons de cet "exil volontaire", comme vous l'indiquez. Sans vouloir être d'une quelque indiscrétion que ce soit, ne vous est-il vraiment pas possible de vous rapprocher de vos racines ? de changer de vie ? Vos billet sont parfois si tristes de cet exil...
Ma Lola, comme je te comprends... Et les loustics, ils sont plutôt contents de rentrer eux ? Jure-toi que tu ne laisseras plus passer deux ans avant de rentrer. Bon, un petit petit lot de consolation t'attend à ton retour. Du moins s'il arrive à temps ;-)
Je t'embrasse.
Isa, les raisons de mon exil sont multiples et complexes et mériteraient un vrai billet, si j'avais le courage de me dévoiler autant. Les Américains autour de moi me demandent souvent: "Why leave Paris?" Je suis bien en peine de répondre de manière tranchée. Une clé (mais elle n'est pas unique): cette grande famille, si chaleureuse, si enveloppante, est aussi très étouffante. Je me suis sauvée, en partant, pour essayer de trouver la bonne distance. Pas facile.
J'aime l'endroit où je vis, j'aime mon travail (même s'il m'épuise au-delà de ce qui est raisonnable); le cadre de vie est tellement supérieur à ce que je connaissais en France, surtout pour mes enfants.
En fait, c'est Myosotis, qui me connaît si bien (j'en suis toujours étonnée), qui détient la vraie perspective sur mon déchirement à quitter mon village: deux ans, c'est beaucoup trop long. C'est presque insupportable. Je te promets, Myosotis, de tout faire pour ne plus que ça se reproduise (même si je ne peux toujours compter sur mes parents pour payer les billets d'avion!)
Et je me dis que quelque chose m'attend dans le New Jersey, c'est une bonne raison pour ne pas rater l'avion mardi!! Merci Myosotis!
Quant à mes loustics, ils sont très ambivalents: eux aussi ont passé d'excellentes vacances et les auraient bien prolongées. Mais je crois que leur père leur manque.
Ils ont pris date avec leurs nouveaux copains pour se revoir l'année prochaine, même lieu, même date. Je sais qu'ils me le rappelleront.
Tu sais sûrement aussi que je suis bien placée pour vraiment comprendre la nostalgie qui se dégage de ton billet, et surtout l'ambivalence que tu évoques avec tes précisions dans les commentaires, vis-à-vis de ta vie en exil.
Parfois il nous pleurer notre passé, et perdre ceux qu'on aime ou a aimés, pour pouvoir grandir et continuer. Mais que c'est dur pendant que l'on fait cette traversée là !
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